Quand le chanoine Macron s’attaque à la laïcité

Le nouveau « chanoine de Latran » est revenu tout auréolé de son onction pontificale. Macron n’aura pas eu à se faire violence, il a suivi son penchant « naturel », celui de son éducation familiale, parachevée chez les jésuites de La Providence, à Amiens. Pour un président de la République française, tout cela n’est guère bien orthodoxe… mais parfaitement catholique et fort peu laïc. Voyons cela de plus près.

« Ce titre n’a aucune dimension spirituelle, assure l’Elysée. Vous êtes chanoine de Latran dès que vous êtes président, cela fait partie du package. C’est comme quand vous avez la légion d’honneur. Vous n’êtes pas obligé de vous la faire remettre, mais vous l’avez quand même. » Certes. Mais certains locataires de l’Elysée avaient soigneusement évité d’aller chercher ce titre dont les rois, puis les présidents français, héritent depuis Henri IV.  Hollande s’y était par exemple refusé, et avant lui Pompidou. Sarkozy, lui, s’y était précipité (en compagnie de Jean-Marie Bigard – la classe !). C’est depuis la Basilique Saint-Jean-de-Latran, qu’il avait clamé que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ».

Déjà, le 9 avril dernier au Collège des Bernardins, dans son adresse aux catholiques, Macron avait assuré vouloir « réparer », le lien « abimé » entre l’Église et l’Etat. Il déclare encore : « Je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre Nation. »

© Placide

Drôle de vision de l’Histoire de France… « La République, contrairement à ce que dit le président, ne s’est pas faite avec l’Église catholique mais contre elle, fulmine le socialiste Jean Glavany. Le parti religieux s’est opposé à la République, et systématiquement, au pouvoir civil. » L’ancien ministre rappelle les positions prises par le pape Pie XI (pontificat de 1922 à 1939), qui condamnait la République et excommuniait ceux qui voulaient réconcilier l’Église et l’État. « Cela a été d’une grande violence. Dire aujourd’hui que l’Église catholique a conforté la République ou a aidé à l’établir est un non-sens politique et je ne comprends pas pourquoi le président dit des choses pareilles. »1

Pourquoi ? On dirait que Glavany découvre la démagogie politique et la pêche aux voix… tout autant que l’histoire personnelle de Macron. N’a-t-il pas baigné dans un environnement catholique ? Baptisé à 12 ans à sa demande, il effectue la majeure partie de ses études secondaires dans un lycée jésuite. Entre 2010 et 2017, il sera membre du comité de rédaction d’Esprit, revue d’idées ayant notamment publié Paul Ricœur, auquel Macron aime se référer.

Autre fait inquiétant pour ce qui est de la laïcité : le jour même de la rencontre Macron-pape François, passait en deuxième lecture à l’Assemblée nationale la loi dite « de confiance » accordant aux religions une place à part dans la République : au lieu de les soumettre aux mêmes obligations que tout représentant d’intérêt (les lobbies), le Président leur accorde un statut très particulier qui contredit le fait que l’Etat est censé ne reconnaître ni ne salarier aucun culte.

Pire encore, l’autre volet du projet de loi ouvre la possibilité pour les cultes d’obtenir et de gérer des immeubles à objet lucratif. Un moyen d’aspirer de façon détournée des subventions publiques, mais surtout le moyen d’utiliser la manne financière venant de pays étrangers, en opposition flagrante avec la loi de laïcité, déjà mise à mal s’agissant du financement des mosquées et des imams.

Seuls 80 parlementaires – de la majorité – ont présenté un amendement pour s’opposer à ce qu’ils considèrent comme une entorse à la laïcité.

C’est ainsi que la loi dite “de confiance” est devenue celle des coups tordus et des trahisons masquées.

[Avec France Culture, Marianne, Céline Pina de Viv(r)e la République]
• Lire aussi sur « C’est pour dire » : Président. « Dieu est avec nous » : pourvu qu’il ne nous oublie pas !

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Il ne manque pas d’air celui-là… Il va toutes nous les faire… Je viens de passer, politiquement, de le la lassitude marécageuse à une inquiétude uligineuse. Si !

Bernard_H

Le paradoxe dans cette affaire est que les pays qui font référence en terme social sont des monarchies constitutionnelles et que les femmes y ont exercé des pouvoirs que la République Française ne leur a jamais offerts depuis la Révolution Française. Catherine de Médicis, Anne d’Autriche ont effectivement gouverné la France alors qu’Olympe de Gouges a eu droit à la guillotine en remerciements de son féminisme lors de la Révolution. Les pires criminels du vingtième siècle se proclamaient athées et socialistes (Hitler, Staline et ceux qui les ont promu). Emmanuel Macron aura encore réussi son coup par cette promotion diplomatique… Lire la suite

HEROUARD

Je partage évidemment l’analyse de la dérive calotine de Macron. Juste une précision. Ricoeur n’est pas catholique, mais fermement protestant, de gauche, membre historique du Christianisme social, écrivant régulièrement dans sa revue, et de la Cimade, ONG de défense des réfugiés. Certes, Macron a joué pendant deux ans un rôle de documentaliste “dans les méandres du paysage historiographique”, ce sont ses termes selon son prof d’histoire à Sciences Po, François Dosse*, qui l’a présenté à Ricoeur, alors en pleine préparation de son ouvrage qui paraîtra en 2000 “La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli”. Au fur et à mesure , Macron élargit son… Lire la suite

Laurence V

Merci pour ces intéressantes précisions. De mon côté, il me semble que la revue Esprit se situe plutôt dans la mouvance spiritualiste chrétienne de gauche.

HEROUARD

Fondée en 1932 par Emmanuel Mounier, Esprit est la revue du mouvement personnaliste, lequel n’a plus de structure organisationnelle, mais perdure comme carrefour d’amitiés et de sensibilités proches. Au cours de l’histoire, le fil rouge des positions politiques d’Esprit est l ‘anti-totalitarisme et la défense des droits de l’homme. Dans sa propre présentation, elle ne se réclame pas du christianisme, pas plus qu’ aujourd’hui, Les Temps modernes ne se réclame de l’existentialisme, ou Europe du communisme. Dans tous ces cas, il s’agit plus d’un courant central aux frontières floues et ouvert au débat. Toutes ces revues de référence pourraient se… Lire la suite

Gérard Bérilley

Macron est un fléau, c’était prévisible, c’est une réalité. C’est pour moi le président le plus dangereux quant au social et à la démocratie de la 5ème république, et de très loin. Bravo et remerciements à Herouard pour ses éclaircissements. Relire Emmanuel Mounier, Denis de Rougement et tant d’autres. Je regrette qu’l n’y ait pas possibilité de commentaires pour les “Le P’tit coin” qui sont tous pertinents ! Sur celui du 28/6/2018 : si le mot “race” est aboli, est-ce que le mot racisme a encore un sens ? Voilà une bonne question. Pour ma part j’ai toujours pensé que le problème n’était… Lire la suite

HEROUARD

Gérard Berilley interroge : “si le mot “race” est aboli, est-ce que le mot racisme a encore un sens ?” Ben oui mon camarade, car la réalité du racisme perdure, et l’on a donc besoin du mot qui désigne ce fait social. Le législateur se raconte des histoires et nous enfume : J’te supprime le mot race, et zou, plus de racisme, youpi ! Hélas, le racisme est une CROYANCE (accompagnée des comportement qui l’expriment) selon laquelle il existerait des races, la mienne étant bien sûre supérieure aux autres. Toute croyance, aussi fallacieuse soit elle, produit des effets psychiques et sociaux. Penser que retirer… Lire la suite

HEROUARD

Gérard Berilley interroge : “si le mot “race” est aboli, est-ce que le mot racisme a encore un sens ?” Ben oui mon camarade, car au delà du tour de passe-passe, la réalité du racisme va perdurer, et l’on a donc besoin du mot qui désigne ce fait social. Le législateur se raconte des histoires et nous enfume : J’te supprime le mot race, et zou, plus de racisme, youpi ! Hélas, le racisme est une CROYANCE (accompagnée des comportement qui l’expriment) selon laquelle il existerait des races, la mienne étant bien sûre supérieure aux autres. Toute croyance, aussi fallacieuse soit elle, produit des… Lire la suite

Gérard Bérilley

J’avais posé une question découlant de ma lecture du “P’tit coin” du 28/06/2018 : “Si le mot “race” est aboli, est-ce que le mot racisme a encore un sens ?” Je crois cette question pertinente quant à la logique. Le mot « racisme » est élaboré avec un suffixe « isme » accolé à une racine « race », et l’on me dit maintenant que le mot race est infondé, que les races n’existent pas, que cette racine linguistique n’a pas de sens. Or, si les races n’existent pas, si le mot « race » concernant l’humanité n’a pas de sens, comment un mot dérivé du mot race peut-il encore… Lire la suite

HEROUARD

Je suis bien d’accord sur le fait que le sujet essentiel est la négation de l’égale dignité des membres de l’espèce humaine, qui est UNE comme vous le reconnaissez, et donc comme je soutiens, ne saurait comporter de races. La génétique confirme l’unité du genre humain et le caractère secondaire des différences telles que les couleurs de peau. La notion de race est fort récente. Je ne nie pas bien au contraire, les identités culturelles par définition différentes, mais impossibles à hiérarchiser. Levi-Strauss l’explique très bien dans ses deux essais “Race et histoire” et “Race et culture”. Mais je tiens… Lire la suite

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