Cinquième chronique de la peste couronnée

 Série Peste couronnée. « De la musique avant toute chose » (Verlaine) – Après la Quatrième (Mahler – prononcer malheur), voici la Cinquième (Beethoven) peut-être libératrice (prononcer alors bitovent, façon beauf). Espérant ne pas devoir aller jusqu’à la Cent-cinquième de Haydn !   De l’inconvénient de ces séries interminables… Soit donc cette Ve suite de Chronique, elle aussi limitée à dix épisodes, ou moins. C’est plus facile pour commenter, surtout en prenant soin d’indiquer le numéro (V #–) de référence.

Merci à la bonne centaine de lecteurs quotidiens ! Les contributions sont plus que jamais bienvenues. Nous avons besoin de partage, générateur d’idées et peut-être aussi de propositions pour une humanité et un monde meilleurs.

 

 Fin de la saison V de la série Peste couronnée. Passons de suite à la VI… 

V #8 22/04/20 – De Gérard Ponthieu – Rattraper le « manque à gagner » 

Faites re-chauffer la machine ! Les chevaux-vapeur ruent dans leurs travées. Toyota fourbit son usine de Valenciennes. Ça piaffe dans l’industrie. Pour que l’« après », rattrape l’« avant ». Et qu’on ne vienne pas nous emmerder avec l’écologie ! L’économie d’abord, et la relance consommatoire en même temps, bien sûr.
Le Monde : « Lors d’une réunion du comité stratégique de filière automobile, organisée le 25 mars avec la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie et des finances, Agnès Pannier-Runacher, Luc Chatel, ex-ministre sous la présidence de Nicolas Sarkozy et président de la Plateforme de l’automobile (PFA), le lobby qui regroupe 4 000 entreprises du secteur, aurait demandé une « pause » dans l’évolution des normes d’émissions de dioxyde de carbone, fortement durcies en 2020-2021 ».

À quoi tient ce conditionnel « aurait » ? Au « principe de précaution », au cas où le char de la marchandisation générale changerait de cap, comme ça, pour rigoler ?

Trump ne s’y trumpe pas… Tout le monde au boulot, virus ou pas ! Et Bolsonaro de même, sinon en pire. Et Xi Jinping en grand timonier. Et tous, en Europe et dans le monde n’ont que cette idée en tête : refaire « du même » et si possible en « mieux », histoire d’effacer ou dépasser le « manque à gagner ». Gagner, l’horrible mot, verbe de toutes les aliénations – jusqu’à « gagner du temps », alors qu’on ne fait que le perdre si on ne le déguste pas au présent du maintenant !

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V #7 22/04/20 – De Raoul Vaneigem – Peuples du monde, encore un effort ! 

« Allons-nous admettre enfin que le marché et ses gestionnaires sont le virus à éradiquer ? », demande Raoul Vaneigem, 86 ans, auteur avant mai 1968 du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Aujourd’hui : « Ce dont nous ne voulons plus est le ferment de ce que nous voulons. (…) Il nous reste la passion d’un présent à construire ».

« Tous les modes de gouvernement que nous avons connus ont fait faillite, délités par leur cruelle absurdité. C’est au peuple qu’il appartient de mettre en œuvre un projet de société qui restitue à l’humain, à l’animal, au végétal, au minéral une unité fondamentale.
« Le mensonge qualifiant d’utopie un tel projet n’a pas résisté au choc de la réalité. L’histoire a frappé la civilisation marchande d’obsolescence et d’insanité. L’édification d’une civilisation humaine n’est pas seulement devenue possible, elle fraie l’unique voie qui, passionnément et désespérément rêvée par d’innombrables générations, s’ouvre sur la fin de nos cauchemars.
« Car le désespoir a changé de camp, il appartient au passé. Il nous reste la passion d’un présent à construire. Nous allons prendre le temps d’abolir le time is money qui est le temps de la mort programmée.

Tout le texte ici : https://blogs.mediapart.fr/au-jour-dapres/blog/110420/peuples-du-monde-encore-un-effort-par-raoul-vaneigem

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V #6 21/04/20 – De Jean-Marc Dupuis – Sibeth Ndiaye ment comme un arracheur de dents 

Hier matin (lundi 20 avril), sur France-Info, un journaliste demande à la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye si  les Français pourront organiser des mariages après le 11 mai, début du déconfinement. Réponse : 

« Organiser un rassemblement le 12 mai pour un mariage, ce n’est sans doute pas une bonne idée vu l’état de circulation du virus aujourd’hui. Est-ce que vous voulez le faire en petit comité ou avoir toute votre famille et vos amis autour de vous ? C’est un choix personnel. Nous ne levons pas l’interdiction de rassemblement après le 11 mai et il faut que chacun puisse s’adapter dans ces circonstances-là ».

Vous avez remarqué : dans ce charabia incompréhensible, on finit par deviner qu’elle dit une chose, puis son contraire. Les Français ont le « choix personnel «  d’avoir toute leur famille et leurs amis autour d’eux pour se marier SAUF QUE les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits. Il n’y a donc aucun choix personnel à faire.

La porte-parole du gouvernement aurait pu simplement répondre « Non, ce ne sera pas possible ». Mais elle n’ose pas le dire. Elle a PEUR de la vérité, tout comme la journaliste, tout comme les auditeurs, puisque plus personne ne s’étonne même que le porte-parole du gouvernement se contredise de cette façon.
Le reste de l’interview est du même acabit. On demande à Sibeth Ndiaye s’il sera possible, cet été de partir en vacances. Elle n’ose pas expliquer que ce ne sera pas le cas. Elle n’ose pas dire que, quand bien même le gouvernement Français autoriserait ses citoyens à partir à l’étranger, les autres pays refuseront qu’ils entrent sur leur territoire, car ils ne voudront en aucun cas accueillir des touristes provenant d’un des pays les plus touchés au monde par l’épidémie.

Sibeth Ndiaye préfère une réponse alambiquée, qui ne veut rien dire :  « Je ne peux pas vous dire ce qu’il en sera d’un voyage aux Etats-Unis, d’un voyage dans un pays africain ou asiatique, il serait mal aisé de dire que vous pouvez prendre un billet pour aller faire une croisière à l’autre bout du monde ».

Mais la vérité, […] c’est que la belle vie est terminée. Depuis cinq siècles (Christophe Colomb, Vasco de Gama, Magellan…), les Européens se sont cru autoriser à se promener librement dans le monde entier.  Il suffisait d’avoir un bateau, des canons, et hop, on partait à l’aventure, aux quatre coins du monde. Nous ne nous posions pas la question de savoir si nous étions attendus ou non, désirés ou non. Pour nous c’était une sorte de “droit divin”. Grâce à nos arquebuses, notre or, et aujourd’hui nos passeports et nos cartes de crédit, nous avons transformé le monde en un grand terrain de jeu à disposition pour nous distraire, consommer, exploiter, des rivages de l’Amérique jusqu’à la plus petite île d’Océanie, en passant par l’Afrique ou l’Himalaya.

[…] Bien sûr, nous savions bien que, pour 90 % de l’humanité, cette possibilité de voyager n’existait pas. Mais, que voulez-vous, ce n’était tout de même pas de notre faute si ces pauvres gens habitant le Paraguay, le Centrafrique, le Bangladesh ou l’Indonésie devaient rester chez eux, si leurs gouvernements les empêchaient de partir, ou si le nôtre leur refusait les visas (sauf pour l’élite corrompue, cela va sans dire) !

Bref, nous avons considéré le monde entier comme notre village. Nous avons oublié que nous avions apporté en Amérique le virus de la variole et de la grippe qui avaient tué sans doute cent millions d’Indiens au XVIIe siècle. Ce n’était « pas de notre faute », et puis nous, nous avions maintenant les vaccins, les antibiotiques, et le rapatriement sanitaire en avion médicalisé en cas d’urgence. Nous ne nous estimions donc pas « concernés”.
Tout l’article ici : https://www.santenatureinnovation.com/les-francais-ne-realisent-pas/

Jean-Marc Dupuis, La Lettre Santé Nature Innovation

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V #5 21/04/20 – De Jean Giono – Voir passer une averse  

« Goûter le plaisir de voir passer une averse, une fleur qu’on aurait respirée… » Jean Giono évoque les petits bonheurs de la vie ainsi que le plaisir de vieillir. © Ina, 1965

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V #4 20/04/20 – De Olivier Véran – Encore un confini ?   

Ministre tout beau tout neuf, et même tout flambant, le 9 mars dernier, Olivier Véran ne manquait pas d’air en annonçant l’évident remède contre le virus de la grippe… Les courants d’air, il aime pas ça, le vilain virus, ça l’enrhume et il se casse par les fenêtres (ouvertes !) Bon débarras !

Le corona déjà en pleine action, se marrait dans son coin en entendant la menace de l’ancien docteur devenu politicien. Ah mais !

Mise au point apportée par Les Décodeurs du journal Le Monde :

« Cette vidéo est authentique et n’a pas été bidouillée. Mais, les propos du ministre de la santé ont été volontairement tronqués. Olivier Véran ne s’exprime pas sur les mesures actuelles du confinement. Le jour de cette interview, lundi 9 mars, la France n’est pas encore confinée et 1 400 personnes sont alors infectées et vingt-cinq sont mortes. Les établissements scolaires, bars, magasins, sont toujours ouverts. Le premier tour des élections municipales se profile, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas encore caractérisé l’épidémie de Covid-19 comme une pandémie (elle le fera deux jours après).

Le gouvernement français a pris la décision d’interdire tous les rassemblements de plus de mille personnes afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus. En Italie, le confinement vient tout juste d’être étendu à tout le pays. Mais la France n’en est pas encore là et les mesures de confinement demeurent partielles.

Dans la vidéo, Olivier Véran répond précisément au message d’une téléspectatrice qui l’interroge sur la différence entre le Covid-19 et la grippe. S’ensuivent les propos prononcés dans l’extrait qui circule sur les réseaux sociaux :

« Sur la fin de l’épidémie, hélas, il a l’air assez résistant à la chaleur et aux beaux jours ce virus, de ce qu’on en sait. Mais en réalité, vous savez ce qui fait que la grippe s’arrête au printemps ? Ce n’est pas la chaleur. Au printemps qu’est-ce qui se passe ? On ouvre les fenêtres, on ouvre les portes, on n’est plus confiné dans des lieux, on va dehors. Et donc, c’est le confinement qui provoque la circulation du virus. »

La suite de l’entretien éclaire le sens de ses déclarations au sujet du confinement :

« C’est pour ça que nous prenons des décisions sur des événements publics. C’est pour ça qu’on veut plus qu’il y ait des salles de concert avec 15 000 personnes. (…) On le fait, car, si les gens sont regroupés et rassemblés en grand nombre, il y a un risque d’avoir une majoration de l’épidémie. »

Olivier Véran ne parlait donc pas du confinement, tel qu’il est appliqué aujourd’hui. Il évoquait le confinement de plusieurs individus rassemblés dans des lieux publics (stades, salles de concert, festival, etc.) susceptible de propager le virus. Ainsi, le gouvernement avait dans un premier temps limité ces rassemblements à mille personnes.

Il est également malhonnête de sous-entendre que M. Véran a accusé les mesures de confinement de provoquer la circulation du virus, alors même qu’il avait plaidé en faveur de mesures de distanciation sociale pour circonscrire le plus longtemps possible l’épidémie, dès le début du mois de mars.

En résumé, Olivier Véran n’a jamais déclaré que le confinement du pays – mis en place depuis le 17 mars – « provoque la circulation du virus ». Il évoquait bien la concentration de milliers de personnes confinées dans un espace restreint. »

Dont acte.

[Merci Daniel !]

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V #3 20/04/20 – De Courchevel – Le confini   

Les confinés développent à l’occasion une imagination proportionnelle à leur situation. Ils prennent aussi parfois des risques également proportionnels. Retour à l’élémentaire grammaire : un confini, des confinés.

[Cette vidéo, d’au moins dix ans et anonyme, m’a toujours fait poiler. Je l’avais mise de côté dans le tiroir “Ça peut toujours servir”. Rien ne se perd, tout se recycle…]

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V #2 20/04/20 – De Nostradamus – Vue du 12 mai 2020 

Exclusif ! Le célèbre mage de Salon-de-Provence nous fait parvenir du lointain où il futurise cette vision déconfinée du 12 mai, lendemain du 11, lors du lâcher de toros dans les arênes de Nimes. Olé !

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V #1 20/04/20 – De Gérard Ponthieu – L’écran m’a tuer  

Je reviens à l’article de mon ami Gian (IV #5 19/04/20) et à ses réflexions sur ses blocages d’écriture, voire de pensée… Il cite cette « intellectuelle confinée » frappée du même « mal » – qui est peut-être un bien, après tout… Serait-ce qu’on se déconfine aussi le ciboulot et par là-même notre vision du monde, des autres. De la vie désormais tant chamboulée…

Toujours est-il que je bloque aussi sacrément. Sans en avoir trop l’air, en donnant le change avec ce blog. Sauf qu’avant même l’annonce dudit confinement, je venais de me mettre en congé de blog afin de me consacrer à mes œuvres complètes (c’est-à-dire à compléter !). Le virus malin, s’il ne m’a pas encore envahi, s’est bien introduit en loucedé dans mes étages supérieurs, là où, chaque matin je m’adonne à mes ablutions littéreuses, tourné vers… mon écran.

Justement, l’écran, les écrans… Autant de sujets sur lesquels j’ai eu quelques velléités rédactionnelles… Vu que le virus nous y a collé le nez à la glu. J’avais donc entrepris un texte sur la question, qui commençait ainsi :

« Pendant des jours, des semaines, voire des mois, une partie des Terriens ne verra ce monde que par le prisme des écrans, ou des ondes en général, en incluant la radio. Selon le concept de spectacle forgé par les situationnistes dans les années soixante, et par Guy Debord en particulier, le monde se trouve en effet frappé – en plus de cette pandémie – par la séparation désormais totale qui s’interpose entre le monde réel et sa représentation. Premiers mots de La Société du spectacle : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. »

Alors, je tente de poursuivre…

De ce point de vue, en effet, on peut considérer que le confinement des êtres et des sociétés est bien antérieur à la pandémie du coronavirus. Je me souviens d’une vision récente (deux ou trois mois) à la télé (télé-vision, vision à distance, lieu lointain du Grand spectacle] montrant un couple en croisière maritime, ébahi devant le grandiose spectacle d’un glacier polaire, et la femme de s’exclamer : « On se croirait dans un film ! ». On ne pouvait mieux exprimer cet état d’aliénation spectaculaire, au sens strict, qui renvoie à Debord : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. » (thèse 9 de la Société du spectacle).

Alors, où croyons-nous être désormais, au travers de ce flou en effet spectaculaire ? La science et le rationnel voudraient venir au secours des incertitudes dominantes, mondiales, globalisées. En vain. La médecine n’y peut rien, renvoyée à son approximatif statut d’art thérapeutique. Les scientifiques à qui l’on a désormais confié toutes les perches médiatiques – caméras, écrans, micros –, ne peuvent que balbutier des hypothèses devant des journalistes encore plus démunis, tournant en rond dans leur sphère pour le coup bien visible. Des « penseurs », éditorialistes, « politistes » et autres s’aventurent vers des spéculations de Dame Soleil, chacun s’efforçant de jouer les pythies dépitées… et n’échappant pas à cette fatalité : « Ce qui n’est pas vu n’existe pas – ce qui est montré n’existe plus. »

Restent, prompts à dégainer, les hordes complotistes et autres conspirationnistes en quête de boucs émissaires, dont ces salauds d’empoisonneurs commandités par les multinationales de la pharmaco-chimie fourbissant en douce leurs vaccins obligatoires…

Je ne sais plus où je voulais en venir… Au départ, parler de la reconstruction de Notre-Dame de Paris un an après… Et de celle de Hugo, de Quasimodo et d’Esméralda ; puis de Victor Hugo, surtout, dont je viens de finir le fabuleux Homme qui rit. Ce sera pour une autre fois, selon la brume du moment.

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V #1 20/04/20 – De Gérard Ponthieu – L’écran m’a tuer
Très bonne actualisation avec remise en perspective de la théorie debordienne de la séparation, d’autant que la notion de “spectacle” a souvent, pour ne pas dire toujours, entraîné confusion et contresens. Notion “spectaculairement” illustrée par votre exemple du “on se croirait dans un film!”, sommet du vrai comment moment du faux.

V #7 22/04/20 – De Raoul Vaneigem – Peuples du monde, encore un effort !
Ouais… Vaneigem ne fait jamais que parier et spéculer sur “les peuples” dont il postule la créativité révolutionnaire… L’Histoire prouve la chose tout autant, sinon plus ! que son contraire. Alors…

V #4 20/04/20 – De Olivier Véran – Encore un confini ?
Bravo d’avoir rectifié une rumeur que vous avez failli colporter. Comme quoi les extraits sont, par définition, extraits de la complexité des choses. Heureusement vous ne semblez pas né de la dernière averse et avez su resté alertable.

Les habitants du monde tournent peut-être en rond et nous heureux retraités dans nos fauteuils nous pouvons lire, écrire, radoter sur ce qui se passe. Pendant ce temps les gens sont malades et les soignants eux travaillent font œuvre utile , sauvent beaucoup de personnes . Les éboueurs, les caissiers et caissières, les commerces pour notre faim… Et bien d’autres. Moi je trouve que nous avons beaucoup de chance que ce monde tourne encore aussi bien parce que dans cette vie , dans ce même temps ,personne ne sait rien Scientifiques, dirigeants , états, tout le monde tâtonne. Et pourtant… Lire la suite

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