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Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Infor­mé par un ami 1 d’un bil­let de blog au titre alléchant : « La République vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Jour­nal d’un avo­cat — Instan­ta­nés de la jus­tice et du droit.

La République. Ange-Louis Janet (1815–1872) © Musée Car­navalet

LEolas en ques­tion sem­ble être désor­mais le plus con­nu des avo­cats anonymes… Ne voulant pas mêler lib­erté de juge­ment et affaires pro­fes­sion­nelles, il s’abrite der­rière ce pseu­do­nyme, lequel nous dit Wikipé­dia, vient du mot gaélique irlandais eolas qui sig­ni­fie « con­nais­sance, infor­ma­tion. » Que voilà une bonne référence ! Aus­si n’est-il pas éton­nant que cet homme de droit s’en prenne si sou­vent à la presse, grande pécher­esse dans son pro­pre domaine. D’où cet exer­gue, qui rejoint mon cre­do : « Qui aime bien châtie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édi­to de L’Opinion. 2

Voici les faits, remon­tant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cinglante) d’Eolas :

« Sébastien X. est l’heureux pro­prié­taire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trou­ve une mai­son d’habitation et un garage. On y accède par un por­tail don­nant sur la voie publique, par lequel une auto­mo­bile peut pass­er afin de rejoin­dre le garage. Le trot­toir devant cet accès est abais­sé, for­mant ce que l’on appelle une entrée car­ross­able et plus couram­ment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comp­tait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa pro­priété, au niveau du bateau. “Que dia­ble, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai voca­tion à utilis­er cet accès. Or en me garant ain­si, je man­i­feste de façon uni­voque que je n’ai nulle inten­tion d’user de ce dit pas­sage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un lan­gage soutenu, ai-je décidé.

« Fatal­i­tas. Un agent de police pas­sant par là voit la chose, et la voit d’un mau­vais œil ; sans désem­par­er, il dresse procès-ver­bal d’une con­tra­ven­tion de 4e classe prévue par l’article R.417–10 du code de la route : sta­tion­nement gênant la cir­cu­la­tion. Sébastien X., fort mar­ri, décide de con­tester l’amende qui le frappe, fort injuste­ment selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébastien X. dépose une requête, à laque­lle le juge de prox­im­ité de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas con­testé que l’entrée car­ross­able devant laque­lle était sta­tion­né le véhicule de M. X. est celle de l’immeuble lui appar­tenant qui con­stitue son domi­cile et dessert son garage, et que le sta­tion­nement de ce véhicule, sur le bord droit de la chaussée, ne gêne pas le pas­sage des pié­tons, le trot­toir étant lais­sé libre, mais, le cas échéant, seule­ment celui des véhicules entrant ou sor­tant de l’immeuble riverain par son entrée car­ross­able, c’est à dire unique­ment les véhicules autorisés à emprunter ce pas­sage par le prévenu ou lui appar­tenant”.

Mais voilà-t-il pas que le représen­tant du min­istère pub­lic, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pour­voi en cas­sa­tion. Et la cour, en effet, a cassé. Led­it juge­ment s’est trou­vé annulé.

Alors, se demande goulu­ment l’avocat : « Pourquoi la cour de cas­sa­tion a-t-elle mis à l’amende ce juge­ment ? Pour deux séries de motif dont cha­cun à lui seul jus­ti­fi­ait la cas­sa­tion. »

À par­tir de là, puisque je ne vais pas recopi­er la longue autant qu’argumentée et pas­sion­nante plaidoirie de l’avocat, je vous invite à la lire directe­ment ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tiendrai à quelques réflex­ions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des ques­tions essen­tielles, non seule­ment sur la République et la démoc­ra­tie mais plus générale­ment sur l’état de la société, donc sur les com­porte­ments indi­vid­u­al­istes ou com­mu­nau­taristes.

L’usage de l’automobile et, en général, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des com­porte­ments humains – à l’humanité rel­a­tive, spé­ciale­ment dans les villes, en dehors de toute urban­ité… C’est en quoi cet arti­cle de Maître Eolas revêt son impor­tance poli­tique, voire idéologique et philosophique. Il pose en effet – depuis son titre, « La République vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la ques­tion du bien com­mun, cen­sé être cod­i­fié et con­forté par la Loi. Cette Loi (avec majus­cule) si sou­vent bafouée, par des hors-la-loi dont notre société a bien du mal à endiguer les flots : manque de pris­ons, qui débor­dent, de juges, de policiers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence com­mune, définis­sait comme « ce sens com­mun qui nous aver­tit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de :

– Se foutre du code de la route, spé­ciale­ment des lim­i­ta­tions de vitesse et met­tre ain­si des vies en dan­ger ; causer un bou­can infer­nal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incendi­er poubelles et voitures ; insul­ter quiconque par des pro­pos agres­sifs et racistes 3 ; bar­rer des rues pour empêch­er l’accès de la police dans des « ter­ri­toires per­dus de la République » 4 Liste non exhaus­tive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moitié des richess­es mon­di­ales soit entre les mains des 1 % les plus rich­es, tan­dis que 99 % de la pop­u­la­tion mon­di­ale se parta­gent l’autre moitié, tan­dis que 7 per­son­nes sur 10 vivent dans un pays où les iné­gal­ités se sont creusées ces 30 dernières années. (Rap­port Oxfam, 2014).

– … Et que les rich­es con­tin­u­ent à s’enrichir et les pau­vres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la pri­mauté du droit sur le pou­voir poli­tique, de sorte que gou­ver­nants et gou­vernés, doivent obéir à la loi, tous étant ain­si égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comptera sur les tal­ents, la chance, et surtout la « bonne for­tune »… Rien à voir avec le degré de démoc­ra­tie d’un régime ! Où serait alors le « monde com­mun » entre les nou­velles élites de l’industrie, du com­merce, de la banque, des arts, du sport et de la poli­tique ? – cette nou­velle aris­to­cratie, à l’hérédité finan­cière et aux revenus éhon­tés, injurieux.

État de droit, ou État de tra­vers ? Par delà le désor­dre économique fac­teur de mis­ère 5, c’est l’ordre sym­bol­ique du monde – celui de la jus­tice et du bien-être par le « pro­grès » tant van­té – qui se trou­ve grave­ment atteint et accentue le ressen­ti­ment général et la malveil­lance des lais­sés pour compte. Tan­dis que les dém­a­gogues de tous poils se ren­gor­gent sous de grandes envolées égal­i­taristes, accu­sant l’État et ses « élites », dénonçant les démons, les com­plots, le « sys­tème ». Ce qui revient à désen­gager le citoyen de sa pro­pre respon­s­abil­ité – ce qui, il est vrai, pos­tule sa lib­erté.

À ce stade, on ne peut ignor­er l’autre respon­s­abil­ité, celle des gou­verne­ments, dont elle ques­tionne leur forme et leur légitim­ité. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la République en tant que démoc­ra­tie théorique, se voit con­fron­tée à l’État tout court. Cer­tains courants anar­chistes y ont vu et con­tin­u­ent à y voir le mal absolu. D’autres, plus philosophiques que dog­ma­tiques, ont su pos­er les principes de fond. Ain­si Proud­hon quand il écrit : « La lib­erté est anar­chie, parce qu’elle n’admet pas le gou­verne­ment de la volon­té, mais seule­ment l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la néces­sité », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pou­voir ». Ou Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expres­sion de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du sta­tion­nement illé­gal si fine­ment analysé par Maitre Eolas. Par­tant d’une amende à 35 euros, dénon­cée par un jour­nal­iste sur­feur et dém­a­gogue 6, on en arrive à embrass­er la com­plex­ité d’un tout his­torique et philosophique, dont les fon­da­tions datent de l’Antiquité grecque et romaine, tan­dis que l’édifice entier demeure sous échafaudages, plus ou moins (in)stable, selon le rap­port incer­tain entre bâtis­seurs et démolis­seurs – ce qui con­stitue l’Histoire.

Notes:

  1. Mer­ci Daniel !
  2. Média économique d’inspiration libérale, pro-busi­ness, européenne.
  3. Roulant à vélo dans les quartiers Nord de Mar­seille, je me suis fait traiter de « sale pédé » et men­ac­er de cas­sage de gueule par un Noir haineux [c’est un fait] en bag­nole, vocif­érant parce qu’empêché de me pass­er dessus dans une rue étroite !
  4. Je par­le de ce que je con­nais : à Mar­seille, quartiers Nord encore, cité de la Castel­lane pour être pré­cis : des guet­teurs au ser­vice de trafi­quants de drogue sont postés en per­ma­nence et une rue (au moins) est obstruée par des blocs de pierre et des char­i­ots de super­marché. Lire sur ces ques­tions La Fab­rique du mon­stre, une enquête à Mar­seille de Philippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les mal­façons de la République française » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mytholo­gie déguisée en « sci­ence »
  6. Le titre de son arti­cle taclé par Eolas : « Sta­tion­nement inter­dit » ou Kaf­ka au volant. La chute du papi­er est évidem­ment du même ton­neau libéral­iste : « Il y a, finale­ment, plutôt de quoi en pleur­er de rage. Que dis­ait Pom­pi­dou, déjà ? Ah oui : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mau­vais sens du mot, évidem­ment.


Tapie, patron de “La Provence” et papa piston

Il dis­ait n’avoir pas besoin d’acheter un jour­nal quand on pou­vait se pay­er un jour­nal­iste… Mais il a changé d’avis, ne sachant sans doute quoi faire de tout ce pognon accu­mulé à par­tir d’affaires, dis­ons louch­es… Bref, Tapie est devenu patron de La Provence entre autres canards du sud-est. On se demandait pourquoi, tout en ayant quelques idées. Sans peut-être avoir pen­sé à ces petits arrange­ments famil­i­aux, ain­si résumés en ce dimanche de Pâques par ces innom­brables tweets, comme celui-ci :

Bernard Tapie, patron de @laprovence > Lau­rent Tapie, respon­s­able web de @laprovence > Sophie Tapie, invitée mer­cre­di de @laprovence.

Tout est dit sur l’air du népo­tisme. On peut regarder de plus près ici sur laprovence.com

Posez bien vos questions, hein !

Posez bien vos ques­tions, hein !

Et vive la presse (libre, j’oubliais) !


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes con­fon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­ta­cle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­di­ale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique médi­a­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à final­ité marchande ; c’est pourquoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspérités, surtout pas en pro­fondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT présen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, ray­on pau­vreté, voici Fabi­enne, jeune mère céli­bataire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus pay­er sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de rich­es !
– Cause tou­jours ! Dessin de Faber ©

 

La veille, ray­on « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait qua­si anal­phabètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des mécaniques intel­lectuelles grip­pées, appelant des efforts douloureux. Cet homme est mon­tré de près, la caméra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le vis­age se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rus­tre, c’est un pro­lo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la caméra, il veut faire bonne fig­ure, sourit, croit domin­er le ric­tus. Il par­le de son fis­ton, qu’après il pour­ra même aider à ses devoirs. Et soudain éclate en san­glots. Et la caméra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la mis­ère à ces ter­ror­istes mod­ernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitrail­lant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils tétanisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obscène de cyc­lope.

 

Tels sont ces pornographes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui iso­lent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la per­le lumineuse du monde en dérive et en spec­ta­cle.

 

Qui nous trans­for­ment en voyeurs, cul­pa­bil­isés ou jouis­seurs secrets de nos priv­ilèges, com­patis­sants jusqu’à la séquence suiv­ante – une vedette, un sportif – qui fera aus­sitôt oubli­er celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvri­er agri­cole meur­tri par sept années en prison sous l’accusation men­songère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nour­ri­ra-t-elle l’interminable feuil­leton de cette litanie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors con­texte, si peu poli­tique ?

 

Enfants-mar­tyrs, ou enfants-sol­dats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépuis­able. Elle peut même, au besoin, se grossir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gér­er les richess­es » télé/géniques. Cette économie-là aus­si est déli­cate. Rien ne serait plus con­tre-pro­duc­tif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exem­ple, son pen­dant symétrique. Ain­si, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseu­do-exilé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des rich­es et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le mon­tre si bien Faber et son dessin ci-con­tre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices restent assez sup­port­a­bles pour qu’on sup­porte l’Injustice.


C’est pour voir”, c’est pas que pour les chiens !

© François Pon­thieu

Je sens bien que les mots, ils sat­urent les pau­vres mots – et leurs lecteurs avec. Alors, pourquoi diantre ne pas aller plus sou­vent mater à côté si le monde y est plus beau, plus col­oré, plus cau­sant aus­si finale­ment. A côté, c’est-à-dire là, en voisi­nage : http://c-pour-voir.over-blog.com/ Chaque jour sa pho­to, ou presque, et récipro­que­ment.

 


Bienvenue sur « C’est pour voir » !

Ça faisait bien longtemps que je projetais de partager mon goût pour l’image,

et spécialement pour la photographie – dont je suis un adepte et pratiquant de si longue date.

Que ce soit par profession ou au quotidien, la photo me saisit au vol – et vice versa.

Bref, voici ce blog, tel un album à feuilleter, à commenter au besoin,

et même à enrichir ainsi que le suggère la formule

& INVITÉS”.


« C’est pour voir »

 


Suite élégiaque et diplomatique. Super-Boillon “fils” de Khadafi !


Boil­lon défend Kad­hafi (C+)
envoyé par LeP­ost­fr. — L’info inter­na­tionale vidéo.

Ça tourne au court-Boil­lon pour le toni­tru­ant ambas­sadeur de France à Tunis. Car, ce lun­di, le site Le Post a déter­ré un extrait de novem­bre 2010 du Grand jour­nal, émis­sion télé de Canal+. On y voit [ci-dessus] Boris Boil­lon défendre Kad­hafi. Dans un pre­mier temps, il faut toute l’insistance de Jean-Michel Aphatie pour que le diplo­mate recon­naisse le passé ter­ror­iste du dic­ta­teur libyen, avant d’appeler à ne pas “laiss­er libre cours aux idées reçues”. Et de con­clure, à pro­pos du dirigeant libyen: “Dans la vie, on fait tous des erreurs.”

Rap­pelons aus­si que le même super-Boil­lon avait été le grand ordon­na­teur des frasques de Khadafi lors de sa vis­ite offi­cielle en France, en décem­bre 2007 – y com­pris donc les défilés du cortège dans Paris et la fameuse tente de « bédouin » mon­tée dans les jardins de l’hôtel Matignon.
Le « colonel » y fut reçu avec tous les hon­neurs sarkozyens, ain­si qu’on le voit égale­ment sur cette vidéo :


Internet et Cie. Du bon usage du nazisme, du professeur Kuing Yamang et de la falsification

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://www.facebook.com/pages/On-sait-ce-que-lon-veut-quon-sache/143363392375566

Voilà que refleuris­sent les détourne­ments, à la manière des sit­u­a­tion­nistes dans les années 60, notam­ment à par­tir de films sud-coréens de kung-fu. Celui ci nous est venu par Dominique Dréan (mer­ci !) via un de ses com­men­taires. Il s’agit d’un pas­sage de « La Chute » (Der Unter­gang), un film alle­mand d’Oliver Hirsch­biegel (2004). On y voit Hitler dans son piteux déclin, en proie à l’hystérie. Les sous-titres se situent, c’est le cas de le dire, dans la tra­di­tion anar­chiste, pro­je­tant une représen­ta­tion néo-spar­tak­iste du mou­ve­ment de libéra­tion du peu­ple…

Pour un peu on y croirait… Mais aujourd’hui…, c’est l’espérance qui manque le plus. Quand bien même le poli­tique en porterait de manière crédi­ble, il lui faudrait encore vain­cre le con­tre-mou­ve­ment de repli indi­vidu­el et, par delà, recréer les liens dis­ten­dus, sinon rom­pus, entre le moi-je et le nous socié­tal – ce qu’un bon mien copain dénomme « l’articulation du je-nous »… dont l’arthrose fait pour le moins boi­ter nos sociétés.

Autre remar­que de fond. Il s’agit du recours au nazisme comme « argu­ment » de com­para­i­son. Cette faib­lesse par l’outrance manichéenne tendrait à assim­i­l­er le sarkozysme au nazisme, ce qui est déli­rant. Une occa­sion de plus pour évo­quer ce qu’on appelle la « loi de God­win », du nom de son inven­teur, Mike God­win, chercheur à l’Université Yale aux Etats-Unis. L’énoncé : « Plus une dis­cus­sion en ligne dure longtemps, plus la prob­a­bil­ité d’y trou­ver une com­para­i­son impli­quant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.» De même, dans un débat, attein­dre le point God­win revient à sig­ni­fi­er à son inter­locu­teur qu’il vient de se dis­créditer en véri­fi­ant la loi de God­win. Et par exten­sion, du fait de la poly­sémie du mot « point », des « points God­win » peu­vent être attribués à l’unité.

Cette « loi » s’appuie donc sur l’hypothèse selon laque­lle une dis­cus­sion qui dure peut amen­er à rem­plac­er des argu­ments par des analo­gies extrêmes. L’exemple le plus courant con­siste à com­par­er le thème de la dis­cus­sion avec une opin­ion nazie ou à traiter son inter­locu­teur de nazi et de fas­cistefacho »). Si le sujet de la dis­cus­sion était très éloigné d’un quel­conque débat idéologique, une com­para­i­son de ce genre est con­sid­érée comme un signe d’échec de la dis­cus­sion. On estime alors qu’il est temps de clore le débat, dont il ne sor­ti­ra plus rien de per­ti­nent : on dit que l’on a atteint le « point God­win » de la dis­cus­sion. [Voir de mul­ti­ples pro­longe­ments sur le sujet sur inter­net, et notam­ment là, avec four­ni­tures d’exemples hexag­o­naux fameux].

Néan­moins, pour en revenir à la vidéo du départ, c’est à voir là, et ça per­met de se régaler du tal­ent de comé­di­en de Bruno Ganz et cet extrait d’un film remar­quable.

Autre exem­ple du même genre qui, celui-là, galope à bride abattue sur la toile. Dominique, le même, me l’a aus­si envoyé, comme avant lui plusieurs autres inter­nautes. Ça en devient un hoax, c’est-à-dire une fausse info – sou­vent accom­pa­g­née d’un cer­ti­fi­cat d’authenticité genre « VÉRIDIQUE ! », en cap­i­tales et en gras. (Voir le site hoax­buster, qui traque ce genre de « nou­velles »).

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://www.youtube.com/watch?v=DMKb9A6Kouk

En l’occurrence, il s’agit d’une émis­sion de télé chi­noise dans laque­lle le «vénérable  pro­fesseur  Kuing Yamang» analyse docte­ment le déclin de la France. Le pro­pos est cinglant, argu­men­té et„ surtout, trou­ve sa portée du fait de son orig­ine, l’empire du Milieu…

Voici com­ment Christophe S.-B. présente l’affaire : « En effet, j’ai vu cette vidéo courant juin. Il s’agit d’un can­u­lar à la manière des sit­u­a­tion­nistes (fin des années 50 début des années 70). Je pense à un film sit­u­a­tion­niste de 1973 moquant le régime maoïste inti­t­ulé “La dialec­tique peut-elle cass­er des briques”, oeu­vre de René Vienet - qui reprend des films de Kung Fu en VO , et sous-titre les dia­logues par des dis­cus­sions sur la lutte des class­es, et la guerre entre le pro­lé­tari­at et les bureau­crates. Ce genre de détourne­ment de l’image ne date donc pas d’hier.

« L’auteur de ce petit pétard se veut met­tre en scène un sup­posé pro­fesseur chi­nois dénom­mé Kuing Yamang (Kouig­na­mann, le gâteau bre­ton ). Le prob­lème ne tient pas seule­ment au con­tenu des sous-titres bidon­nés qui por­tent des juge­ments à l’emporte-pièce sur les Français mais surtout à la per­son­nal­ité bien réelle qui s’exprime qui n’est autre que l’ancien ambas­sadeur de Chine en France et ex-porte parole du min­istère chi­nois des affaires étrangères, Wu Jian­min, actuelle­ment mem­bre Bureau inter­na­tion­al des expo­si­tions (BIE) pour Shang­hai Expo 2010. Les sous-titres sont faux et les deux hommes par­lent de l’Exposition Uni­verselle de Shang­hai.

[…] « L’auteur  du  can­u­lard  est  un  mil­i­tant  libéral,  bre­ton  “bre­ton­nant”  bien  de  chez  nous (de Lori­ent),  Yann  Caherec. Pour  faire  par­ler  de  lui,  il  a  plutôt  reussi  son  coup. »

L’auteur de cette vidéo par­o­dique l’avoue lui-même sur la page Youtube de la vidéo. Il ne fal­lait donc pas aller bien loin pour véri­fi­er, mais c’était tout de même trop pour quelques blogueurs qui sont tombés dans le pan­neau. Et ain­si de détailler :

Fdesouche.com la pub­lie comme authen­tique, avant que ses com­men­ta­teurs ne lui fassent part de la supercherie. Il essaie depuis de faire pass­er son erreur pour une plaisan­terie.

Novopress.info de même, allant jusqu’à qual­i­fi­er la vidéo de “reten­tis­sante” et d’en citer cer­tains pas­sages, avant de se ravis­er.

L’Observatoire des Sub­ven­tions pub­lie égale­ment cette vidéo truquée. La encore la vérité est rétablie dans les com­men­taires, par­fois peu amènes envers le site.

Sur ExpressionLibre.net, tou­jours pas de démen­ti si ce n’est dans les com­men­taires.

Et la rédac­tion belge de 7sur7.be, qui à défaut d’appliquer la déon­tolo­gie, y pense sincère­ment: « Cette vidéo est à pren­dre avec des pincettes: per­son­ne ne par­lant man­darin à la rédac­tion, nous ne pou­vons assur­er nos lecteurs de la vérac­ité des sous-titres. Le “pro­fesseur Yamang” n’est pas sérieuse­ment référencé sur le Net. Cepen­dant, la teneur des pro­pos étant de nature à inter­peller et à faire réfléchir, nous avons décidé de main­tenir l’article en ligne. »

Enfin, et entre autres sans doute, sur BFM TV, Olivi­er Maze­rolle, un vieux de la vieille, gobe l’affaire et la fait gob­er à Céci­cle Duflot (Les Verts), tan­dis qu’une image de Sarkozy est intro­duite par­mi les autres de manière sub­lim­i­nale. De quoi glos­er !

Le mot de la fin à l’auteur du détourne­ment vidéo, qui répond à un com­men­ta­teur lui reprochant que sa blague soit prise au sérieux par plusieurs per­son­nes: « Les gens sont cré­d­ules, ils n’ont qu’à véri­fi­er les sources ou réfléchir un peu au lieu de croire bête­ment toutes les con­ner­ies qu’on leur bal­ance. Je n’ai pas fait cette vidéo pour par­ler de la Chine, ce n’est pas le sujet, mais pour expos­er une cer­taine vision de notre société. Lis ou relis les Let­tres per­sanes de Mon­tesquieu : J’aime bien cette idée de faire par­ler des gens assez extérieurs au prob­lème. »

Belle et « véridique » leçon médi­a­tique, pas vrai ?


L’Élysée face à une (nouvelle) affaire de “trou du cul”

Voici le tout dernier sport à la mode : sup­posez que l’envie vous prenne, comme ça, pour vous cul­tiv­er ou pass­er le temps, de taper “trou du cul” dans la case Google de votre nav­i­ga­teur… Hein, quoi ? C’est déjà fait, bon j’arrive après la bagarre. Laque­lle ne fait pour­tant que com­mencer. Et déjà 1 780 000 résul­tats en 0,28 sec­onde ! Trop forts ces gogols !

Quant au rap­port entre la requête et les résul­tats relat­ifs à un prési­dent de la République française, alors là, voyez les poli­to­logues et autres troude­balo­logues qui ne man­quent pas de dis­sert­er sur le des­tin du Petit Nico­las et sur ses affres élyséennes. Lui qui aura tant oeu­vré au déclin de la fonc­tion prési­den­tielle, à la déval­ori­sa­tion du “plus haut per­son­nage de l’État”… Grandeur et mis­ères des règnes en déchéance.

Libération.fr explique : “Ce n’est pas la pre­mière fois que Nico­las Sarkozy est la cible de ce genre de farce. En 2005, lorsqu’il était min­istre de l’intérieur, Google pro­po­sait de vis­iter le site offi­ciel du film Izno­goud, dont la devise est « Je veux être cal­ife à la place du cal­ife ». En juil­let 2009, le prési­dent de la République avait été une nou­velle fois vic­time d’un Google Bomb­ing (lire l’article). Son ancien site de cam­pagne prési­den­tielle arrivait alors en tête des recherch­es Google lorsque l’on tapait « trou du cul du web ».

Google doit tra­vailler dur à une parade qui rétab­lisse enfin la dig­nité sarkozi­enne.


Censure. Les ciseaux d’Anastasie travaillent dans les têtes

Aus­si vieille que les médias… Ici, vue par “L’Éclipse”, 19 juil­let 1874

Le Monde a pub­lié jeu­di [6/5/10] une tri­bune du jour­nal­iste et polémiste André Bercoff, inti­t­ulée « La France à la niche — Halte au masochisme ! » Les pre­mières lignes indiquent bien le pro­pos et sa tonal­ité : « Aujourd’hui, notre pays est occupé douce­ment, gen­ti­ment, insi­dieuse­ment, par le camp du Bien. La police de la pen­sée cor­recte tri­om­phe sur tous les étals médi­ati­co-poli­tiques. »

Je me retrou­ve aus­si assez bien dans la suite : «Sem­ble enfin accom­plie la cas­tra­tion de ce peu­ple français qui, jadis, pre­nait des bastilles et, il y a encore quelques décen­nies, fai­sait mine de défil­er pour chang­er la vie. L’alibi de la crise a bien tra­vail­lé : tous à la niche. Et à la cen­sure. » Et vous allez voir, à pro­pos de cen­sure, l’écho que ce qui vient sus­cite chez l’auteur de ce blog  cen­suré par Le Monde… :

« Désor­mais, il est inter­dit de ne pas inter­dire. Ne fumez plus : can­cer du poumon. Ne buvez plus : cir­rhose du foie. Ne baisez plus : sida et autres mal­adies sex­uelle­ment trans­mis­si­bles (MST). Ne mangez plus : pes­ti­cides et OGM. Ne sortez plus : atten­tats. Ne par­lez plus des juifs : vous serez con­damné pour anti­sémitisme. Ne car­i­ca­turez plus Mahomet : vous serez incendié avant d’être égorgé. N’osez plus une plaisan­terie sur les gays : l’homophobie vous guette. Ne racon­tez pas une his­toire sur les Blacks : vous serez vitupéré raciste à part entière. En revanche, vous pou­vez vous en don­ner à coeur joie sur la pédophilie de l’Eglise. Plus besoin de pro­cureur : les ciseaux tra­vail­lent dans les têtes. »

Et c’est là que je veux en venir, car à ce niveau de l’article, Le Monde place ce qu’on appelle un exer­gue, cen­sé met­tre en valeur un pas­sage fort de l’article  – le voici :

Ain­si, d’un côté, le Monde papi­er, sup­porte la dénon­ci­a­tion d’un fait déplorable (faire des juifs un sujet tabou), et de l’autre, lemonde.fr, cen­sure un blog (C’est pour dire) à par­tir d’un sim­ple com­men­taire par­lant de « lob­by juif » ! D’un côté un Bercoff qui s’insurge, de l’autre un blog qu’on exé­cute. Je ne dis pas qu’il y ait eu con­cer­ta­tion entre les deux sup­ports, mais le fait  – qui cor­ro­bore  la dénon­ci­a­tion de Bercoff – est surtout qu’un sys­tème automa­tique d’alerte à par­tir de deux mots « inter­dits », lob­by-juif, entraîne une cen­sure non moins automa­tique, aveu­gle – orwelli­enne pour tout dire. Anas­tasie, cette garce cas­tra­trice à l’éternelle jeunesse…


« Lobby juif » déclenche la censure du Monde.fr sur « C’est pour dire ». Au nom des interdits, du refoulement et du penser correct ?

Le 28 mars, je reçois par cour­riel, selon la procé­dure habituelle émanant du Monde.fr, un avis de com­men­taire avec ses options de val­i­da­tion ou de rejet. Ne par­lons pas encore du con­tenu. Donc, je me rends sur le pan­neau de ges­tion de mon blog et là, sur­prise, le com­men­taire en ques­tion n’apparaît pas. J’attends quelques jours, et rien ne se passe. J’en viens donc à inter­roger lemonde.fr selon la procé­dure du « tick­et » et de manière ain­si for­mulée :

« Dis­pari­tion d’un com­men­taire. Éton­nant : un com­men­taire (copie ci-dessous) par­venu le 28 par cour­riel n’apparaît pas sur la page de ges­tion… Mer­ci d’expliquer ce mys­tère. GP »

Et voici ce que je reçois de la part des mod­éra­teurs : « Bon­jour, Si vous pensez que ce mes­sage n’avait pas à être sup­primé par les équipes de mod­éra­tions, veuillez ren­voy­er le con­tenu de ce tick­et à l’adresse mail suiv­ante : moderation@netino.com Ici, nous ne gérons que les prob­lèmes d’ordre tech­nique, cette équipe dédiée, elle, pour­ra vous aider et éventuelle­ment voir avec vous si ce mes­sage peut être remis en ligne ou pas. Cor­diale­ment, L’équipe des mod­éra­teurs. »

On doit donc com­pren­dre que lemonde.fr fait sous-traiter l’application de sa cen­sure – appelons un chat un chat – par une officine extérieure, dénom­mée « netino.com ». C’est donc à cette dernière que j’envoie le cour­riel suiv­ant :

« Je suis scan­dal­isé ! De quel droit vous arro­gez-vous pour sup­primer des com­men­taires ? Il s’agit de cen­sure, ou je ne m’y con­nais pas. Ou voudriez-vous pré­ten­dre que tout mes­sage con­tenant le mot “juif” serait écarté ? Assumez, je vous prie, cette anom­alie dont j’exige une expli­ca­tion. Gérard Pon­thieu »

J’en viens au con­tenu dudit com­men­taire, tel qu’il m’est par­venu :

« Un nou­veau com­men­taire sur l’article n°2678 “Le Proche-Ori­ent pour les nuls” attend votre appro­ba­tion

Auteur : Nadia Amir (IP: 41.200.98.160, 90.84.49.5, 81.52.160.12 , ) E-mail : fatiaa@hotmail.com Whois : http://ws.arin.net/cgi-bin/whois.pl?queryinput=41.200.98.160, 90.84.49.5, 81.52.160.12

Com­men­taire : Druck­er, Elk­a­bach, Zem­mour tous au ser­vice du lob­by juif. Les médias français sub­jec­tifs.

Pour valid­er ce com­men­taire, allez ici [etc.] »

Comme je n’ai tou­jours pas reçu d’explications ni de réponse [à la date du 7/4/10] à cette cen­sure, ni du monde.fr, ni de ses cer­bères paten­tés, je déballe le tout sur la place publique.

Venons-en au fond, c’est-à-dire au con­tenu de ce com­men­taire. Certes, il n’apparaît pas des plus fute-fute et ce n’est pas sa pub­li­ca­tion qui aurait inver­sé les pôles ter­restres et encore moins réglé le con­flit du Proche-Ori­ent ! Je m’apprêtais cepen­dant à le valid­er pour pub­li­ca­tion. Pour au moins trois raisons :

– D’abord un principe : le respect envers une expres­sion, même mal­adroite, sans me pré­val­oir sur elle d’un droit absolu de vie et de mort. Le pro­pos est dis­cutable (pro­pre à a dis­cus­sion !) mais nulle­ment diffam­a­toire, ni inci­tant à la haine ou injurieux ou raciste – toutes lim­ites prévues par la loi.

Ensuite en rai­son même dudit con­tenu qui, dans sa forme brute et pri­maire (nulle­ment meur­trière tout de même !) exprime un refoule­ment glob­al, telle­ment présent dans notre époque, et en somme con­fir­mé pré­cisé­ment par la cen­sure totale dont il fait l’objet.

– Enfin parce qu’on ne doit sépar­er ce com­men­taire du con­texte de son expres­sion ; c’est-à-dire, en principe, du lieu et de la per­son­ne qui l’a émis, mais on n’en sait rien ou presque : une femme du nom de Nadia Amir, mes­sage émis d’un serveur en Afrique… ; et surtout en cor­réla­tion, c’est bien le moins, avec l’article (de 2006 !) auquel il se rap­porte et qui, pré­cisé­ment, porte sur le (sale) traite­ment par les médias dom­i­nants du con­flit au Proche-Ori­ent. C’est là l’occasion de retourn­er voir cet arti­cle – paru sous la sig­na­ture de Sindibad au nom de la Coor­di­na­tion des Appels pour une Paix Juste au Proche-Ori­ent (CAPJPO) – et les com­men­taires, nom­breux, qu’il a sus­cités.

Main­tenant, je peux dévelop­per ces deux points et l’« affaire ».

Comme pour con­tr­er la ver­sion chi­noise de Google, il y a donc au monde.fr et alen­tours un cyber-sys­tème, type Big-Broth­er infor­ma­tique, qui scrute et analyse les con­tenus de la toile tran­si­tant dans ses eaux ter­ri­to­ri­ales. Des détecteurs de gros mots comme « juif » ou « lob­by juif ». Par­ler ou seule­ment évo­quer le lob­by juif déclenche donc les alarmes du poli­tique­ment cor­rect, ébran­le la police des mœurs cor­re­spon­dantes, qui envoie les sbires casqués, bot­tés, taserisés – pour finir à l’échafaud de la cen­sure. Si bien que “logique­ment” cet arti­cle même devrait être cen­suré ! Quoi ? J’exagère ?

Pour cer­tains, il sem­ble qu’on ne doive pas par­ler de lob­by juif. Il n’existe pas. Ou alors il y a longtemps. Avant les lois. Mais aujourd’hui au nom d’un néo-néga­tion­nisme (comme il y a un néo-libéral­isme). Une sorte d’inversion de la lib­erté, pour cor­recte­ment par­ler, mais qui ressem­ble bougre­ment à sa néga­tion. Et au nom d’une pré­ten­due « cor­rec­tion », au nom de nou­veaux tabous et au pré­texte d’en com­bat­tre d’autres, ceux qui ont précédé, mar­qués de la fureur noire de l’antisémitisme.

Je trou­ve cela minable, révoltant. Non pas que je fasse une mon­tagne d’une « anec­dote » sous pré­texte qu’elle piétin­erait mes petites plate­ban­des. Ce fait atteint bien une réal­ité con­crète et sym­bol­ique, man­i­fes­tant ain­si une de ces lâchetés par lesquelles les sociétés – la nôtre en par­ti­c­uli­er – se déli­tent, pris­es et dépris­es entre l’excès lax­iste – plus de fron­tières ni repères, métis­sage de tout et grande rata­touille insipi­de – et, à l’inverse, empi­lage à l’infini de lois, con­traintes, pres­sions, influ­ençages inces­sants et autres intox­i­ca­tions des esprits et du libre juge­ment, si ce n’est du libre arbi­tre.

Met­tons-nous à la place de Nadia Amir, cette incon­nue qui ose s’exprimer après s’être aven­turée dans les allées incer­taines de la blo­gosphère… Elle n’aura tou­jours pas vu son com­men­taire pub­lié… [Je vais bien sûr lui écrire]. Qu’aura-t-elle pen­sé ? Com­ment ne va-t-elle pas trou­ver là matière à con­forter ce qu’elle tente de dénon­cer, timide­ment, à savoir une con­nivence réelle, objec­tive, entre les médias dom­i­nants et la révoltante injus­tice qui s’est amon­celée en des décen­nies d’incompréhensions religieuses, de con­flits d’intérêts, d’affrontements poli­tiques, de folie géo-poli­tique de tous bor­ds ?

Cette femme ose un com­men­taire « au niveau de son vécu ». Mais il est vrai aus­si qu’elle reste au milieu du gué. Non pas en dénonçant: « Les médias français sub­jec­tifs » – rien de plus juste, comme partout d’ailleurs–, mais en asso­ciant trois « pipoles » au « lob­by juif » pour en faire une général­i­sa­tion. Du coup elle accuse trois per­son­nes du fait de leur judéité, ce qui est indéfend­able et con­stitue la faib­lesse de cette « analyse » évidem­ment som­maire. De même en va-t-il de l’expression « au ser­vice du lob­by juif », écrite au sin­guli­er accusa­teur et total­i­taire : « le » lob­by juif, comme s’il n’y en avait pas de mul­ti­ples et d’autres dans tous les domaines des reli­gions, de la poli­tique, du biz­ness et tout le reste. Elle exprime ain­si, il est vrai, le dis­cours basique­ment « anti­sion­iste » et générale­ment anti­sémite par lequel se trou­ve évac­uée toute la com­plex­ité his­torique et cul­turelle attachée à la judéité. Là encore des con­sid­éra­tions religieuses pri­maires aboutis­sant à des accu­sa­tions – en fait des croy­ances, tou­jours, nour­ries de pro­pa­gan­des– de « peu­ple déi­cide », au rejet des Juifs dans des ghet­tos et dans des fonc­tions aux­quelles répug­naient les clercs des autres reli­gions, pas seule­ment chré­ti­enne. Pour en arriv­er à l’ « or des juifs », vam­pires de la lumière de Dieu et autres fadais­es notam­ment col­portées par la reli­gion catholique jusqu’à des temps his­toriques récents. Pour en arriv­er, bien sûr, à l’abomination absolue de la solu­tion finale. L’ignorance con­stitue la source de l’intolérance : refus de l’autre – juifs, tzi­ganes, homo­sex­uels, par mil­lions ! – et expi­a­toire « purifi­ca­tion » qui, d’ailleurs, a « jus­ti­fié » bien d’autres géno­cides, dans l’histoire anci­enne et récente !

Mais com­ment dévelop­per toute cette com­plex­ité dès lors que la cen­sure « coupe court » au juge­ment et à l’intelligence, pour ouvrir le boule­vard aux fanatismes religieux ?

Ces rac­cour­cis coupables sont aus­si ceux que l’on retrou­ve chez un Zem­mour, amuseur médi­a­tique, donc appelé à car­i­ca­tur­er. Il a ain­si été amené à généralis­er un fait plutôt admis, sinon véri­fié par les sta­tis­tiques poli­cières. Quand il déclare : « Les Français issus de l’immigration sont plus con­trôlés que les autres parce que la plu­part des trafi­quants sont noirs et arabes, c’est un fait. », il livre comme une évi­dence une par­tie seule­ment d’une réal­ité et généralise à son tour en lais­sant enten­dre que le seul fait d’être noir ou arabe implique l’état de trafi­quant. Comme s’il oubli­ait, lui en tant que juif, de sur­croît, la mise en ghet­tos des ban­lieues de ces « Français issus de l’immigration », stig­ma­tisés comme une sous-pop­u­la­tion rejetée de la société, inca­pables de « vivre nor­male­ment », « non civil­isés » pour tout dire – cela pou­vant expli­quer ceci…

Voilà pourquoi je m’insurge tant con­tre cette cen­sure – car il n’y en a pas de mineure, procé­dant toute de ce même crime con­tre la pen­sée, via le libre juge­ment libre­ment for­mé, donc égale­ment infor­mé. Faute de quoi on nour­rit le refoule­ment, l’amertume, la haine, la vio­lence, la guerre – tout le con­traire de la civil­i­sa­tion.


Alerte générale : Langlois se lance dans la « Panouille » !

Fine plume et même fine lame s’il en est, l’auriez-vous man­qué dans son bloc-notes heb­do­madaire de Poli­tis que ce ne serait pas par­donnable. Mais grand seigneur aus­si, voilà qu’il vous ouvre tout grand les portes de son tout nou­veau blog. Ben oui, je par­le de Bernard Lan­glois – comme si vous ne l’aviez pas dev­iné ! – vieux pote et com­plice en moult com­bats et aven­tures jour­naleuses. Vingt-trois ans après avoir enfan­té Poli­tis, il dit jeter l’éponge tout en mon­tant sur un autre ring qu’il dénomme « Panouille ! ». Hein, quoi ? Drôle de nom, n’est-il pas ? On ne pour­rait a pri­ori le décrypter sans avoir vu – ou subi – comme moi, un Lan­glois en culotte d’étudiant jour­naleux s’essayer à la comédie… Une vague affaire de légion­naires romains ou de halle­bardiers paumés, je ne sais plus bien… dans laque­lle il tenait un rôle de fig­u­ra­tion, une « panouille » 
comme dis­ent les gens de théâtre. D’où le blog du même nom, chez Politis.fr. Y a qu’à cli­quer sur le panache de Cyra­no et vous y êtes, là où il s’annonce en fig­u­rant, mon œil !

panouille.1267376286.jpg


Siné Hebdo va « chier dans la colle »

20080827sinehebdo.1219866710.jpgViré de Char­lie Heb­do sous pré­texte d’ « anti­sémitisme », Siné lance Siné Heb­do, à paraître chaque mer­cre­di dès le 10 sep­tem­bre.

Ligne édi­to­ri­ale on ne saurait moins langue de bois  : « […] un canard qui ne respectera rien, n’aura aucun tabou, qui chiera tran­quille­ment dans la colle des bégo­nias sans se souci­er des foudres et des inim­i­tiés de tous les emmerdeurs !

« Comptez sur moi, vous n’avez pas misé sur un bour­rin… Vous n’allez pas être déçus ! Siné Heb­do va débouler et ça va décoif­fer ! Atten­tion les yeux ! »


Post scriptum sur le « reporter » BHL en Géorgie

À la ques­tion écrite de Rue89 : « Vous avez pris un jet privé de la com­pag­nie Dar­ta. Qui a payé cette loca­tion ? », BHL répond : « Cela ne vous regarde pas.»

Si, ça me regarde, et bien en face. Cela me regarde comme quiconque pose la ques­tion du « De où par­les-tu ? » De qui es-tu l’agent rémunéré ? Des USA, d’Israël, de tes pro­pres deniers, de ta for­tune per­son­nelle, du Monde (en tant que co-admin­is­tra­teur), de Libé (dont tu es action­naire), de tout cela un peu et dans quelles pro­por­tions ? Et cela ne nous regarderait pas ?

Autre réponse intéres­sante à Rue89, celle d’Alain Fra­chon, directeur de la rédac­tion du Monde, sur les con­di­tions de pub­li­ca­tion du témoignage de Bernard-Hen­ri Lévy :

« Nous avons reçu le témoignage de Bernard-Hen­ri Lévy par mail — comme c’est en général le cas pour les témoignages d’écrivains que nous pub­lions à inter­valles réguliers. Dans une rédac­tion habituée à la pub­li­ca­tion de témoignages provenant d’écrivains aux sen­si­bil­ités les plus divers­es, ce texte-là n’a pas sus­cité d’émoi par­ti­c­uli­er. »

C’est sur l’air blasé de « On en voit telle­ment d’autres ! » que répond ce patron de rédac­tion. Édi­fi­ant.

Sur l’égo encore de notre Tintin au Cau­case
. Ce pas­sage où le mod­este per­son­nage donne une leçon de géopoli­tique redy­namisante à ce pau­vre prési­dent Saakashvili qu’il appelle par son petit nom, Micha :

– Rue89 : Con­firmez-vous cette phrase de l’article de Gilles Hert­zog dans VSD : « Bernard-Hen­ri Lévy tente de leur remon­ter le moral. Pourquoi ne pas inciter les pays de l’Otan qui ont appuyé la demande de la Géorgie à se pronon­cer solen­nelle­ment ? Pourquoi ne pas tenir vos con­seils des min­istres dans une ville men­acée ? Saakachvili retrou­ve un instant le sourire. ‘Très bonnes idées!’, lance-t-il. » ?

BHL : J’ai pro­posé ces deux idées. L’avenir dira si Saakachvili les a trou­vées « bonnes ».

Plusieurs bouquins se sont déjà chargés du per­son­nage. Entre autres, Nico­las Beau et Olivi­er Toscer (« Une Impos­ture Française », Les Arènes), ont épluché sa bio, ses comptes d’héritier d’une for­tune accu­mulée dans l’exploitation de la forêt africaine… Égale­ment Richard Labévière, jour­nal­iste à Radio France Inter­na­tionale (RFI), et Bruno Jean­mart, pro­fesseur de philoso­phie et psy­ch­an­a­lyste, avec leur « Bernard-Hen­ri Lévy ou la règle du Je » (Le Temps des Ceris­es). Les auteurs présen­tent BHL comme un « servi­teur de l’empire améri­cain et du libéral­isme mon­di­al­isé, ego médi­a­tique vide et sur­di­men­sion­né ».

On relèvera que Richard Labévière vient d’être bru­tale­ment licen­cié de RFI en plein mois d’août sous un pré­texte spé­cieux: avoir inter­viewé le prési­dent syrien Bachar al-Assad quelques jours avant sa venue à Paris pour le 14-Juil­let. Comme s’il s’agissait d’une faute pro­fes­sion­nelle… Son regard cri­tique vis-à-vis des poli­tiques israéli­enne et occi­den­tale au Proche et au Moyen-Ori­ent pour­rait être la vraie rai­son cachée de cette mise à l’écart passée presque inaperçue.

William Cas­tel écrivait same­di sur Ago­ravox : « Labévière note que sa mise au pas inter­vient au moment où Chris­tine Ock­rent, épouse du min­istre des Affaires étrangères Bernard Kouch­n­er, et Alain Pouzil­hac pren­nent la tête de l’Audiovisuel extérieur de la France (RFI, TV5 Monde et France 24). Coïn­ci­dence ?

« Il s’agirait, ni plus ni moins, selon lui, d’imposer une lec­ture néo­con­ser­va­trice, améri­caine ou israéli­enne, des crises proche-ori­en­tales. Avoir une lec­ture pro-pales­tini­enne ou pro-arabe ne serait aujourd’hui plus per­mis.

« Retour du délit d’opinion ? Main­mise d’une pen­sée unique ? Ter­ror­isme intel­lectuel ? Richard Labévière va jusqu’à par­ler d’orwellisation de la presse française, publique et privée. »

Une péti­tion de sou­tien a été lancée.

Inter­view ci-dessous de Richard Labévière

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500 tués au travail par an, pas de quoi déranger les médias

« Vous êtes en vacances depuis deux ou trois jours. L’Ardèche est belle. Vous avez fait une balade l’après-midi et, le soir, vous êtes allé au restau­rant. C’est en sor­tant que vous vous apercevez qu’il y a un mes­sage sur le portable… Mon fils aîné est tombé d’un échafaudage alors que je com­mençais à savour­er mes vacances. Il est mort sur le coup. Ce 2 août 2006 est irréel. » Un drame comme il s’en pro­duit dans les 500 chaque année, rien qu’en France. Celui-là, c’est le drame de Michel Bian­co, un ami de Venelles (Bouch­es-du-Rhône) qui, depuis, jour après jour, bataille con­tre la machine broyeuse aux mul­ti­ples vis­ages : machine de l’exploitation au nom du Ren­de­ment, machine judi­ci­aire, machine des médias et de leur qua­si indif­férence devant cette guerre sans nom – donc inex­is­tante.

Ce 2 août 2006, Jérôme Bian­co, 32 ans, tra­vail­lait, sans for­ma­tion préal­able, sans casque, sur une plate-forme aux garde-corps non adap­tés. Il est tombé d’une hau­teur de huit mètres et a été tué sur le coup. Ce ven­dre­di 13 juin, le tri­bunal cor­rec­tion­nel de Grasse va exam­in­er les fautes com­mis­es par les respon­s­ables des sociétés (TFN-la Main­te­nance de Paris et Gal­der­ma), qui employ­aient Jérôme.

Michel, son père, n’a eu de cesse depuis de se dress­er con­tre cette sorte d’omerta qui règne dans les médias de masse sur les acci­dents du tra­vail. Il livre son témoignage et explique son engage­ment dans un texte boulever­sant à lire sur le site du mag­a­zine Viva .

Selon l’assurance-maladie des tra­vailleurs salariés, en 2005, 482 salariés sont morts au tra­vail (intéri­maires et tra­vailleurs pré­caires en majorité). Secteurs les plus touchés : le bâti­ment et les travaux publics, les activ­ités de ser­vice, la métal­lurgie, les indus­tries des trans­ports, de l’énergie, du livre et de la com­mu­ni­ca­tion. C’est aus­si dans le bâti­ment que l’on compte le plus grand nom­bre d’accidents ayant entraîné une inca­pac­ité per­ma­nente : 51.938 en 2005.

Le BTP… voyons…, ce ne serait pas là le secteur-maître d’un cer­tain Bouygues, alias TF1 ? Auteur d’un doc­u­men­taire sur la fer­me­ture des usines Moulinex, Gilles Bal­bas­tre, s’est livré à une étude, rap­portée aus­si dans Viva, sur les jour­naux de TF1 : en 2001, sur env­i­ron 10 000 reportages dif­fusés, 1 600 por­taient sur la sécu­rité, 2 sur les acci­dents du tra­vail.

Appliquée à France 2, la compt­abil­ité serait-elle dif­férente ? Il est à pari­er que non. Le prob­lème est bien plus général et com­plexe. Il relève de ce qu’on appelait encore naguère l’idéologie dom­i­nante. Laque­lle ayant même réus­si à faire ringardis­er son pro­pre énon­cé… Du coup la chose a comme dis­paru – tour de passe-passe, magie des mots entour­loupe genre « révi­sion générale des poli­tiques publiques », « clar­i­fi­ca­tion de la gou­ver­nance ». Magie du verbe menteur, vir­tu­al­i­sa­tion du réel… Mais une telle mise en spec­ta­cle ne marche (rel­a­tive­ment) qu’avec le sec­ours act­if des médias dom­i­nants – pourquoi, sinon, des maçons du BTP, des marchands d’armes, des cheva­liers de la mode et du luxe iraient-ils inve­stir dans ces indus­tries médi­a­tiques aux ren­de­ments financiers plus qu’incertains ? Ce serait sans compter sur les retombées indi­rectes “flu­id­i­fi­ant” les affaires, tou­jours son­nantes et trébuchantes.

L’idéologie dom­i­nante domine plus que jamais
; elle ne fait que mieux se plan­quer der­rière son faux-nez. C’est d’ailleurs elle qui habille les médias de masse et qui, plus en amont, se trou­ve générale­ment à l’œuvre dans la for­ma­tion des jour­nal­istes au nom d’une « tech­nic­ité pro­fes­sion­nelle ». Tech­nic­ité-mon-cul aurait dit Zazie à juste titre, s’agissant de cette forme qui masque le fond.

Quar­ante ans de méti­er, dont la moitié pimen­tée de for­ma­tion m’autorisent un avis… autorisé sur la ques­tion. Exem­ple :

Les jour­nal­istes et leur fameux pro­fes­sion­nal­isme… qui ne désigne le plus sou­vent qu’amateurisme et cor­po­ratisme vul­gaires. Voyons cette non moins fameuse notion de « hiérar­chie de l’info » cen­sée ordon­ner le flux des nou­velles en fonc­tion de leur impor­tance… Impor­tance selon quoi, qui ? En fait, un truc pifométrique qui assem­ble, pêle-mêle, l’intérêt sup­posé du lecteur et celui plus intrin­sèque du sujet, décidé par un juge unique, ou un col­lège restreint – les « pro­fes­sion­nels » – selon des critères élas­tiques autant qu’approximatifs, dont les plus objec­tifs relèvent en fait des con­di­tions de pro­duc­tion. Selon que le « sujet » est prêt à être enfourné au moment souhaité, qu’il est « sexy » [sic], qu’il est bon marché, ou pas trop cher à pro­duire, et roule-ma-poule pour ce qui est des valeurs hiérar­chiques !

Quelles « valeurs » donc ? Valeurs humaines, por­teuses de jus­tice, de pro­grès social et cul­turel, de sol­i­dar­ité ? Je par­le ici des médias de masse et de cette forme de jour­nal­isme marc­hand qui a peu à voir avec un pra­tique essen­tielle, éthique parce que respon­s­able et donc réfléchie. Je par­le d’un jour­nal­isme engagé– « engagé comme un jour­nal­iste » ai-je déjà clamé ici à pro­pos de Ryszard Kapus­cin­s­ki et de cette lignée de jour­nal­istes non affil­iés ni inféodés en aucune manière, mais râpeux, teigneux, opposés, résis­tants, debout ! De cette espèce aujourd’hui en voie de dis­pari­tion, non pas en tant qu’individus mais comme « impératif caté­gorique » du genre humain. Con­damnés aux poches de résis­tance – blogs et jour­naux en marge – utopi­ens acharnés ramant vers l’Espérance, cette garce fugueuse.

Car voilà, les affairistes s’accrochent aux manettes. ils ont levé et for­mé à leurs bottes des armées de « tech­ni­ciens ». Et les « com­mu­ni­cants » ont sur­gi. Ça me rap­pelle Jean Giono par­lant de l’après-guerre [dans « Tout le long du XIXe siè­cle… », 1965] : « […] Les suc­ces­sives décou­vertes de la sci­ence, leur mul­ti­pli­ca­tion rapi­de, instal­lèrent bien­tôt un abrutis­sant con­fort. On rêva non seule­ment aux lib­ertés des mon­tagnes, mais aux can­deurs de la sauvagerie. Des mil­liar­daires achetèrent des bar­be­cues. […] Arri­va « l’estivant » et, mêlé à l’estivant, l’anarchiste, le vieil et bon anar­chiste sur lesquelles toutes les sociétés sont con­stru­ites ». Il galè­je peut-être un peu, le Giono. Mais son « esti­vant », ne serait-ce pas notre « com­mu­ni­cant » d’aujourd’hui ? Et où serait donc passé l’anarchiste ?


Sens critique : alerte maxi !

Encore une rai­son, s’il en man­quait, pour tenir son sens cri­tique en alerte per­ma­nente – surtout avec l’internet :

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Ces entre­pris­es et organ­ismes qui mod­i­fient Wikipé­dia dans leur intérêt
LEMONDE.FR | 16.08.07

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    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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