Ryszard Kapuscinski. Engagé comme un journaliste

Ryszard KapuscinskiConnu notamment pour ses livres sur les guerres de décolonisation en Afrique et les conflits du Moyen-Orient, le journaliste et écrivain polonais Ryszard Kapuscinski est mort mardi à Varsovie à l’âge de 74 ans.

Né le 4 mars 1932 à Pinsk, ville située aujourd’hui au Belarus, Ryszard Kapuscinski débute sa carrière de journaliste à la fin des années 1950 et devient l’unique correspondant en Afrique de l’agence de presse polonaise (PAP). Il couvre alors la décolonisation du continent noir, qu’il sillonne pendant des années, habitant dans les quartiers, partageant les conditions de vie des populations. Observateur aigu, il croise des potentats comme Nkrumah, Kenyatta ou Idi Amin, témoigne de coups d’État et de guerres civiles. Mais Kapuscinski s’intéresse avant tout aux êtres et à leur vie quotidienne.

Un de ses ouvrages les plus connus, « Le Négus », décrit la chute du régime de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié. Publié en 1978, le livre se veut une « réflexion sur les dictatures en général » et a été vu comme un critique du régime communiste polonais. [Je dois à mon ami Bernard Nantet d’avoir emporté « Le Négus » dans mes bagages lors de mon reportage en Éthiopie fin 2005. Récit époustouflant, en particulier sur la vie au palais de l’empereur… Pour sa part, Gérard Prunier, l’un des spécialistes reconnus de l’Éthiopie et de la corne de l’Afrique, m’avait fait part de ses réserves quant aux reportages du journaliste polonais. On peut en effet y déceler des « manières d’écrivain » pliant la réalité à sa vision. Mais, à vrai dire, comment faire autrement dès lors qu’on n’entend pas se réfugier derrière une impossible objectivité ? GP]

Sa qualité de journaliste polonais lui donnait en Afrique une attitude neutraliste, la Pologne n’ayant jamais colonisé l’Afrique, mais lui ayant donné des explorateurs intéressants, comme Cernakoski en Afrique centrale (Ouganda, Rwanda).

On lui doit encore une bio remarquable du Shah (“Le Shah ou la démesure du pouvoir”) et d’autres livres traduits en français, comme “La Guerre du football” sur l’Amérique latine.

Parmi ses réflexions relevons celle-ci, extraite de « Imperium » : « Trois fléaux menacent le monde. Primo, la plaie du nationalisme. Secundo, la plaie du racisme. Tertio, la plaie du fondamentalisme religieux. Trois pestes unies par la même caractéristique, le même commun dénominateur, la plus totale, agressive et toute-puissante irrationalité. Impossible de pénétrer dans un esprit contaminé par un de ces maux. »

Enfin, ce regard distancié sur son métier de journaliste : « L’expérience m’a appris que selon le point de la planète, on voit le monde différemment. Si on n’essaie pas de comprendre ses différences de vue, de perception et de description, on ne comprend rien de ce monde. » Ou encore : « Avant, on étudiait le journalisme pour changer le monde, aujourd’hui, on l’étudie pour avoir un diplôme ». Dur, mais c’est quand même un signe des temps. (BN)
Photo Polskainstitute

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Alex

Bonjour,

Idem….. que vous tous….je crois que je vais me les acheter en Anglais….. mais si quelqu’un à une piste pour les éditions française….je suis preneur
Merci d’avance

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