Lun­di, six heu­res et demie. Petit déj” bru­meux. Le pos­te a été déré­glé. Je cher­che à tâtons ma sta­tion pré­fé­rée. Je me tape la ban­de FM… Enco­re bien­veillant, je me dis que c’est pour bien fai­re que les pro­gram­meurs de radio choi­sis­sent leur musa­que mas­sa­cran­te. Ils doi­vent vou­loir aider le pro­lé­tai­re à met­tre le pied à l’étrier. J’ose croi­re qu’ils se blou­sent total. Que ce sont de petits gom­meux incul­tes qui mépri­sent leurs contem­po­rains – enfin sur­tout moi, que leurs goûts musi­caux de chiot­tes m’incitent car­ré­ment à leur cla­quer le cla­pet. Qui n’a jamais « zap­pé » sur les radios du petit matin igno­re la pro­fon­deur de la détres­se humai­ne s’infligeant de tels outra­ges matu­ti­naux (excu­sez le mot, pas pu m’empêcher). Tout y est vul­gai­re : les voix, sur­tout, les pro­pos, sur­tout, les « bla­gues », sur­tout, les rires, sur­tout les rires bêtes à cre­ver. Le pire, sur­tout, c’est que ces radios-là trou­vent des audi­teurs !

Bon, mais pour­quoi se fai­re du mal ? Je trou­ve donc refu­ge chez Fran­ce Inter, mon pâté d’alouette du matin (déjà épin­glé ici : cf 16 décem­bre). 15 000 morts et plus, les vagues de 10 mètres et plus, l’échelle de Rich­ter à 9 et plus. Pao­li en vacan­ces, la relè­ve à la traî­ne. Celui-là chan­ton­ne l’ «info». Il la joue moder­ne, pres­que « sta­tion FM pour d’jeunes ». Heu­reu­se­ment une fem­me sau­ve la mise par son huma­ni­té, et plus de matu­ri­té aus­si – qui fait vrai­ment le métier d’informer. Du coup, sa com­pas­sion son­ne plus jus­te. Mais, com­me les « tsu­na­mis », elle finit quand même par se fra­cas­ser sur les vieux cli­che­tons : le retour des pre­miers tou­ris­tes à Rois­sy, le micro-trot­toir obli­gé et l’inévitable « cel­lu­le psy­cho­lo­gi­que mise en pla­ce ».

Puis « sans tran­si­tion », com­me dit l’autre – d’ailleurs on ne ména­ge plus de tran­si­tion dans l’info, ça ferait rin­gard; la règle, c’est le coq à l’âne –, on pas­se à l’Ukraine, une explo­sion de gaz à Mul­hou­se, ah là là, les pauv’ gens !, la spor­ti­ve de l’année, la météo. Et hop !, l’affaire est pliée. Res­te à espé­rer que son jour­nal-papier sera, lui, à la bon­ne hau­teur.

Et enco­re cet­te lan­ci­nan­te ques­tion : qu’est-ce qu’informer ? Et aus­si : qu’est-ce qu’être infor­mé, quand esti­me-t-on l’être ? Je ne le sais trop. Ou le plus sou­vent en creux. Com­me un man­que après la sur­do­se. Tout ce bruit appel­le la musi­que du silen­ce.

PS et mora­li­té : pour­quoi se lever si tôt ?

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