Gilets jaunes. Les comportements insurrectionnels ont-ils des liens avec les banlieues islamisées ?

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Relevant plusieurs titres de la presse arabe, un blogueur franco-marocain, sous le titre « Intifada sur les Champs-Élysées ? », développe l’hypothèse selon laquelle le saccage des Champs Élysées « seraient (ou étaient) le fait de membres de la branche secrète paramilitaire de l’organisation internationale des Frères musulmans »… Pour la rendre crédible, il faudrait en savoir plus sur l’origine exacte des « casseurs ». Ce que le pouvoir ne souhaite pas faire apparaître. On peut le comprendre.

[dropcap]Soit[/dropcap] ! ces sauvageries de samedi dernier, tant montrées, commentées et réprouvées relèvent d’une réalité inquiétante. Surtout parce qu’elles sont rendues visibles par le spectacle médiatique, particulièrement anxiogène. Qui peut échapper au stress provoqué par l’étalage à satiété des scènes aussi destructrices ? Images désormais iconiques, en ce sens qu’elles s’inscrivent en profondeur dans nos modes de pensée, nos jugements et, par contrecoup, nos comportements-mêmes. C’est précisément le propre de l’idéologie de se forger ainsi, de manière subreptice – ou totalement organisée, voulue.

Organisée, voulue ? Comment ? Le déchainement des violences contre l’Autorité se trouve souvent, dans l’Histoire, faire partie d’une stratégie du pourrissement. Celle-ci, bien orchestrée, avec le nécessaire appui des médias de masse, pourrait amener l’« opinion » (cette sorte de pensée collective extraite de l’analyse des troupeaux) à changer de camp, à basculer dans le « bon sens » – celui du pouvoir remis d’aplomb… Ce fut le cas à maintes occasions révolutionnaires. Pour s’en tenir à la dernière d’il y a cinquante ans, référence à Claude Nougaro et à ses paroles on ne peut plus justes : « …Et chacun est rentré chez son automobile » (Paris mai).

Quel décalage ! Depuis le G-20 en Argentine, Macron disserte sur le “multilatéralisme” avant de condescendre jusqu’à son peuple en révolte. [Cliquer pour agrandir]

Certes, ce moment de repli puis ce point de basculement finiront par arriver. Mais quand, comment, à quel prix ? Macron a tenté cette carte du pourrissement. À ce jeu de poker-menteur, il a perdu, contre le mouvement et contre l’opinion. Il l’a bien cherché. Comment ne pas s’interroger sur la stratégie du pouvoir, via son ministre de l’Intérieur, de laisser la situation dégénérer sur les Champs-Élysées dès le deuxième samedi (24 novembre) ? Les « forces de l’ordre » misant alors, à partir des ordres venus d’en haut, sur le désordre. Qui n’aura pas été étonné de voir tous ces uniformes en tenue de combat, tenir stoïquement des positions fixes ?

Ce troisième samedi a pu donner une autre impression avec la mise en place de barrages filtrants tout autour des Champs. Tandis que le Rond-Point de l’Étoile, lui, restait en libre accès. On a vu ce qu’il en advint.

Questions complémentaires, relative cette fois aux différents rôles masqués que peuvent tenir les forces dites du maintien de l’ordre. Tous les pouvoirs en appellent à ces « agents de renseignement » qui peuvent étendre leurs actions jusqu’à exciter les plus enragés des « casseurs » (et même à jouer les provocateurs), quitte à en faire appréhender quelques-uns.

Valott-24-Heures.
Dessin de Valott dans 24-Heures (Lausanne)

Toutes ces questions ont été plus ou moins soulevées lors des débats médiatiques qui ont suivi les affrontements. Toutes ou presque, et pas vraiment celle-là : Qui sont donc réellement ces « casseurs « et en particulier les plus déterminés ? Peu d’éléments ont été fournis par les multiples intervenants – y compris les syndicalistes de la police, pourtant bien placés sur ce point. Même mutisme à ce sujet, aussi bien à propos des affrontements de Paris que de Marseille, Toulouse et d’autres villes. Comme pour les samedis précédents, les indications seront tirées à partir de quelques « prélèvements » issus des séances de comparution immédiate : pour la plupart des Gilets jaunes d’origines diverses, radicalisés. Car les plus violents, les vrais casseurs et pillards sont assez organisés et aguerris pour éviter de se faire cueillir, surtout avec leurs butins…

Or, les policiers, tenus par le devoir de réserve, restent muets sur ces questions. Sauf quelques exceptions comme la syndicaliste Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police FO, fustigeant sur BFM, en substance, la justice qui connaît ces casseurs et ne punit pas. Preuve à l’appui que, selon la syndicaliste, « les anarchistes et les banlieues » s’étaient donné rendez-vous à la gare Saint-Lazare via Facebook en toute impunité…

Cette syndicaliste met donc expressément an cause « les banlieues » dans les affrontements. Ce qui soulève un sujet gravissime, jusque-là volontairement écarté. De même que, dans ces situations de chaos, il n’est soudainement plus question de terrorisme… Celui-ci (si tant est qu’on puisse le personnifier…) aurait-il passé un pacte de non-agression durant ces « travaux » particuliers ? A moins que les agents dudit terrorisme ne soient à l’œuvre dans les affrontements actuels ? Faut-il donc passer par des voies, disons détournées, pour voir ces questions posées publiquement ? 1

C’est le cas du blog Écrire sans censure, dans lequel son animateur, Mohammed Louizi 2 publie un article intitulé : « Intifada sur les Champs-Élysées ? » En voici le début, stupéfiant :

[…] «  Une partie de la presse arabe, considère que les actes de violence et de saccage de la belle avenue des Champs Élysées, en marge des manifestations pacifiques des Gilets Jaunes du samedi 24 novembre 2018, seraient (ou étaient) le fait de membres de la branche secrète paramilitaire de l’organisation internationale des Frères musulmans : al-Tanzim al-Dawli (التنظيم الدولي).

« En effet, le mercredi 28 novembre 2018, le quotidien égyptien Al-Masri Al-Youm (المصري اليوم) – L’Égyptien aujourd’hui –  a publié un article accusant la mouvance des Frères musulmans d’être impliquée, directement ou indirectement, dans l’éclatement des violences sur les Champs Élysées. Il s’est appuyé sur l’analyse d’un fin connaisseur (de l’intérieur) des méthodes fréristes dans de telles circonstances. Il s’appelle Mohamed Habib (محمد حبيب). Jusqu’à sa démission en 2009 de toutes ses fonctions islamistes, Mohamed Habib occupait un poste clef au sein de l’échiquier international des Frères musulmans. Il était premier adjoint de leur “guide suprême”. C’est dire ! »

La suite de cet article documenté est édifiante et vaut le détour ici. Il y est mis notamment en avant la similitude entre les exactions commises à l’Arc de triomphe (pillage, dégradations d’œuvres symboliques comme la sculpture d’une Marianne) avec le saccage du musée du Caire en janvier 2011 – sans parler des scènes du genre commises à Badgad, Mossoul et, bien sûr, Palmyre, relevant du fascisme islamiste.

On peut cependant comprendre, sur ces points particulièrement « délicats » – c’est-à-dire explosifs –, à quel point ce gouvernement doit se trouver lui-même terrorisé (doublement) à l’idée d’ajouter à l’insurrection des Gilets jaunes, un soulèvement offensif des banlieues urbaines 3, non seulement à Paris mais dans toute la France. Ceci pouvant expliquer cela.

Notes:

  1. Ces hypothèses, refoulées par la gauche, se trouvent de ce fait laissées à la droite – c’est désormais classique. Un commentateur de L’Obs ose cependant :  « Il suffit de regarder quelques minutes de vidéos pour s’apercevoir facilement à la dégaine, parfois à la voix et surtout à la manière de se comporter que les casseurs sont des lascards de banlieue venus pour piller les magasins et se divertir en cassant et en provoquant les flics….Les gouvernements successifs se sont désintéressés et continuent à se désintéresser de la montée de la délinquance dans les banlieues et laissent les populations en otage…. » (diabolodenfer, 
  2. Il se présente comme « citoyen franco-marocain », « humaniste de foi musulmane, autodidacte et passionné des recherches et études religieuses comparées. Auteur de l’essai autobiographique : Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans : retour éclairé vers un islam apolitique. (Éd. Michalon, 2016).
  3. Significative à cet égard, cette tournure bien alambiquée de Laurent Nuñez, le secrétaire d’État, adjoint de Castaner : « Je n’affirme pas que des jeunes des banlieues étaient présents aux pillages », notamment « pour ne pas stigmatiser ces quartiers ».
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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

7 réflexions sur “Gilets jaunes. Les comportements insurrectionnels ont-ils des liens avec les banlieues islamisées ?

  • 4 décembre 2018 à 12 h 53 min
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    Les bonnes informations ne sont jamais à dédaigner, surtout quand elles dérogent au cathéchisme habituel.

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  • 4 décembre 2018 à 19 h 12 min
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    Enfin LA question est posée à propos des violences déchainées à Paris et ailleurs aussi. Qui sont donc ces casseurs délibérés qui ne visent qu’à casser du flic, des vitrines du luxe et de s’en mettre plein la lampe et les sacoches. Ceux-là, ils sont assez malins et entraînés pour ne pas se faire choper, on ne risque pas de les retrouver aux comparutions immédiates! ceci dit ils ne sont pas forcément islamisés, ou tout juste pour la forme, mais bien racaillisés et surement manipulés, y compris par les “frères”. Je sais de quoi je parle…

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  • 4 décembre 2018 à 20 h 29 min
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    Apres lecture et réflexion

    Je n osais pas y penser ! Juste un détail que j ai refoulé de ma paranoïa ! Comme dans tous les mouvements structurés ,il y a toujours un sigle ou un item de reconnaissance « entre soi » ou de revendication ( pas souhaitable ici pour leurs auteurs qui restent « masqués « ) !!
    Sur l Arc de Triomphe , double symbole républicain et militaire (donc non gauchiste ) Le « E » du Tag sur deux niveaux bien distincts » les Gilets Jaunes TRIOMPH(E)RONT »appartient a la langue arabe ! Tapez clavier arabe et regardez le chiffre 4 !
    Analyse qui perturbe douloureusement devant les faits insurrectionnels , et dont l élusion par la France du pouvoir parait logique dans cette circonstance !
    On va vite crier au complot ! je ne suis pas inquiet ,dormez bonnes gens ! Laissez faire le temps c est dans leur calendrier ! le bonheur leurs est promis …. plus tard !!

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  • 5 décembre 2018 à 9 h 50 min
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    Salut Gérard !
    Avant de donner mon point de vue, surtout une inquiétude, sur ton papier, deux points : 1/ Je lis sur “les réseaux” des propos s’indignant des “flics-casseurs” avec des images montrant comment ils sont parfois démasqués et fuyants. Je crois qu’il faut le prouver, et vraiment car il s’agit de défendre un corps essentiel de la République. Il ne peut être à contre-emploi. Mais il ne faut pas confondre avec la nécessaire infiltration qui permet de confondre et d’arrêter les vrais vandales et il y a des “flics” en gilets-jaunes. Il en est ainsi depuis Vidocq. 2/ La police, depuis Jean-Pierre Chevènement ministre de l’Intérieur, inscrit ses actions dans un protocole, une doctrine : celle du zéro mort. On ne peut que s’en réjouir… même si les bavures difficilement évitables en certains cas et les comportements inadmissibles de casqués bas-du-front doivent être condamnés et poursuivis. Ce protocole n’est pas adapté à ce qu’on a vu. D’ailleurs il semble qu’il ne soit pas de mise pour le week-end prochain. Il en résultera, si comme probable des casseurs interviennent, une action plus forte, plus dure… avec les risques évoqués amplifiés. Il faut savoir que les polices européennes (globalement moins “précautionneuses” suivent des cours dans nos écoles pour étudier nos méthodes. Sur le véritable profil des casseurs, à l’inverse de toi, je trouve que les comptes-rendus des auditions et condamnations, donnent des détails très intéressants qui révèlent d’ailleurs combien le mouvement des Gilets jaunes couvre “large”. Enfin, le discours – notamment de SGP-FO – sur “la justice ne punit pas”, s’il mérite d’être écouté et pointe une réalité qui choque, lasse et exaspère les policiers comme les Français, est souvent utilisé pour attiser les feux du “combat” contre la “racaille” cher à nos extrémistes de la droite (dépassant la simple extrême-droite comme on voit aujourd’hui). Vraie question, réponse à creuser au cas par cas pour les individus et plus globalement pour une Justice qui, comme l’Éducation nationale, ne peut plus se draper dans ses simples certitudes. Le débat est ouvert… il faudrait qu’il soit nourri.
    Maintenant sur le coeur de ton papier : mon inquiétude est que justement se rejoignent pour un même objectif les frères ennemis : les islamistes radicaux (des banlieues et d’autres quartiers ne l’oublions pas) et les chevaliers de la pureté catholique et raciale. Parmi ces derniers certains ont ouvertement exprimé le fait de n’être qu’en préparation de la “vraie guerre”, celle contre l’immigration et donc contre “les ennemis, ces étrangers de l ‘intérieur”. Dans ce cas, évidemment, les extrémistes islamiques auraient gagné et je ne doute pas que certains y pensent, s’y activent puisqu’ils l’ont théorisé. Ces deux “opposés”, on le sait, ne visent qu’à détruire notre mode de vie, nos libertés (celles des femmes en particulier) et notre démocratie. Une jonction s’est-elle déjà opérée dans ces attaques de guérilla urbaine contre les symboles de la République ? Aucune preuve pour l’instant et je ne crois pas qu’on nous les cache… dans un monde où il apparaît bien qu’on ne peut rien cacher (Je n’aborde pas ici le sujet très important à mes yeux des infox). Quant aux sources que tu cites, quelles sont leurs véritables motivations…

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  • 7 décembre 2018 à 11 h 43 min
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    C’est prévu par “Gestion de la barbarie”, le manuel du djihad (2004), d’Abou Bakr Naji

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