Lettre ouverte à ma fille sur l’« islamophobie »

Au départ, un « fait divers » atroce révélé ce 8 février par le journal belge, La Libre. Sous le titre : « Coups de batte, brûlée au chalumeau, fouettée à l’aide d’un câble électrique : le calvaire de Samia – Sadique, le père frappait les anciennes blessures pour empêcher la cicatrisation. »

Et l’article poursuit :

« Fouettée avec un câble électrique, frappée à coups de batte de base-ball, attachée à une chaise et brûlée aux pieds avec un fer à souder : ce n’est pas le récit d’un prisonnier de Guantanamo mais bien celui de la jeune Samia, une jeune fille de Farciennes (région du Hainaut) torturée par son propre père durant plusieurs années.

« Son calvaire a débuté alors qu’elle était en troisième […], en 2007. Mais ce n’est qu’en septembre 2016 que l’affaire a été révélée, un peu par la force des choses. Malgré le règlement d’ordre intérieur de son école, Samia se présentait quotidiennement sous un voile quasi intégral. […]

« Elle a expliqué que son père l’attachait […] et la brûlait avec un fer à souder pour lui faire savoir ce que serait l’enfer, si elle s’avisait de pécher” […]

« Mais d’autres éléments ont intrigué les enquêteurs : “Les murs de la maison étaient couverts de versets du coran. Mais il n’y avait ni jouets ni lits pour les quatre enfants. Le père a appris la naissance de Samia alors qu’il venait de se marier à une autre femme. Il a dû l’assumer et lui a fait payer physiquement et psychologiquement. »

J’envoie cet article 1 à ma fille en lui faisant part de mon indignation. Elle me répond :

« Oui, c’est affreux. Mais ce genre de fait divers ne tendrait-il à renforcer l’islamophobie ambiante ? La propagande par l’exemple : « Vous voyez bien que c’est des gens sadiques ». Alors qu’il s’agit « juste » de gens complétement frapadingues…

« Bref, c’est horrible, mais est-il nécessaire d’appuyer encore sur le bouton…? »

Pensant, en effet, nécessaire d’appuyer sur le bouton, voici ma réponse sous forme de « lettre ouverte ». Car j’estime que la question de l’« islamophobie » recouvre des enjeux qui concernent notre société – ce qu’on appelle, parfois un peu à la légère, le « vivre ensemble ».

Salut ma fille,

Pour moi (et quelques autres !), ce qu’on appelle communément « islamophobie » est un mot « valise » mis en avant par les musulmans et plus particulièrement par les plus radicaux et violents d’entre eux, les islamistes ; c’est-à-dire ceux qui cherchent à se faire passer pour victimes alors qu’ils sont acteurs des déséquilibres qu’ils font semblant de dénoncer, qu’ils cultivent pour mieux s’en servir. Lesdits islamistes, derrière leur double langage (islam de paix / islam de combat (djihad 2) – cas typique de Tariq Ramadan) n’ont de cesse de chercher à fractionner nos sociétés, à les déstabiliser dans une stratégie de combat. C’est précisément la stratégie de DAESH 3 et de ses succursales : créer le chaos et faire triompher le djihad.

D’autre part, « islamophobie » signifie stricto sensu « peur de l’islam » ; l’utiliser renvoie plus à un trouble irrationnel, doublé de haine,  qui, justement, ne laisse pas de place à la raison. On ne pourrait donc pas opposer à une religion figée, moyenâgeuse (elle n’a pas évolué depuis sa création au VIIe siècle), des arguments constitués selon des critères et des valeurs universels, relevant notamment des Lumières et des philosophies d’autonomie et de libération – c’est-à-dire du dégagement des religions de la sphère publique pour les cantonner à l’individu (principe primordial de laïcité). C’est d’ailleurs pourquoi je souscris plutôt au néologisme de « misislamisme » 4, « mis » signifiant l’antagonisme et non la détestation ; mais bien sûr c’est « islamophobie » qui s’impose désormais, du fait notamment que ses utilisateurs musulmans ont gagné la bataille sur ce plan sémantique. Afin qu’ils ne gagnent pas « tout court » la bataille, je pense donc qu’il ne faut pas tomber dans leur panneau victimaire et s’opposer au « djihad mou » (dissimulé) par des arguments solides et affirmés. Ce qui est en jeu ici, il me semble, c’est le fait qu’une différence de religions et de cultures soit devenue une opposition de civilisations. 

Cet antagonisme culmine de nos jours avec les questions liées à l’immigration. L’arrivée d’étrangers dans un pays créé toujours, plus ou moins, des mouvements xénophobes (d’ailleurs quand quelqu’un, quel qu’il soit, monte dans un bus ou un train, il est généralement regardé de travers, comme un élément étranger, l’étrange qui dérange l’ordre antérieur d’un groupe…). Il en fut ainsi, par exemple, des immigrations successives en France des Italiens, Polonais, Espagnols ; avant eux des Arméniens et après des Juifs d’Europe de l’Est et d’Afrique du Nord, ainsi que les « pieds noirs » rapatriés. Tous ceux-là ont fini par s’intégrer dans la société française parce qu’ils l’ont enrichie par leur force de travail d’abord 5, mais aussi par leurs apports culturels acceptables pour les « indigènes » (natifs). C’est ce qu’on a appelé l’assimilation, notamment par la langue et, plus généralement, par les mœurs communes. Ce qui a permis cela, c’est principalement la religion qu’ils avaient en commun : le christianisme.  Mettons à part dans ce phénomène les juifs qui ont gardé leurs particularismes tout en s’assimilant aux cultures des pays d’accueil.

Tu vois où j’en arrive : l’islam. Pourquoi cette religion est-elle à part, et avec eux ses pratiquants, dans le refus de s’assimiler, ou tout au moins de s’intégrer à la société d’accueil ? Tu vois peut-être mieux le fondement de l’« islamophobie » ? Il s’agit, je pense, d’un antagonisme irréductible, et d’autant plus qu’il baigne dans un contexte géopolitique à base de terrorisme, c’est-à-dire de violence « barbare » 6 revendiquée, théorisée, assignée à une religion dont, même ses adeptes pacifiques ne cherchent pas suffisamment à se démarquer. Leur silence (quasi général) vaut approbation dans l’opinion. Les opposants sont peu audibles et très minoritaires.

Pour ce qui est du « fait divers » en question, je ne le prends donc pas, comme tu sembles le faire, pour un « accident », un coup de folie de frapadingue comme tu dis. Le père qui martyrise sa fille – pas un garçon, non –, c’est aussi et peut-être d’abord, la conséquence « logique » d’une religion qui bannit la femme de ses valeurs. Oui, à l’origine toutes les religions monothéistes dégradent la femme ; elles se sont adaptées, contraintes et forcées par l’Histoire et les différentes luttes de libération – dont les révolutions. Sauf l’islam ! Les « printemps arabes » ont échoué sous les coups des Frères musulmans (dont fait partie le même T. Ramadan). Certes, ce père indigne est aussi un psychopathe tortionnaire. Comment en est-il arrivé à ce point d’abjection ? Sa religion l’aurait-il amené à plus d’humanité (il affichait des pages de Coran sur les murs) ou l’inverse ?

Nos problèmes avec l’immigration ne viendraient-ils pas de cela ? : une xénophobie « normale » (explicable a priori) doublée par un refus, plus ou moins conscient, d’une « invasion » qui mettrait en péril « nos valeurs » tout de même chèrement acquises : valeurs de démocratie, de « liberté – égalité – fraternité », certes imparfaites et perfectibles, et ayant acquis valeurs d’universalité. Oui ou non : La femme égale l’homme ? Les Droits de l’homme s’appliquent à tous ? (et aussi aux animaux !) La religion et les croyances en général relèvent de l’individu et ne doivent pas régir une société ?

Ceux qui brandissent et veulent si promptement dénoncer l’« islamophobie » devraient répondre avant tout, et sans ambiguïtés, à ces questions fondamentales – plus fondamentales que leurs dogmes. On en est très loin ! C’est en quoi nous pouvons craindre des temps à venir.

Il s’agit aussi, il me semble, de ne pas abandonner ces questions fondamentales à la droite et, pire encore, à l’extrême-droite – ce qui est pourtant le cas, et que ne manquent pas d’exploiter les islamistes en dénonçant le racisme de la  “fachosphère“. Ils s’en privent d’autant moins que la gauche, dans l’ensemble, s’en tient à des propos angéliques, irresponsables, nourris à l’absence d’analyse sérieuse ou à des considérations de morale plus ou moins caritatives. Ce faisant, cette gauche ne fait que nier la réalité des problèmes et ouvrir le boulevard que l’on sait à tous les extrémistes.

Je garde en tête cet entretien dans l’Obs d’août 2017 avec Salman Rushdie trouvant « consternant » d’entendre «Marine Le Pen analyser l’islamisme avec plus de justesse que la gauche ». « C’est très inquiétant de voir que l’extrême droite est capable de prendre la mesure de la menace plus clairement que la gauche ». « Le présupposé constant de la gauche, c’est que le monde occidental est mauvais. Et donc tout est passé au crible de cette analyse », déplore-t-il en terminant l’entretien.

Voilà, ma fille, pourquoi j’ai eu envie de te répondre avec cette lettre, certes bien longue – ces questions sont complexes –, et que j’ai eu envie, tout en l’écrivant, d’ouvrir à tous vents, et en particulier contre les vents mauvais.

Ton père, et caetera…

Notes:

  1. Version originale ici
  2. Guerre sainte menée pour propager et défendre l’islam.
  3. On devrait dire plus clairement califat islamique, qui exprime mieux la volonté d’expansion territoriale. Le calife était le souverain musulman, successeur de Mahomet, qui réunissait le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sur son territoire.
  4. Cf. Le Choc des nihilismes, Gian Laurens, 2015, chez l’auteur.
  5. C’est plus précisément le capital qui s’est alors enrichi…
  6. Je place des guillemets en raison de l’usage banalisé du mot qui, à l’origine (chez les Grecs et chez Hérodote notamment) désignait l’étranger, celui qui parle une autre langue.
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La+pie

Je ne crois pas que la folie de ce monstre tienne uniquement à l’islam. Toutes les religions considèrent les femmes comme sous humains dont Il faut canaliser, contenir les vices. Bien entendu ceux qui sont naturellement habilités à le faire sont les hommes. Ils n’ont pas de pulsions vicieuses, c’est connu! Cela aide bien Daesh. Cela conforte les fous de dieu dans leurs missions : punir,éliminer. Tous les tordus sont absolument ravis de la légitimité que leur donne un engagement . Ils ont le droit, le devoir de torturer, tuer et ils en seront même récompensés dans l’autre monde sans compter… Lire la suite

Parfait. J’aurais aimé pouvoir écrire cette lettre à ma fille.

Bernard LAGUNE

Merci pour la leçon. Ton premier paragraphe est un ramassis d’affirmations discutables. C’est pas une lettre ‘ouverte’ c’est un texte de fermeture qui n’engage aucune possibilité de débat. Ça me surprend. Bernard

Binoit

Puisque l’enfer refait surface (à l’intention des femmes comme il se doit toujours), rappelons-nous que celui qui fait actuellement un stage à l’ombre pour avoir, entre autre, uriné après violence sur une jeune femme handicapée qui pensait passer un bon moment avec lui, est le grand diffuseur en Europe du concept d’islamophobie. Ne pas vouloir remettre ce mot à sa place et en faire un amalgame facile entre peur d’une idée (l’extrémisme religieux) et haine d’un groupe humain (Arabes, musulmans) relève d’une volonté politique qui frise le simplisme. Suffisamment d’intellectuels musulmans n’ont cessé de nous prévenir sur la cécité qui… Lire la suite

HEROUARD

Je suis d’accord avec ton analyse de la stratégie de Daesh : à force d’atrocités, pousser les Français roumis “souchiens” à détester les Musulmans et pour faire bon poids, les Arabes (dont certains sont d’ailleurs chrétiens), de manière à déclencher des ratonnades, chères au père le Pen, lesquelles seront la preuve du bien fondé de l’autodéfense par Daesh des pov’zarabes (dixit la gauche visée par Rushdie) Mais toi, Gérard, tu n’aurais pas dû écrire : “« islamophobie » est un mot « valise » mis en avant par LES musulmans” puis de les sommer de se désolidariser. 95% des Marocains qui vivent peinards dans ma ville… Lire la suite

HEROUARD

Je rajoute une couche pour signaler l’excellent papier de Jourde sur les intimidations rhétoriques grotesques des antiracistes racistes
http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/archive/2018/02/12/les-noirs-contre-le-carnaval-607581.html

Lucienne+Criton

Article lucide, nécessaire, courageux car je trouve qu’une grande partie de la gauche est sur ces questions dans une position de déni ou bien de refoulement. On ne veut pas savoir et on fuit nos responsabilités sur ce qui va porter vers des situations intenables, de plus en plus conflictuelles.

Bérilley+Gérard

Je suis, il me semble bien, 100% en accord avec le contenu de cette lettre, car elle pose les vrais problèmes, les vraies questions. La pensée sociale en Europe – le socialisme au sens large – est issue de la critique de la religion : Proudhon, Feuerbach, Marx, Bakounine, etc… Or il est étrange de constater que les idéologues de la gauche actuelle, en général, se sont refusés d’appliquer cette critique de la religion à l’Islam. Certainement parce que cette même gauche a un côté “curé” dont elle ne s’est jamais libérée (le côté “curé” de tout militant). En deçà de… Lire la suite

Aqua

Comment « nommer et etre entendu « ?
Peut etre avec la Foi laïque du CHARBONNIER qui publiait deux jours avant son Assassinat, « lettre aux Escrocs de l islamophobie qui font le jeu des racistes » converge donc avec Rhusdie Daoud Sansal et autres marginaux fatwatisés et sans bousculade de la part des habituels Défenseurs Patentés !
Il y aurait il quand meme un debut de Lucidité ? Sans amalgame bien sur comme dit mon dentiste  !!
Pace é Saluté

Gian

Euh… Je suppose qu’il s’agit de La Libre BELGIQUE…

Gerard Ponthieu

Oui : La Libre Belgique, couramment dénommée « La Libre ».

Gian

Voilà de quoi me donner envie de faire une fille… Cette contribution devrait s’inscrire comme la première tentative sérieuse de dépasser le détestable esprit munichois de la bien-pensance actuelle concernant ce fléau qu’est l’islam, relais moderne d’un christianisme agonisant. Tu écris, Gé : “ses pratiquants, dans le refus de s’intégrer, tout au moins de s’assimiler”. Je crois que nous avons la preuve qu’il s’agit bien plutôt pour beaucoup d’entre eux d’une incapacité inconsciente que d’une détermination organisée, c’est bien plus une question de ne pas pouvoir que de ne pas vouloir : il y a des abysses culturels qui rendent impossible la… Lire la suite

Binoit

Si l’on peut penser à une “incapacité inconsciente” de s’intégrer pour une partie des musulmans pratiquants, on ne doit pas oublier que l’émergence des problèmes d’intégration (voile, etc) d’une minorité est allée de paire avec la venue en France des Frères musulmans (mouvement politico-religieux) chassés d’Algérie à l’issue de la dernière guerre civile. De même que ces derniers ont été les tombeurs des révolutions arabes de 2011 en évinçant dès le départ les démocrates et les laïcs pour mieux proclamer leur profession de foi : “L’Islam est la solution”, c’est-à-dire la charia comme loi fondamentale, avec la conquête douce du pouvoir… Lire la suite

Paroles de « Sale Pute »
…/… j’ai la haine, je rêve de te voir souffrir bébé !…/…
ORELSAN
Si vous ne connaissez pas cette horreur (musicale) Gérard, demandez à votre fille, elle écoute ce genre de trucs, des fois plus “religieux”, sans en tenir compte.

Muriel

Article important et courageux qui tranche dans l’air du temps. Qu’en a dit votre fille ? Je ne lis rien d’elle dans les commentaires. Je viens de trouver des propos qui rejoignent les vôtres; ils sont d’Alexandra Laignel-Lavastine, une universitaire ; extrait de sa conférence sur internet : “nos ennemis ne sont ni fous ni nihilistes, ils sont islamistes c’est-à-dire qu’ils adhèrent par choix et fanatiquement, à une idéologie totalitaire dotée d’un projet politique explicite, la conquête de l’Europe et d’un projet de société bien précis lui aussi, la soumission à la Charia, le terrorisme n’étant d’une certaine manière que la partie émergée… Lire la suite

Un pote à Paul

Une lettre ouverte bien fournie… Beaucoup de choses… Il faut choisir. Un point de désaccord, déjà, que je ne développerai pas, car trop complexe : “à l’origine toutes les religions monothéistes dégradent la femme”. Non ! On nage ici dans le plus plat lieu commun. Islamophobie… J’en suis. Envers et contre tous. Et sans la moindre gêne. Par mon métier, je connais, je fréquente et j’estime un grand nombre de maghrébins. Je les considère comme des soeurs et des frères. Mais je n’aime pas l’islam. Pas du tout. Pour au moins deux raisons : la soumission à Dieu et le prosélytisme. 1) Je… Lire la suite

graille+bernadette

Comme je suis en accord avec ce texte courageux et profond, lanceur d’étoiles.

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