On n'est pas des moutons

histoire

Johnny H. – Spectacle et Démesure

Ain­si la France, le Monde même, ont per­du deux idol­es en deux jours: un grand écrivain et un grand chanteur. Il s’est passé quelque chose, certes. quelque chose de trou­blant, dif­fi­cile à expli­quer sim­ple­ment, c’est-à-dire à dépli­er. quelque chose de com­pliqué donc. Un mot me vient, qui remonte aux philosophes de la Grèce antique, hubris. Un mot à l’image de notre monde chao­tique. Il veut dire « arro­gance, démesure ».

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Hom­mage pop­u­laire”… Tout est en place, dans une mise en scène hiérar­chisée, dans le spec­ta­cle de la sépa­ra­tion.

Les deux pom­pes funèbres et sur­mé­di­a­tiques qui se sont presque simul­tané­ment déver­sées sur « nous », empor­taient en effet dans une même démesure toute l’arrogance d’un monde désor­mais emporté par le spec­ta­cle de lui-même, cette sorte d’auto-spectacle, de gigan­tesque self­ie général­isé. Self­ie qu’en ter­mes locaux on appellerait « por­trait de soi » – et en l’occurence, « de l’entre-soi ».

Notes sur les pom­pes funèbres de Jean d’Ormesson. C’est éton­nant comme les vieux chenus, yeux bleus si pos­si­ble, cra­vate choisie, sens de la con­ver­sa­tion alliant esprit et légèreté… c’est éton­nant comme un tel pro­fil bon­homme peut, entre Académie et Invalides, con­verg­er aus­si vers une sorte de Pan­théon. Tous les vieux, ou presque, finis­sent par se racheter leur passé, même peu reluisant. Le « Jean d’O » de la cinquan­taine et du Figaro, approu­vait la guerre états-uni­enne au Viêt Nam – Jean Fer­rat lui dédia alors une chan­son cinglante, qu’il fera inter­dire. Plus tard, en 1994, aven­turé au Rwan­da sous géno­cide, ain­si que le rap­pelle Daniel Mer­met qui le qual­i­fie de rou­blard 1, il exerce son tal­ent lyrique :

« Partout, dans les villes, dans les vil­lages, dans les collines, dans la forêt et dans les val­lées, le long des rives ravis­santes du lac Kivu, le sang a coulé à flots – et coule sans doute encore. Ce sont des mas­sacres grandios­es dans des paysages sub­limes. »

D’où, encore, la ques­tion du spec­ta­cle – lit­téraire à l’occasion, celui qui fait se pâmer Bus­nel et Ors­en­na dans une même extase. « Bien écrire » ou « écrire bien » ?

Une par­tie de la France – et non pas « la France » ; une par­tie du peu­ple – et non pas « le peu­ple », se sont livrés à ce rite étrange et désor­mais banal d’une immense auto­con­tem­pla­tion. De même que les­dits self­ies n’ont été ren­dus pos­si­bles qu’avec l’apparition des télé­phones dits « intel­li­gents », les célébra­tions funèbres de ces derniers jours ne l’ont été que par le déploiement démesuré de la machine médi­a­tique – à l’« intel­li­gence » rel­a­tive et pour­tant red­outable.

Et puisque nous étions tombés dans une forme poussée de spec­ta­cle 2, une référence pou­vait sem­bler s’imposer : le livre de Guy Debord, La Société du spec­ta­cle. L’ouvrage con­tin­ue à faire l’objet de con­tre­sens, étant sou­vent ramené à une approche super­fi­cielle – médi­a­tique – dans laque­lle le spec­ta­cle est pris en son sens de représen­ta­tion ordi­naire. C’est ain­si que les funérailles en ques­tion ont pu être vues, perçues, aperçues comme « spec­tac­u­laires » – qual­i­fi­catif revenu maintes fois lors des retrans­mis­sions télévisées. 3

Bref. Je me rep­longe donc dans « mon » Debord (1967) et ses thès­es numérotées (comme la Bible ;-)). Je tombe sur la 29, que voici :

« L’origine du spec­ta­cle est la perte d’unité du monde, et l’expansion gigan­tesque du spec­ta­cle mod­erne exprime la total­ité de cette perte : l’abstraction de tout tra­vail par­ti­c­uli­er et l’abstraction générale de la pro­duc­tion d’ensemble se traduisent par­faite­ment dans le spec­ta­cle, dont le mode d’être con­cret est juste­ment l’abstraction. Dans le spec­ta­cle, une par­tie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spec­ta­cle n’est que le lan­gage com­mun de cette sépa­ra­tion. Ce qui relie les spec­ta­teurs n’est qu’un rap­port irréversible au cen­tre même qui main­tient leur isole­ment. Le spec­ta­cle réu­nit le séparé, mais il le réu­nit en tant que séparé. » 4

Que voy­ait-on défil­er sur nos écrans ? 5 On y voit une mise en scène ordon­nancée, selon une hiérar­chie stricte délim­i­tant les ter­ri­toires du pou­voir, par déf­i­ni­tion poli­tique. C’est là que réside la sépa­ra­tion, et notam­ment dans la « séquence » de la Madeleine 6 , lieu et moment de cette dis­jonc­tion entre le Peu­ple et, dis­ons, les élites ; entre le poulailler et le parterre. C’est là que défi­lent, pour les caméras et donc le peu­ple d’en-bas, les hap­py-few et VIP à lunettes noires de cir­con­stance, tout l’entre-soi du monde médi­ati­co-spec­tac­u­laire 7, tan­dis que le peu­ple éploré donne à voir ses tatoués en larmes, descen­dus, qui du Gol­go­tha, qui de l’Olympia toute proche ou des Champs-Elysées ? 8 ; qui de la Harley-fils-de-David [encore une sépa­ra­tion dans la sépa­ra­tion : l’élite de la Moto et de son culte com­mu­nau­taire], tous éprou­vés par tant de peine insur­montable, par le Chemin de croix d’une nuit de froidure.

Le Peu­ple en deuil ? Non, bien sûr. Pas seule­ment par abus courant de général­i­sa­tion : Alain Finkielkraut, l’un des pre­miers, a noté l’absence de ceux qu’il appelle les « non-souch­iens » 9– enten­dons les non-Français de souche, ceux « des quartiers », d’une autre reli­gion, d’une autre cul­ture, d’un autre milieu, d’une autre his­toire. Com­ment ne pas le remar­quer ? Com­ment ne pas le dire ? Ce fut non-dit. John­ny et son osten­si­ble croix chris­tique en sautoir ne pou­vait que repouss­er les mahomé­tans et autres sar­rasins… Le rock n’est pas leur cre­do… Tout comme les Noirs états-uniens s’en sont remis au rap iden­ti­taire. Elvis, le faux dur du Ten­nessee – dont John­ny « avait quelque chose de » –, leur avait piqué le blues, au moins en par­tie, au prof­it du show­biz. Nous y revoilà, au Spec­ta­cle ! On n’y échappe plus. Tout est spec­ta­cle – « tout le monde il est spec­ta­cle », aurait pu dire Desprog­es.

L’affaire n’est pour­tant pas récente. Sans remon­ter au Déluge, Pla­ton lui même n’avait-il pas ques­tion­né ce monde de la sépa­ra­tion réel/virtuel ? Plus tard, fin du IIe siè­cle, un cer­tain Ter­tul­lien, écrivain berbère de langue latine et émi­nent théolo­gien chré­tien, avait inter­rogé « la » ques­tion dans De Spec­ta­c­ulis et De Idol­o­la­tria, deux de ses nom­breux écrits 10. Extraits :

« Que les con­vives de Satan s’engraissent de ces ali­ments. Le lieu, le temps, le patron qui les con­vie, tout est à eux. Pour nous, l’heure de nos ban­quets et de nos noces n’est pas encore venue. Nous ne pou­vons nous asseoir à la table des Gen­tils, parce que les Gen­tils ne peu­vent s’asseoir à la nôtre. Chaque chose arrive à son tour. Ils sont main­tenant dans la joie ; nous, nous sommes dans les tour­ments. »

Reste tout de même la ques­tion : Trou­vera-t-on encore en France, un seul autre grand per­son­nage – un poète, un savant, un bien­fai­teur, un sim­ple héros du quo­ti­di­en… homme ou femme – pour mérit­er d’aussi grandios­es céré­monies ?

Notes:

  1. Daniel Mer­met : « C’est un homme char­mant, et je dois dire que j’apprécie le soin qu’il apporte au choix de ses cra­vates… » Lire ici
  2. Car il y a des formes de spec­ta­cle qui élèvent : on en ressort gran­di.
  3. À la radio, où l’on avait même con­vo­qué… Jack Lang, ex-min­istre de la cul­ture spec­tac­u­laire, on lui deman­da : « Quelle séquence vous a par­ti­c­ulière­ment mar­qué ? »…
  4. Guy Debord, La Société du Spec­ta­cle, Gal­li­mard, Paris, 1992, 3e édi­tion. Pub­li­ca­tion orig­i­nale : Les Édi­tions BuchetChas­tel, Paris, 1967.
  5. Comme le fait remar­quer un com­men­ta­teur récent de « C’est pour dire », Bernard H., « Nous avons large­ment la lib­erté télévi­suelle de ne pas se planter devant des hom­mages inter­minables et c’est ce que j’ai fait sans prob­lème avec ma télé­com­mande. ». Certes, mais la chose « événe­ment » nous regarde…
  6. Tem­ple grec, à l’image du Parthénon, qui aurait dû mag­ni­fi­er le culte de Napoléon, s’il n’y avait eu la débâche de Russie… Rede­v­enue église, non sans vicis­si­tudes séculières, cette Madeleine a rassem­blé les pros­ti­tuées sen­si­bles à sa pro­tec­tion. Notons pour le fun que c’est dans ce quarti­er, en 1974, que Mgr Jean Daniélou, car­di­nal et académi­cien, meurt d’un infarc­tus [« dans l’épectase » selon sa hiérar­chie] chez une Marie-Madeleine de la rue Dulong.
  7. Filmé sans ver­gogne, au télé­phone intel­li­gent, par Claude Lelouch, as du ciné-spec­ta­cle
  8. Je ne sais tou­jours pas pourquoi le cortège funèbre est par­ti du Mont-Valérien, ce haut-lieu du Mémo­r­i­al de la France com­bat­tante…
  9. Finkielkraut détourne pour la dénon­cer l’expression de « souch­iens » par laque­lle le groupe des Indigènes de République dénonce les Français « de souche » comme colo­nial­istes de fait, autant dire pires que des chiens…
  10. Du Spec­ta­cle et De l’Idolâtrie. On les trou­ve sur inter­net, notam­ment De Spec­ta­c­ulis.

De Socrate à Lidl, Free et autres Macron, un peu de philosophie politique à l’usage improbable de nos gérants

C’est un peu comme une urticaire : ça me démange de partout… sans savoir au juste d’où ça vient. Je par­le de cette « actu », drogue jour­nal­is­tique à haute accou­tu­mance. S’en défaire, une gageure. Sor­tie par la porte, la revoilà par la moin­dre lucarne, fac­teur de stress, de manque. Que faire ? comme dis­ait l’autre. Sen­ti­ment d’impuissance con­tre désir d’agir. Com­ment ? Alors je cause, je me cause, je cause ici en écrivant, comme dans un jour­nal, un autre, pas celui du méti­er d’informer – enfin d’essayer. Don­ner une forme à cette réal­ité du monde qui sem­ble s’effilocher par tous les bouts. Pour par­o­di­er Nougaro, « est-ce moi qui vac­ille, ou la terre qui trem­ble ? » Le fait est que j’ai bien du mal à pren­dre ladite « actu » par un bout, sans être rat­trapé par un autre ; sans don­ner dans la dis­per­sion… Je con­nais un type qui a écrit L’Homme dis­per­sé, un roman doc­u­men­té. À l’image de notre monde, au bord de l’éclatement.

Les opti­mistes espèrent, ils croient : on trou­vera des solu­tions, c’est le sens du pro­grès : la tech­nolo­gie, ses mir­a­cles, la Lune, Mars. L’Homme s’en sor­ti­ra, trop génial. Les pes­simistes analy­sent, pensent : c’est cuit pour le bipède sapi­ens (mal)pensant, l’homo faber (mal)faisant ; il s’est mis la corde au cou, celle de l’eco­nom­i­cus. Gloire au « plus », encore « plus », tou­jours « plus ».

Ils auront trait la vache Terre jusqu’à sa dernière goutte de « plus » ; elle, elle s’en remet­tra, depuis le temps qu’elle s’accommode des cat­a­clysmes – dont elle naquit. Mais ses habi­tants, locataires arro­gants, vils prof­i­teurs, exploiteurs éhon­tés, fiers imbé­ciles. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’ils ne fai­saient que pass­er ici-bas, sus­pendus au viager d’une vie brève, aléa­toire. À ce sujet, « vu à la télé » l’enquête de Cash inves­ti­ga­tion (France 2) sur les esclavagistes mod­ernes à l’œuvre chez Lidl et Free, deux casseurs de prix de la bouffe et du télé­phone. Rois de la « petite marge », ils font galér­er leurs salariés, mal­traités comme des bêtes de somme, méprisés, ser­mon­nés, engueulés, usés et finale­ment jetés comme des déchets à la poubelle de Pôle emploi, aux frais de la col­lec­tiv­ité. On con­naît la musique : « Pri­va­tis­er les béné­fices, mutu­alis­er les pertes », ren­gaine cap­i­tal­iste. Marx n’y pour­ra rien, tout juste fig­u­rant de ciné­ma (un film vient de sor­tir sur le père du Man­i­feste com­mu­niste ; signe des temps dés­espérés car nos­tal­giques).

Retour à l’envoyeur.

Ils sont là, les pro­lé­taires d’aujourd’hui, comme dit à sa façon Xavier Niel, le mul­ti­mil­liar­daire patron de Free : « Les salariés dans les cen­tres d’appels, ce sont les ouvri­ers du XXIe siè­cle. C’est le pire des jobs. » Au moins sait-il de quoi il par­le. Mais il n’a pas voulu par­ler dans le poste ; pas davan­tage sa chargée de com’ – le comble ! –, lais­sant la corvée à un chef de rég­i­ment bien emmerdé, prob­a­ble­ment aus­si faux derche qu’intraitable « man­ag­er ». Tous ces pio­ns néfastes ne jurent que par le « manag’mint », ont été biberon­nés aux mêmes évangiles pro­duc­tivistes. Comme l’autre de chez Lidl, qui aura dû en tuer des comme lui avant de recevoir l’onction du pou­voir par la schlague. Il est là comme un mioche pris les doigts dans la con­fiote, minable rouage d’une machine à « faire du cash », en rêvant que d’autres machines élim­i­nent totale­ment les tra­vailleurs – pour­tant déjà robo­t­isés. Ah, que vien­nent enfin les temps bénis de la robo­t­i­sa­tion totale, total­i­taire ! « 1984 » en vrai et en pire.

Certes, cha­cun peut tou­jours aller chez Lidl ou chez Free – entre autres exploiteurs de choc – pour gag­n­er trois euros six sous. À quel prix ? Ils ne pour­ront plus ignor­er ce que recou­vre la ques­tion – enfin si, ils pour­ront tou­jours se voil­er la face. 1

À ce pro­pos, et dans la rubrique « ONPLG », On n’arrête pas le pro­grès 2, les femmes saou­di­ennes vont être autorisées par leurs princes à con­duire. Elles vont pou­voir pren­dre le volant – mais restent astreintes au voile inté­gral. L’inverse eut été plus libéra­teur. Cha­cun ses hiérar­chies de valeurs.

Le procès de Socrate

Le procès de Socrate. Sur les 501 juges, 280 votent en faveur de la con­damna­tion, 221 de l’acquittement.

Juste­ment, côté valeurs, com­ment ne pas saluer les qua­tre émis­sions, cette semaine, des Chemins de la philoso­phie (France Cul­ture) con­sacrés à Socrate, spé­ciale­ment à son procès et à sa mort ? La con­damna­tion du philosophe grec (470–399 avant notre ère) demeure un sujet de dis­cus­sion à la fois philosophique et poli­tique. Adèle Van Reeth, l’animatrice des Chemins, mène au mieux l’« instruc­tion » à par­tir des chefs d’accusation ain­si libel­lés : « Socrate enfreint la loi, parce qu’il ne recon­naît pas les dieux que recon­naît la cité, et qu’il intro­duit d’autres divinités nou­velles ; et il enfreint la loi aus­si parce qu’il cor­rompt la jeunesse. Peine req­uise : la mort. »

Si le débat garde toute son actu­al­ité, c’est parce qu’il pose de nom­breuses ques­tions con­cer­nant le droit et la loi, la citoyen­neté et la démoc­ra­tie, la lib­erté et la philoso­phie – tout comme la reli­gion et le libre-arbi­tre. De ces qua­tre heures pas­sion­nantes, il appa­raît, pour le dire vite et vul­gaire­ment, que Socrate fut un emmerdeur suprême, un gêneur poli­tique qui claquait le bec aus­si bien à ceux qui pré­tendaient savoir qu’aux sophistes, embobineurs filoux, aux politi­ciens, poètes, gens de méti­er ren­voyés à leur igno­rance – comme la sienne pro­pre… Socrate sait… qu’il ne sait rien. Ce qui est impie ! En effet, ne pas savoir revient à ne rien croire, pas même les dieux !

Autre ques­tion, et non des moin­dres, posée par Socrate et sa con­damna­tion : celle de la démoc­ra­tie. Le philosophe était très cri­tique à son sujet ; il lui reprochait notam­ment de faire la part belle aux opin­ions, et ain­si de figer l’examen des faits et l’exercice de la pen­sée libre. 3  Sa philoso­phie poli­tique se situ­ait entre mépris de la majorité et amour des lois, y com­pris celles qui le con­damnaient : plutôt subir l’injustice que la com­met­tre…

Socrate Athènes

Socrate, devant l’Académie, Athènes © gp

Reste la « cor­rup­tion de la jeunesse »… Con­cerne-t-elle l’enseignement du maître – lui qui se dis­ait n’avoir jamais été maître de qui que ce soit, qui enseignait en déam­bu­lant, pro­fes­sant le « Con­nais-toi toi-même » 4 car le savoir est en soi, passe par soi-même, et la sagesse se trans­met par l’échange, la dis­cus­sion. On avança aus­si ses atti­rances pour les beaux jeunes gens, lui, le laideron… Pédophilie socra­tique ? en des temps où la pédérastie effarouchait peu, sem­ble-t-il… Il est plus prob­a­ble que la per­ver­sion en ques­tion por­tait d’abord sur le con­tenu sub­ver­sif de l’enseignement. 5

Voilà qui nous emmène loin de Lidl et Free… Loin ? Que nen­ni ! Socrate rap­pelle au sens de la vie qui, de nos jours, se trou­ve acca­paré par les oblig­a­tions de la survie. Se tuer à gag­n­er sa vie – for­mu­la­tion anci­enne (mai 68…) du « burn out ». Plus-plus-plus : subir les indé­centes pubs, sur les radios publiques, qui font cha­toy­er les charmes du pro­duc­tivisme, le priv­ilège de « vivre les samedis comme des lundis » ! Le tra­vail renoue plus que jamais avec son orig­ine latine : tri­pal­i­um, engin de tor­ture à trois pieux… L’économie vul­gaire com­mande. Les pos­sé­dants et affairistes télé­com­man­dent les gou­ver­nants – qui n’en sont plus depuis si longtemps, depuis 1983, pour en rester à nos hori­zons, quand Mit­ter­rand s’est con­ver­ti à la reli­gion libéral­iste.

Gou­vern­er sup­pose un gou­ver­nail, un cap, des direc­tions, des idées, et tant qu’à faire des idéaux. Nos rameurs de la finance et du biz­ness ne sont plus que de sin­istres gérants, tout comme ceux de Lidl et de Free, qu’ils vénèrent et imi­tent jusque dans leur arro­gance inculte. De petits bou­tiquiers der­rière leur caisse enreg­istreuse, ten­ant un pays comme une épicerie. La San­té, com­bi­en ? Ah ? trop cher ! On rabiote. L’impôt sur la for­tune ? Trop élevé, inci­tant à l’évasion fis­cale ? On va arranger ça. La for­mule mag­ique reste inchangée : les pau­vres ne sont pas rich­es, mais ils sont si nom­breux que leur pren­dre un peu, rien qu’un peu, ça rap­porte beau­coup beau­coup.

Je par­lais, au début de ma dérive, du partage binaire entre opti­mistes et pes­simistes. Reste les réal­istes, ou ceux qui s’essaient à don­ner du sens au réel, tel qu’ils le perçoivent. Exer­ci­ce très insta­ble d’équilibriste. Casse-gueule ! Arrê­tons là pour aujourd’hui.

Notes:

  1. On peut revoir l’émission ici.
  2. En taxi, pris dans un embouteil­lage, l’écrivain Alexan­dre Vialat­te, s’entendant dire par son voisin la sen­ten­cieuse phrase, lui réplique : « Non, il s’arrête tout seul ».
  3. Pléonasme aurait iro­nisé Jules Renard, comme dans son Jour­nal : « Libre penseur. Penseur suf­fi­rait. »
  4. Pro­longé par Niet­zsche : « Deviens ce que tu es ».
  5. « Mélé­tos, tu m’accuses de per­ver­tir la jeunesse. Sans doute nous savons ce qui con­stitue la per­ver­sité des jeunes gens. Nomme-s-en, si tu con­nais, qui, pieux d’abord, sages, économes, mod­érés, tem­pérants, laborieux, soient devenus par mes leçons, imp­ies, vio­lents, amis du luxe, adon­nés au vin, efféminés ; qui enfin se soient livrés à quelque pas­sion hon­teuse.

    – Oui, repar­tit Mélé­tos, j’en con­nais que tu as décidés à suiv­re tes avis plutôt que ceux de leur père, de leur mère.

    – J’avoue, répli­qua Socrate, qu’ils ont suivi les avis que je leur don­nais sur l’instruction morale de la jeunesse. C’est ain­si que pour la san­té nous suiv­ons les con­seils des médecins plutôt que ceux de nos par­ents. Vous-mêmes Athéniens, dans les élec­tions de généraux, ne préférez-vous pas à vos pères, à vos frères, à vous-mêmes, les citoyens jugés les plus habiles dans la pro­fes­sion des armes ?

    – Tel est l’usage, repar­tit Mété­los ; et le bien général le demande.

    – Mais, ajou­ta Socrate, toi Mété­los, qui vois que dans tout le reste les plus habiles obti­en­nent préférence et con­sid­éra­tion, explique com­ment tu peux sol­liciter la mort de Socrate, pré­cisé­ment parce qu’on le juge habile dans une par­tie essen­tielle, l’art de for­mer l’esprit. »

    XénophonApolo­gie de Socrate, pp.726–727


Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Infor­mé par un ami 1 d’un bil­let de blog au titre alléchant : « La République vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Jour­nal d’un avo­cat — Instan­ta­nés de la jus­tice et du droit.

La République. Ange-Louis Janet (1815–1872) © Musée Car­navalet

LEolas en ques­tion sem­ble être désor­mais le plus con­nu des avo­cats anonymes… Ne voulant pas mêler lib­erté de juge­ment et affaires pro­fes­sion­nelles, il s’abrite der­rière ce pseu­do­nyme, lequel nous dit Wikipé­dia, vient du mot gaélique irlandais eolas qui sig­ni­fie « con­nais­sance, infor­ma­tion. » Que voilà une bonne référence ! Aus­si n’est-il pas éton­nant que cet homme de droit s’en prenne si sou­vent à la presse, grande pécher­esse dans son pro­pre domaine. D’où cet exer­gue, qui rejoint mon cre­do : « Qui aime bien châtie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édi­to de L’Opinion. 2

Voici les faits, remon­tant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cinglante) d’Eolas :

« Sébastien X. est l’heureux pro­prié­taire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trou­ve une mai­son d’habitation et un garage. On y accède par un por­tail don­nant sur la voie publique, par lequel une auto­mo­bile peut pass­er afin de rejoin­dre le garage. Le trot­toir devant cet accès est abais­sé, for­mant ce que l’on appelle une entrée car­ross­able et plus couram­ment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comp­tait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa pro­priété, au niveau du bateau. “Que dia­ble, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai voca­tion à utilis­er cet accès. Or en me garant ain­si, je man­i­feste de façon uni­voque que je n’ai nulle inten­tion d’user de ce dit pas­sage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un lan­gage soutenu, ai-je décidé.

« Fatal­i­tas. Un agent de police pas­sant par là voit la chose, et la voit d’un mau­vais œil ; sans désem­par­er, il dresse procès-ver­bal d’une con­tra­ven­tion de 4e classe prévue par l’article R.417–10 du code de la route : sta­tion­nement gênant la cir­cu­la­tion. Sébastien X., fort mar­ri, décide de con­tester l’amende qui le frappe, fort injuste­ment selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébastien X. dépose une requête, à laque­lle le juge de prox­im­ité de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas con­testé que l’entrée car­ross­able devant laque­lle était sta­tion­né le véhicule de M. X. est celle de l’immeuble lui appar­tenant qui con­stitue son domi­cile et dessert son garage, et que le sta­tion­nement de ce véhicule, sur le bord droit de la chaussée, ne gêne pas le pas­sage des pié­tons, le trot­toir étant lais­sé libre, mais, le cas échéant, seule­ment celui des véhicules entrant ou sor­tant de l’immeuble riverain par son entrée car­ross­able, c’est à dire unique­ment les véhicules autorisés à emprunter ce pas­sage par le prévenu ou lui appar­tenant”.

Mais voilà-t-il pas que le représen­tant du min­istère pub­lic, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pour­voi en cas­sa­tion. Et la cour, en effet, a cassé. Led­it juge­ment s’est trou­vé annulé.

Alors, se demande goulu­ment l’avocat : « Pourquoi la cour de cas­sa­tion a-t-elle mis à l’amende ce juge­ment ? Pour deux séries de motif dont cha­cun à lui seul jus­ti­fi­ait la cas­sa­tion. »

À par­tir de là, puisque je ne vais pas recopi­er la longue autant qu’argumentée et pas­sion­nante plaidoirie de l’avocat, je vous invite à la lire directe­ment ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tiendrai à quelques réflex­ions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des ques­tions essen­tielles, non seule­ment sur la République et la démoc­ra­tie mais plus générale­ment sur l’état de la société, donc sur les com­porte­ments indi­vid­u­al­istes ou com­mu­nau­taristes.

L’usage de l’automobile et, en général, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des com­porte­ments humains – à l’humanité rel­a­tive, spé­ciale­ment dans les villes, en dehors de toute urban­ité… C’est en quoi cet arti­cle de Maître Eolas revêt son impor­tance poli­tique, voire idéologique et philosophique. Il pose en effet – depuis son titre, « La République vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la ques­tion du bien com­mun, cen­sé être cod­i­fié et con­forté par la Loi. Cette Loi (avec majus­cule) si sou­vent bafouée, par des hors-la-loi dont notre société a bien du mal à endiguer les flots : manque de pris­ons, qui débor­dent, de juges, de policiers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence com­mune, définis­sait comme « ce sens com­mun qui nous aver­tit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de :

– Se foutre du code de la route, spé­ciale­ment des lim­i­ta­tions de vitesse et met­tre ain­si des vies en dan­ger ; causer un bou­can infer­nal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incendi­er poubelles et voitures ; insul­ter quiconque par des pro­pos agres­sifs et racistes 3 ; bar­rer des rues pour empêch­er l’accès de la police dans des « ter­ri­toires per­dus de la République » 4 Liste non exhaus­tive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moitié des richess­es mon­di­ales soit entre les mains des 1 % les plus rich­es, tan­dis que 99 % de la pop­u­la­tion mon­di­ale se parta­gent l’autre moitié, tan­dis que 7 per­son­nes sur 10 vivent dans un pays où les iné­gal­ités se sont creusées ces 30 dernières années. (Rap­port Oxfam, 2014).

– … Et que les rich­es con­tin­u­ent à s’enrichir et les pau­vres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la pri­mauté du droit sur le pou­voir poli­tique, de sorte que gou­ver­nants et gou­vernés, doivent obéir à la loi, tous étant ain­si égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comptera sur les tal­ents, la chance, et surtout la « bonne for­tune »… Rien à voir avec le degré de démoc­ra­tie d’un régime ! Où serait alors le « monde com­mun » entre les nou­velles élites de l’industrie, du com­merce, de la banque, des arts, du sport et de la poli­tique ? – cette nou­velle aris­to­cratie, à l’hérédité finan­cière et aux revenus éhon­tés, injurieux.

État de droit, ou État de tra­vers ? Par delà le désor­dre économique fac­teur de mis­ère 5, c’est l’ordre sym­bol­ique du monde – celui de la jus­tice et du bien-être par le « pro­grès » tant van­té – qui se trou­ve grave­ment atteint et accentue le ressen­ti­ment général et la malveil­lance des lais­sés pour compte. Tan­dis que les dém­a­gogues de tous poils se ren­gor­gent sous de grandes envolées égal­i­taristes, accu­sant l’État et ses « élites », dénonçant les démons, les com­plots, le « sys­tème ». Ce qui revient à désen­gager le citoyen de sa pro­pre respon­s­abil­ité – ce qui, il est vrai, pos­tule sa lib­erté.

À ce stade, on ne peut ignor­er l’autre respon­s­abil­ité, celle des gou­verne­ments, dont elle ques­tionne leur forme et leur légitim­ité. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la République en tant que démoc­ra­tie théorique, se voit con­fron­tée à l’État tout court. Cer­tains courants anar­chistes y ont vu et con­tin­u­ent à y voir le mal absolu. D’autres, plus philosophiques que dog­ma­tiques, ont su pos­er les principes de fond. Ain­si Proud­hon quand il écrit : « La lib­erté est anar­chie, parce qu’elle n’admet pas le gou­verne­ment de la volon­té, mais seule­ment l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la néces­sité », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pou­voir ». Ou Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expres­sion de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du sta­tion­nement illé­gal si fine­ment analysé par Maitre Eolas. Par­tant d’une amende à 35 euros, dénon­cée par un jour­nal­iste sur­feur et dém­a­gogue 6, on en arrive à embrass­er la com­plex­ité d’un tout his­torique et philosophique, dont les fon­da­tions datent de l’Antiquité grecque et romaine, tan­dis que l’édifice entier demeure sous échafaudages, plus ou moins (in)stable, selon le rap­port incer­tain entre bâtis­seurs et démolis­seurs – ce qui con­stitue l’Histoire.

Notes:

  1. Mer­ci Daniel !
  2. Média économique d’inspiration libérale, pro-busi­ness, européenne.
  3. Roulant à vélo dans les quartiers Nord de Mar­seille, je me suis fait traiter de « sale pédé » et men­ac­er de cas­sage de gueule par un Noir haineux [c’est un fait] en bag­nole, vocif­érant parce qu’empêché de me pass­er dessus dans une rue étroite !
  4. Je par­le de ce que je con­nais : à Mar­seille, quartiers Nord encore, cité de la Castel­lane pour être pré­cis : des guet­teurs au ser­vice de trafi­quants de drogue sont postés en per­ma­nence et une rue (au moins) est obstruée par des blocs de pierre et des char­i­ots de super­marché. Lire sur ces ques­tions La Fab­rique du mon­stre, une enquête à Mar­seille de Philippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les mal­façons de la République française » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mytholo­gie déguisée en « sci­ence »
  6. Le titre de son arti­cle taclé par Eolas : « Sta­tion­nement inter­dit » ou Kaf­ka au volant. La chute du papi­er est évidem­ment du même ton­neau libéral­iste : « Il y a, finale­ment, plutôt de quoi en pleur­er de rage. Que dis­ait Pom­pi­dou, déjà ? Ah oui : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mau­vais sens du mot, évidem­ment.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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