On n'est pas des moutons

Religions

Iran : Dieu sur la sellette

Par Lau­rent Jof­frin, directeur de Libéra­tion

Comme à plein d’autres con­nec­tés, le directeur de Libé m’envoie chaque jour sa « let­tre poli­tique ». J’aime bien la lire, la trou­vant le plus sou­vent aus­si per­ti­nente que bien troussée. Ce 3 jan­vi­er donc, tan­dis que Le Monde, à sa une, fai­sait mumuse avec Macron, Lau­rent Jof­frin traitait de la sit­u­a­tion en Iran en un rac­cour­ci géopoli­tique qui ne manque pas de nous inter­peller. Il y abor­de en effet la ques­tion si fon­da­men­tale de la laïc­ité, et cela au moment où le même Macron (celui du Monde) reçoit le dic­ta­teur turc et, surtout, ayant reçu la veille les représen­tants des reli­gions établies, nous refait le coup de la « laïc­ité ouverte ». Jof­frin remet à sa façon les églis­es à leur plus juste place et, plus générale­ment, Dieu à la sienne.

Iran : Dieu sur la sellette

Il est une leçon écla­tante de la crise irani­enne qu’on ne tire guère, mais qui se voit pour­tant comme le tur­ban sur la tête d’un mol­lah : les rav­ages qu’exerce la reli­gion dès qu’on la mélange avec la poli­tique. On par­le sou­vent de l’Iran en enfi­lant les per­les : « un grand pays », « héri­ti­er d’une civil­i­sa­tion plusieurs fois mil­lé­naire », « acteur incon­tourn­able de la région », etc., toutes choses vraies qui ne nous appren­nent rien sur la sit­u­a­tion du pays. L’Iran d’aujourd’hui est d’abord une théocratie. Ce pays de cul­ture et de créa­tiv­ité vit sous la férule de religieux obscu­ran­tistes qui main­ti­en­nent la société dans les rets d’une dic­tature minu­tieuse. Les mol­lahs con­trô­lent non seule­ment l’Etat, les finances, l’armée, mais aus­si la presse, les écrans, la vie quo­ti­di­enne et même les tenues ves­ti­men­taires. Le jeu poli­tique se lim­ite à l’affrontement des fac­tions chi­ites, dont cer­taines sont plus ouvertes que d’autres, mais qui se rejoignent pour con­serv­er les bases du régime exis­tant.

Les protes­ta­tions en cours, d’apparence économique ou sociale, visent en fait le cœur du sys­tème. On con­teste les dépens­es occa­sion­nées par une poli­tique étrangère fondée sur le sou­tien per­ma­nent aux alliés religieuse­ment proches, le Hezbol­lah, ou bien le pou­voir alaouite en Syrie. On met en cause les sub­ven­tions mas­sives accordées aux asso­ci­a­tions religieuses. On s’indigne de la ges­tion désas­treuse des « ban­ques islamiques ». On dénonce la cor­rup­tion de l’establishment religieux qui détourne à grands seaux l’argent pub­lic au prof­it d’une mince couche de dig­ni­taires. Au som­met de l’appareil répres­sif, les « gar­di­ens de la révo­lu­tion », troupe d’élite héri­tière du khome­in­isme pur et dur, restent les prin­ci­paux garants de la dic­tature, soucieux avant tout de réprimer toute aspi­ra­tion pop­u­laire à un peu plus de lib­erté.

Cet impéri­al­isme du spir­ituel est un mal du siè­cle qui com­mence. On le retrou­ve évidem­ment dans les monar­chies du golfe, tout aus­si total­i­taires, ou dans la folle entre­prise ter­ror­iste des minorités islamistes. Mais aus­si, sous une forme heureuse­ment plus bénigne, dans cer­taines démoc­ra­ties. L’alliance de Trump avec la fac­tion évangélique aggrave sa poli­tique. L’influence poli­tique des religieux en Israël bloque tout espoir de paix avec les Pales­tiniens. Le pou­voir de l’orthodoxie en Grèce ralen­tit les réformes sociales et con­forte en Russie la démoc­ra­ture pou­tini­enne. Bref, Dieu, per­son­ne privée, se mêle de plus en plus de ce qui ne le regarde pas, à savoir l’organisation de la cité. Le sécu­lar­isme dans les régimes de droit, ou la laïc­ité en France, reste l’un des biens les plus pré­cieux pour tous ceux qui sont attachés à la lib­erté.

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Repris ici un jour après sa pub­li­ca­tion, j’ose espér­er que Lau­rent Jof­frin ne m’en voudra pas de cet inno­cent piratage…


Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écrivain et jour­nal­iste algérien, Kamel Daoud s’est imposé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indépen­dance de juge­ment, la finesse de ses analy­ses et de son écri­t­ure. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abom­i­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflex­ions sur leurs caus­es plutôt que sur leurs seuls effets. On ne saurait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­ta­cle médi­a­tique, l’étalage des témoignages mul­ti­ples, les déc­la­ra­tions out­rées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stratégie pub­lic­i­taire de ter­reur visée par l’État islamique ? En dénonçant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­cisé­ment à con­tre­courant du dolorisme ambiant qui masque une géopoli­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schiz­o­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

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L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si”

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Barcelone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte con­tre le ter­ror­isme, l’Occident mène la guerre con­tre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce roy­aume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui pro­duit, rend légitime, répand, prêche et défend le wah­habisme, islamisme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­habisme, rad­i­cal­isme mes­sian­ique né au XVIIIe siè­cle, a l’idée de restau­r­er un cal­i­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­tanisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien sur­réal­iste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi religieuse rig­oriste, et puis aus­si un rap­port mal­adif à l’image et à la représen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudité et la lib­erté. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéologique de la cul­ture islamiste. Les nou­velles généra­tions extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­hadistes. Elles ont été biberon­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vat­i­can islamiste avec une vaste indus­trie pro­duisant théolo­giens, lois religieuses, livres et poli­tiques édi­to­ri­ales et médi­a­tiques agres­sives.

Vifs remer­ciements à Omar Louzi, directeur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers autorisé la dif­fu­sion de cet arti­cle sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se présente comme un site d’information général­iste, con­cer­nant le monde amazigh (relatif au peu­ple berbère et à sa langue) : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Canaries, Mau­ri­tanie, … et la dias­po­ra amazigh en Amérique du Nord et en Europe… Un site par­tic­i­patif, indépen­dant, qui donne la parole à tous les Amazighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, cul­ture. Le site se veut pro­gres­siste, human­iste, ouvert et tolérant.

On pour­rait con­tre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait nég­liger le poids des liens entre la famille rég­nante et le clergé religieux qui assure sa sta­bil­ité — et aus­si, de plus en plus, sa pré­car­ité. Le piège est total pour cette famille royale frag­ilisée par des règles de suc­ces­sion accen­tu­ant le renou­velle­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prêcheur. Le clergé saou­di­en pro­duit l’islamisme qui men­ace le pays mais qui assure aus­si la légitim­ité du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­pren­dre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses mail­lons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La cul­ture islamiste est aujourd’hui général­isée dans beau­coup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­tanie. On y retrou­ve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télévi­sion islamistes (comme Echourouk et Iqra), ain­si que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace pub­lic, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils con­sid­èrent comme con­t­a­m­inée.

Il faut lire cer­tains jour­naux islamistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y par­le de l’Occident comme site de « pays imp­ies » ; les atten­tats sont la con­séquence d’attaques con­tre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont devenus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­tini­enne, le viol de l’Irak et le sou­venir du trau­ma colo­nial pour emballer les mass­es avec un dis­cours mes­sian­ique. Alors que ce dis­cours impose son sig­nifi­ant aux espaces soci­aux, en haut, les pou­voirs poli­tiques présen­tent leurs con­doléances à la France et dénon­cent un crime con­tre l’humanité. Une sit­u­a­tion de schiz­o­phrénie totale, par­al­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saou­dite.

Ceci laisse scep­tique sur les déc­la­ra­tions toni­tru­antes des démoc­ra­ties occi­den­tales quant à la néces­sité de lut­ter con­tre le ter­ror­isme. Cette soi-dis­ant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une cul­ture avant d’être une mil­ice, com­ment empêch­er les généra­tions futures de bas­culer dans le dji­hadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses clergés, de sa cul­ture et de son immense indus­trie édi­to­ri­ale ?

Guérir le mal serait donc sim­ple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Ori­ent. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équili­bre illu­soire : On dénonce le dji­hadisme comme le mal du siè­cle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéologique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des raisons aux dés­espérés dans le monde arabe, le roy­aume saou­di­en leur a don­né croy­ances et con­vic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des dji­hadistes mais ils renaîtront dans de prochaines généra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juil­let 2012, un extrait de 14 min­utes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était postée sur YouTube, met­tant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 sep­tem­bre, des attaques furent menées, notam­ment, con­tre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uni­ennes. Furent ain­si pris­es d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le con­sulat à Beng­hazi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attribuée à un cer­tain Nakoula Bas­se­ley Nakoula, un copte égyp­tien rési­dant en Cal­i­fornie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypocrisies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Mahomet…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais pub­lié un arti­cle sur lequel je viens de retomber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le pub­li­er à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaîne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix min­utes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actu­al­ité atter­rante et celle des vingt ans passés le mon­trent : des trois reli­gions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus con­tro­ver­sée, voire rejetée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­ti­enne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur con­cur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­toriques flam­boy­antes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préal­able : par­ler « reli­gions » ici c’est con­sid­ér­er les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins con­sen­tantes. C’est donc par­ler des clergés, des dogmes et des cohort­es activistes et prosé­lytes. On en dirait autant des idéolo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, con­stru­ites comme des reli­gions, ont entaché l’Histoire selon des sché­mas sim­i­laires. Donc, dis­tinguer les « hum­bles pécheurs » con­sen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libéra­teurs », tout comme on ne con­fon­dra pas ces mil­i­tants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène plané­taire, voulant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­tac­u­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïss­able et le ren­force du même coup dans sa pro­pre et vin­dica­tive dés­espérance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et con­séquence de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gin­al­isée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pass­er auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la planète, les plus activistes et dji­hadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharg­er ain­si sur ce bouc émis­saire leur pro­pre part de respon­s­abil­ité quant à leur mise en marge de la « moder­nité ». Moder­nité à laque­lle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeunesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­tifère et désir d’affranchissement des con­traintes obscu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeuness­es reven­dica­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces man­i­fes­ta­tions col­lec­tives sans lesquelles les sociétés musul­manes ris­queraient l’implosion. D’où, plus avant, les « print­emps arabes » et leurs nor­mal­i­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nou­v­el épisode de poussées cléri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo dén­i­grant l’islam dif­fusée sur la toile mon­di­ale et attribuée à un auteur israé­lo-améri­cain – ou à des sources indéfinies 3. Pré­texte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­loguer sur ces con­di­tion­nements rep­tiliens (je par­le des cerveaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrême vio­lence à la moin­dre provo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et arti­cles ont ravivé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a saisi les sys­tèmes monothéistes à par­tir de son foy­er le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Ori­ent. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions prophé­tiques et sec­taires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, instal­lé des comp­toirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, tor­turé et mas­sacré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­tenant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­tyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothé­tique, pro­scrivant à cha­cun sa libre con­science et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière human­ité.

Va pour les croy­ances, qu’on ne dis­cutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes séculiers pro­liférant sur les plus noirs obscu­ran­tismes ? On par­le aujourd’hui de l’islam parce que les guer­res religieuses l’ont replacé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­ginis­er sur l’air de la mod­éra­tion. Parce que l’islamisme « mod­éré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pak­istan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tian­isme adhèrent obséquieuse­ment, par « char­ité bien com­prise » en direc­tion de leur pro­pre « mod­éra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au prof­it des mytholo­gies monothéistes, les affab­u­la­tions entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biogra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que manip­ulées, per­me­t­tent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réal­ité exis­ten­tielle, mais surtout sur les inter­pré­ta­tions dont ces fig­ures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidem­ment – comme ignare, voleur, manip­u­la­teur, cupi­de et ama­teur de fil­lettes ? Pas plus réel que sa divin­i­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus con­stru­its hors de leur pro­pre réal­ité, selon des con­tes infan­tiles psalmod­iés et faisant appel à la plus totale cré­dulité.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­sité, celle de combler leurs angoiss­es exis­ten­tielles, de panser leurs mis­ères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des lende­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la per­spec­tive de son devenir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la con­di­tion d’humains désir­ant, par­lant, con­nais­sant, com­prenant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la con­nais­sance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, mal­traité les enfants, méprisé les ani­maux ; inculqué la cul­pa­bil­ité et la soumis­sion ; attaqué la philoso­phie et la sci­ence ; colonisé la cul­ture et imprégné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sex­u­al­ité et les mœurs (con­tra­cep­tion, avorte­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­mandé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tiori un seul, puisse con­tenir et exprimer LA vérité ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il chem­iné pour finale­ment dis­soudre sa ratio­nal­ité et son juge­ment ? Mys­tère de la croy­ance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème séculi­er, comme ordre ecclésial, avec ses cohort­es, ses palais, ses forter­ess­es spir­ituelles et tem­porelles… Son his­toire mar­quée en pro­fondeur par la vio­lence : croisades, Inqui­si­tion (je voy­ais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siè­cles !), guer­res religieuses, Saint-Barthéle­my, les bûch­ers, et aus­si les coloni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tian­isme.

Côté islamisme, qui dit se dis­penser de clergé, son emprise ne s’en trou­ve que plus entière­ment diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laï­cisme des islamistes, se voudraient-ils « mod­érés ». Et que penser de cette vio­lence endémique dev­enue syn­onyme d’islam, jusque dans nos con­trées d’immigration où d’autres extrémismes en nour­ris­sent leurs fonds de com­merce nation­al­istes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présen­té dans son his­toire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nom­breuses sourates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infidèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – con­tra­dic­tion ou signe oppor­tuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fat­was de con­damna­tion à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Tasli­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Ams­ter­dam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un doc­u­men­taire, il venait de dénon­cer le traite­ment réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même dou­ble lan­gage chez le dieu juif Yahvé pour jus­ti­fi­er…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­tine (dont les Cananéens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient “le peu­ple élu de Dieu”, dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tueras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légiti­mant le colo­nial­isme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théocraties. Affron­te­ment égale­ment par affidés inter­posés et leurs États ou organ­i­sa­tions ter­ror­istes : Bush con­tre Al Quaï­da, Tsa­hal con­tre le Hezbol­lah, “kamikazes” con­tre pop­u­la­tion civile. Vio­lences innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, sem­blent en con­tester la légitim­ité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprég­nant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les car­i­ca­tures danois­es de Mahomet, dont cer­tains avaient, de même, con­testé la qual­ité artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représen­tait les vis­ages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucune­ment sur la nature du « sac­rilège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­lab­o­ra­teurs en Libye, vic­times sac­ri­fi­cielles et à ce titre totale­ment inscrites dans un proces­sus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade améri­caine ? Et aus­si à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Car­o­line Fourest a été chahutée, men­acée, insultée et empêchée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front nation­al !

Comme quoi, pour résumer, une insulte con­tre la foi – ou ce qui en tient lieu –con­stitue un crime plus grave que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évidem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins déclarées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée plané­taire directe retrou­ve toute­fois le chris­tian­isme – ne dit-on pas le judéo-chris­tian­isme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de pénétr­er jusque dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, celles qui se présen­tent comme les « meilleures » parvi­en­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « mod­éra­tion » demeure rel­a­tive à leur stratégie hégé­monique.
  3. Sources qui demeurent encore floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écrivaine néer­lan­do-soma­li­enne con­nue pour son mil­i­tan­tisme con­tre l’excision et ses pris­es de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut men­acée de mort par Mohammed Bouy­eri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­tic­i­pa­tion au court-métrage du réal­isa­teur qui dénonçait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déserté la toile ! Et pas de protes­ta­tions… À sup­pos­er que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­geste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, con­so­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aus­si. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­tique, la bonne, vraie, bien politi­ci­enne. Voici le temps béni de la mas­ca­rade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépassés…

Nous sommes début août à Mar­seille. La scène se passe juste avant l’affaire du siè­cle, dite du burki­ni.

Un cou­ple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­sive baig­nade pour regag­n­er la Cor­niche et la voiture. Jetant un coup d’œil plongeant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Prophète, tous les Mar­seil­lais con­nais­sent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en mail­lot, l’autre entière­ment habil­lée en noir, bar­b­otant, accrochée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et pais­i­ble ! Ces deux femmes si dif­férentes et qui se baig­nent ensem­ble comme ça, sans prob­lèmes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angélique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu con­nu d’autres tem­pêtes et dis­putailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habil­lée, devant sor­tir de l’eau avec le tis­su tout col­lé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­mage, mais enfin… Ce qui me con­trarie surtout c’est la soumis­sion à un ordre moral – religieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâch­er un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les por­tières se refer­ment sur le débat à peine amor­cé.

burkini

Calan­ques de Mar­seille, juil­let 2016. La mode s’empare du religieux banal­isé, marchan­disé. Un prosé­lytisme ordi­naire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décrétées par des maires – de quel droit au juste, en ver­tu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite brandir le mot « laïc­ité », comme ils par­leraient de cul­ture ou de fra­ter­nité… pour un peu je sor­ti­rais mon revolver (hep, c’est une image, hein, une référence… cul­turelle ! 1) Car ils par­lent d’une cer­taine laïc­ité, la leur, qu’ils assor­tis­sent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laïc­ité cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tude en gros anti-musul­mane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette déc­la­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces maires censeurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volon­té d’encourager le vivre ensem­ble, sans arrière-pen­sée poli­tique. » Et c’est qu’il en con­naît un ray­on, le pre­mier min­istre, en matière d’arrière-pensée poli­tique ! Une autre belle occa­sion de se taire. 2

Par­lons-en de l’« arrière-pen­sée poli­tique » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­tique, à défaut de pen­sée réelle, pro­fonde, sincère, por­teuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes politi­ciens se gar­garisent de Démoc­ra­tie et de République, avec majus­cules. Ain­si, quoi qu’ils déclar­ent, ou éructent, s’est selon, et spé­ciale­ment sur ces reg­istres des inter­férences por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul prob­lé­ma­tique islam –, se trou­ve enrac­iné dans l’arrière-monde politi­cien des fameuses « arrière-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne saurait oubli­er que la par­tie de pok­er menteur en vue de la prési­den­tielle de 2017 est forte­ment engagée.

C’est pourquoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensem­ble », la parole poli­tique ne parvient plus à offrir le moin­dre crédit, à l’exception pos­si­ble, épou­vantable, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exerçant leur séduc­tion auprès des électeurs échaudés et revan­chards, ou incultes et incon­scients poli­tique­ment autant qu’historiquement. D’où les surenchères ver­bales qui se suc­cè­dent en cas­cades. Ce sont les mêmes qui pour­raient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­tine en Russie, un Erdo­gan en Turquie, etc. – sans par­ler des mul­ti­ples offres pop­ulistes qui tra­versent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de crédit des politi­ciens explique en grande par­tie la grande fatigue de la démoc­ra­tie : pro­gres­sion des absten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­sante à l’égard des élites con­sid­érées comme… éli­tistes, se regroupant et se repro­duisant dans l’entre soi des mon­des de l’économie, des « décideurs » et des médias acca­parés par les financiers. Le tout, avec pour corol­laire la mon­tées des vio­lences urbaines et des incivismes ; les repliements et affron­te­ments com­mu­nau­taristes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essay­er de com­pren­dre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fi­er – comme l’a hélas pré­ten­du le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nence » de ses pro­pos. Com­ment vouloir organ­is­er la polis – la cité – si on renonce à en com­pren­dre les (dys)fonctionnements ?

Ain­si quand on déplore la « bar­barie » d’extrémistes religieux en invo­quant l’« obscu­ran­tisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême vio­lence des sys­tèmes religieux – islamistes en l’occurrence 4. Se plain­dre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas revenir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bossuet, ce big­ot éru­dit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chéris­sent les caus­es » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les reli­gions sont une des caus­es pre­mières des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles vali­dent des croy­ances frat­ri­cides, ou plutôt homi­cides et géno­cides ; lesquelles génèrent les injus­tices et les dérè­gle­ments soci­aux qui ali­mentent l’autre série des « caus­es pre­mières » de la vio­lence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je con­sid­ère aus­si le nazisme et le stal­in­isme sous l’angle des phénomènes religieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accuser la République de tous les maux, jusqu’à vouloir l’abattre, au nom d’un passé colo­nial inex­pi­able, qui vaudrait malé­dic­tion éter­nelle aux généra­tions suiv­antes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revanche, la haine et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­manes » comme Les Indigènes de la République par­lant de « lutte des races sociales » tout en qual­i­fi­ant ses respon­s­ables de souch­iens – néol­o­gisme jouant per­fide­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et voulant en même temps désign­er les « Français de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sis­co, ce vil­lage du Cap corse qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine maghrébine et des Cors­es… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me référ­er à ce que j’en ai lu, et en par­ti­c­uli­er au rap­port du pro­cureur de la Res pub­licæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une plage pour une fête, « en une sorte de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux sec­onds… Tan­dis que des pho­tos étaient pris­es, inclu­ant des femmes voilées au bain… Castagnes, cinq blessés, police, voitures incendiées. Pour résumer : une his­toire de ter­ri­toire, de con­cep­tion socié­tale, de cul­ture.

Le mul­ti­cul­tur­al­isme se nour­rit aus­si de bien des naïvetés. Surtout, il est vrai, auprès d’une cer­taine gauche d’autant plus volon­tiers accueil­lante que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Cors­es sont des insu­laires [Excusez le pléonasme…] et, comme tels, his­torique­ment, ont eu à con­naître, à red­outer, à com­bat­tre les mul­ti­ples envahisseurs, des bar­bares – au sens des Grecs et des Romains : des étrangers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appelait les Sar­rasins et les Ottomans, autrement dit des Arabes et des Turcs. D’où les nom­breuses tours de guet, génois­es et autres, qui parsè­ment le lit­toral corse, comme à Sis­co. Des mon­u­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attes­tent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoires et les men­tal­ités – même éty­molo­gie que mon­u­ment !

Ain­si les Cors­es demeurent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toire et, par delà, de leurs par­tic­u­lar­ismes, sou­vent cul­tivés à l’excès, jusqu’aux nation­al­ismes divers et ses vari­antes qui peu­vent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racisme [Enreg­istré après l’affaire de Sis­co, un témoignage affligeant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­laires, selon leur pro­pre his­toire : « exportés » par l’Histoire (il ne s’agit nulle­ment de nier la réal­ité et les effets du colo­nial­isme) et en par­ti­c­uli­er les migra­tions économiques, ain­si devenus insu­laires, c’est-à-dire isolés de leur pro­pre cul­ture et surtout de leur reli­gion. Tan­dis que la récente mon­di­al­i­sa­tion, telle une tem­pête plané­taire, relance avec vio­lence les « chocs des cul­tures » – je ne dis pas, exprès « civil­i­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mil­i­taire de l’Occident dans le monde musul­man, sous la houlette des Bush et des néo-con­ser­va­teurs états-uniens a con­sti­tué un cat­a­clysme géopoli­tique ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le rivage corse de Sis­co et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en burki­ni.

Retour donc au fameux burki­ni avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénonçant le rac­cour­ci par lequel des maires lient le port du burki­ni au ter­ror­isme, ajoute dans son com­mu­niqué : « Quel que soit le juge­ment que l’on porte sur le sig­nifi­ant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à faire de l’espace pub­lic un espace régle­men­té selon cer­tains codes et à ignor­er la lib­erté de choix de cha­cun qui doit être respec­tée. Après le « burki­ni » quel autre attrib­ut ves­ti­men­taire, quelle atti­tude, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des préjugés de tel ou tel maire ? Ces man­i­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­for­cent le sen­ti­ment d’exclusion et con­tribuent à légitimer ceux et celles qui regar­dent les Français musul­mans comme un corps étranger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de met­tre en avant et de préserv­er le principe démoc­ra­tique pre­mier, celui de la lib­erté : d’aller et venir, de penser, de prier, de danser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des lib­ertés. C’est aus­si la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des femmes dans le vête­ment, enten­dent défendre le libre choix de cha­cun.

iran-hommes-voilés

Les Iraniens sont de plus en plus nom­breux à pos­er avec, sur la tête, le voile de leur fiancée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux soci­aux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le burki­ni n’est pas l’équivalent symétrique­ment inver­sé du biki­ni et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mule comme « quel que soit le sig­nifi­ant… » ; cette tenue exprime en effet un con­tenu religieux affir­mé, revendiqué – ce que n’est pas le biki­ni, qui relève de la mode, ou seule­ment de la marchan­dise ves­ti­men­taire. Il est aus­si vrai que le burki­ni a été inven­té et lancé par des acteurs de la mode et que son com­merce atteint aujourd’hui des som­mets et que, comme tel, son con­tenu religieux sem­ble tout relatif… Ain­si, burki­ni et biki­ni ne présen­teraient pas qu’une prox­im­ité lex­i­cale, ils partageraient une fonc­tion éro­tique sem­blable par une mise en valeur du corps féminin comme le font le ciné­ma et la pho­to pornographiques, pas seule­ment par la nudité crue, mais aus­si par le moulage des formes sous des vête­ments mouil­lés. Le prob­lème demeure cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du religieux dans le corps de la femme et dans sa lib­erté. Par delà, il pousse le glaive des dji­hadistes dans le corps si frag­ilisé des démoc­ra­ties “mécréantes”, inci­tant à des affron­te­ments de type eth­niques et com­mu­nau­taires, met­tant à bas l’idéal du “vivre ensem­ble”, préludes à la guerre civile. Une telle hypothèse – celle de l’État islamique – peut sem­bler invraisem­blable. Elle n’est nulle­ment écartée par les voix par­mi les plus éclairées d’intellectuels de cul­ture musul­mane. C’est le cas des écrivains algériens comme Kamel Daoud et Boualem Sansal ou comme le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ranger…), quelles solu­tions envis­ager pour désamorcer ce prélude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant unique selon les monothéismes – le judaïsme, reli­gion du par­ti­c­uli­er eth­nique, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polémique, ayant assez à faire avec l’usage pub­lic de la kip­pa… ; et le boud­dhisme totale­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflex­ions, je serais ten­té d’en appel­er à la stricte laïc­ité « à la française », selon la loi de 1905, comme solu­tion sus­cep­ti­ble d’apaiser les con­flits : pas de signes religieux (dis­ons osten­ta­toires) dans l’espace pub­lic. On notera à ce sujet que les tolérances actuelles des reli­gions par rap­port aux mœurs demeurent rel­a­tives, récentes et frag­iles – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famille pour tous et du clergé catholique, pour ne par­ler que de la France ! Donc préfér­er la Laïc­ité pour tous afin que les vach­es soient bien gardées… Au delà de la boutade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musul­manes de se voir exclues totale­ment de l’espace pub­lic, et des plages en par­ti­c­uli­er. À elles alors de se rebeller, y com­pris et peut-être d’abord con­tre leurs dom­i­na­teurs mâles, obsédés sex­uels tra­vail­lés par un appareil religieux datant du VIIIe siè­cle. À moins qu’elles ne préfèrent l’état de servi­tude, lequel rel­e­vant de la sphère privée, loin de tout prosé­lytisme au ser­vice d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vidu, homme, femme, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut tou­jours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste par­v­enues à se libér­er, ou même par­tielle­ment. C’est qu’il leur a fal­lu se bat­tre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cause – le plus sou­vent sous la pres­sion religieuse plus ou moins directe. Elles se sont soulevées dans le monde islamisé et con­tin­u­ent de le faire, en avant-gardes minori­taires, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être soutenues par des hommes. Comme actuelle­ment en Iran, avec cette cam­pagne appuyée par des pho­tos où des hommes appa­rais­sent voilés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai fail­li écrire « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appréci­er ce bil­let de Sophia Aram, lun­di sur France inter. Indis­pens­able, courageuse, pétil­lante Sophia – la sage icon­o­claste. Mais “grotesque”, cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dra­maturge alle­mand nazi, la cita­tion exacte : « Quand j’entends par­ler de cul­ture… je relâche la sécu­rité de mon Brown­ing ! »
  2. Par­mi ces maires, celui de Vil­leneuve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favor­able au rétab­lisse­ment de la peine de mort… con­va­in­cu du rôle posi­tif de la coloni­sa­tion. Sym­pa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gin­isé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occu­pa­tion illicite de place sera immé­di­ate­ment empêchée, et les zadistes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une man­i­fes­ta­tion à laque­lle ils auraient appelé, les syn­di­cal­istes devront régler les dom­mages sur leurs pro­pres deniers. »
  4. Quelle reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédouan­er de tout extrémisme vio­lent ?
  5. Cita­tion attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédi­ca­teur, 1627–1704.
  6. Je ne souhaite pas ici débor­der sur la con­tro­verse autour du livre de Samuel Hunt­ing­ton, Le Choc des civil­i­sa­tions, paru en 1997.

Michel Onfray, l’’athéologue prêchi-prêcha


Par ces temps d’obscurantisme effréné, un Michel Onfray vaut bien une messe. Et même davan­tage. Il m’a eu agacé par­fois, le bon­homme. Pas tant sur le fond que sur la forme. Ce qui revient quand même à écorner le fond. Je veux par­ler de sa « musique », qual­i­fiée ain­si dans l’article que lui con­sacre Le Monde 2 [02/04/05] : « Les phras­es s’envolent. Les mots bour­don­nent. Gron­dent. Se bous­cu­lent. C’est du rap méta­physique. Du slam philosophique. Du funk phénoménologique. De la soul ontologique. »

Bien dit, je trou­ve pour appuy­er mes réserves qui, finale­ment, atteignent le pro­pos par la bande. Pourquoi nous assén­er des pen­sées sous cette forme hale­tante ? Pour nous empêch­er de respir­er, c’est-à-dire de pren­dre le temps de penser aus­si, nous, libre­ment, au rythme d’une pen­sée qui s’élabore, et à laque­lle on col­la­bore : tra­vailler avec, avec l’émetteur qui s’assure que « ça suit », avant que d’adhérer en « col­lant » (c’est bien le mot) à l’idée et, pour cela, faire usage des arti­fices de bon­i­menteurs ? Ça lui est par­fois reproché, ce jeu de séduc­tion. A juste titre, je trou­ve.

J’exprime des réserves de ce type à d’autres formes d’expression [ne vous gênez pas, au besoin, pour me retourn­er le com­pli­ment…], comme dans cer­tains films. Je pense aux récents films doc­u­men­taires comme ceux de Michael Moore ou, plus récem­ment, au film « The Cor­po­ra­tion » (USA, 2004). C’est une charge con­tre l’Entreprise con­sid­érée comme mod­èle fas­cisant. Ça part d’un angle pour le moins intéres­sant : « Si l’entreprise a légale­ment les mêmes droits qu’un indi­vidu, pourquoi se con­duit-elle de façon si peu humaine ? » La ques­tion est assez per­ti­nente pour n’avoir pas besoin de ren­forts dou­teux, à savoir une écri­t­ure pro­pre­ment assom­mante, et même, je le dis : fas­cisante. Une écri­t­ure de clips pub­lic­i­taires qui, par déf­i­ni­tion et néces­sité, nie le libre arbi­tre – nie car­ré­ment le des­ti­nataire en tant que récep­teur pen­sant, capa­ble de juge­ment que, d’ailleurs, il ne demande qu’à forg­er. Dénon­cer Nike avec les armes de Nike, non !

J’ai éprou­vé un sem­blable tour­nis à enten­dre les con­férences de Michel Onfray [retrans­mis­es par France Cul­ture] dans lesquelles il paraît noy­er son argu­men­ta­tion dans l’ivresse de ses [bons ? pas tou­jours…] mots. De ce point d’ouïe, Onfray c’est l’anti-Debray.

Revenons à ses pro­pos sur la presse en les replaçant dans l’ensemble de l’interview du Monde 2. On peut d’ailleurs s’y référ­er directe­ment sur l’extrait ci-dessus. On y voit que les jour­nal­istes – à psy­ch­analyser, selon lui –, l’ont sale­ment attaqué par une accu­sa­tion de nazisme à peine déguisée ; ou bien le tax­ent d’extrême-droite ou de « maître à penser des raéliens ».

N’ayant pas lu 1 son Traité d’athéologie, je n’en dirai rien. Sinon que cette « parole athée dans le con­cert de chants gré­goriens », comme dit son auteur, ne peut évidem­ment que déranger l’ordre dom­i­nant des reli­gions.

Et, au fait, quant à « psy­ch­analyser le méti­er de jour­nal­iste », alors oui – et com­ment ! Mais après vous, je vous en prie…

 

commentaires de 2005

Don­adel­lo Claude08/08/2008 10:58

Michel Onfray ? Evidem­ment, les sup­ports médi­a­tiques sont aus­si ses moyens pub­lic­i­taires… Mais, si on l’écoute bien, il en dit des “con­ner­ies”. Par exem­ple, piètre con­nais­seur des textes bibliques aux­quels il fait si sou­vent référence, il donne sou­vent l’impression d’être un rédac­teur du “Sélec­tion du Reader’s Digest France Cul­ture”. Je respecte la pen­sée d’un athée qui ne fait pas com­merce d’athéisme, mais j’émets des réserves sur le sérieux d’une pen­sée agglu­ti­nante, faite de bric et de broc : un peu de Kant, un soupçon de Feuer­bach, mât­inée de Dar­win… Bien sûr, je com­prends la cause de sa foi en un Non-Dieu, lui, enfant vic­time du clergé com­plice du cap­i­tal­isme, mais il me sem­ble qu’il ne devrait pas s’attarder sur le doigt qui mon­tre l’étoile.

 

bernat-win­ter30/01/2006 12:41

L’hédonisme de Michel Onfray pour­rait pren­dre place entre le tour de France comme épopée et le cerveau d’Einstein dans Mytholo­gies de Roland Barthes. Il est tou­jours inutile d’opposer aux signes de l’autre (Onfray) nos pro­pres signes. L’enquête devra être sub­ver­sive: met­tre à nu, démon­ter, mon­tr­er quelques tours de fab­rique. La ques­tion pour­rait être, depuis le texte même : Onfray, ça marche com­ment ?
Quelques ques­tions: c’est quoi une “admin­is­tra­tion pla­toni­ci­enne”, com­ment ça marche “l’aura du vouloir hédon­iste”, com­ment peut-on “émas­culer la philoso­phie”? Il sem­blerait que le matéri­al­isme hédon­iste ne puisse se pass­er des con­tes pour enfants.

 

sylvie del­vaux31/08/2005 01:


M. Onfray arrive à décon­cert­er, par sa manière de les présen­ter, ceux qui trou­vent de l’intérêt à ses idées. Trop empressé de les con­va­in­cre, alors qu’il en appelle à penser libre­ment…
Mais tout n’est pas là. En tant que philosophe il n’interroge pour­tant pas l’essentiel. Pourquoi et ce depuis tou­jours l’humanité entière a besoin de croire en un Dieu ? Sim­ple­ment parce que rien ne peut la con­sol­er d’être mortelle. Et parce que rien ne peut con­sol­er un indi­vidu de ne compter aux yeux de ses sem­blables que pour ce à quoi il peut leur servir. Sans par­ler du dés­espoir dans la souf­france et le mal­heur, là où per­son­ne ne peut vous aider…L’idée de Dieu est-elle la béquille psy­chologique inven­tée comme appui, faute de mieux, par la Nature pour nous aider à y faire face ?
Vaste sujet…Je ne suis pas croy­ante, mais je com­prends ceux qui croient. Quant aux vio­lences de toutes sortes com­mis­es au nom d’une reli­gion, je ne peux qu’approuver qu’elles doivent être démasquées et blâmées.

Gérard Pon­thieu18/08/2005 16:14

» dionysos : en fait, bien d’accord avec vous. Je saisir­ai l’occasion de revenir sur ce principe manichéen que vous évo­quez. gp

dionysos08/08/2005 22:

Je suis bien d’accord Onfray fait par­tie comme Deleuze et con­sors de ces penseurs(je trou­ve le terme philosophe un peu pom­peux a mon gout)libertaire ‚qui font voy­ager le lecteur sou­vent pro­fane dans un monde mécon­nu :La philosophie,et plus par­ti­c­ulière­ment les penseurs Nietszchien.Alors,peu importe qu’on en dise du bien ou du mal(principe manichéen grotesque!)on aime bien Onfray et on en rede­mande!

  

Gérard Pon­thieu31/05/2005 15:50

OK : je me suis trompé déjà en me faisant mal com­pren­dre. Je ne les con­nais pas assez pour avoir un avis légitime et sur Onfray et sur sa pen­sée; j’interrogeais la forme de ses inter­ven­tions orales (radio) qui, en elle-même, con­stitue une part de son mes­sage. D’où mes ques­tions : pourquoi ce ton si hale­tant, qui peut être vécu comme une agres­sion, en tout cas un empêche­ment de penser sa pen­sée à un rythme de mon­tag­nard – plutôt que de sprint­er ?
Mais j’avoue que c’est léger, juste une inter­ro­ga­tion. Mer­ci de ton alerte, la deux­ième : ça devient sérieux ! Cor­dial salut.

Julien31/05/2005 15:11

Cher Pon­thieu,

Je crois sincère­ment que tu te trompes quant à Onfray et son oeu­vre.

Il fait par­tie d’une minorité de penseurs français (Deleuzes, Fou­cault, Lyotard, Bour­dieu, entre autres) qui remet­tent rad­i­cale­ment en ques­tion notre mod­èle socio-économique, source de mis­ères et de frus­tra­tions.

J’étaye dans cette optique le point de vue de Onfray selon lequel les jour­nal­istes, en tant que chiens de gardes du sys­tème, se renient et par con­séquent ne peu­vent échap­per à ce qual­i­fi­catif de minables, même s’il est tou­jours impro­pre de généralis­er. Je te ren­voie pour cela aux livres de Bour­dieu (Sur la télévi­sion) et de S. Hal­i­mi (Les nou­veaux chiens de garde) afin que tu te fass­es une meilleure idée de la chose.

Cor­diale­ment

gérard pon­thieu19/05/2005 22:

En effet, bonne idée. Mais, en fait, je ne trou­ve pas sa cri­tique déplacée; la flèche me sem­ble même bien décochée, à juste titre je crois. Certes, il faudrait aller plus loin. Allez, je m’y colle dès que…
Et mer­ci !

Yan­nick19/05/2005 20:

Pour ma part j’ai trou­vé ses con­férences intéres­santes pour au moins deux raisons :
— il pro­pose une autre his­toire de la philoso­phie que celle qui est tra­di­tion­nelle­ment enseignée
— de manière générale il incite ses audi­teurs à remet­tre en ques­tion les évi­dences, à raison­ner par eux-mêmes, à aller eux-mêmes vers les textes des philosophes.
En ces temps où les Français lisent de moins en moins et se gavent de télévi­sion, c’est déjà pas si mal.
Son attaque con­tre les jour­nal­istes français est évidem­ment exces­sive. Pourquoi ne lui écrivez-vous pas pour lui deman­der de la com­menter ? Il suf­fit d’aller sur son site pour lui écrire.

Notes:

  1. Je l’ai lu depuis, avec intérêt, et à mon rythme. Ah le papi­er ! – Note du 31/8/17

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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