Nucléaire. Voyage au pays des forçats de l’atome, une enquête du Monde

En France, 22 000 sous-traitants effectuent les trois quarts des opérations de maintenance des dix-neuf centrales EDF – cinquante-huit réacteurs. Ces travailleurs sont les plus exposés à la radioactivité. On les appelle les forçats de l’atome – ce qu’ils sont en effet, ainsi que le montre l’enquête menée par Rémi Barroux, que vient de publier Le Monde sous le titre : « Nucléaire : voyage au pays des forçats de l’atome ».

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Ph. coordination-antinucleaire-sudest

La question de ces travailleurs est aussi vieille que l’industrie nucléaire, différente des autres activités industrielles du fait de ses spécificités liées à la radioactivité. L’exposition aux rayons ionisants présente au moins deux types de risques sur la santé : d’une part un risque permanent – certaines interventions ont lieu sans protection possible – et également accidentel (risques techniques et humains) ; d’autre part un risque cumulatif : le corps absorbe les rayons dont les effets s’additionnent et, avec eux, les risques de lésions des tissus, notamment sous forme de cancers.

L’exploitant nucléaire, EDF, a vite pris la mesure des inconvénients d’exposer son propre personnel à de tels risques, à cause des obligations légales et – on y revient toujours – des coûts engendrés par les soins, indemnités et poursuites judiciaires. D’où l’idée – géniale, généreuse, philanthropique – de recourir à des sociétés de sous-traitants avec leurs personnels extérieurs sous contrats privés ou intérimaires, taillables et corvéables.

C’est notamment ce que dénonce cette belle enquête journalistique, reprenant par les faits et témoignages ce que le film de Rebecca Zlotowski, Grand Central [extrait], a traité récemment (2013), racontant la vie de ces sous-traitants du nucléaire. « C’est un combat contre la dose, incolore, inodore, invisible, elle est partout », lance l’acteur Olivier Gourmet au nouvel arrivant interprété par Tahar Rahim. Plus tard, dans le film, un des salariés planque son dosimètre pour pouvoir continuer de travailler. Excessif, caricatural ! objecteront les nucléocrates. Ah oui ? s’est demandé le journaliste du Monde en allant à la source, comme il se devait.

Extraits :

En trente secondes, tu prends entre 100 et 200 millirems . On s’entraînait beaucoup pour ne pas perdre de temps et on découpait l’action pour répartir la dose entre nous. En deux ans, j’avais pris 250 millisieverts. Entre nous, on s’appelait les saucisses à griller.

« De fait, le fossé est grand entre ceux qui assurent les « servitudes nucléaires », rebaptisées « logistique » par EDF, ceux qui sont chargés de l’entretien, du tri des déchets ou de la décontamination des piscines, entre ceux qui posent les tabliers de plomb pour permettre à d’autres d’intervenir en étant mieux protégés, et les travaux plus qualifiés. Cette division se traduit par des tensions sur le terrain. « Il n’y a pas de raison que l’on fasse 80 % de l’activité, que l’on prenne 80 % de la dose et qu’on n’ait pas les mêmes avantages que ceux d’EDF », proteste Charles Rumaux, 50 ans, lui aussi chez Essor.

« Aux vexations des inégalités de statut, comme ces restaurants d’entreprise ou ces parkings interdits aux sous-traitants, s’ajoute l’incompréhension de voir de jeunes agents EDF venir contrôler un travail qu’ils ne connaissent pas. « Il y a beaucoup de jalousie, de frustration par rapport à nous, reconnaît Elisabeth Pozzi, d’EDF, responsable SUD-Energie à la centrale de Dampierre-en-Burly (Loiret). J’ai même vu des graffitis “EDF enculés” dans les vestiaires.

« Après avoir été l’une des premières femmes en France à grimper aux poteaux électriques pour l’entreprise publique, Elisabeth Pozzi, 46 ans, est entrée dans les générateurs de vapeur pour poser les « bouchons » – qui obturent les tuyaux reliant le générateur au réacteur. « Jumper », c’est le poste le plus exposé. L’opération ne doit pas durer plus de deux minutes, tant l’irradiation est forte. « En trente secondes, tu prends entre 100 et 200 millirems . On s’entraînait beaucoup pour ne pas perdre de temps et on découpait l’action pour répartir la dose entre nous, raconte-t-elle. En deux ans, j’avais pris 250 millisieverts. Entre nous, on s’appelait les saucisses à griller. »

En principe, on peut lire l’enquête de Rémi Barroux en ligne à partir de ce lien :

Nucléaire : voyage au pays des forçats de l’atome

[clear-line]• Pour la sixième année consécutive, la Fondation Copernic, représentée par Michel Bianco, organise à Venelles (Bouches-du-Rhône) une rencontre dans le cadre de la “Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail”, initiée par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en 2003, et qui porte, cette année, sur “la sécurité et la santé dans l’utilisation des produits chimiques au travail”. Sur ce thème, la Fondation Copernic a décidé, en partenariat avec la mairie, une opération de sensibilisation à la protection des travailleurs et de l’environnement en direction du grand public et des médias locaux, sur le marché de Venelles ce samedi 26 avril 2014 de 8 h à 12 h.

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Une merveille dans l’univers mais un cauchemar pour l’humanité quand cette merveille est exploitée par des gens sans scrupules.
Avec cette énergie nous avons contracté une “dette” de 373 000 années rien que pour le Plutonium 242…

Gian

Et si tout ce tintouin, dont le nucléaire est le symbole archétypique, n’était autre que l’indispensable processus de transition du vivant, avec une humanité à bout de souffle qui entraîne dans son autodestruction bien d’autres espèces ? Après tout, il y a quelques millions d’années, 95% des espèces ont subitement disparu, puis la vie est repartie pour un tour. Certes ça a pris du temps, comme ça pourra en prendre beaucoup encore, le temps pour la planète de se décontaminer, bien plus que 373 000 ans.
PS : Gé, remets la pendule à l’heure d’été !

Liberté

L’exemple type de l’homme apprenti-sorcier, qui ne maîtrise pas le processus de A à Z
On lance un mécanisme et puis… Les autres assumeront…

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