Chronique d’un été (suite, hélas !) Catastrophe écologique sur l’étang de Berre

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Mauvaise suite à ma « chronique d’été », la première, où je m’alanguissais au bord d’« un paradis… si malmené », l’étang de Berre. Eh bien, la pollution a produit ses effets tout l’été, provoquant ce qui, à l’échelon de l’étang et de son fragile biotope, constitue une catastrophe écologique. Un arrêté d’interdiction de pêche des coquillages fouisseurs, pour les pêcheurs de loisir et les pêcheurs professionnels, a été pris par le préfet des Bouches-du-Rhône. Plusieurs années seront sans doute nécessaires pour reconstituer un équilibre précaire, tant que les déséquilibres écologiques resteront inchangés – ici comme ailleurs, partout dans le monde. Penser global, agir local…  Cette formule date de… 1972 ; on la doit à l’agronome, biologiste et écologiste René Dubos (1901-1982) lors du premier Sommet de la Terre à Stockholm il y a presque un demi-siècle.

étang de berre

Ramasseurs de palourdes, été 2018, plage du Jaï. [Ph. gp] (Cliquer pour agrandir).

[dropcap]Qu'[/dropcap] est-il donc arrivé cet été à l’étang de Berre ? Plusieurs phénomènes :

  • Une baisse de la salinité : elle est due aux fortes pluies de cet été, aux rejets d’eau douce de la centrale hydroélectrique EDF et à un fort apport de nitrate dans l’étang (50% des nitrates de l’étang proviennent des rejets de la centrale hydro-électrique). De plus, en raison des travaux sur la Durance, EDF déverse également depuis le 10 août dernier, des eaux douces limoneuses (chargées en nutriments). Ces rejets représentent une nouvelle source d’azote entretenant ce phénomène d’eutrophisation, avec croissance accélérée des algues.
  • Les fortes chaleurs et le soleil ont provoqué une surproduction de phytoplancton. La dégradation de ce phytoplancton dans les profondeurs a provoqué la diminution puis la disparition de l’oxygène dans une grande partie des eaux de l’étang.
  • L’absence de vent n’a pas permis un brassage suffisant des eaux, aggravant le manque d’oxygénation. D’où une anoxie touchant surtout les profondeurs de l’étang, où réside l’essentiel des ressources halieutiques.

Les spécialistes du Gipreb[ref] Syndicat mixte dénommé Gestion intégrée, prospective et restauration de l’étang de Berre.[/ref] affinent leur analyse  :

Ce type de crise, de type malaïgue (eaux blanches), n’avait plus été observé depuis 2006 sur l’étang de Berre.

Ce lundi 10 septembre, les plongeurs du Gipreb et des représentants des pêcheurs professionnels n’ont pu que constater la disparition totale des organismes vivants (vers, crabes, palourdes, moules… ) jusqu’à environ 2,5 mètres de profondeur. Seule la bordure littorale compte encore quelques palourdes.

De la patience sera nécessaire pour mesurer précisément l’impact de cet épisode sur l’état écologique de l’étang et sur la ressource en palourde. […] Sur certains secteurs, comme au Jaï, la côte est ou l’étang de Vaïne, les anoxies semblent être remontées jusqu’à 1,5 m de fond. Dans ces secteurs, la mortalité des organismes benthiques est totale. Cet épisode a également eu un impact sur les herbiers de zostères dont certains ont perdu leurs feuilles de manière précoce (normalement la chute intervient fin novembre) et il faudra attendre l’année prochaine pour connaître leur état de conservation. En ce qui concerne les palourdes, le stock profond (au-delà de 3 m de fond), selon nos premières observations, a complètement disparu. Des palourdes sont encore présentes sur la bordure littorale (0 – 1,5 m) et peuvent toutefois servir de base à une nouvelle colonisation des fonds sous réserve de les préserver.

 

Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

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