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Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Infor­mé par un ami 1 d’un billet de blog au titre allé­chant : « La Répu­blique vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Jour­nal d’un avo­cat - Ins­tan­ta­nés de la jus­tice et du droit.

La Répu­blique. Ange-Louis Janet (1815-1872) © Musée Carnavalet

LEolas en ques­tion semble être désor­mais le plus connu des avo­cats ano­nymes… Ne vou­lant pas mêler liber­té de juge­ment et affaires pro­fes­sion­nelles, il s’abrite der­rière ce pseu­do­nyme, lequel nous dit Wiki­pé­dia, vient du mot gaé­lique irlan­dais eolas qui signi­fie « connais­sance, infor­ma­tion. » Que voi­là une bonne réfé­rence ! Aus­si n’est-il pas éton­nant que cet homme de droit s’en prenne si sou­vent à la presse, grande péche­resse dans son propre domaine. D’où cet exergue, qui rejoint mon cre­do : « Qui aime bien châ­tie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édi­to de L’Opinion. 2

Voi­ci les faits, remon­tant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cin­glante) d’Eolas :

« Sébas­tien X. est l’heureux pro­prié­taire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trouve une mai­son d’habitation et un garage. On y accède par un por­tail don­nant sur la voie publique, par lequel une auto­mo­bile peut pas­ser afin de rejoindre le garage. Le trot­toir devant cet accès est abais­sé, for­mant ce que l’on appelle une entrée car­ros­sable et plus cou­ram­ment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comp­tait pas res­ter long­temps chez lui, peu importe, Sébas­tien X. a garé sa voi­ture devant l’accès à sa pro­prié­té, au niveau du bateau. “Que diable, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai voca­tion à uti­li­ser cet accès. Or en me garant ain­si, je mani­feste de façon uni­voque que je n’ai nulle inten­tion d’user de ce dit pas­sage”. Oui, Sébas­tien X. s’exprime dans un lan­gage sou­te­nu, ai-je décidé.

« Fata­li­tas. Un agent de police pas­sant par là voit la chose, et la voit d’un mau­vais œil ; sans désem­pa­rer, il dresse pro­cès-ver­bal d’une contra­ven­tion de 4e classe pré­vue par l’article R.417-10 du code de la route : sta­tion­ne­ment gênant la cir­cu­la­tion. Sébas­tien X., fort mar­ri, décide de contes­ter l’amende qui le frappe, fort injus­te­ment selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébas­tien X. dépose une requête, à laquelle le juge de proxi­mi­té de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas contes­té que l’entrée car­ros­sable devant laquelle était sta­tion­né le véhi­cule de M. X. est celle de l’immeuble lui appar­te­nant qui consti­tue son domi­cile et des­sert son garage, et que le sta­tion­ne­ment de ce véhi­cule, sur le bord droit de la chaus­sée, ne gêne pas le pas­sage des pié­tons, le trot­toir étant lais­sé libre, mais, le cas échéant, seule­ment celui des véhi­cules entrant ou sor­tant de l’immeuble rive­rain par son entrée car­ros­sable, c’est à dire uni­que­ment les véhi­cules auto­ri­sés à emprun­ter ce pas­sage par le pré­ve­nu ou lui appartenant”.

Mais voi­là-t-il pas que le repré­sen­tant du minis­tère public, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pour­voi en cas­sa­tion. Et la cour, en effet, a cas­sé. Ledit juge­ment s’est trou­vé annulé.

Alors, se demande gou­lu­ment l’avocat : « Pour­quoi la cour de cas­sa­tion a-t-elle mis à l’amende ce juge­ment ? Pour deux séries de motif dont cha­cun à lui seul jus­ti­fiait la cassation. »

À par­tir de là, puisque je ne vais pas reco­pier la longue autant qu’argumentée et pas­sion­nante plai­doi­rie de l’avocat, je vous invite à la lire direc­te­ment ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tien­drai à quelques réflexions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des ques­tions essen­tielles, non seule­ment sur la Répu­blique et la démo­cra­tie mais plus géné­ra­le­ment sur l’état de la socié­té, donc sur les com­por­te­ments indi­vi­dua­listes ou communautaristes.

L’usage de l’automobile et, en géné­ral, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des com­por­te­ments humains – à l’humanité rela­tive, spé­cia­le­ment dans les villes, en dehors de toute urba­ni­té… C’est en quoi cet article de Maître Eolas revêt son impor­tance poli­tique, voire idéo­lo­gique et phi­lo­so­phique. Il pose en effet – depuis son titre, « La Répu­blique vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la ques­tion du bien com­mun, cen­sé être codi­fié et confor­té par la Loi. Cette Loi (avec majus­cule) si sou­vent bafouée, par des hors-la-loi dont notre socié­té a bien du mal à endi­guer les flots : manque de pri­sons, qui débordent, de juges, de poli­ciers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence com­mune, défi­nis­sait comme « ce sens com­mun qui nous aver­tit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de : 

– Se foutre du code de la route, spé­cia­le­ment des limi­ta­tions de vitesse et mettre ain­si des vies en dan­ger ; cau­ser un bou­can infer­nal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incen­dier pou­belles et voi­tures ; insul­ter qui­conque par des pro­pos agres­sifs et racistes 3 ; bar­rer des rues pour empê­cher l’accès de la police dans des « ter­ri­toires per­dus de la Répu­blique » 4 Liste non exhaustive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moi­tié des richesses mon­diales soit entre les mains des 1 % les plus riches, tan­dis que 99 % de la popu­la­tion mon­diale se par­tagent l’autre moi­tié, tan­dis que 7 per­sonnes sur 10 vivent dans un pays où les inéga­li­tés se sont creu­sées ces 30 der­nières années. (Rap­port Oxfam, 2014).

– … Et que les riches conti­nuent à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la pri­mau­té du droit sur le pou­voir poli­tique, de sorte que gou­ver­nants et gou­ver­nés, doivent obéir à la loi, tous étant ain­si égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comp­te­ra sur les talents, la chance, et sur­tout la « bonne for­tune »… Rien à voir avec le degré de démo­cra­tie d’un régime ! Où serait alors le « monde com­mun » entre les nou­velles élites de l’industrie, du com­merce, de la banque, des arts, du sport et de la poli­tique ? – cette nou­velle aris­to­cra­tie, à l’hérédité finan­cière et aux reve­nus éhon­tés, injurieux.

État de droit, ou État de tra­vers ? Par delà le désordre éco­no­mique fac­teur de misère 5, c’est l’ordre sym­bo­lique du monde – celui de la jus­tice et du bien-être par le « pro­grès » tant van­té – qui se trouve gra­ve­ment atteint et accen­tue le res­sen­ti­ment géné­ral et la mal­veillance des lais­sés pour compte. Tan­dis que les déma­gogues de tous poils se ren­gorgent sous de grandes envo­lées éga­li­ta­ristes, accu­sant l’État et ses « élites », dénon­çant les démons, les com­plots, le « sys­tème ». Ce qui revient à désen­ga­ger le citoyen de sa propre res­pon­sa­bi­li­té – ce qui, il est vrai, pos­tule sa liberté.

À ce stade, on ne peut igno­rer l’autre res­pon­sa­bi­li­té, celle des gou­ver­ne­ments, dont elle ques­tionne leur forme et leur légi­ti­mi­té. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la Répu­blique en tant que démo­cra­tie théo­rique, se voit confron­tée à l’État tout court. Cer­tains cou­rants anar­chistes y ont vu et conti­nuent à y voir le mal abso­lu. D’autres, plus phi­lo­so­phiques que dog­ma­tiques, ont su poser les prin­cipes de fond. Ain­si Prou­dhon quand il écrit : « La liber­té est anar­chie, parce qu’elle n’admet pas le gou­ver­ne­ment de la volon­té, mais seule­ment l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la néces­si­té », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pou­voir ». Ou Éli­sée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expres­sion de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du sta­tion­ne­ment illé­gal si fine­ment ana­ly­sé par Maitre Eolas. Par­tant d’une amende à 35 euros, dénon­cée par un jour­na­liste sur­feur et déma­gogue 6, on en arrive à embras­ser la com­plexi­té d’un tout his­to­rique et phi­lo­so­phique, dont les fon­da­tions datent de l’Antiquité grecque et romaine, tan­dis que l’édifice entier demeure sous écha­fau­dages, plus ou moins (in)stable, selon le rap­port incer­tain entre bâtis­seurs et démo­lis­seurs – ce qui consti­tue l’Histoire.

Notes:

  1. Mer­ci Daniel !
  2. Média éco­no­mique d’inspiration libé­rale, pro-busi­ness, euro­péenne.
  3. Rou­lant à vélo dans les quar­tiers Nord de Mar­seille, je me suis fait trai­ter de « sale pédé » et mena­cer de cas­sage de gueule par un Noir hai­neux [c’est un fait] en bagnole, voci­fé­rant parce qu’empêché de me pas­ser des­sus dans une rue étroite !
  4. Je parle de ce que je connais : à Mar­seille, quar­tiers Nord encore, cité de la Cas­tel­lane pour être pré­cis : des guet­teurs au ser­vice de tra­fi­quants de drogue sont pos­tés en per­ma­nence et une rue (au moins) est obs­truée par des blocs de pierre et des cha­riots de super­mar­ché. Lire sur ces ques­tions La Fabrique du monstre, une enquête à Mar­seille de Phi­lippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les mal­fa­çons de la Répu­blique fran­çaise » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mytho­lo­gie dégui­sée en « science »
  6. Le titre de son article taclé par Eolas : « Sta­tion­ne­ment inter­dit » ou Kaf­ka au volant. La chute du papier est évi­dem­ment du même ton­neau libé­ra­liste : « Il y a, fina­le­ment, plu­tôt de quoi en pleu­rer de rage. Que disait Pom­pi­dou, déjà ? Ah oui : « Arrê­tez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mau­vais sens du mot, évi­dem­ment.


Tapie, patron de « La Provence » et papa piston

Il disait n’avoir pas besoin d’acheter un jour­nal quand on pou­vait se payer un jour­na­liste… Mais il a chan­gé d’avis, ne sachant sans doute quoi faire de tout ce pognon accu­mu­lé à par­tir d’affaires, disons louches… Bref, Tapie est deve­nu patron de La Pro­vence entre autres canards du sud-est. On se deman­dait pour­quoi, tout en ayant quelques idées. Sans peut-être avoir pen­sé à ces petits arran­ge­ments fami­liaux, ain­si résu­més en ce dimanche de Pâques par ces innom­brables tweets, comme celui-ci :

Ber­nard Tapie, patron de @laprovence > Laurent Tapie, res­pon­sable web de @laprovence > Sophie Tapie, invi­tée mer­cre­di de @laprovence.

Tout est dit sur l’air du népo­tisme. On peut regar­der de plus près ici sur laprovence.com

Posez bien vos questions, hein !

Posez bien vos ques­tions, hein !

Et vive la presse (libre, j’oubliais) !


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes confon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­tacle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­diale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique média­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à fina­li­té mar­chande ; c’est pour­quoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspé­ri­tés, sur­tout pas en profondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT pré­sen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, rayon pau­vre­té, voi­ci Fabienne, jeune mère céli­ba­taire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus payer sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de riches !
– Cause tou­jours ! Des­sin de Faber ©

 

La veille, rayon « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait qua­si anal­pha­bètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des méca­niques intel­lec­tuelles grip­pées, appe­lant des efforts dou­lou­reux. Cet homme est mon­tré de près, la camé­ra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le visage se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rustre, c’est un pro­lo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la camé­ra, il veut faire bonne figure, sou­rit, croit domi­ner le ric­tus. Il parle de son fis­ton, qu’après il pour­ra même aider à ses devoirs. Et sou­dain éclate en san­glots. Et la camé­ra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la misère à ces ter­ro­ristes modernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitraillant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils téta­nisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obs­cène de cyclope.

 

Tels sont ces por­no­graphes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui isolent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la perle lumi­neuse du monde en dérive et en spectacle.

 

Qui nous trans­forment en voyeurs, culpa­bi­li­sés ou jouis­seurs secrets de nos pri­vi­lèges, com­pa­tis­sants jusqu’à la séquence sui­vante – une vedette, un spor­tif – qui fera aus­si­tôt oublier celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvrier agri­cole meur­tri par sept années en pri­son sous l’accusation men­son­gère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nour­ri­ra-t-elle l’interminable feuille­ton de cette lita­nie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors contexte, si peu politique ?

 

Enfants-mar­tyrs, ou enfants-sol­dats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépui­sable. Elle peut même, au besoin, se gros­sir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gérer les richesses » télé/géniques. Cette éco­no­mie-là aus­si est déli­cate. Rien ne serait plus contre-pro­duc­tif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exemple, son pen­dant symé­trique. Ain­si, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseu­do-exi­lé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des riches et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le montre si bien Faber et son des­sin ci-contre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices res­tent assez sup­por­tables pour qu’on sup­porte l’Injustice.


C’est pour voir”, c’est pas que pour les chiens !

© Fran­çois Ponthieu

Je sens bien que les mots, ils saturent les pauvres mots – et leurs lec­teurs avec. Alors, pour­quoi diantre ne pas aller plus sou­vent mater à côté si le monde y est plus beau, plus colo­ré, plus cau­sant aus­si fina­le­ment. A côté, c’est-à-dire là, en voi­si­nage : http://c-pour-voir.over-blog.com/ Chaque jour sa pho­to, ou presque, et réciproquement.

 


Bienvenue sur « C’est pour voir » !

Ça faisait bien longtemps que je projetais de partager mon goût pour l’image,

et spécialement pour la photographie – dont je suis un adepte et pratiquant de si longue date. 

Que ce soit par profession ou au quotidien, la photo me saisit au vol – et vice versa. 

Bref, voici ce blog, tel un album à feuilleter, à commenter au besoin, 

et même à enrichir ainsi que le suggère la formule 

« & INVITÉS ».


« C’est pour voir »

 


Suite élégiaque et diplomatique. Super-Boillon « fils » de Khadafi !


Boillon défend Kadha­fi (C+)
envoyé par LePost­fr. - L’info inter­na­tio­nale vidéo.

Ça tourne au court-Boillon pour le toni­truant ambas­sa­deur de France à Tunis. Car, ce lun­di, le site Le Post a déter­ré un extrait de novembre 2010 du Grand jour­nal, émis­sion télé de Canal+. On y voit [ci-des­sus] Boris Boillon défendre Kadha­fi. Dans un pre­mier temps, il faut toute l’insistance de Jean-Michel Apha­tie pour que le diplo­mate recon­naisse le pas­sé ter­ro­riste du dic­ta­teur libyen, avant d’appeler à ne pas « lais­ser libre cours aux idées reçues ». Et de conclure, à pro­pos du diri­geant libyen:  « Dans la vie, on fait tous des erreurs. »

Rap­pe­lons aus­si que le même super-Boillon avait été le grand ordon­na­teur des frasques de Kha­da­fi lors de sa visite offi­cielle en France, en décembre 2007 – y com­pris donc les défi­lés du cor­tège dans Paris et la fameuse tente de « bédouin » mon­tée dans les jar­dins de l’hôtel Matignon.
Le « colo­nel » y fut reçu avec tous les hon­neurs sar­ko­zyens, ain­si qu’on le voit éga­le­ment sur cette vidéo :


Internet et Cie. Du bon usage du nazisme, du professeur Kuing Yamang et de la falsification

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://www.facebook.com/pages/On-sait-ce-que-lon-veut-quon-sache/143363392375566

Voi­là que refleu­rissent les détour­ne­ments, à la manière des situa­tion­nistes dans les années 60, notam­ment à par­tir de films sud-coréens de kung-fu. Celui ci nous est venu par Domi­nique Dréan (mer­ci !) via un de ses com­men­taires. Il s’agit d’un pas­sage de « La Chute » (Der Unter­gang), un film alle­mand d’Oliver Hir­sch­bie­gel (2004). On y voit Hit­ler dans son piteux déclin, en proie à l’hystérie. Les sous-titres se situent, c’est le cas de le dire, dans la tra­di­tion anar­chiste, pro­je­tant une repré­sen­ta­tion néo-spar­ta­kiste du mou­ve­ment de libé­ra­tion du peuple…

Pour un peu on y croi­rait… Mais aujourd’hui…, c’est l’espérance qui manque le plus. Quand bien même le poli­tique en por­te­rait de manière cré­dible, il lui fau­drait encore vaincre le contre-mou­ve­ment de repli indi­vi­duel et, par delà, recréer les liens dis­ten­dus, sinon rom­pus, entre le moi-je et le nous socié­tal – ce qu’un bon mien copain dénomme « l’articulation du je-nous »… dont l’arthrose fait pour le moins boi­ter nos sociétés.

Autre remarque de fond. Il s’agit du recours au nazisme comme « argu­ment » de com­pa­rai­son. Cette fai­blesse par l’outrance mani­chéenne ten­drait à assi­mi­ler le sar­ko­zysme au nazisme, ce qui est déli­rant. Une occa­sion de plus pour évo­quer ce qu’on appelle la « loi de God­win », du nom de son inven­teur, Mike God­win, cher­cheur à l’Université Yale aux Etats-Unis. L’énoncé : « Plus une dis­cus­sion en ligne dure long­temps, plus la pro­ba­bi­li­té d’y trou­ver une com­pa­rai­son impli­quant les nazis ou Adolf Hit­ler s’approche de 1.» De même, dans un débat, atteindre le point God­win revient à signi­fier à son inter­lo­cu­teur qu’il vient de se dis­cré­di­ter en véri­fiant la loi de God­win. Et par exten­sion, du fait de la poly­sé­mie du mot « point », des « points God­win » peuvent être attri­bués à l’unité.

Cette « loi » s’appuie donc sur l’hypothèse selon laquelle une dis­cus­sion qui dure peut ame­ner à rem­pla­cer des argu­ments par des ana­lo­gies extrêmes. L’exemple le plus cou­rant consiste à com­pa­rer le thème de la dis­cus­sion avec une opi­nion nazie ou à trai­ter son inter­lo­cu­teur de nazi et de fas­cistefacho »). Si le sujet de la dis­cus­sion était très éloi­gné d’un quel­conque débat idéo­lo­gique, une com­pa­rai­son de ce genre est consi­dé­rée comme un signe d’échec de la dis­cus­sion. On estime alors qu’il est temps de clore le débat, dont il ne sor­ti­ra plus rien de per­ti­nent : on dit que l’on a atteint le « point God­win » de la dis­cus­sion. [Voir de mul­tiples pro­lon­ge­ments sur le sujet sur inter­net, et notam­ment là, avec four­ni­tures d’exemples hexa­go­naux fameux].

Néan­moins, pour en reve­nir à la vidéo du départ, c’est à voir là, et ça per­met de se réga­ler du talent de comé­dien de Bru­no Ganz et cet extrait d’un film remarquable.

Autre exemple du même genre qui, celui-là, galope à bride abat­tue sur la toile. Domi­nique, le même, me l’a aus­si envoyé, comme avant lui plu­sieurs autres inter­nautes. Ça en devient un hoax, c’est-à-dire une fausse info – sou­vent accom­pa­gnée d’un cer­ti­fi­cat d’authenticité genre « VÉRIDIQUE ! », en capi­tales et en gras. (Voir le site hoax­bus­ter, qui traque ce genre de « nouvelles »).

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://www.youtube.com/watch?v=DMKb9A6Kouk

En l’occurrence, il s’agit d’une émis­sion de télé chi­noise dans laquelle le «véné­rable  pro­fes­seur  Kuing Yamang» ana­lyse doc­te­ment le déclin de la France. Le pro­pos est cin­glant, argu­men­té et„ sur­tout, trouve sa por­tée du fait de son ori­gine, l’empire du Milieu…

Voi­ci com­ment Chris­tophe S.-B. pré­sente l’affaire : « En effet, j’ai vu cette vidéo cou­rant juin. Il s’agit d’un canu­lar à la manière des situa­tion­nistes (fin des années 50 début des années 70). Je pense à un film situa­tion­niste de 1973 moquant le régime maoïste inti­tu­lé « La dia­lec­tique peut-elle cas­ser des briques  », oeuvre de René Vie­net - qui reprend des films de Kung Fu en VO , et sous-titre les dia­logues par des dis­cus­sions sur la lutte des classes, et la guerre entre le pro­lé­ta­riat et les bureau­crates. Ce genre de détour­ne­ment de l’image ne date donc pas d’hier.

« L’auteur de ce petit pétard se veut mettre en scène un sup­po­sé pro­fes­seur chi­nois dénom­mé Kuing Yamang (Koui­gna­mann, le gâteau bre­ton ). Le pro­blème ne tient pas seule­ment au conte­nu des sous-titres bidon­nés qui portent des juge­ments à l’emporte-pièce sur les Fran­çais mais sur­tout à la per­son­na­li­té bien réelle qui s’exprime qui n’est autre que l’ancien ambas­sa­deur de Chine en France et ex-porte parole du minis­tère chi­nois des affaires étran­gères, Wu Jian­min, actuel­le­ment membre Bureau inter­na­tio­nal des expo­si­tions (BIE) pour Shan­ghai Expo 2010. Les sous-titres sont faux et les deux hommes parlent de l’Exposition Uni­ver­selle de Shanghai.

[…] « L’auteur  du  canu­lard  est  un  mili­tant  libé­ral,  bre­ton  « bre­ton­nant »  bien  de  chez  nous (de Lorient),  Yann  Cahe­rec. Pour  faire  par­ler  de  lui,  il  a  plu­tôt  reus­si  son coup. »

L’auteur de cette vidéo paro­dique l’avoue lui-même sur la page You­tube de la vidéo. Il ne fal­lait donc pas aller bien loin pour véri­fier, mais c’était tout de même trop pour quelques blo­gueurs qui sont tom­bés dans le pan­neau. Et ain­si de détailler :

Fdesouche.com la publie comme authen­tique, avant que ses com­men­ta­teurs ne lui fassent part de la super­che­rie. Il essaie depuis de faire pas­ser son erreur pour une plaisanterie.

Novopress.info de même, allant jusqu’à qua­li­fier la vidéo de “reten­tis­sante” et d’en citer cer­tains pas­sages, avant de se raviser.

L’Observatoire des Sub­ven­tions publie éga­le­ment cette vidéo tru­quée. La encore la véri­té est réta­blie dans les com­men­taires, par­fois peu amènes envers le site.

Sur ExpressionLibre.net, tou­jours pas de démen­ti si ce n’est dans les commentaires.

Et la rédac­tion belge de 7sur7.be, qui à défaut d’appliquer la déon­to­lo­gie, y pense sin­cè­re­ment: « Cette vidéo est à prendre avec des pin­cettes: per­sonne ne par­lant man­da­rin à la rédac­tion, nous ne pou­vons assu­rer nos lec­teurs de la véra­ci­té des sous-titres. Le “pro­fes­seur Yamang” n’est pas sérieu­se­ment réfé­ren­cé sur le Net. Cepen­dant, la teneur des pro­pos étant de nature à inter­pel­ler et à faire réflé­chir, nous avons déci­dé de main­te­nir l’article en ligne. »

Enfin, et entre autres sans doute, sur BFM TV, Oli­vier Maze­rolle, un vieux de la vieille, gobe l’affaire et la fait gober à Cécicle Duflot (Les Verts), tan­dis qu’une image de Sar­ko­zy est intro­duite par­mi les autres de manière sub­li­mi­nale. De quoi gloser !

Le mot de la fin à l’auteur du détour­ne­ment vidéo, qui répond à un com­men­ta­teur lui repro­chant que sa blague soit prise au sérieux par plu­sieurs per­sonnes: « Les gens sont cré­dules, ils n’ont qu’à véri­fier les sources ou réflé­chir un peu au lieu de croire bête­ment toutes les conne­ries qu’on leur balance. Je n’ai pas fait cette vidéo pour par­ler de la Chine, ce n’est pas le sujet, mais pour expo­ser une cer­taine vision de notre socié­té. Lis ou relis les Lettres per­sanes de Mon­tes­quieu : J’aime bien cette idée de faire par­ler des gens assez exté­rieurs au problème. »

Belle et « véri­dique » leçon média­tique, pas vrai ?


L’Élysée face à une (nouvelle) affaire de « trou du cul »

Voi­ci le tout der­nier sport à la mode : sup­po­sez que l’envie vous prenne, comme ça, pour vous culti­ver ou pas­ser le temps, de taper « trou du cul » dans la case Google de votre navi­ga­teur… Hein, quoi ? C’est déjà fait, bon j’arrive après la bagarre. Laquelle ne fait pour­tant que com­men­cer. Et déjà 1 780 000 résul­tats en 0,28 seconde ! Trop forts ces gogols !

Quant au rap­port entre la requête et les résul­tats rela­tifs à un pré­sident de la Répu­blique fran­çaise, alors là, voyez les poli­to­logues et autres trou­de­ba­lo­logues qui ne manquent pas de dis­ser­ter sur le des­tin du Petit Nico­las et sur ses affres ély­séennes. Lui qui aura tant oeu­vré au déclin de la fonc­tion pré­si­den­tielle, à la déva­lo­ri­sa­tion du « plus haut per­son­nage de l’État »… Gran­deur et misères des règnes en déchéance.

Libération.fr explique : « Ce n’est pas la pre­mière fois que Nico­las Sar­ko­zy est la cible de ce genre de farce. En 2005, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Google pro­po­sait de visi­ter le site offi­ciel du film Izno­goud, dont la devise est « Je veux être calife à la place du calife ». En juillet 2009, le pré­sident de la Répu­blique avait été une nou­velle fois vic­time d’un Google Bom­bing (lire l’article). Son ancien site de cam­pagne pré­si­den­tielle arri­vait alors en tête des recherches Google lorsque l’on tapait « trou du cul du web ».

Google doit tra­vailler dur à une parade qui réta­blisse enfin la digni­té sarkozienne.


Censure. Les ciseaux d’Anastasie travaillent dans les têtes

Aus­si vieille que les médias… Ici, vue par « L’Éclipse », 19 juillet 1874

Le Monde a publié jeu­di [6/5/10] une tri­bune du jour­na­liste et polé­miste André Ber­coff, inti­tu­lée « La France à la niche - Halte au maso­chisme ! » Les pre­mières lignes indiquent bien le pro­pos et sa tona­li­té : « Aujourd’hui, notre pays est occu­pé dou­ce­ment, gen­ti­ment, insi­dieu­se­ment, par le camp du Bien. La police de la pen­sée cor­recte triomphe sur tous les étals médiatico-politiques. »

Je me retrouve aus­si assez bien dans la suite : «Semble enfin accom­plie la cas­tra­tion de ce peuple fran­çais qui, jadis, pre­nait des bas­tilles et, il y a encore quelques décen­nies, fai­sait mine de défi­ler pour chan­ger la vie. L’alibi de la crise a bien tra­vaillé : tous à la niche. Et à la cen­sure. » Et vous allez voir, à pro­pos de cen­sure, l’écho que ce qui vient sus­cite chez l’auteur de ce blog  cen­su­ré par Le Monde… :

« Désor­mais, il est inter­dit de ne pas inter­dire. Ne fumez plus : can­cer du pou­mon. Ne buvez plus : cir­rhose du foie. Ne bai­sez plus : sida et autres mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­sibles (MST). Ne man­gez plus : pes­ti­cides et OGM. Ne sor­tez plus : atten­tats. Ne par­lez plus des juifs : vous serez condam­né pour anti­sé­mi­tisme. Ne cari­ca­tu­rez plus Maho­met : vous serez incen­dié avant d’être égor­gé. N’osez plus une plai­san­te­rie sur les gays : l’homophobie vous guette. Ne racon­tez pas une his­toire sur les Blacks : vous serez vitu­pé­ré raciste à part entière. En revanche, vous pou­vez vous en don­ner à coeur joie sur la pédo­phi­lie de l’Eglise. Plus besoin de pro­cu­reur : les ciseaux tra­vaillent dans les têtes. »

Et c’est là que je veux en venir, car à ce niveau de l’article, Le Monde place ce qu’on appelle un exergue, cen­sé mettre en valeur un pas­sage fort de l’article  – le voici :

Ain­si, d’un côté, le Monde papier, sup­porte la dénon­cia­tion d’un fait déplo­rable (faire des juifs un sujet tabou), et de l’autre, lemonde.fr, cen­sure un blog (C’est pour dire) à par­tir d’un simple com­men­taire par­lant de « lob­by juif » ! D’un côté un Ber­coff qui s’insurge, de l’autre un blog qu’on exé­cute. Je ne dis pas qu’il y ait eu concer­ta­tion entre les deux sup­ports, mais le fait  – qui cor­ro­bore  la dénon­cia­tion de Ber­coff – est sur­tout qu’un sys­tème auto­ma­tique d’alerte à par­tir de deux mots « inter­dits », lob­by-juif, entraîne une cen­sure non moins auto­ma­tique, aveugle – orwel­lienne pour tout dire. Anas­ta­sie, cette garce cas­tra­trice à l’éternelle jeunesse…


« C’est pour dire » vire au rouge (cerise)

On se sent quand même mieux chez soi… Vous avez vu : grand net­toyage de prin­temps, coup de pein­ture avec virage au rouge, encore quelques tra­vaux en cours, des rac­cords de ci-de là. « C’est pour dire » a quit­té son sous-pente alloué par Le Monde pour emmé­na­ger dans ses propres murs, ceux de CIN­Q­sur­CINQ, mon ancienne agence consa­crée à la presse, aujourd’hui délo­ca­li­sée à 新 华网_传播中国报道世界.

Virage au rouge, car j’ai vu rouge sous le coup d’une fer­me­ture déci­dée de manière abrupte par les ges­tion­naires du monde.fr. Ceux-ci ont en même temps condi­tion­né le déblo­cage du blog à la sup­pres­sion de mon der­nier article où je m’élevais contre cette cen­sure tout en ana­ly­sant sa per­ver­sion. Contraint, j’ai fini par sup­pri­mer cet article, pré­ser­vant ain­si le blog et son conte­nu, ain­si que la pos­si­bi­li­té d ‘y trou­ver le nou­veau lien du « C’est pour dire libé­ré ». Pour plus d’explicaitons, voyez l’article liti­gieux ci-des­sous.

Bref, voi­là donc l’An I du nou­veau « C’est pour dire », avec tout son mil­lier d’articles parus sous l’Ancien régime… et qui repart de plus belle, comme en un jour de prin­temps annon­cia­teur du Temps des cerises.

»> Mer­ci spé­cial à l’ami Yanic Gor­net, grand mani­tou et démé­na­geur infor­ma­tique. Et à Anne pour ses fleurs de cerisier.

»> Lors du démé­na­ge­ment, des car­tons pleins de com­men­taires sont tom­bés du camion; il n’en reste donc qu’environ 600 sur ce blog, tan­dis que l’ensemble (quelque 3.000) sont res­tés dans l’ancien loge­ment [http://gponthieu.blog.lemonde.fr] où l’on peut tou­jours les consul­ter. Ain­si fluc­tue la technique.


« Lobby juif » déclenche la censure du Monde.fr sur « C’est pour dire ». Au nom des interdits, du refoulement et du penser correct ?

Le 28 mars, je reçois par cour­riel, selon la pro­cé­dure habi­tuelle éma­nant du Monde.fr, un avis de com­men­taire avec ses options de vali­da­tion ou de rejet. Ne par­lons pas encore du conte­nu. Donc, je me rends sur le pan­neau de ges­tion de mon blog et là, sur­prise, le com­men­taire en ques­tion n’apparaît pas. J’attends quelques jours, et rien ne se passe. J’en viens donc à inter­ro­ger lemonde.fr selon la pro­cé­dure du « ticket » et de manière ain­si formulée :

« Dis­pa­ri­tion d’un com­men­taire. Éton­nant : un com­men­taire (copie ci-des­sous) par­ve­nu le 28 par cour­riel n’apparaît pas sur la page de ges­tion… Mer­ci d’expliquer ce mys­tère. GP »

Et voi­ci ce que je reçois de la part des modé­ra­teurs : « Bon­jour, Si vous pen­sez que ce mes­sage n’avait pas à être sup­pri­mé par les équipes de modé­ra­tions, veuillez ren­voyer le conte­nu de ce ticket à l’adresse mail sui­vante : moderation@netino.com Ici, nous ne gérons que les pro­blèmes d’ordre tech­nique, cette équipe dédiée, elle, pour­ra vous aider et éven­tuel­le­ment voir avec vous si ce mes­sage peut être remis en ligne ou pas. Cor­dia­le­ment, L’équipe des modé­ra­teurs. »

On doit donc com­prendre que lemonde.fr fait sous-trai­ter l’application de sa cen­sure – appe­lons un chat un chat – par une offi­cine exté­rieure, dénom­mée « netino.com ». C’est donc à cette der­nière que j’envoie le cour­riel suivant :

« Je suis scan­da­li­sé ! De quel droit vous arro­gez-vous pour sup­pri­mer des com­men­taires ? Il s’agit de cen­sure, ou je ne m’y connais pas. Ou vou­driez-vous pré­tendre que tout mes­sage conte­nant le mot « juif » serait écar­té ? Assu­mez, je vous prie, cette ano­ma­lie dont j’exige une expli­ca­tion. Gérard Ponthieu »

J’en viens au conte­nu dudit com­men­taire, tel qu’il m’est parvenu :

« Un nou­veau com­men­taire sur l’article n°2678 « Le Proche-Orient pour les nuls » attend votre approbation

Auteur : Nadia Amir (IP: 41.200.98.160, 90.84.49.5, 81.52.160.12 , ) E-mail : fatiaa@hotmail.com Whois : http://ws.arin.net/cgi-bin/whois.pl?queryinput=41.200.98.160, 90.84.49.5, 81.52.160.12

Com­men­taire : Dru­cker, Elka­bach, Zem­mour tous au ser­vice du lob­by juif. Les médias fran­çais sub­jec­tifs.

Pour vali­der ce com­men­taire, allez ici [etc.] »

Comme je n’ai tou­jours pas reçu d’explications ni de réponse [à la date du 7/4/10] à cette cen­sure, ni du monde.fr, ni de ses cer­bères paten­tés, je déballe le tout sur la place publique. 

Venons-en au fond, c’est-à-dire au conte­nu de ce com­men­taire. Certes, il n’apparaît pas des plus fute-fute et ce n’est pas sa publi­ca­tion qui aurait inver­sé les pôles ter­restres et encore moins réglé le conflit du Proche-Orient ! Je m’apprêtais cepen­dant à le vali­der pour publi­ca­tion. Pour au moins trois raisons : 

– D’abord un prin­cipe : le res­pect envers une expres­sion, même mal­adroite, sans me pré­va­loir sur elle d’un droit abso­lu de vie et de mort. Le pro­pos est dis­cu­table (propre à a dis­cus­sion !) mais nul­le­ment dif­fa­ma­toire, ni inci­tant à la haine ou inju­rieux ou raciste – toutes limites pré­vues par la loi.

Ensuite en rai­son même dudit conte­nu qui, dans sa forme brute et pri­maire (nul­le­ment meur­trière tout de même !) exprime un refou­le­ment glo­bal, tel­le­ment pré­sent dans notre époque, et en somme confir­mé pré­ci­sé­ment par la cen­sure totale dont il fait l’objet.

– Enfin parce qu’on ne doit sépa­rer ce com­men­taire du contexte de son expres­sion ; c’est-à-dire, en prin­cipe, du lieu et de la per­sonne qui l’a émis, mais on n’en sait rien ou presque : une femme du nom de Nadia Amir, mes­sage émis d’un ser­veur en Afrique… ; et sur­tout en cor­ré­la­tion, c’est bien le moins, avec l’article (de 2006 !) auquel il se rap­porte et qui, pré­ci­sé­ment, porte sur le (sale) trai­te­ment par les médias domi­nants du conflit au Proche-Orient. C’est là l’occasion de retour­ner voir cet article – paru sous la signa­ture de Sin­di­bad au nom de la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Juste au Proche-Orient (CAPJPO) – et les com­men­taires, nom­breux, qu’il a suscités.

Main­te­nant, je peux déve­lop­per ces deux points et l’« affaire ». 

Comme pour contrer la ver­sion chi­noise de Google, il y a donc au monde.fr et alen­tours un cyber-sys­tème, type Big-Bro­ther infor­ma­tique, qui scrute et ana­lyse les conte­nus de la toile tran­si­tant dans ses eaux ter­ri­to­riales. Des détec­teurs de gros mots comme « juif » ou « lob­by juif ». Par­ler ou seule­ment évo­quer le lob­by juif déclenche donc les alarmes du poli­ti­que­ment cor­rect, ébranle la police des mœurs cor­res­pon­dantes, qui envoie les sbires cas­qués, bot­tés, tase­ri­sés – pour finir à l’échafaud de la cen­sure. Si bien que « logi­que­ment » cet article même devrait être cen­su­ré ! Quoi ? J’exagère ?

Pour cer­tains, il semble qu’on ne doive pas par­ler de lob­by juif. Il n’existe pas. Ou alors il y a long­temps. Avant les lois. Mais aujourd’hui au nom d’un néo-néga­tion­nisme (comme il y a un néo-libé­ra­lisme). Une sorte d’inversion de la liber­té, pour cor­rec­te­ment par­ler, mais qui res­semble bou­gre­ment à sa néga­tion. Et au nom d’une pré­ten­due « cor­rec­tion », au nom de nou­veaux tabous et au pré­texte d’en com­battre d’autres, ceux qui ont pré­cé­dé, mar­qués de la fureur noire de l’antisémitisme.

Je trouve cela minable, révol­tant. Non pas que je fasse une mon­tagne d’une « anec­dote » sous pré­texte qu’elle pié­ti­ne­rait mes petites pla­te­bandes. Ce fait atteint bien une réa­li­té concrète et sym­bo­lique, mani­fes­tant ain­si une de ces lâche­tés par les­quelles les socié­tés – la nôtre en par­ti­cu­lier – se délitent, prises et déprises entre l’excès laxiste – plus de fron­tières ni repères, métis­sage de tout et grande rata­touille insi­pide – et, à l’inverse, empi­lage à l’infini de lois, contraintes, pres­sions, influen­çages inces­sants et autres intoxi­ca­tions des esprits et du libre juge­ment, si ce n’est du libre arbitre.

Met­tons-nous à la place de Nadia Amir, cette incon­nue qui ose s’exprimer après s’être aven­tu­rée dans les allées incer­taines de la blo­go­sphère… Elle n’aura tou­jours pas vu son com­men­taire publié… [Je vais bien sûr lui écrire]. Qu’aura-t-elle pen­sé ? Com­ment ne va-t-elle pas trou­ver là matière à confor­ter ce qu’elle tente de dénon­cer, timi­de­ment, à savoir une conni­vence réelle, objec­tive, entre les médias domi­nants et la révol­tante injus­tice qui s’est amon­ce­lée en des décen­nies d’incompréhensions reli­gieuses, de conflits d’intérêts, d’affrontements poli­tiques, de folie géo-poli­tique de tous bords ?

Cette femme ose un com­men­taire « au niveau de son vécu ». Mais il est vrai aus­si qu’elle reste au milieu du gué. Non pas en dénon­çant: « Les médias fran­çais sub­jec­tifs » – rien de plus juste, comme par­tout d’ailleurs–, mais en asso­ciant trois « pipoles » au « lob­by juif » pour en faire une géné­ra­li­sa­tion. Du coup elle accuse trois per­sonnes du fait de leur judéi­té, ce qui est indé­fen­dable et consti­tue la fai­blesse de cette « ana­lyse » évi­dem­ment som­maire. De même en va-t-il de l’expression « au ser­vice du lob­by juif », écrite au sin­gu­lier accu­sa­teur et tota­li­taire : « le » lob­by juif, comme s’il n’y en avait pas de mul­tiples et d’autres dans tous les domaines des reli­gions, de la poli­tique, du biz­ness et tout le reste. Elle exprime ain­si, il est vrai, le dis­cours basi­que­ment « anti­sio­niste » et géné­ra­le­ment anti­sé­mite par lequel se trouve éva­cuée toute la com­plexi­té his­to­rique et cultu­relle atta­chée à la judéi­té. Là encore des consi­dé­ra­tions reli­gieuses pri­maires abou­tis­sant à des accu­sa­tions – en fait des croyances, tou­jours, nour­ries de pro­pa­gandes– de « peuple déi­cide », au rejet des Juifs dans des ghet­tos et dans des fonc­tions aux­quelles répu­gnaient les clercs des autres reli­gions, pas seule­ment chré­tienne. Pour en arri­ver à l’ « or des juifs », vam­pires de la lumière de Dieu et autres fadaises notam­ment col­por­tées par la reli­gion catho­lique jusqu’à des temps his­to­riques récents. Pour en arri­ver, bien sûr, à l’abomination abso­lue de la solu­tion finale. L’ignorance consti­tue la source de l’intolérance : refus de l’autre – juifs, tzi­ganes, homo­sexuels, par mil­lions ! – et expia­toire « puri­fi­ca­tion » qui, d’ailleurs, a « jus­ti­fié » bien d’autres géno­cides, dans l’histoire ancienne et récente !

Mais com­ment déve­lop­per toute cette com­plexi­té dès lors que la cen­sure « coupe court » au juge­ment et à l’intelligence, pour ouvrir le bou­le­vard aux fana­tismes religieux ?

Ces rac­cour­cis cou­pables sont aus­si ceux que l’on retrouve chez un Zem­mour, amu­seur média­tique, donc appe­lé à cari­ca­tu­rer. Il a ain­si été ame­né à géné­ra­li­ser un fait plu­tôt admis, sinon véri­fié par les sta­tis­tiques poli­cières. Quand il déclare : « Les Fran­çais issus de l’immigration sont plus contrô­lés que les autres parce que la plu­part des tra­fi­quants sont noirs et arabes, c’est un fait. », il livre comme une évi­dence une par­tie seule­ment d’une réa­li­té et géné­ra­lise à son tour en lais­sant entendre que le seul fait d’être noir ou arabe implique l’état de tra­fi­quant. Comme s’il oubliait, lui en tant que juif, de sur­croît, la mise en ghet­tos des ban­lieues de ces « Fran­çais issus de l’immigration », stig­ma­ti­sés comme une sous-popu­la­tion reje­tée de la socié­té, inca­pables de « vivre nor­ma­le­ment », « non civi­li­sés » pour tout dire – cela pou­vant expli­quer ceci…

Voi­là pour­quoi je m’insurge tant contre cette cen­sure – car il n’y en a pas de mineure, pro­cé­dant toute de ce même crime contre la pen­sée, via le libre juge­ment libre­ment for­mé, donc éga­le­ment infor­mé. Faute de quoi on nour­rit le refou­le­ment, l’amertume, la haine, la vio­lence, la guerre – tout le contraire de la civilisation.


Alerte générale : Langlois se lance dans la « Panouille » !

Fine plume et même fine lame s’il en est, l’auriez-vous man­qué dans son bloc-notes heb­do­ma­daire de Poli­tis que ce ne serait pas par­don­nable. Mais grand sei­gneur aus­si, voi­là qu’il vous ouvre tout grand les portes de son tout nou­veau blog. Ben oui, je parle de Ber­nard Lan­glois – comme si vous ne l’aviez pas devi­né ! – vieux pote et com­plice en moult com­bats et aven­tures jour­na­leuses. Vingt-trois ans après avoir enfan­té Poli­tis, il dit jeter l’éponge tout en mon­tant sur un autre ring qu’il dénomme « Panouille ! ». Hein, quoi ? Drôle de nom, n’est-il pas ? On ne pour­rait a prio­ri le décryp­ter sans avoir vu – ou subi – comme moi, un Lan­glois en culotte d’étudiant jour­na­leux s’essayer à la comé­die… Une vague affaire de légion­naires romains ou de hal­le­bar­diers pau­més, je ne sais plus bien… dans laquelle il tenait un rôle de figu­ra­tion, une « panouille » 
comme disent les gens de théâtre. D’où le blog du même nom, chez Politis.fr. Y a qu’à cli­quer sur le panache de Cyra­no et vous y êtes, là où il s’annonce en figu­rant, mon œil ! 

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Siné Hebdo va « chier dans la colle »

20080827sinehebdo.1219866710.jpgViré de Char­lie Heb­do sous pré­texte d” « anti­sé­mi­tisme », Siné lance Siné Heb­do, à paraître chaque mer­cre­di dès le 10 septembre.

Ligne édi­to­riale on ne sau­rait moins langue de bois  : « […] un canard qui ne res­pec­te­ra rien, n’aura aucun tabou, qui chie­ra tran­quille­ment dans la colle des bégo­nias sans se sou­cier des foudres et des ini­mi­tiés de tous les emmerdeurs !

« Comp­tez sur moi, vous n’avez pas misé sur un bour­rin… Vous n’allez pas être déçus ! Siné Heb­do va débou­ler et ça va décoif­fer ! Atten­tion les yeux ! »


Post scriptum sur le « reporter » BHL en Géorgie

À la ques­tion écrite de Rue89 : « Vous avez pris un jet pri­vé de la com­pa­gnie Dar­ta. Qui a payé cette loca­tion ? », BHL répond : « Cela ne vous regarde pas.»

Si, ça me regarde, et bien en face. Cela me regarde comme qui­conque pose la ques­tion du « De où parles-tu ? » De qui es-tu l’agent rému­né­ré ? Des USA, d’Israël, de tes propres deniers, de ta for­tune per­son­nelle, du Monde (en tant que co-admi­nis­tra­teur), de Libé (dont tu es action­naire), de tout cela un peu et dans quelles pro­por­tions ? Et cela ne nous regar­de­rait pas ?

Autre réponse inté­res­sante à Rue89, celle d’Alain Fra­chon, direc­teur de la rédac­tion du Monde, sur les condi­tions de publi­ca­tion du témoi­gnage de Ber­nard-Hen­ri Lévy :

« Nous avons reçu le témoi­gnage de Ber­nard-Hen­ri Lévy par mail - comme c’est en géné­ral le cas pour les témoi­gnages d’écrivains que nous publions à inter­valles régu­liers. Dans une rédac­tion habi­tuée à la publi­ca­tion de témoi­gnages pro­ve­nant d’écrivains aux sen­si­bi­li­tés les plus diverses, ce texte-là n’a pas sus­ci­té d’émoi particulier. »

C’est sur l’air bla­sé de « On en voit tel­le­ment d’autres ! » que répond ce patron de rédac­tion. Édifiant.

Sur l’égo encore de notre Tin­tin au Cau­case
. Ce pas­sage où le modeste per­son­nage donne une leçon de géo­po­li­tique redy­na­mi­sante à ce pauvre pré­sident Saa­ka­sh­vi­li qu’il appelle par son petit nom, Micha :

– Rue89 : Confir­mez-vous cette phrase de l’article de Gilles Hert­zog dans VSD : « Ber­nard-Hen­ri Lévy tente de leur remon­ter le moral. Pour­quoi ne pas inci­ter les pays de l’Otan qui ont appuyé la demande de la Géor­gie à se pro­non­cer solen­nel­le­ment ? Pour­quoi ne pas tenir vos conseils des ministres dans une ville mena­cée ? Saa­ka­ch­vi­li retrouve un ins­tant le sou­rire. ‘Très bonnes idées!’, lance-t-il. » ?

BHL : J’ai pro­po­sé ces deux idées. L’avenir dira si Saa­ka­ch­vi­li les a trou­vées « bonnes ».

Plu­sieurs bou­quins se sont déjà char­gés du per­son­nage. Entre autres, Nico­las Beau et Oli­vier Tos­cer (« Une Impos­ture Fran­çaise », Les Arènes), ont éplu­ché sa bio, ses comptes d’héritier d’une for­tune accu­mu­lée dans l’exploitation de la forêt afri­caine… Éga­le­ment Richard Labé­vière, jour­na­liste à Radio France Inter­na­tio­nale (RFI), et Bru­no Jean­mart, pro­fes­seur de phi­lo­so­phie et psy­cha­na­lyste, avec leur « Ber­nard-Hen­ri Lévy ou la règle du Je » (Le Temps des Cerises). Les auteurs pré­sentent BHL comme un « ser­vi­teur de l’empire amé­ri­cain et du libé­ra­lisme mon­dia­li­sé, ego média­tique vide et surdimensionné ».

On relè­ve­ra que Richard Labé­vière vient d’être bru­ta­le­ment licen­cié de RFI en plein mois d’août sous un pré­texte spé­cieux: avoir inter­viewé le pré­sident syrien Bachar al-Assad quelques jours avant sa venue à Paris pour le 14-Juillet. Comme s’il s’agissait d’une faute pro­fes­sion­nelle… Son regard cri­tique vis-à-vis des poli­tiques israé­lienne et occi­den­tale au Proche et au Moyen-Orient pour­rait être la vraie rai­son cachée de cette mise à l’écart pas­sée presque inaperçue.

William Cas­tel écri­vait same­di sur Ago­ra­vox : « Labé­vière note que sa mise au pas inter­vient au moment où Chris­tine Ockrent, épouse du ministre des Affaires étran­gères Ber­nard Kouch­ner, et Alain Pou­zil­hac prennent la tête de l’Audiovisuel exté­rieur de la France (RFI, TV5 Monde et France 24). Coïncidence ?

« Il s’agirait, ni plus ni moins, selon lui, d’imposer une lec­ture néo­con­ser­va­trice, amé­ri­caine ou israé­lienne, des crises proche-orien­tales. Avoir une lec­ture pro-pales­ti­nienne ou pro-arabe ne serait aujourd’hui plus permis.

« Retour du délit d’opinion ? Main­mise d’une pen­sée unique ? Ter­ro­risme intel­lec­tuel ? Richard Labé­vière va jusqu’à par­ler d’orwellisation de la presse fran­çaise, publique et privée. »

Une péti­tion de sou­tien a été lancée.

Inter­view ci-des­sous de Richard Labé­vière

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500 tués au travail par an, pas de quoi déranger les médias

« Vous êtes en vacances depuis deux ou trois jours. L’Ardèche est belle. Vous avez fait une balade l’après-midi et, le soir, vous êtes allé au res­tau­rant. C’est en sor­tant que vous vous aper­ce­vez qu’il y a un mes­sage sur le por­table… Mon fils aîné est tom­bé d’un écha­fau­dage alors que je com­men­çais à savou­rer mes vacances. Il est mort sur le coup. Ce 2 août 2006 est irréel. » Un drame comme il s’en pro­duit dans les 500 chaque année, rien qu’en France. Celui-là, c’est le drame de Michel Bian­co, un ami de Venelles (Bouches-du-Rhône) qui, depuis, jour après jour, bataille contre la machine broyeuse aux mul­tiples visages : machine de l’exploitation au nom du Ren­de­ment, machine judi­ciaire, machine des médias et de leur qua­si indif­fé­rence devant cette guerre sans nom – donc inexistante.

Ce 2 août 2006, Jérôme Bian­co, 32 ans, tra­vaillait, sans for­ma­tion préa­lable, sans casque, sur une plate-forme aux garde-corps non adap­tés. Il est tom­bé d’une hau­teur de huit mètres et a été tué sur le coup. Ce ven­dre­di 13 juin, le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Grasse va exa­mi­ner les fautes com­mises par les res­pon­sables des socié­tés (TFN-la Main­te­nance de Paris et Gal­der­ma), qui employaient Jérôme.

Michel, son père, n’a eu de cesse depuis de se dres­ser contre cette sorte d’omerta qui règne dans les médias de masse sur les acci­dents du tra­vail. Il livre son témoi­gnage et explique son enga­ge­ment dans un texte bou­le­ver­sant à lire sur le site du maga­zine Viva .

Selon l’assurance-maladie des tra­vailleurs sala­riés, en 2005, 482 sala­riés sont morts au tra­vail (inté­ri­maires et tra­vailleurs pré­caires en majo­ri­té). Sec­teurs les plus tou­chés : le bâti­ment et les tra­vaux publics, les acti­vi­tés de ser­vice, la métal­lur­gie, les indus­tries des trans­ports, de l’énergie, du livre et de la com­mu­ni­ca­tion. C’est aus­si dans le bâti­ment que l’on compte le plus grand nombre d’accidents ayant entraî­né une inca­pa­ci­té per­ma­nente : 51.938 en 2005.

Le BTP… voyons…, ce ne serait pas là le sec­teur-maître d’un cer­tain Bouygues, alias TF1 ? Auteur d’un docu­men­taire sur la fer­me­ture des usines Mou­li­nex, Gilles Bal­bastre, s’est livré à une étude, rap­por­tée aus­si dans Viva, sur les jour­naux de TF1 : en 2001, sur envi­ron 10 000 repor­tages dif­fu­sés, 1 600 por­taient sur la sécu­ri­té, 2 sur les acci­dents du travail.

Appli­quée à France 2, la comp­ta­bi­li­té serait-elle dif­fé­rente ? Il est à parier que non. Le pro­blème est bien plus géné­ral et com­plexe. Il relève de ce qu’on appe­lait encore naguère l’idéologie domi­nante. Laquelle ayant même réus­si à faire rin­gar­di­ser son propre énon­cé… Du coup la chose a comme dis­pa­ru – tour de passe-passe, magie des mots entour­loupe genre « révi­sion géné­rale des poli­tiques publiques », « cla­ri­fi­ca­tion de la gou­ver­nance ». Magie du verbe men­teur, vir­tua­li­sa­tion du réel… Mais une telle mise en spec­tacle ne marche (rela­ti­ve­ment) qu’avec le secours actif des médias domi­nants – pour­quoi, sinon, des maçons du BTP, des mar­chands d’armes, des che­va­liers de la mode et du luxe iraient-ils inves­tir dans ces indus­tries média­tiques aux ren­de­ments finan­ciers plus qu’incertains ? Ce serait sans comp­ter sur les retom­bées indi­rectes « flui­di­fiant » les affaires, tou­jours son­nantes et trébuchantes.

L’idéologie domi­nante domine plus que jamais
; elle ne fait que mieux se plan­quer der­rière son faux-nez. C’est d’ailleurs elle qui habille les médias de masse et qui, plus en amont, se trouve géné­ra­le­ment à l’œuvre dans la for­ma­tion des jour­na­listes au nom d’une « tech­ni­ci­té pro­fes­sion­nelle ». Tech­ni­ci­té-mon-cul aurait dit Zazie à juste titre, s’agissant de cette forme qui masque le fond.

Qua­rante ans de métier, dont la moi­tié pimen­tée de for­ma­tion m’autorisent un avis… auto­ri­sé sur la ques­tion. Exemple :

Les jour­na­listes et leur fameux pro­fes­sion­na­lisme… qui ne désigne le plus sou­vent qu’amateurisme et cor­po­ra­tisme vul­gaires. Voyons cette non moins fameuse notion de « hié­rar­chie de l’info » cen­sée ordon­ner le flux des nou­velles en fonc­tion de leur impor­tance… Impor­tance selon quoi, qui ? En fait, un truc pifo­mé­trique qui assemble, pêle-mêle, l’intérêt sup­po­sé du lec­teur et celui plus intrin­sèque du sujet, déci­dé par un juge unique, ou un col­lège res­treint – les « pro­fes­sion­nels » – selon des cri­tères élas­tiques autant qu’approximatifs, dont les plus objec­tifs relèvent en fait des condi­tions de pro­duc­tion. Selon que le « sujet » est prêt à être enfour­né au moment sou­hai­té, qu’il est « sexy » [sic], qu’il est bon mar­ché, ou pas trop cher à pro­duire, et roule-ma-poule pour ce qui est des valeurs hiérarchiques !

Quelles « valeurs » donc ? Valeurs humaines, por­teuses de jus­tice, de pro­grès social et cultu­rel, de soli­da­ri­té ? Je parle ici des médias de masse et de cette forme de jour­na­lisme mar­chand qui a peu à voir avec un pra­tique essen­tielle, éthique parce que res­pon­sable et donc réflé­chie. Je parle d’un jour­na­lisme enga­gé– « enga­gé comme un jour­na­liste » ai-je déjà cla­mé ici à pro­pos de Rys­zard Kapus­cins­ki et de cette lignée de jour­na­listes non affi­liés ni inféo­dés en aucune manière, mais râpeux, tei­gneux, oppo­sés, résis­tants, debout ! De cette espèce aujourd’hui en voie de dis­pa­ri­tion, non pas en tant qu’individus mais comme « impé­ra­tif caté­go­rique » du genre humain. Condam­nés aux poches de résis­tance – blogs et jour­naux en marge – uto­piens achar­nés ramant vers l’Espérance, cette garce fugueuse.

Car voi­là, les affai­ristes s’accrochent aux manettes. ils ont levé et for­mé à leurs bottes des armées de « tech­ni­ciens ». Et les « com­mu­ni­cants » ont sur­gi. Ça me rap­pelle Jean Gio­no par­lant de l’après-guerre [dans « Tout le long du XIXe siècle… », 1965] : « […] Les suc­ces­sives décou­vertes de la science, leur mul­ti­pli­ca­tion rapide, ins­tal­lèrent bien­tôt un abru­tis­sant confort. On rêva non seule­ment aux liber­tés des mon­tagnes, mais aux can­deurs de la sau­va­ge­rie. Des mil­liar­daires ache­tèrent des bar­be­cues. […] Arri­va « l’estivant » et, mêlé à l’estivant, l’anarchiste, le vieil et bon anar­chiste sur les­quelles toutes les socié­tés sont construites ». Il galèje peut-être un peu, le Gio­no. Mais son « esti­vant », ne serait-ce pas notre « com­mu­ni­cant » d’aujourd’hui ? Et où serait donc pas­sé l’anarchiste ?


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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