Reconfinement. L’âme des vaincus

Par Gian Laurens

Les bourgeois de Calais, de Rodin.

Clausewitz, dans De la guerre (1835), insiste sur un point capital : c’est le moral qui fait le sort des batailles. Longtemps avant lui, Sun Tzu (L’art de la guerre, VIe s. av. JC) l’avait déjà dit, et plus près de nous, Marc Bloch (in L’étrange défaite, 1946) en a fait une démonstration française radicale. Pour user de la métaphore militaire et généraliser à pratiquement tout un chacun : qui ne sait ou devine que, face à une épreuve, se sentir perdant favorise l’échec, et qu’inversement, se voir gagnant améliore les chances de victoire ?

Notre moment historique actuel de reconfinement donne à entendre, sur bien des médias – mais certains d’entre nous ont pu bénéficier de confidences directes – des témoignages qui se multiplient tant en nombre qu’en amplitude dramatique. Entre autres, des commerçants privés d’activité pour la raison officielle qu’elle n’est pas « essentielle », restaurateurs, libraires, etc., se plaignent et anticipent l’issue fatale, la faillite et au-delà, la déglingue familiale ou personnelle. Et de plus en plus, au fur et à mesure que le temps passe, leurs protestations perdent en intensité de colère noire, de véhémence indignée sur le thème de l’injustice qui leur est faite : interdire à la pizzéria du quartier d’ouvrir alors que l’hypermarché lointain continue à vendre des pizzas est, de fait, totalement inique. Leurs discours virent à la lamentation sanglotante : « Suite au premier confinement, on avait fait des efforts, et investi dans toutes les mesures-barrières imposées par l’administration : affichages d’alerte, marquages au sol, bornes hydro-alcooliques, plexiglas autour des caisses, formations du personnel, etc. ; ça n’a donc servi à rien ! »

Cela rappelle une autre époque, où la lamentation prit le relais de la révolte : les restructurations industrielles des années 1985+, qui se continuent aujourd’hui. « On a fait beaucoup de sacrifices, on a accepté des réductions de salaires et de travailler plus ! » : la récompense, on le sait, fut le licenciement et la fermeture de l’entreprise.

Mais quand est-ce que les prolétaires (les somewhere 1) vont-ils comprendre que s’écraser pour complaire à l’exploiteur, c’est se positionner en victime et favoriser sa propre exécution ? Et autrement, pour en venir à cette autre douleur qu’est le terrorisme, qu’à vouloir pacifier avec une religion mortifère, on ne fait qu’exacerber les envies meurtrières de ses zélotes les plus hargneux ?

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux », Benjamin Franklin (1706-1790).

GL

Notes:

  1. Les « de quelque part », perdants de la mondialisation, versus les anywhere, les « n’importe où », diplômés, gagnants mondialistes ; v. Les deux clans, éd. Les Arènes, 2019. de David Goodhart.
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13770
20 novembre 2020 18 h 26 min

Cet article me laisse perplexe, c’est confus, pas facile à comprendre. Partir du reconfinement, passer au moral qui fait gagner les guerres, traverser les siècles avec Clausewitz, Sun Tzu et Bloch, évoquer les restructurations industrielles, les médias, les libraires pour conclure sur la liberté et la sécurité d’après Franklin… quel voyage ! Je connaissais la citation, sans plus, mais je suis curieux et j’ai cherché. Je me suis arrêté au premier lien sans aller plus loin : https://www.telerama.fr/etats-d-urgence-liberte-et-securite-arretons-de-citer-benjamin-franklin,135221.php Quelle est la vraie phrase originale… celle de Télérama ? ou celle de Gian ? Elles ne sont pas totalement synonymes. une… Lire la suite »

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