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Tout va bien : À Davos, le ciné des entreprises. À Londres, le bizness des gouvernements

J’avais asticoté icigentiment – Éric Le Boucher, chroniqueur économique au "Monde", pour son blog sur Davos, et plus encore sur son article titré «Davos prend le virage du libéralisme». Beau joueur, il m’envoie la précision suivante : «Le titre a été tronqué par erreur. Plutôt que “Davos prend le virage du libéralisme”, ce qui n’aurait pas constitué une nouvelle, il fallait lire “Davos prend le virage du social-libéralisme”». Ça va mieux en le disant. De même y aurait-il beaucoup à dire du «charity business» et du numéro de Sharon Stone en égérie du philanthropisme états-unien. À dire et aussi à redire, après ce «ventre», à la une du 'Monde", tout entier dévolu à celui de la vedette, sans le moindre recul. J’aurais préféré ce titre : «A Davos, le ventre de Sharon Stone occupe le centre du Monde» (et vice versa). La prochaine fois, faut me demander.

Encore elle, Sharon Stone ! Cette fois c’est sa voix, sur France Inter et l’émission du samedi matin, Rue des entrepreneurs. Ses animateurs, Didier Adès et Dominique Dambert, reviennent aussi sur Davos mais avec un regard autrement critique, qui les fait titrer sur le «capitalisme compassionnel». Autrement critique en ce sens qu’ils n’ont pas besoin de donner dans l’anti-Sylvestre – ce qui reviendrait à s’aligner sur lui et ses couplets libéralistes –, non, ils exposent le monde de l’économie, en invitent des acteurs, relancent, pile là où il faut.

Davos

Un vrai beau couple de radio vivante, intelligente, qui rend intelligent (d’ailleurs, si je vous en parle… ;-)> Ainsi ce matin, capté à la volée, ce cliché d’un invité du forum : «On se serait cru à Porto Alegre»… S’ensuivent alors les refrains en vogue à base de «développement dur-able», d’ «énergies renouvel-ables» et autre «commerce équit-able»… Donc tous ces voc-ables attrape-couillons (dont leurs utilisateurs, à commencer !) qui disent et se disent : on va essayer de faire durer le développement ; on va essayer de renouveler le système énergétique ; on va essayer de rendre le commerce juste… Tu parles ! Oui c’est ça : tu parles, c’est tout ce que tu peux faire pour rendre le capitalisme prolonge-able.

Alors on vient à Davos montrer ses intentions charit-ables. C’est bien dans ce papier du Monde qui m’a outré que j’ai lu ces propos d’attaché de presse : «Les stars du show-business sont la dernière trouvaille du Forum de Davos. "On s'est dit qu'on avait le business, les politiques et les médias, mais on n'avait pas les célébrités ; c'est une mine d'or".»

Donc, là aussi, là encore, même là et surtout là, finalement, on fait de l’«événementiel» autour de stars venant se substituer à la carence de la politique et des États, puisque le bien public passe désormais au privé, puisque le caritatif tient lieu de solidarité sociale, comme le Téléthon de financement de la recherche. Donc, à Davos, on invite quelques représentant de pauvres triés, présentables, on se penche sur les problèmes de ce monde en phase quasi terminale, on «compassionne» gravement, devant les caméras, à côté de la star qui, soudain émue par un de ces «pauvres Africains» à la tribune, va faire passer la sébile pour «offrir 10.000 moustiquaires».

Car la question n'est-elle pas de s’acquitter de sa mauvaise conscience?. Accumuler tant de pognon au regard d’un monde si souffrant, mettez-vous à leur place, c’est douloureux, voire insouten-able… Ça vaut bien un cierge à la chapelle du dieu-Argent. Voyez le pieu Bill Gates, voyez le président de la Shell, très présent, très… comment dire ?, oui : compassionnel…

On le comprend quand on voit ce que je vois dans "Le Monde" d’hier [4/02/05], alors qu’on entend encore ce qu’on entend des grandes envolées de Davos : «Bénéfice record pour Shell en 2004 : Le groupe pétrolier anglo-néerlandais […] a annoncé, jeudi 3 février, un bénéfice record pour 2004 à 14,2 milliards d’euros, en augmentation de 48% par rapport à celui de 2003.»

Je pensais en rester là pour aujourd’hui, histoire de ne pas nous pourrir le ouikinde, la manif sur les 35 heures, tout ça… Et puis, voilà-t-il pas qu’une matinale dépêche AFP [5/02/05] en remet une couche sévère :

«Pas d'accord du G7 après la discussion sur l'aide au développement. La soirée de travail des ministres des Finances du G7, consacrée vendredi à Londres à l'aide au développement n'a permis de dégager aucun accord, à cause d'un blocage entre Américains et Européens. […] De nouvelles discussions doivent avoir lieu dans la matinée [de samedi]. Les ministres discutent du "Plan Marshall" pour l'Afrique […] qui comprend des annulations de dettes et un doublement de l'aide au développement, de 50 à 100 milliards de dollars.»

Résumons: À Davos, le ciné des entreprises. À Londres le bizness des gouvernements. Tout va bien.

Photo: À Davos en 2003, comme chaque année, le monde se fait rouler dans la farineige.

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Une réflexion sur “Tout va bien : À Davos, le ciné des entreprises. À Londres, le bizness des gouvernements

  • Et si l’on pro­po­sait de ne pas tenir le WEF l’an­née pro­chaine mais que chaque par­ti­ci­pant reverses le cout de la semaine a l’oeuvre de son choix ? Non mieux, que l’on mette une taxe de 0.1% sur les prix payés par tous les patrons, les C*O, de cette plan­tete lors­qu’ils s’ag­gregent pour se per­sua­der d’étre le monde reel. (Un peux comme le repre­sen­tant du medef chez Moati hier soir…)

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