par John Mac­Gre­gor, cher­cheur au dépar­te­ment Socio­lo­gie des médias du MIT

John Mac­Gre­gor, cher­cheur état­su­nien, n’y va que par quatre che­mins : 1) la presse quo­ti­dienne est condam­née dans sa forme actuelle ; 2) dans les dix ans à venir, les pré­payés (« gra­tuits ») vont s’imposer et assu­rer une pre­mière relève tran­si­toire… ; 3) …sui­vie par une défer­lante tech­nique et jour­na­lis­tique : dis­pa­ri­tion qua­si totale des indus­tries de presse (fabri­ca­tion et dif­fu­sion) au pro­fit de l’internet : impres­sion à domi­cile de jour­naux à la carte ; 4) les « centres de presse » fonc­tion­ne­ront tous comme les agences actuelles, sans sup­port maté­riel, et emploie­ront 80 % de jour­na­listes et le reste en com­mer­ciaux et ges­tion­naires. L’avenir de la presse appar­tient donc – enfin – aux jour­na­listes !

John Mac­Gre­gor, 55 ans, est cher­cheur-ensei­gnant à Cam­bridge au fameux MIT (Mas­sa­chu­setts ins­ti­tute of tech­no­lo­gy). C’est là que j’ai fait sa connais­sance, fin des années 70, tan­dis qu’il diri­geait déjà le dépar­te­ment Com­pa­ra­tive media stu­dies. Il n’a ces­sé depuis d’œuvrer en obser­va­teur cri­tique et enga­gé (ancien jour­na­liste et auteur d’une dizaine d’ouvrages) de la presse des Etats-Unis et, plus géné­ra­le­ment du monde occi­den­tal. Francophone/phile, il connaît très bien la France pour y séjour­ner régu­liè­re­ment. Il tutoie aus­si ses médias, comme on va le voir. L’entretien qui suit devait paraître sous forme d’interview. Mais, avec l’accord de l’intéressé et revue par lui, une syn­thèse de ses pro­pos a paru plus appro­priée. GP.

 

1)Tels qu’ils sont,

les quotidiens sont condamnés

 

John Mac­Gre­gor : On me trou­ve­rait peut-être mieux ins­pi­ré de par­ler de la presse amé­ri­caine… Qui va mal aus­si ! Elle subit une vague ter­rible de concen­tra­tions met­tant en cause, plus gra­ve­ment que jamais, le plu­ra­lisme des médias et des idées. Mais notre sujet, ici, c’est la presse fran­çaise. De plus, je viens de pas­ser plu­sieurs mois en Europe et quelques semaines en France pour, pré­ci­sé­ment, actua­li­ser mes réflexions au plus près des réa­li­tés.

D’abord, un rap­pel : la plu­part des médias d’information des pays occi­den­taux tra­versent une crise sans pré­cé­dent. Certes à des niveaux dif­fé­rents, mais de manière assez paral­lèle : d’une part sur le plan éco­no­mique, d’autre part sur celui de la confiance. Perte de confiance – on devrait plu­tôt par­ler d’appé­tence des clients – les ache­teurs-lec­teurs – et, plus nou­veau et inquié­tant, perte de confiance des jour­na­listes en leur métier. Aux Etats-Unis, une enquête a rele­vé que 70 % d’entre eux ne sont pas satis­faits des condi­tions d’exercice du métier. J’ignore si cela a été mesu­ré en France, mais de mul­tiples contacts avec des jour­na­listes fran­çais me font craindre aus­si une insa­tis­fac­tion assez géné­rale. Les récentes opé­ra­tions de rachat, en par­ti­cu­lier celles menées par l’industriel de l’armement Das­sault, ont trou­blé de nom­breuses rédac­tions.

Par où la crise a-t-elle démar­ré ? Sans doute par tous les bouts du pro­blème qui, en fait, est très com­plexe. Il fau­drait notam­ment consi­dé­rer la ques­tion éco­no­mique géné­rale qui com­prend la mar­chan­di­sa­tion mon­dia­li­sée de presque toute l’activité humaine ; et dans ce mael­ström inouï, prendre en compte l’économie même des médias, très par­ti­cu­lière. Voi­là en effet un pro­duit, assu­mons le terme, qui ose se vendre deux fois : aux annon­ceurs, puis aux lec­teurs. Les excep­tions existent, mais sont tel­le­ment raris­simes qu’on les consi­dère comme des ano­ma­lies – je pense au Canard enchaî­né, on y revien­dra.

Il fau­drait aus­si s’attarder sur l’évolution des socié­tés dans leurs rap­ports à la tech­nique. Celle-ci a per­mis une mul­ti­pli­ca­tion effré­née de canaux se pré­sen­tant comme infor­ma­tifs alors qu’ils sont avant tout des sup­ports com­mer­ciaux. Pour la presse, il en va comme de la mar­chan­dise géné­ra­li­sée dont l’hyperproduction conduit aux crises inces­santes de l’économie actuelle. On dit : « Too much infor­ma­tion is over­kill ». Trop d’info tue l’info. De nos jours, en fait, on devrait par­ler du trop peu d’information ! Trop de signes, certes, habillés en infor­ma­tion, dégui­sés ; nous sommes dans le dégui­se­ment, dans le tra­ves­tis­se­ment des réa­li­tés ; l’ « info » deve­nant de plus en plus une mar­chan­dise comme une autre, on croit que sa répli­ca­tion en série jus­ti­fie l’existence de ces réseaux mons­trueux de com­mu­ni­ca­tion – et il fau­drait habiller tous ces mots de guille­mets bar­be­lés pour les conte­nir dans leurs sens les plus vul­gaires et détour­nés en shows plus ou moins hol­ly­woo­diens.

Embou­teillages

sur les auto­routes

En réa­li­té, c’est la parole des hommes qui se trouve recou­verte, ense­ve­lie sous des flots de « signaux insi­gni­fiants » n’émettant plus qu’un bruit de fond conti­nu, un bour­don­ne­ment qu’on n’entend même plus, qu’on n’entendrait que s’il venait à s’arrêter ! Une telle infla­tion de signaux infor­ma­tion­nels conduit de manière qua­si méca­nique à une déva­lua­tion de l’information. Pour reprendre la méta­phore des auto­routes de l’information, disons que, comme les autres, elles finissent aux péages, et par des embou­teillages d’autant plus mons­trueux que le tra­fic l’est aus­si. D’où quelques ques­tions : Quel est le sens de ces flux ? Quelles catas­trophes pro­bables annoncent-ils ? Et aus­si : Pour­quoi ?

Fin de digres­sion du socio­logue, car vous atten­dez davan­tage le « médio­logue » au tour­nant…, ou même le futu­ro­logue puisqu’au début de notre entre­tien il était ques­tion de voir l’avenir. J’ai ma vision, en effet.

Vrai­ment, je crois que les quo­ti­diens sont condam­nés ; en tout cas, ils vivent leurs der­nières années sous cette forme actuelle d’objet indus­triel de grande série : sup­port papier à conte­nu géné­ra­liste impli­quant une dif­fu­sion très éparse avec un double gas­pillage : maté­riel avec les inven­dus et intel­lec­tuel avec des conte­nus sans récep­teurs.

Pre­nons d’abord le cas d’un quo­ti­dien régio­nal fran­çais – ils sont très simi­laires. Je me mets dans la peau d’un de ces néo-ruraux – ou « rur­bains » comme les socio­logues fran­çais disent aus­si, ce qui est plus juste ; il s’agit de cette caté­go­rie socio­lo­gique qui va deve­nir domi­nante dans de nom­breuses régions – ce sera bien­tôt le cas chez vous en Pro­vence, comme ça l’est deve­nu en Cali­for­nie. Il s’agit de cadres moyens et supé­rieurs dont les reve­nus et les niveaux cultu­rels sont aus­si moyens et supé­rieurs. Comme tel, je cherche à m’intégrer dans mon nou­vel espace que je sou­haite com­prendre dans sa com­plexi­té : géo­gra­phique, humaine, éco­no­mique, cultu­relle. J’ai quelques exi­gences de qua­li­té intel­lec­tuelle, lisant d’ailleurs d’autres jour­naux, Le Monde, Le Figa­ro ou Libé­ra­tion, par exemple. J’écoute la radio le matin, regarde la télé le soir. Et j’ai l’ADSL, bien sûr !

2) La relève (transitoire) des prépayés


Donc, en gar­dant ce cas de figure, je m’imagine comme lec­teur pre­nant en main les vingt-huit pages grand for­mat de mon quo­ti­dien local. En gros, je vais igno­rer : 6 pages d’annonces et d’obsèques, 4 pages de publi­ci­té, une page de courses, une demi-page de bourse, une demi de jeux, une de pro­grammes télé (je lis un heb­do), et peut-être aus­si les trois de sports. Disons seize pages que je vais « jeter ». Il m’en reste douze, sur les­quelles je vais zap­per plus ou moins vite : deux d’infos natio­nales et inter­na­tio­nales – je suis ser­vi par mes médias habi­tuels –, quatre « vie des vil­lages » – du non jour­na­lisme, d’ailleurs confié à des cor­res­pon­dants. Il me reste donc : trois pages « ville », une page « région », une « éco­no­mie » et la Une. Ain­si, l’offre effec­tive de mon jour­nal local dans ma direc­tion ne porte que sur cinq pages maxi­mum, soit entre un cin­quième et un sixième du conte­nant total – entre 20 et 15 % ! Et encore, je pos­tule que dans ce « reste » les articles auront été assez tra­vaillés pour m’intéresser, me concer­ner, jus­ti­fier mon inves­tis­se­ment d’un euro, ou 0,80.

Certes, on ne lit jamais tout dans un jour­nal, qui reste un pro­duit jetable. La ques­tion est de savoir dans quel état d’esprit je me trouve en fin de par­cours. En ai-je eu pour mon argent ? Ou bien, de manière plus ou moins consciente, ai-je le sen­ti­ment d’avoir gas­pillé argent, papier, temps ?…

Un pré­payé, lui, s’affranchit d’un tel res­sen­ti­ment puisqu’il est appa­rem­ment gra­tuit et que, plus ou moins, il semble livrer des conte­nus équi­va­lents. Ce n’est sans doute pas objec­ti­ve­ment exact, mais c’est ce que je res­sens car la dif­fé­rence en terme de plus-value jour­na­lis­tique n’est pas assez indis­cu­table entre les deux.

Mar­seille :

cinq quo­ti­diens

dont trois gra­tuits

Le jour­nal pré-payé est en passe de gagner le pari de sa légi­ti­mi­té com­mer­ciale en ce sens que :

1) Il n’en pro­met pas plus qu’il n’en donne au lec­teur, qui n’en attend pas davan­tage ! Contrat simple.

2) Il a su épou­ser les contours de la moder­ni­té pres­sée avec une offre de lec­ture très « fast food ». Au lieu de vendre de la « matière à rebut » – tout ce qu’il faut jeter de la « bête » –, le pré-payé offre (du moins le fait-il offrir par la publi­ci­té) un « prêt-à-lire » adap­té à la demande. C’est la fast info.

Son concur­rent his­to­rique, quant à lui, voit son ave­nir s’assombrir sérieu­se­ment. D’une part, il ne par­vient pas à inté­res­ser les jeunes lec­teurs, ni les rur­bains. D’autre part, il se trouve impuis­sant à endi­guer la perte de son lec­to­rat tra­di­tion­nel. Comme s’il n’apportait plus le ser­vice qu’il ren­dait aupa­ra­vant à une popu­la­tion géné­ra­le­ment sous infor­mée : un lec­to­rat de masse, rural ou ouvrier, à qui le jour­nal pou­vait en effet appor­ter un niveau somme toute per­ma­nent de culture géné­rale et une cer­taine ouver­ture sur le monde. Le déve­lop­pe­ment tech­nique, éco­no­mique, puis cultu­rel a fait naître simul­ta­né­ment une classe ouvrière supé­rieure, une classe moyenne, une petite bour­geoi­sie, ain­si que des médias de masse, radio et télé­vi­sion, sur­tout, relé­guant au second plan le rôle d’éducateur pri­maire autre­fois dévo­lu aux jour­naux. Tan­dis que l’urbanisation et la dis­pa­ri­tion pro­gres­sive des cam­pagnes ren­daient caduque, ou en passe de l’être, la petite infor­ma­tion locale. De ce point de vue, il faut noter que la presse fran­çaise locale ren­contre des dif­fi­cul­tés intrin­sèques liées à la struc­ture rurale par­ti­cu­lière de ce pays aux 36 000 com­munes ! Tan­dis que les jour­naux anglo-saxons d’Europe se sont mieux adap­tés au mar­ché des concen­tra­tions urbaines. D’où, soit dit en pas­sant, l’essor des tabloïds – pour le meilleur et pour le pire…

Reve­nons-en aux « gra­tuits ». La cor­po­ra­tion jour­na­lis­tique a géné­ra­le­ment pris très mal cette concur­rence inat­ten­due ; elle a d’abord envi­sa­gé des mesures pro­tec­tion­nistes, de type judi­ciaire ou de lob­bying poli­tique. Elle s’est repliée sous la couette encore tiède des années glo­rieuses. Puis a pres­sen­ti que l’hiver serait long et rude. Cer­tains des patrons de presse ont pré­pa­ré une recon­ver­sion en pre­nant posi­tion dans le champ du jour­nal pré­payé. Ce fut notam­ment le cas de La Pro­vence à Mar­seille, ici dans votre région. C’est ain­si qu’on trouve dans cette grande métro­pole cinq quo­ti­diens, dont trois « gra­tuits » et un autre mar­gi­na­li­sé (La Mar­seillaise). En contre-feu à Metro et 20 minutes, les diri­geants de La Pro­vence ont lan­cé Mar­seille Plus, peut-être dans la pers­pec­tive, à moyen terme – cinq à dix ans – d’une dis­pa­ri­tion du quo­ti­dien payant, ou en tout cas de sa trans­for­ma­tion radi­cale. C’est une posi­tion réa­liste, sinon lucide, sur­tout au regard de son taux de péné­tra­tion : 20 % à Mar­seille, m’avez-vous dit… D’autres quo­ti­diens ont depuis emboî­té le pas du « petit frère “gra­tuit” » dans plu­sieurs grandes métro­poles. Sans oublier l’alliance d’Ouest-France, le pre­mier quo­ti­dien régio­nal, et celle de La Dépêche du Midi avec le pré­payé 20 Minutes.

Quel est donc l’impact des pré­payés sur les payants ? Dif­fé­rentes études mènent à des conclu­sions proches : les plus atteints sont les plus fra­giles, ceux dont la faible plus-value jour­na­lis­tique ne jus­ti­fient pas leur prix de vente. Les autres, ceux qui, par exemple, réagissent par un sur­saut qua­li­ta­tif, finissent par­fois par y gagner : en géné­ral, après un an ou deux de perte, ils regagnent des ache­teurs, comme si les pré­payés avaient tiré leur lec­to­rat vers le haut – à condi­tion que ce « haut » existe !

Le « ter­rain » deve­nu

« zone de pro­fit »

Par­lons des quo­ti­diens pari­siens, dits « natio­naux ». Eux se sont par­ta­gé un ter­ri­toire « poli­tique » plus que géo­gra­phique. Cette presse, en fait, recouvre les classes poli­tiques et socio-cultu­relles avec une assez grande pré­ci­sion, qua­si cal­quée, en pro­por­tions, sur l’échiquier élec­to­ral : de la droite à la gauche, via le centre ; du Figa­ro à Libé­ra­tion et L’Humanité en pas­sant par Le Monde, La Croix, Le Pari­sien. On y ajoute Les Echos, La Tri­bune et l’Equipe qui, eux aus­si, et plus encore, sont des jour­naux pour publics seg­men­tés. Je veux sou­li­gner ain­si que ces médias pari­siens se doivent d’exister encore au fait qu’ils ont en quelque sorte opté pour des lec­to­rats typés. Le der­nier à ne pas l’avoir fait – et j’allais d’ailleurs l’oublier – se trouve en coma pro­lon­gé depuis des années : France Soir n’a désor­mais plus de place réelle dans ce décou­page socio-poli­ti­co-cultu­rel du ter­ri­toire pari­sien et natio­nal.

Oppo­sés à ce « typage », on voit donc, par contraste, l’ensemble de la presse des régions qui s’obstine dans un rôle, à mon avis sans ave­nir, d’informateur géné­ra­liste visant indif­fé­rem­ment tout l’éventail socio­lo­gique d’un ter­ri­toire défi­ni. Et cela sans s’en être don­né les moyens, ou bien même en ayant réduit leurs capa­ci­tés jour­na­lis­tiques. Il est ain­si fré­quent que des villes de 10 000 habi­tants, voire plus, ne soient pas « cou­vertes » par un jour­na­liste. Quant aux quar­tiers sub­ur­bains, c’est pire encore !

Si les régions ont elles aus­si connu leur évo­lu­tion socio­cul­tu­relle, cela s’est pro­duit sans le concours actif des jour­naux. Les quo­ti­diens locaux n’en ont été le plus sou­vent que des obser­va­teurs sta­tiques, sou­vent atten­tifs à pré­ser­ver l’ordre éta­bli et à main­te­nir une conni­vence avec les ins­ti­tu­tions. Ils se sont mis à fabri­quer un pro­duit com­mun assez insi­pide, n’intégrant pas ou peu les nou­veaux lan­gages cultu­rels, abor­dant mal les nou­velles pro­blé­ma­tiques socié­tales. Cette pas­si­vi­té a fini par pous­ser le lec­teur vers la dis­tance et l’abandon. Comme si le jour­nal avait été, sans s’en aper­ce­voir, dépas­sé par l’exigence de son lec­to­rat. Un mou­ve­ment sans doute mal per­çu par les patrons de cette presse. Ceux-ci ont réagi en indus­triels, cher­chant des réponses tech­niques et ges­tion­naires : éco­no­mies d’échelle, syner­gies, inves­tis­se­ments dans le hard. Une sorte d’aveuglement qui, au fil de ces dix-quinze der­nières années, a en quelque sorte déna­tu­ré le ter­ri­toire jour­na­lis­tique, le bana­li­sant comme un vul­gaire lieu de mar­ke­ting, une « zone de pro­fit ». La nou­velle deve­nait une mar­chan­dise nor­ma­li­sée et le jour­na­liste un tra­vailleur intel­lec­tuel pau­pé­ri­sé et, en France, un adepte des « 35 heures ». Rachats et hyper concen­tra­tions venant – en bonne logique capi­ta­liste – cou­ron­ner le tout.

Aux Etats-Unis, nous avons connu des situa­tions sem­blables. La dif­fé­rence tient sur­tout dans les pro­por­tions. Rap­por­té à une cin­quan­taine d’Etats, le nombre de groupes de presse demeure éle­vé – du moins demeu­rait, car le rythme des concen­tra­tions s’accélère très for­te­ment. Pour com­pa­rer, il fau­drait donc se situer au niveau de l’Europe.

Pas de « culture

de l’excellence »

J’insiste : Le quo­ti­dien régio­nal pro­pose un conte­nu hété­ro­clite à une popu­la­tion qui l’est tout autant. Il croit ain­si répondre au pro­blème de la diver­si­té des publics et des attentes – qu’il ne satis­fait que très impar­fai­te­ment. Titre domi­nant sur son ter­ri­toire, voire sou­vent unique et mono­po­lis­tique, en conni­vence avec les forces poli­tiques locales, il dis­tille de l’information « blanche », faus­se­ment consen­suelle, timo­rée devant le débat et, sans grande ambi­tion jour­na­lis­tique. Sou­vent même sa qua­li­té est médiocre, voire rédhi­bi­toire : infor­ma­tions incon­trô­lées, non recou­pées, à source unique ; articles bâclés en une heure ou deux, sans tra­vail d’enquête ni de sui­vi, écrits pareille­ment à la va vite et par­se­més d’approximations, de géné­ra­li­tés et, pour finir, sau­pou­drées d’erreurs et de fautes de langue. Recon­nais­sons que ces quo­ti­diens demeurent peu ou pas impré­gnés de cette « culture de l’excellence » qui per­met aux avions de voler en sécu­ri­té – géné­ra­le­ment. Trop de jour­naux appa­raissent comme des sous-pro­duits pour un public qui a tout de même aug­men­té son niveau d’exigence ! Il ne semble pas que les édi­teurs en aient vrai­ment pris conscience. Ils conti­nuent à pro­duire du papier impri­mé comme si les nou­veaux médias – télés, radios, inter­net et toute l’information mobile qui jaillit de par­tout –, comme si tout cela n’existait pas. Pour moi lec­teur lamb­da, la ques­tion est assez simple : que va m’apporter d’autre, de plus inté­res­sant, déve­lop­pé, loca­li­sé, etc. mon jour­nal de demain par rap­port à tout ce qui m’aura été déver­sé de toutes pro­ve­nances ?

En d’autres termes, le « rur­bain » ne trouve pas son compte dans ce jour­nal. Pas plus que le rural plu­tôt âgé, ou le retrai­té, ou la femme au foyer pour qui leur quo­ti­dien sem­ble­ra deve­nu trop peu atten­tif à l’actualité des petites com­munes. Ain­si le jour­nal local devient-il machine à frus­trer ses lec­teurs… Ce qui explique l’érosion conti­nue des ache­teurs : un pour cent par an, depuis plus d’une dizaine d’années, sinon plus. Un affai­blis­se­ment pro­gres­sif condui­sant au cercle vicieux : rachat, concen­tra­tion, réduc­tion des moyens jour­na­lis­tiques, dés­in­té­rêt du lec­teur, etc.

Où, a contra­rio, l’on retrouve une cer­taine adé­qua­tion des pré­payés et leur fast-info en phase avec les modes consom­ma­toires d’une popu­la­tion jeune, zap­pante et peu argen­tée. Tel m’apparaît l’avenir – à moyen terme et pro­vi­soire – de la presse quo­ti­dienne : un réseau de pré­payés qui va s’étendre à l’ensemble du ter­ri­toire, déve­lop­pant des édi­tions urbaines jusque dans les villes moyennes, pous­sant les régio­naux à réagir ou à périr, obli­geant les natio­naux à mar­quer plus encore leurs posi­tion­ne­ments socio­po­li­tiques. Ce ne sera tou­te­fois qu’une phase inter­mé­diaire, un grand creux peut-être annon­cia­teur d’une renais­sance.

 

3) Une déferlante

technique et journalistique

Com­ment pour­rait être stop­pé le déclin des quo­ti­diens fran­çais, et en par­ti­cu­lier ceux de pro­vince ? Dimi­nu­tion régu­lière des ventes et des recettes publi­ci­taires avec pers­pec­tives d’aggravation : éro­sion endé­mique du lec­to­rat, déri­va­tion accrue des grands mar­chés publi­ci­taires vers la télé­vi­sion et les pré­payés, conso­li­da­tion d’internet comme média d’information au détri­ment de la cré­di­bi­li­té de la presse, déve­lop­pe­ment de l’ « info mobile », via les télé­phones por­tables. Sait-on aus­si, par exemple, que le fabri­cant euro­péen Phi­lips s’apprête à pro­duire en séries un sup­port en plas­tique souple, ultra léger, qui, connec­té à un télé­phone por­table, pour­ra télé­char­ger toutes sortes de publi­ca­tions ? Ce n’est déjà plus de la fic­tion : on peut sérieu­se­ment envi­sa­ger la dis­pa­ri­tion du papier-jour­nal en bobines pour rota­tives ! Puisqu’il est déjà pos­sible, à par­tir de fichiers reçus par inter­net, chez soi ou n’importe où, de télé­im­pri­mer les jour­naux.

Si la bataille ne devait être que tech­no­lo­gique, elle serait per­due d’avance. L’enjeu, bien sûr, por­te­ra plus que jamais sur les conte­nus. D’où une marge de redres­se­ment très mince car la réac­ti­vi­té des médias est aus­si faible que sa capa­ci­té à se remettre en cause. C’est un milieu fina­le­ment très conser­va­teur, peu récep­tif à la cri­tique, réti­cent à l’autocritique. Mais… Mais les jour­na­listes sont aus­si capables de miracles, non ? Il est des crises salu­taires, comme celle que tra­versent cer­tains quo­ti­diens amé­ri­cains depuis la deuxième guerre d’Irak qui a révé­lé leur manque d’attitudes cri­tiques, les affaires de bidon­nage, etc.

Reve­nons-en tout de même aux ques­tions tech­niques car elles per­turbent trop sou­vent les acti­vi­tés humaines, comme si elles en per­ver­tis­saient le sens.

L’internet va

trans­por­ter nos jour­naux

Déjà, le pré­presse est pra­ti­que­ment tenu par les rédac­tions ; les ouvriers du livre ont aban­don­né ces postes de tra­vail ; les tech­ni­ciens de fabri­ca­tion dis­pa­raissent de jour en jour. Ain­si pour le trai­te­ment de la pho­to­gra­phie : plus de sup­port maté­riel, plus de labo­ra­toire ; même les plaques d’impression sont désor­mais trai­tées numé­ri­que­ment, direc­te­ment depuis le fichier infor­ma­tique. Les locaux se vident de plus en plus, les jour­naux en viennent à louer leurs trop grands espaces ; c’est déjà le cas pour cer­tains qui regagnent le centre des villes après s’en être éloi­gnés dans des zones indus­trielles et des usines à l’allure triom­phale. S’il est encore un poste qui résiste c’est l’impression pro­pre­ment dite, avec ses grosses machi­ne­ries papi­vores, coû­teuses en salaires. D’où les regrou­pe­ments en centres d’impression régio­naux, ali­men­tés à dis­tance via les réseaux infor­ma­tiques, allon­geant cepen­dant les phases du trans­port du pro­duit impri­mé. Les patrons de presse réagissent à petite vue, cen­trés sur l’outil indus­triel, dont les pers­pec­tives – ai-je été convain­cant sur ce point ? – ne portent guère au delà d’une ou deux décen­nies.

Tout ce monde indus­trieux, encore un peu bal­za­cien, va bien­tôt être engouf­fré par la spi­rale tech­no­lo­gique ; il ne fait plus bon aujourd’hui se payer une rota­tive – 40 ans avant amor­tis­se­ment… – et les fabri­cants vendent sans doute les der­niers modèles du genre – du moins pour les quo­ti­diens, on ne parle pas ici des maga­zines.

L’internet à haut débit, en par­ti­cu­lier, est en passe de révo­lu­tion­ner tout ce monde ; le vieux fil télé­pho­nique opère une renais­sance inat­ten­due ; par l’ADSL de deuxième géné­ra­tion cir­culent dores et déjà quelque 15 méga­bits de don­nées par seconde. Tran­sitent ain­si télé­vi­sions, radios, images et textes de toutes sortes et, miracle, tou­jours le télé­phone … Demain, il va nous trans­por­ter nos jour­naux – du moins leurs conte­nus qui seront illi­co impri­més à la mai­son. Tout comme les opé­ra­teurs télé­pho­niques nous ont offert les pre­miers por­tables, les édi­teurs se feront un plai­sir de nous four­nir modems, impri­mantes et même papier – bien heu­reux qu’ils seront de n’avoir plus à payer et gérer des escouades de rota­ti­vistes, camion­neurs, manu­ten­tion­naires et éven­tuel­le­ment gré­vistes ! La fin pro­gram­mée de l’ère du pétrole va sans doute accé­lé­rer la course vers l’édition élec­tro­nique. Le papier, l’encre, l’impression, la dis­tri­bu­tion cumulent un coût éner­gé­tique en passe de deve­nir insup­por­table à très court terme.

Une fuite en avant

consom­ma­toire

« Mieux » : le lec­to­rat pour­ra enfin être seg­men­té à sa propre demande, chaque lec­teur-client com­man­dant son jour­nal selon ses propres centres d’intérêt. De l’information « à la carte ». C’est d’ailleurs déjà ce que pro­posent des ser­vices inter­net comme Google News ou Yahoo ! Mieux ou pire ?, c’est une autre ques­tion, pour un autre entre­tien…

Cer­tains jour­naux papiers ont déjà anti­ci­pé cette pro­chaine révo­lu­tion tech­nique, sous la forme d’une tran­si­tion. C’est le cas du Times of India qui publie Speed [sic], une ver­sion des­ti­née aux 14-28 ans et alliant des articles conden­sés du jour­nal et une pré­sen­ta­tion cal­quée sur le modèle for­mel d’internet : des pages comme des écrans par­se­més de bou­tons, d’images et d’ « infor­mettes » à zap­per…

Cette for­mule n’offre évi­dem­ment qu’une réponse de mar­ke­ting qui va dans le sens de la dégra­da­tion géné­rale des conte­nus. C’est une fuite en avant consom­ma­toire qui amal­game coca et infor­ma­tion-light

4) Aux journalistes de bien jouer

 

Plus inté­res­sante, plus impé­rieuse et donc autre­ment pro­met­teuse serait une réponse « par le haut » des milieux de presse. Cela implique une sorte de renais­sance jour­na­lis­tique. On se prend à rêver de jour­naux de… jour­na­listes, à fina­li­té infor­ma­tive et non pas d’abord com­mer­ciale et finan­cière.

Dans l’économie actuelle de la presse, où les ventes ne repré­sentent en moyenne que 30 % des recettes – soit le prix du papier –, les annon­ceurs financent le reste, c’est-à-dire la fabri­ca­tion et la rédac­tion. C’est l’annonceur qui paye le jour­na­liste ! Com­ment cela ne revien­drait-il pas à une prise de pou­voir sur les conte­nus ? Com­ment un sys­tème éco­no­mique domi­nant ne devien­drait-il pas un dis­cours domi­nant qui, impli­ci­te­ment ou expli­ci­te­ment, sciem­ment ou incons­ciem­ment, par­le­rait le lan­gage des mar­chands et des finan­ciers ? Les pré­payés n’ont fait que pous­ser cette logique à son extré­mi­té. De ce point de vue, leur posi­tion est cohé­rente.

Force du lec­teur

contre

folie des gran­deurs

Nous avons, aux Etats-Unis quelques cas de publi­ca­tions sans publi­ci­té, mais pas de quo­ti­diens. Pas plus qu’en Europe. En France, Le Canard enchaî­né et Char­lie Heb­do ont fait le choix déli­bé­ré d’une éco­no­mie sans publi­ci­té – d’autres publi­ca­tions vivent plus ou moins sans publi­ci­té alors qu’elles en sou­hai­te­raient. Ces deux heb­do­ma­daires montrent qu’un jour­nal peut vivre sans publi­ci­té, et sans sub­sides plus ou moins occultes. Une telle indé­pen­dance se conquiert évi­dem­ment « à la force du lec­teur », c’est-à-dire par un contrat de confiance sans cesse renou­ve­lé. Elle a aus­si un prix, celui de la maî­trise des dépenses et spé­cia­le­ment de la « folie des gran­deurs » – si belle expres­sion fran­çaise ! Ce qui ne cor­res­pond pas pour autant à un régime sec ; ces deux publi­ca­tions ne semblent pas vivre dans l’austérité. Mais : pas d’immeubles flam­boyants, de salaires indé­cents, d’effectifs plé­tho­riques, de voi­tures de fonc­tion, de secré­taires par­ti­cu­lières… Et pas non plus d’exigences de fonds de pen­sion : au diable les retraites dorées des veuves du Min­ne­so­ta ! Le drame est bien là : quand les finan­ciers ont réa­li­sé qu’ils pou­vaient faire du pro­fit avec l’information. Je reviens encore aux Etats-Unis à pro­pos des empires de presse comme ceux de Mur­doch ou de Time-War­ner. Eh bien, quand ils s’imposent de déga­ger 22 % de marge, et y par­viennent, cela signi­fie qu’ils mettent une pres­sion maxi­male sur tous les postes, y com­pris – ou d’abord sur les rédac­tions ! Cela ne peut pas pous­ser le conte­nu vers le haut !

Je ne crois pas que ce sys­tème puisse chan­ger par lui-même. C’est en fait impos­sible, à moins d’une atti­tude sui­ci­daire ou de l’illumination rédemp­trice d’un Rupert Mur­doch… Je ne dis pas que la publi­ci­té soit le Mal abso­lu ; elle peut même avoir son uti­li­té réci­proque – elle devrait d’ailleurs se limi­ter à cela : cet échange uti­li­taire de ser­vices entre un mar­chand et un sup­port plus com­mode et sélec­tif que des pros­pec­tus dans les boîtes aux lettres. Mais rien qu’un sup­port et non pas ce loup richis­sime dans la ber­ge­rie sou­dain gri­sée par l’opulence… L’argent est cepen­dant insi­dieux, agit comme un agent infec­tieux… Que faire ? Quel vac­cin en vien­dra à bout ?

A ce sujet, le cas du Monde, en France, me paraît des plus illus­tra­tifs. Voi­là un jour­nal à l’origine exem­plaire, un modèle jour­na­lis­tique – « de réfé­rence » comme il aime à se dire… –, nim­bé des ver­tus de son fon­da­teur, de la Résis­tance, etc. Un jour­nal en somme taillé pour un public bien typé, en gros pour son mil­lion de lec­teurs, avec lequel il pou­vait vivre heu­reux. Mais sans vou­loir à tout prix faire beau­coup d’enfants ! Voi­là que ses diri­geants, pris par l’ivresse de la crois­sance, ont mené « la grande vie », se sont mis à pen­ser groupe, déve­lop­pe­ment, diver­si­fi­ca­tion, péri­mètre indus­triel, par­ti­ci­pa­tions croi­sées, entrée en bourse, locaux pres­ti­gieux ren­ta­bi­li­té, expan­sion… que sais-je encore ? Une sorte de vision « à l’américaine » ! Comme si, voyons, un roma­née-conti… devait s’adapter au mar­ché de la grande dis­tri­bu­tion… Je ne sais si c’est une bonne image… Je ne sau­rais dire si Le Monde a per­du de son bou­quet, mais qu’en est-il de son indé­pen­dance fon­da­trice ? Tou­jours est-il que le jour­nal doit aujourd’hui licen­cier presque une cen­taine de jour­na­listes !

80 %

de jour­na­listes

Donc, je conti­nue à rêver, dans la lignée des bou­le­ver­se­ments tech­niques qui se pro­filent à l’horizon 2010 ou 2020… Je vois enfin des jour­naux réin­ves­tis par des jour­na­listes. Des rédac­tions qui ne seraient plus gref­fées à des usines – puisqu’il n’y aurait plus d’usines, ou alors de petites uni­tés décen­tra­li­sées autour de sortes de pho­to­co­pieuses inté­grées ser­vant les exem­plaires papier aux der­niers résis­tants…

Je vois des entre­prises de pro­duc­tion de l’information où le pre­mier poste de sala­riés serait les jour­na­listes – met­tons 80 % de l’effectif total, et non plus seule­ment ces 30 % qu’ils repré­sentent aujourd’hui. Des jour­na­listes qui ne seraient plus tenus de pro­duire cha­cun trois ou quatre articles par jour ! Donc assez nom­breux pour entre­prendre repor­tages et enquêtes dignes de ce nom, et non plus ces com­pi­la­tions de dos­siers de com­mu­ni­ca­tion, ces « copié-col­lé » sur inter­net, ces faits non contrô­lés, ces géné­ra­li­sa­tions rava­geuses… Assez nom­breux aus­si pour trai­ter, en jour­na­listes, des com­munes aujourd’hui consi­dé­rées comme des no man’s land… Bref, le pou­voir ren­du aux jour­na­listes, enfin, et les com­mer­ciaux, admi­nis­tra­tifs et ges­tion­naires à leur juste place.

Je vois encore des centres de presse ras­sem­blant des jour­na­listes mul­ti­mé­dias, tra­vaillant l’information de manière croi­sée, selon les outils et les médias : texte, pho­to, vidéo, son. Les rédac­tions tra­vaille­ront comme les agences d’aujourd’hui, avec un noyau fixe de secré­taires d’édition – gros tra­vail poin­tilleux d’édition, de véri­fi­ca­tion de l’info, de la cor­rec­tion lin­guis­tique et typo­gra­phique. Objec­tif qua­li­té totale. Plus un bataillon de repor­ters, des « muckra­kers » comme on dit en amé­ri­cain pour dési­gner ces néces­saires fouille-merde, au bon sens du mot, qui traquent et débusquent ce qui doit tout de même bien res­sem­bler à « de la véri­té » : ano­ma­lies, injus­tices, et aus­si his­toires for­mi­dables, exem­plaires, belles parce que vraies.

Enfin des jour­naux de jour­na­listes pour des lec­teurs dignes de ce nom et consi­dé­rés comme tels, en adultes atten­tifs à leur vie et au deve­nir de l’humanité. Donc des jour­na­listes voués à l’information, comme un pléo­nasme en marche!

John Mac­Gre­gor

 

Repro­duc­tion libre et encou­ra­gée. Mer­ci de pré­ci­ser les sources : John Mac­Gre­gor et CIN­Q­sur­CINQ

Mer­ci à Edith pour ses conseils de tra­duc­tion.

Révélations sur John MacGregor

Sous peine de mys­ti­fi­ca­tion, un canu­lar ne vaut que s’il est révé­lé. Alors allons-y : John Mac­Gre­gor est le nom de plume que je me suis don­né pour les besoins de la cause. Quelle cause ? Celle d’un regard cri­tique sur cette presse que je fré­quente de près depuis quatre décen­nies (…). Celle aus­si d’une expres­sion cri­tique atten­tion­née que j’exprime désor­mais sur ce site de CIN­Q­sur­CINQ, et ce dans l’espoir de sus­ci­ter un débat. Espoir à peu près vain. Peut-être parce que « nul n’est pro­phète en son pays ». D’où cette idée d’un obser­va­teur exté­rieur, étran­ger, paten­té, gra­dé, diplô­mé, auto­ri­sé – et même amé­ri­cain. L’occasion aus­si, il est vrai, de pous­ser plus loin, voire plus haut, l’exercice de dis­tan­cia­tion par l’emprunt d’un per­son­nage étran­ger – et d’ailleurs ima­gi­naire. Encore que, des John Mac­Gre­gor… Google n’en livre pas moins de 412 000 occur­rences (en 0,06 seconde !) J’aurais dû me méfier. J’aurais ain­si appris qu’il existe sous ce nom, entre mil­liers, un artiste cana­dien renom­mé et aus­si un jour­na­liste aus­tra­lien per­sé­cu­té par une secte qu’il a dénon­cée.

Mais à part le per­son­nage d’emprunt, le reste existe bien : le MIT et le Com­pa­ra­tive media stu­dies sont tou­jours à Cam­bridge (je m’y suis d’ailleurs bien ren­du en 1977 lors d’une enquête aux Etats-Unis). Et, après tout, même si les médias vont mal, l’information a plus que jamais l’avenir devant elle.

Gérard Pon­thieu

• Mer­ci à Odile, Jean-Fran­çois et Ber­nard pour leurs apports sur l’éthique du canu­lar.

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