Bal tragique à Gaza : Claude Berri est mort

Pub ou pas sur les chaînes publiques, ça c’est vraiment l’arbre cachant la forêt. La forêt dévastée de ces médias eux-mêmes ravagés par le spectacle. Sinon, par temps de guerre au Proche-Orient – de massacre comme rectifie à juste titre mon camarade Langlois dans le dernier Politis –, au nom de quoi, de quel impératif journalistique, je vous le demande, on vous gaverait avec l’ouverture du JT de 20 heures (France 2, lundi soir) sur la mort annoncée d’une figure de cinéma, fût-il le plus ceci-cela ?

Il ne s’agit en fait pas d’un accident « événementiel » mais d’une pratique devenue la norme, imposée par le renoncement des journalistes, ou ce qu’il en reste, devant la mise en spectacle généralisée de notre monde. Une règle non énoncée, imposée par la marchandise spectaculaire et ses émanations politiques, subie par la gent journalistique réduite aux acquêts d’une technicité « professionnelle » emportant le fond et le sens de la nécessaire information, cette mise en forme par laquelle on peut décrypter la complexité du monde des humains.

france-2-mort-claude-berriD’où un « journal » qui ouvre sur la mort du cinéaste, qui va lui consacrer plus de dix minutes dont un direct, non mais, devant le domicile du défunt, avec journaliste en deuil et bafouillant d’émotion, ah l’émotion ! D’où la fin du journal et « l’un de ses principaux titres », devinez quoi… Et entre ces deux tartines : l’enseignant blessé à coups de couteau, un déplacement chahuté de Sarko, le braquage en hausse des petits commerçants, quelques babioles et, ah oui, un massacre en cours avec bombes au phosphore, un bien spectaculaire feu d’artifice là encore.

Service public ou pas, pub ou pas pub, on en est là de cette télé du divertissement, du trouble général jeté sur les consciences désorientées, malaxées et pour tout dire aliénées. Comment dès lors ne pas sombrer dans les jugements à l’emporte-pièce, dans le « tout est dans tout » et le relativisme jeté sur le monde comme une distance goguenarde, celle précisément du spectateur : cet assis, ramolli, engraissé comme un foie de canard à l’huile lénifiante des «terribles et belles histoires » qui fondent nos destins résignés ?

Cherchant un titre à ces lignes, finalement, retour aux fondamentaux, j’ai trouvé ça : Bal tragique à Gaza : Claude Berri est mort. Allez !

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De l'”art” pervers à voir de l’antisémitisme à tout prix… Voir du même auteur son commentaire sur l’article “Le Proche-Orient pour les nuls”.

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