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XIV – Chronique de la peste couronnée. Notules sur l’avant-pendant-après

[dropcap]Dira[/dropcap]-ton « Mai 20 » comme « Mai 68 » ?
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Avant c’était comme maintenant, ou presque. Maintenant c’est comme avant, avec un peu moins de bagnoles. Ce qui ne va pas durer. Qui ne peut pas durer.
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Ils tirent tous les cartes de l’avenir – tous : ces « penseurs » sollicités comme des devins par des médias en quête de « nouveau ». Mais en fait de nouvelles idées, ils ressassent tous plus ou moins les mêmes refrains rebattus depuis l’épidémie.
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Qu’il y aura un avant et un après. Tu l’as dit bouffi !
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Que l’Après pourrait être majuscule, voire une nouvelle ère dans le genre post-anthropocène. D’aucuns l’ont déjà baptisé : coronacène.
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Tandis que les chantres de la relance ont repris les rênes du cheval fou jeté dans le monde fini, prêt à accélérer, car on lui mettra double ration.
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Les gouvernants prêtent l’argent des banques en faisant semblant de le donner. Elles, les banques, restent fort taiseuses, s’empêchant l’indécence de se lécher les babines devant le plat graisseux des remboursements. Avec intérêts.
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Pendant, c’était le monde comme avant-avant, bien avant : quand les moteurs n’avaient pas pris le pouvoir, avec les marchands de pétrole.
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Pendant, c’était la fête des oiseaux, au banquet insectivore. Du silence comme juste avant le concert. De l’air comme on n’en trouvait même plus au sommet des montagnes.
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Pendant, le travail forcé avait été aboli, les forçats libérés – pas tous ! Le temps reprenait de l’épaisseur. Pas pour tous ! Certains s’ennuyaient à mourir ; d’autres savouraient l’instant, en freinaient l’écoulement, sans viser l’éternité.
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Pendant, des livres se voyaient rouverts, des pages découvertes à nouveau. Des films de même. De la musique…
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Pendant, l’amour était plus libre, parfois même libéré. Quand les couples se le permettaient. C’est-à-dire hors lassitude, mépris, violence.
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Les logements, pendant, avaient parfois rétréci jusqu’à en devenir asphyxiant. Les règles sociales n’avaient pas changé ; riches et pauvres confinés dans leurs mondes – aux antipodes de leurs univers.
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Pendant encore, et aussitôt après :
Infirmières, soignants ; caissières ; livreurs ont été promus au rang de héros. Ils ne faisaient jamais que leur boulot, certes exposé, contre rétribution, même insuffisante. Un héros agit en toute gratuité, sans nécessité autre que le geste… Enfin, il me semble. Et d’ailleurs, aussitôt dans l’« après », finis les applaudissements et les concerts de casseroles aux balcons. Ce qui causait, je le crains, c’était autant la peur de la maladie et de la mort ; une sorte de conjuration contre le mauvais œil…
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Après :
L’inefficacité de l’hydroxychloroquine chère au Pr Raoult serait mise en évidence par deux études conformes aux protocoles du genre. Pas d’amélioration des malades, ni des graves, ni des moins graves ; et même des effets indésirables pour 30 % de ceux qui ont été traités avec cet antipaludéen. Disent-ils…
Devra-t-on déconstruire une croyance quasi mythique ? Et s’interroger, encore et toujours, sur cet indécrottable idolâtrie des humains, satanée espèce.
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Avant, pendant, après :
Jamais l’expression « distanciation sociale » n’a été aussi galvaudée, réduite à la distance physique de protection virale. Un peu comme celle de « réseaux sociaux », sorte d’oxymore par lequel les classes sociales communiqueraient désormais. Alors qu’elles n’en sont jamais que plus éloignées, étrangères l’une à l’autre. Ce dessin de Denis Pessin (Slate.fr) l’exprime on ne peut mieux :


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Pendant, après : On enrichit le franglais avec du « cluster » – pas un « fake », non, juste un foyer épidémique (quelle horreur !).
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Après, ce fut avec le catéchisme de Monsieur Hulot et ses jérémiades neu-neu. L’homme de Ushuaïa et ex-ministre de Jupiter croit que le dieu du capital, du libre-échange mondialisé va dire Amen.
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Le pessimiste dit « c’est foutu ! » ; l’optimiste parle d’« espérance ». Je devrais me taire, mais non, je m’en mêle. Sans en savoir plus que quiconque.
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Après, c’est un neuvième groupe politicien à l’Assemblée. Pas l’Ode à la joie.
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Après, c’est aborder avec sérieux la question : « Où partir en vacances ? » Comme en juin 68, une fois le rideau tiré des folles espérances (trompeuses comme les utopies, ces miroirs pour alouettes.)
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Après, ce sera vraiment la fin du Mai-68 des « jouir sans entraves », « interdit d’interdire » et autres illusions, aujourd'hui bel et bien enterrées par le Virus. Voici venu le temps de la Méfiance de l’autre ; de l’Ordre médical ; de l’État autoritaire relégitimé par la grâce de la Peur et de la Mort.
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Même à Saint-Germain, « il n’y a plus d’après / Plus d’après-demain / Plus d’après-midi / Il n’y a qu’aujourd’hui ». (Guy Béart)

Illustration (ci-dessus) : la courbe descendante des fréquentations de « C’est pour dire » coïncide et confirme le déclin du Covid-19 et celui de l’angoisse de ses lecteurs… À vérifier !

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

Une réflexion sur “XIV – Chronique de la peste couronnée. Notules sur l’avant-pendant-après

  • XIV Gérard ! : « …la courbe des­cen­dante des fré­quen­ta­tions de « C’est pour dire »… » ? On fait de l’au­to-fla­gel­la­tion ? Mais j’a­vais remar­qué aus­si ce dés­in­té­rêt de nos divers blogs hors confi­ne­ment. La concur­rence avec le nombre de lec­tures zap­ping (gra­tuites) sur le net, pas si net, est colos­sale. Même moi, je viens de sup­pri­mer des abon­ne­ments Presse, car trop c’est trop. J’en ai mal au crâne et me res­source au soleil, bron­zant, à côté de ma pis­cine bien chlo­rée. (Action bien plus pro­fi­table d’ailleurs contre le virus.) Alors, « l’a­vant, pen­dant, après… », ça atten­dra les jours gris et froids.
    Sinon, ces jours-ci se réchauffent les ran­cœurs, juge­ments et manœuvres poli­ti­ciennes. Bref, comme avant, en pire. Alors, je coupe le son… (Mais je garde les deux yeux ouverts.)

    PS : je suis ravi, en votre excellent texte, vous n’a­vez pas des­cen­du « Vincent Lindon », qui a écrit et dit un aus­si excellent discours.

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