On n'est pas des moutons

Mot-clé: caricature

La défaite Charlie, par André Gunthert (*) 

Aus­si inté­res­sant que sujet à polé­mique, le texte qui suit, à rebrousse-poil des pre­miers élans, ne manque pas de ques­tion­ner, sinon de déran­ger. En par­ti­cu­lier par son pes­si­misme dont cha­cun appré­cie­ra la dis­tance – ou proxi­mi­té – avec sa propre per­cep­tion de la réa­li­té sur­gie des tra­giques évé­ne­ments de la semaine dernière. 

Plus impor­tante mobi­li­sa­tion en France depuis la Libé­ra­tion, la marche de dimanche a-t-elle été l’«élan magni­fique» d’un peuple qui redresse la tête face à la bar­ba­rie? Je vou­drais le croire. Mais l’extrême confu­sion qui carac­té­rise la lec­ture “répu­bli­caine” de l’affaire Char­lie ne fait qu’accroitre ma tris­tesse et mon inquié­tude. Je peux me trom­per, mais mon sen­ti­ment est que cette appa­rente vic­toire est la signa­ture la plus cer­taine de notre défaite.

Mer­cre­di 7 jan­vier, j’apprends la tue­rie à la rédac­tion de Char­lie, en plein Paris. On annonce 11 morts. L’instant de sidé­ra­tion pas­sé, mon cer­veau asso­cie de lui-même le sou­ve­nir de l’affaire des cari­ca­tures de Maho­met à l’attentat. Puis j’entends à la radio l’énoncé des quatre noms des des­si­na­teurs: Cabu, Wolins­ki, Charb, Tignous. La tris­tesse et la colère m’envahissent, car je connais ces noms, je vois leurs des­sins. Les vic­times ne sont pas des ano­nymes, mais des per­son­na­li­tés sym­pa­thiques, bien connues du grand public, pour deux d’entre eux, depuis les années 1960.

Quatre noms qui changent tout. Je suis mal­heu­reu­se­ment inca­pable de me rap­pe­ler le nom des vic­times ano­nymes de la prise d’otages de Vin­cennes, pour­tant plus récente. L’attentat à Char­lie-Heb­do est la marque d’un chan­ge­ment de stra­té­gie redou­table des dji­ha­distes. Mal­gré l’horreur des tue­ries per­pé­trées par Moham­med Merah (7 morts, mars 2012) ou Meh­di Nem­mouche (4 morts, mai 2014), ces atten­tats ont été ran­gés dans la longue liste des crimes ter­ro­ristes, sans pro­vo­quer une émo­tion com­pa­rable à celle d’aujourd’hui.

Depuis les réac­tions sus­ci­tées l’été der­nier par l’exécution de James Foley, les jour­na­listes sont deve­nus des cibles de choix des dji­ha­distes. Au choix de la lisi­bi­li­té sym­bo­lique des atten­tats, très appa­rent depuis le 11 sep­tembre, se super­pose une nou­velle option qui consiste à viser déli­bé­ré­ment la presse, pour aug­men­ter l’impact des atten­tats. Selon cette grille très mac-luha­nienne où le média se confond avec le mes­sage, le réflexe natu­rel des col­lègues et amis des vic­times étant d’accorder plus d’importance à l’événement que lorsqu’il s’agit d’anonymes, l’amplification média­tique est bien supé­rieure lorsque des jour­na­listes sont touchés.

L’efficacité de cette stra­té­gie a reçu sa confir­ma­tion le 11 jan­vier. Si 4 mil­lions de Fran­çais sont des­cen­dus dans la rue, c’est à cause de la lisi­bi­li­té d’un atten­tat visant la presse, ins­ti­tu­tion phare de la démo­cra­tie, et à cause de l’énorme émo­tion sus­ci­tée par le meurtre de per­son­na­li­tés connues et aimées.

«Je suis Char­lie» est la marque d’une iden­ti­fi­ca­tion d’une large part du grand public aux vic­times. Il fal­lait, pour atteindre ce degré d’empathie, un capi­tal de noto­rié­té et d’affection qui ne pou­vait être réuni que par les des­si­na­teurs d’un jour­nal sati­rique potache et non-violent.

Les effets de ce piège sont catas­tro­phiques. Alors même que la socié­té fran­çaise glisse peu à peu dans l’anomie carac­té­ris­tique des fins de sys­tème, exac­te­ment comme le 11 sep­tembre a gal­va­ni­sé la nation amé­ri­caine, le «pays de Vol­taire» ne retrouve le sens de la com­mu­nau­té que face à l’adversité ter­ro­riste. Comme l’écrit Daniel Schnei­der­mann: «Elle fla­geo­lait, la France. On ne savait plus très bien pour­quoi conti­nuer à l’aimer. Depuis avant-hier, il me semble qu’on com­mence à re-com­prendre ce qu’on a à défendre».

On ne sait pas ce qu’on a à faire ensemble, mais on sait contre qui. Le pré­cé­dent ras­sem­ble­ment d’ampleur com­pa­rable, celui du 1er mai 2002 contre Jean-Marie Le Pen, réa­li­sait lui aus­si l’«union sacrée» contre un enne­mi de la Répu­blique, réunis­sant plus de per­sonnes qu’aucune autre cause.

Nul hasard à ce qu’on retrouve aujourd’hui la même image à la Une des jour­naux, celle d’un pom­pié­risme exal­té, qui s’appuie sur l’allégorie d’institutions pétri­fiées dans un geste immo­bile. Sou­dée par la peur, le deuil et la colère, la com­mu­nau­té qui fait bloc contre l’ennemi est pro­fon­dé­ment régres­sive. Elle se berce de sym­boles pour faire mine de retrou­ver une his­toire à laquelle elle a ces­sé depuis long­temps de croire. Dès le len­de­main du 11 jan­vier, on a pu consta­ter que cette mytho­gra­phie répu­bli­caine signi­fiait d’abord le retour aux fon­da­men­taux: retour de l’autorité,triomphe de la répres­sion, dithy­rambes des édi­to­ria­listes – jusqu’aux pitre­ries de Sar­ko­zy, pas un clou n’a man­qué au cer­cueil de l’intelligence.

Mais le pire est encore à venir. Car mal­gré les appels des modé­rés à évi­ter les amal­games, c’est bien la droite toute entière, calée sur les star­ting-blocks de l’islamophobie, qui s’est engouf­frée sur le bou­le­vard de la “guerre des civi­li­sa­tions” et la dénon­cia­tion de l’ennemi inté­rieur. Inutile d’essayer de rap­pe­ler que le dji­ha­disme repré­sente aus­si peu l’islam que le Front natio­nal la France éter­nelle, la grille de lec­ture iden­ti­taire, celle-là même à laquelle cédaient les cari­ca­tures de Char­lie, qui pei­gnaient le ter­ro­risme sous les cou­leurs de la reli­gion, est trop simple pour man­quer de convaincre les imbé­ciles.

Les ter­ro­ristes ont-ils GAGNÉ? Si l’on par­court la liste des motifs qui ali­mentent la radi­ca­li­sa­tion, dres­sée par Domi­nique Boul­lier, qui rejoint celle des maux de notre socié­té, on se rend compte que rien d’essentiel ne chan­ge­ra, et que rien ne peut nous pro­té­ger de crimes qui résultent de nos erreurs et de nos confu­sions. Comme celui de la socié­té amé­ri­caine après le 11 sep­tembre, c’est un sombre hori­zon que des­sine l’après-Charlie. Pas­sé le moment de com­mu­nion, aucun élé­ment concret ne per­met pour l’instant de croire que ce ne sont pas les plus mau­vais choix qui seront retenus.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toire cultu­relle et études visuelles (EHESS)

(Article paru dans L’image sociale -13 jan­vier 2015 )



Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans doute conta­mi­né par le « virus Char­lie » et ses agents por­teurs héber­gés dans ses locaux, Libé­ra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vier annonce un défou­le­ment blas­phé­ma­toire tous azi­muts. Tant qu’à blas­phé­mer, arro­sons gaie­ment et lar­ge­ment. Une bonne foi(s ) pour toutes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépui­sable – ce qu’on appelle les éner­gies renou­ve­lables, cen­sées ali­men­ter l’écologie mentale… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Personne n’est obligé de lire « Charlie Hebdo » !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Char­lie Heb­do repa­raît. On reparle donc du blas­phème, plus que de liber­té, qui est cen­trale, essen­tielle, non négo­ciable. Libre au blas­phé­mé de le faire savoir dans son « Cha­ria Heb­do », par exemple. Libre aus­si à tout reli­gieux de ne pas s’adonner à ce qui le chif­fonne. En liber­té, per­sonne n’est obli­gé à quoi que ce soit, pas même de lire Char­lie Heb­do si ça risque de le déran­ger ! Autre­ment dit on a le choix, libre­ment. Tan­dis que les fana­tiques d’Allah, les semeurs de mort à la kalach­ni­kov n’ont lais­sé aucun choix, aucune liber­té à leurs dix-sept victimes.

Ce ne serait pas si com­pli­qué si une moi­tié de la pla­nète ne pen­sait pas pré­ci­sé­ment le contraire. Et même bien plus que la moi­tié si aux fon­da­men­ta­lismes reli­gieux on ajoute les inté­grismes poli­tiques. Il serait d’ailleurs plus simple, pour l’inventaire, de comp­ta­bi­li­ser les excep­tions. Les­quelles n’étant pas non plus exemptes de tout péché dans ce domaine si sen­sible aux fluc­tua­tions, aux ten­ta­tions, aux fai­blesses auto­ri­taires, faci­le­ment liberticides.

charlie hebdo faber

© faber

Char­lie repa­raît, les regards se tournent vers lui, les consciences se sou­lagent… et voi­là qu’on embas­tille un Dieu­don­né ! Du moins l’a-t-on « inter­pel­lé ». La ques­tion jaillit [Le Monde] : « Pour­quoi Dieu­don­né est-il atta­qué alors que “Char­lie Heb­do” peut faire des “unes” sur la reli­gion ? » Parce que sa pro­vo­ca­tion c’est de l’apologie du ter­ro­risme. Certes… Parce que la Liber­té ne serait qu’un concept, une lampe allu­mée au loin, un phare dans la tem­pête humaine. Parce que la Fra­ter­ni­té est une uto­pie et l’Égalité un leurre ? Peut-être et rai­son de plus pour œuvrer à la Jus­tice, autant que faire se peut, dans la com­plexi­té du vaste monde et des esprits plus ou moins errants. Et sur­tout pas dans la Véri­té, cette redou­table tueuse. Le der­nier mot (ici) à mon vieux pote Mon­taigne : « Mieux vaut pen­ser contre soi-même que conso­li­der la matière de ses propres convictions ».


« Je suis Charlie ». Les mots, les images, les symboles

charlie-photo-Martin-Argyroglo

© Mar­tin Argyroglo

Cette pho­to, vite deve­nue emblé­ma­tique, a été prise par Mar­tin Argy­ro­glo, un pho­to­graphe indé­pen­dant. Elle a été par­ta­gée sur Twit­ter des mil­liers de fois. Le cli­ché a été qua­li­fié de « plus belle pho­to de la mani­fes­ta­tion », d’instantané « his­to­rique » et, comme tel, com­pa­ré au tableau d’Eugène Dela­croix, La Liber­té gui­dant le peuple. Le peintre s’était ins­pi­ré du sou­lè­ve­ment popu­laire pari­sien contre Charles X, les 27, 28 et 29 juillet 1830, connues sous le nom des Trois Glo­rieuses.

On remar­que­ra aus­si sur cette image, au pied de Madame LaNa­tion, une pan­carte au gra­phisme typé sou­vent vu dans les manifs. Et pour cause : son auteur est un fervent pra­ti­quant des manifs, dès lors qu’il en épouse la cause, en France et en Europe. Un repor­ter du Monde.fr a retrou­vé ce militant.

L’homme-pancarte par lemon­de­fr

Une autre pho­to tient la vedette de cette actua­li­té, elle a été prise par un pho­to­graphe de Nantes, Sté­phane Mahé, venu en ren­fort pour l’agence bri­tan­nique Reu­ters. Appe­lée « Le crayon gui­dant le peuple », elle immor­ta­lise Charles Bous­quet, un jeune comé­dien de Lama­lou-les-Bains (Hérault) armé d’un crayon géant et ins­tal­lé sur Le Triomphe de la Répu­blique, place de la Nation.

Le Crayon guidant le peuple charlie

« Le Crayon gui­dant le peuple ». © Sté­phane Mahé, Reu­ters                                                     Le tableau d’Eugène Dela­croix, 1830



« Charlie ». Retour sur images, appel aux Lumières

Un 11 jan­vier bien sûr mémo­rable. Quelques images ci-des­sous (cli­quer des­sus pour les agran­dir) comme matière à ques­tions, pour ne pas tom­ber dans l’angélisme lié aux grandes com­mu­nions et à leurs len­de­mains désen­chan­tés – on se sou­vient des « Blacks-Blancs-Beurs » por­tés par l’utopie foot­bal­leuse de la Coupe du monde (1998), retom­bée comme un souf­flé. Seize ans après, l’intégration des immi­grés demeure plus que pro­blé­ma­tique : ghet­tos des BANLIEUES, ins­tal­la­tion du Front natio­nal, isla­misme, anti­sé­mi­tisme, désar­roi des ensei­gnants, impuis­sance des poli­tiques. Le tout sur fond de mon­dia­li­sa­tion libé­rale dévas­ta­trice avec ses ter­ri­fiants corol­laires : chô­mage galo­pant, guerres de reli­gion et guerres tout court, l’économie aux mains des finan­ciers, abîmes entre riches tou­jours plus riches et pauvres tou­jours plus pauvres, pillage éhon­té des res­sources natu­relles, dés­équi­libres éco­lo­giques et affo­le­ment du cli­mat pla­né­taire, menaces gran­dis­santes sur les espèces végé­tales et ani­males – jusqu’à l’espèce humaine. Seul, ou presque, l’obscurantisme se porte bien. Le pes­si­misme aus­si, quand « les bras nous en tombent ». Ce ne fut pas le cas ce dimanche 11 jan­vier, pen­dant ces quelques heures où, pour quelques mil­lions d’humains, « le ciel était tom­bé sur terre ». Sur terre où il s’agit bien de redes­cendre et d’y allu­mer les Lumières.


« Charlie ». Le jour d’après

par Serge Garde, ancien journaliste

Le cœur ser­ré, dimanche, j’ai défi­lé à Paris, pour rendre hom­mage aux Char­lie assas­si­nés et pour défendre la liber­té de rire de tout, et même de leur mort.

Une larme dans ce tsu­na­mi de soli­da­ri­té et de protestation.

J’ai mani­fes­té pour la liber­té d’expression, la liber­té de la presse, et pour toutes ces valeurs qui fondent mon ADN répu­bli­caine, fai­sant mienne l’irrévérente imper­ti­nence qui carac­té­rise l’humour de Charb, Cabu, Wolins­ki, Hono­ré, Tignous et des autres…

Sans oublier celle de notre Siné permanent…

J’ai par­ti­ci­pé, avec ces quatre mil­lions de Char­lie, modes­te­ment mais assu­ré­ment, à créer un de ces moments de com­mu­nion qui redonnent à ma France ses cou­leurs arc-en-ciel : Liber­té, Soli­da­ri­té, Fra­ter­ni­té, Laï­ci­té, Tolé­rance, Res­pect de la vie…

Ren­tré chez moi, j’ai consta­té le fos­sé creu­sé entre ce dont étaient por­teurs l’immense majo­ri­té des Char­lie et ce quar­te­ron de « lea­ders mon­diaux » enkys­tés en tête de la mani­fes­ta­tion. Eux, à quelques excep­tions près, n’étaient pas des Char­lie, mais des ser­gents recru­teurs… Ils ten­taient d’enrôler les mar­cheurs de la Répu­blique dans « leur » « guerre au terrorisme ! »

je-suis-charlie

Un fos­sé ? Un gouffre !

Mais de quel ter­ro­risme parlent-ils ? Tra­quer mieux les fous d’un dieu (quel qu’il soit !) ou d’une théo­rie mor­ti­fère, oui, cent fois oui ! Mais jus­ti­fier par cette pseu­do guerre (un concept créé à la Mai­son Blanche) les crimes com­mis contre des civils dans des pays qui n’intéresseraient pas l’Occident s’ils ne pos­sé­daient pas d’immenses res­sources éner­gé­tiques, non ! La place d’un Neta­nya­hu n’est-elle pas plu­tôt devant le Tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal pour y répondre des crimes de guerre qu’il a com­mis ? Et déjà Valls et ses pairs envi­sagent, au nom de cette guerre contre « LE » ter­ro­risme, de res­treindre par la loi nos liber­tés publiques ! Celles que, jus­te­ment, les 12 Char­lie assas­si­nés défendaient !

Pas­sé cet inou­bliable dimanche de pure émo­tion et de soli­da­ri­té, le temps de la réflexion s’impose pour nous qui res­tons dans la cruelle beau­té du réel.

Serge Garde, ancien journaliste


« Je suis Charlie ». Pourquoi je n’irai pas défiler, par Faber

allah charlie

Jusqu’à La Mecque… 😉

Pour dire vrai, je com­mence à en avoir plein les bottes de ces com­mé­mo­ra­tions. Ça n’a pas tar­dé. Je ne m’appelle pas Char­lie. Je n’irai pas à la manif. Et je pense que même Cabu et sur­tout Wolins­ki auraient pré­fé­ré bai­ser que s’emmerder un dimanche aprém” dans les rues sous la pluie. Purée, je rêve, tout le monde est Char­lie ? Qui le lisait ? Un mil­lion de thune tombe pour faire vivre les morts. Ça ne marche pas, c’est même vomitif.

Si le mec (genre Coluche qui cause) il aimait Char­lie, ben il avait que ache­ter Char­lie. Y avait des des­sins avec des femmes à poils, ouah la rise. J’ai eu le mal­heur de dire la même chose sur Médiapart.

Je suis trai­té de merde et ferme ta gueule. Pour­tant, moi, poli et tout. Les Tshirt Char­lie, les pots de mou­tarde Char­lie, les cas­quettes et porte-clés, c’est pathé­tique. Et sur­tout ça vient tard comme la thune de Fleure Pel­le­rin et autres cro­que­morts. Non, non. Il faut don­ner la chance aux des­si­na­teurs VIVANTS, jeunes ou vieux. IL FAUT que les jour­naux, papiers ou élec­tro­niques ouvrent leurs pages aux dessinateurs.

C’est un médium spé­ci­fique le des­sin, propre et même sale à la presse. Les lec­teurs sautent des­sus. Car expres­sion directe. Dans un des­sin, on ne peut pas chan­ger une ligne, une vir­gule, une intro, une chute. Bien sûr, je parle de des­sin, pas des merdes beso­gneuses avec des noms sur des valises, des pan­neaux et plein de blabla.

On ne des­sine pas à la radio comme tente de le faire croire France Inter. Les des­si­na­teurs meurent de faim, de froid, de la médio­cri­té et de la trouille des patrons de presses. Les patrons de presse aiment Plan­tu qui fait l’instit” et pense lui aus­si que les lec­teurs ont besoin d’explications. Mais les lec­teurs regardent ARTE et ne lisent pas que des tor­chons et devant la machine à café ou ailleurs, il y a des gens géniaux qui ramènent leur tronche, des grandes gueules et cela vaut bien un des­sin par­fois. Les lec­teurs sont intelligents

Pour­quoi Char­lie ? Les mecs, les nanas (peu) les meilleurs crayons, ont dû créer leur jour­nal pour s’exprimer et vivre. quel est le réd” chef aujourd’hui qui rece­vrait un Rei­ser, un Gébé, un Cabu ? Regar­der cinq minutes seule­ment ses des­sins ? Modes­te­ment, je relate un truc : un réd chef (et merde à son jour­nal) me dit qu’il adore mes des­sins. Mais, rajoute t-il, les lec­teurs ne com­pren­draient pas. Voi­la un exemple.

Le réd chef pense que ses lec­teurs sont des cré­tins. Et il conti­nue à leur ser­vir la soupe tiède. Et sur­tout il n’a jamais regar­dé une image, il ne sait pas par­ler des­sin. C’est pour­quoi je n’irai pas à la manif. C’est pour­quoi je conti­nue­rai à dessiner.

La grand messe des convain­cus de la liberté ?

Mais ils sont où dans le civil ces révol­tés du bri­quet et de la flamme au bord de la fenêtre ? Oui, je suis triste et amer ce soir. Et je n’aime pas les défilés.

André Faber

cabu charlie canard enchaine

Le der­nier des­sin de Cabu paru dans le Canard, le jour-même de son exé­cu­tion. On en était au fils du beauf. Entré dans les dic­tion­naires, le beauf res­te­ra aus­si dans l’Histoire comme « per­son­nage concep­tuel », selon l’expression de Deleuze, reprise par Onfray. [Cli­quer pour agrandir]


« Je suis Charlie ». Sophia Aram se demande…


L’hommage de Sophia Aram à Char­lie Heb­do sur France Inter

« Et Dieu dans tout ça ? », s’interroge Sophia Aram, toute dubi­ta­tive après la perte de ses copains de Char­lie. Notons, à pro­pos de la célèbre inter­pel­la­tion,  que si  son auteur, Jacques Chan­cel, a été épar­gné par les fous d’Allah c’est parce qu’il a pré­fé­ré mou­rir avant leurs accès de cha­ri­té isla­miste. Encore que, ne fai­sant pas par­tie de cette bande de mécréants désor­mais déci­mée, il aurait sans doute été épar­gné. Pour­quoi Allah n’aurait-il pas eu des bon­tés envers un croi­sé comme lui, si média­tique et chré­tien, ami des grands de ce monde, de Nico­las Sar­ko­zy et de Carla ?


« Je suis Charlie ». Non, Dieu n’est pas grand *

Des mil­liers de citoyens ont mani­fes­té hier leur soli­da­ri­té avec les douze vic­times de l’affreux car­nage de ce 7 jan­vier à Char­lie Heb­do, jour noir pour la France, la démo­cra­tie, la liber­té d’expression, l’humanité digne de ce nom. Que ces meurtres affreux aient été per­pé­trés au nom d’Allah mérite pour le moins de s’interroger sur la gran­deur de ce dieu et de ses « ser­vi­teurs ». D’où ces quelques remarques et réflexions pour ten­ter d’éclairer nos lan­ternes vacillantes…

Dernier Charb. Prémonitoire…

Der­nier Charb. Prémonitoire…

Inutile de prendre des gants : cet atten­tat est signé. Il l’est d’abord par sa cible : un jour­nal libre et liber­taire, ico­no­claste jusqu’à la pro­vo­ca­tion, irré­li­gieux sinon anti-reli­gieux. Un jour­nal qui s’en pre­nait tout spé­cia­le­ment aux inté­gristes musul­mans et avait trans­gres­sé (du point de vue de l’islam) l’interdit de la repré­sen­ta­tion ima­gée de Maho­met. Signé, cet atten­tat l’est aus­si clai­re­ment par les pro­fé­ra­tions ver­bales de ses auteurs rap­por­tées par des témoins proches, confir­mées par les décla­ra­tions du pro­cu­reur de la République.

Le carac­tère reli­gieux de ces actes est donc indé­niable, quelles que soient les déné­ga­tions des repré­sen­tants offi­ciels des trois mono­théismes et de leurs variantes. Ceux-ci s’emploient dans le même empres­se­ment et la même una­ni­mi­té à se déso­li­da­ri­ser des auteurs de l’odieux atten­tat qu’ils n’hésitent pas à qua­li­fier de « bar­bares ». Dont acte. Com­ment pour­rait-il en être autrement ?

Mais les cler­gés – je sou­ligne : les appa­reils reli­gieux, pas les croyants – ont une évi­dente urgence à se dédoua­ner de leurs res­pon­sa­bi­li­tés his­to­riques en matière de bar­ba­ries pas­sées, qui ne sont pas que loin­taines dans l’Histoire. Les guerres de reli­gion en France valaient bien, dans leur genre, celles des schismes musul­mans actuels. Les hor­reurs d’Al Quaï­da, d’Aqmi, de l’« État isla­mique » n’ont rien à envier à la « sainte inqui­si­tion ». Autres lieux, autres temps, mêmes mœurs sur l’air de l’intolérance obs­cu­ran­tiste, la sau­va­ge­rie sadique, la tor­ture des plus faibles, femmes et enfants, jusqu’aux pires per­ver­sions sexuelles.

J’entendais dans le poste ce matin Axel Kahn, émi­nent spé­cia­liste de la bio-éthique, affir­mer qu’il ne voyait pas en quoi les dérives meur­trières des isla­mistes, tout comme celles de tel fana­tique juif impli­quaient leurs reli­gions res­pec­tives. Vrai­ment ? Et d’ajouter, en sub­stance : je vou­drais prou­ver qu’on tue autant au nom de Dieu que de pas Dieu. Oui, dit de cette manière. Il en va autre­ment si on étend cette notion de Dieu à celle de croyance qui, dès lors, per­met de ran­ger sous une même ban­nière les « reli­gions » du nazisme et du sta­li­nisme. Obser­vons leurs rites, leurs cre­dos, leurs prêtres, temples – et leur sata­nées obses­sions anti-vie, et leurs « mains noires enfon­cées dans le ventre des hommes » (Panaït Istra­ti, retour d’URSS). Et j’étendrais volon­tiers la liste à la reli­gion du football !

  charlie

Des­sin de Wolinski

Maints obser­va­teurs, anthro­po­logues et autres, affirment que l’être humain serait « par essence » un être croyant. J’ai ten­dance à le pen­ser aus­si. Tout en en dédui­sant la néces­si­té, dans un pro­ces­sus d’évolution, d’œuvrer contre soi-même, au besoin, à s’alléger du poids des­dites croyances, de s’élever autant que pos­sible, comme « un enfant jouant au bord de la mer » pour reprendre cette expres­sion d’un New­ton (qui était déiste). Rien d’original en cela, s’agissant de pro­lon­ger – mais ce n’est pas si simple – ce pro­fond mou­ve­ment enga­gé au XVIIIe siècle et que, pré­ci­sé­ment on a dénom­mé Lumières, par oppo­si­tion à l’obscurantisme domi­nant jusque là toute la pla­nète – à l’exception notable de l’Antiquité grecque et romaine avec leurs admi­rables phi­lo­sophes et penseurs.

S’alléger de ses croyances, à mon sens, ne signi­fie pas pré­tendre s’en défaire tota­le­ment – d’autant qu’il en est d’utiles, quand elles aident à vivre ou a sur­vivre face à l’adversité et à la déses­pé­rance, ou quand elles sont néces­saires à la com­mu­nau­té humaine pour lui assu­rer, lui cimen­ter sa cohé­sion, comme en ce moment par exemple où des valeurs sacrées se trouvent pié­ti­nées. Le sacré, au sens laïque, étant ce qui est deve­nu non négo­ciable pour une socié­té ; ain­si pour les Fran­çais, la Fra­ter­ni­té, l’Égalité, la Liber­té. Je les mets exprès dans cet ordre inverse à l’officiel, par urgence et prio­ri­té. J’y ajoute bien sûr la Laï­ci­té, qua­trième pilier de notre « chose publique », la res publi­ca, dont on découvre les si fortes ver­tus en ce moment d’ébranlement des valeurs morales. Car c’est bien cette Laï­ci­té qui nous per­met jusqu’à main­te­nant, depuis 1905 avec la sépa­ra­tion des églises et de l’État, et non sans dif­fi­cul­tés pério­diques, de main­te­nir les Lumières allu­mées, dont pré­ci­sé­ment celles de la presse, libre jusqu’à la satire, la paro­die, la cari­ca­ture, l’irrévérence – bref, ce néces­saire contre-pou­voir, ce vac­cin contre l’obscur.

Voi­là sans doute ce que la tra­gé­die du 7 jan­vier 2015 aura réveillé dans les consciences par­fois ramol­lies de notre vieux pays, consciences ramol­lies peut-être, mais donc pas vrai­ment éteintes. Et là, je songe au vieil Hugo, allez savoir pour­quoi : « Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, / Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière. » [Booz endor­mi] Je dois son­ger au tui­lage néces­saire des géné­ra­tions : Cabu, Hono­ré, Wolins­ki, les sep­tuas bien enta­més, & Charb, Tignous, jeunes quadras.

Qu’est-ce qui consti­tue un ciment pour nos socié­té plus ou moins éclai­rées, par­fois assom­bries ? Un liant com­mun qui per­mette un consen­sus, lequel étant sou­vent pas­sa­ger, puis fluc­tuant, avant de se déliter.

Hier, aujourd’hui, c’est le « Je suis Char­lie » – comme il y eut avec des for­tunes diverses « Nous sommes tous des juifs alle­mands » ou « Nous sommes tous des Amé­ri­cains »… Une situa­tion, un drame, un mot der­rière les­quels cha­cun se recon­naît, ou croit se recon­naître sous des valeurs com­munes. En fait, sous ces géné­ra­li­sa­tions abu­sives, cha­cun garde ses croyances, à l’occasion ren­for­cées, venant réchauf­fer ses cer­ti­tudes dans la fer­veur de la masse, la com­mu­nion – la messe. Ce fris­son d’église qu’on peut connaître dans les manifs, où notre uto­pie semble à por­tée de ban­de­roles et de slo­gans, de catéchismes.

charlie hebdo

Des­sin de Wolinski

Qu’y a-t-il donc der­rière chaque petite pan­carte « Je suis Char­lie » ? Pour reprendre une for­mule célèbre (le bou­quin de Badiou sur Sar­ko­zy ) « De quoi Char­lie est-il le nom ? » Quelles inten­tions sous ten­dues der­rière l’indignation, sous la sin­cé­ri­té appa­rente. Entre l’anti-Arabe de base, le sio­niste dégui­sé, l’allumé(e) de la Manif pour tous, le gau­chiste de ser­vice, les poli­ti­ciens en quête de bla­son à redo­rer, des lec­teurs de Houel­le­becq et Zem­mour, pau­més comme eux, enfin la Le Pen et sa guillo­tine, on trou­ve­ra cin­quante autres nuances de gri­sâtre et autres matières à ren­for­cer son sys­tème de valeurs.

Une de ces nuances cepen­dant mérite qu’on s’y arrête ; c’est celle de l’islamophobie, sans doute par­mi les plus répan­dues car elle répond :

– D’une part direc­te­ment à l’actualité nour­rie et entre­te­nue, de fait par les évé­ne­ments, de Char­lie à Meh­ra, du Mali au Pakis­tan, de la Libye à l’Indonésie en pas­sant par la Soma­lie, le Yémen, la Syrie, l’Irak, l’Iran, Israël, la Pales­tine, le Liban, jusqu’à l’Afghanistan et j’en passe. Il y a là tout un arc géo-poli­tique (ne pas oublier l’islamisme chi­nois !) qui s’est amal­ga­mé à par­tir du pétrole saou­dien et per­sique, pour s’étendre telle une pol­lu­tion pla­né­taire dou­blée de pétro-dol­lars et appe­lant à un sur­croît de bigo­te­rie cora­nique des­ti­née à rache­ter, en appa­rence, la richesse coupable.

– D’autre part, cette isla­mo­pho­bie pré­sente un autre avan­tage non négli­geable : en dési­gnant les affreux isla­mistes, elle délivre un blanc seing aux par­ties pré­sen­tables des mono­théismes. Une opé­ra­tion de blan­chi­ment, en quelque sorte, concer­nant tout le vaste champ des opia­cées léga­li­sées à l’intention des Peuples… Ce qu’une belle astuce gra­phique exprime ain­si, allé­luia ! :
photo

Coexist-ence pacifique ?

Coexist-ence paci­fique ?

Peut-être com­pren­dra-t-on mieux ain­si la hâte appli­quée à faire appa­raître les ter­ro­ristes isla­mistes comme des « loups soli­taires », des ano­ma­lies dans le flot nor­mal des bonnes reli­gions bien soli­daires. Une reli­gion étant une secte qui a réus­si – un peu comme le garage de Steve Jobs est deve­nu la mul­ti­na­tio­nale d’Apple… si je puis me per­mettre cet ana­chro­nisme –, elle se radi­ca­lise en deve­nant mono­po­lis­tique, avant d’éclater en diverses conces­sions à la douce modes­tie retrou­vée. Etc. Ain­si s’autoproclament le bon chris­tia­nisme, le bon judaïsme, le bon islam…

Opé­ra­tion de passe-passe avec retour vers l’obscur où se com­plaisent les mar­chands d’illusion, les spé­cu­la­teurs de l’au-delà et, au bout du compte, les fous de Dieu et autres hal­lu­ci­nés des arrière-mondes pour qui une insulte contre leur foi est une infrac­tion plus grave que l’assassinat de douze êtres humains.

charlie

Phi­lippe Geluck

Mais pour­quoi cette vio­lence meur­trière ? Autre et vaste sujet que je ne sau­rais épui­ser ici (avant d’épuiser le lec­teur !). On revien­drait néces­sai­re­ment au prin­cipe d’Égalité, bafoué par­tout dans le monde et comme coa­gu­lé en un point focal appe­lé Pales­tine où la sagesse et la rai­son – les lumières pour tout dire – viennent se fra­cas­ser contre le mur noir des mytho­lo­gies nour­ries d’antiques superstitions.

Répu­diés, tor­tu­rés, assas­si­nés pour rien, les Gali­lée, Gior­da­no Bru­no, Che­va­lier de la Barre ? Pour que des siècles et des années plus tard rejaillisse le spectre du tota­li­ta­risme théo­cra­tique ? Le der­nier mot, pro­vi­soire, à Ber­trand Rus­sell, Pour­quoi je ne suis pas chré­tien,1927 : « Un monde humain néces­site le savoir, la bon­té et le cou­rage; il ne néces­site nul­le­ment le culte et le regret des temps abo­lis, ni l’enchaînement de la libre intel­li­gence à des paroles pro­fé­rées il y a des siècles par des igno­rants. »

–––

* Dieu n’est pas grand. Com­ment la reli­gion empoi­sonne tout. Chris­to­pher Hit­chens, éd. Bel­fond, 2009. Tra­duit de l’américain par Ana Nes­sun. Extrait : « Si vous consi­dé­rez pour­quoi vous avez choi­si une (forme de) reli­gion par­mi toutes celles qui existent, en éli­mi­nant toutes les autres, alors vous com­pren­drez peut-être pour­quoi moi, je les ai toutes éliminées. »


« Je suis Charlie ». Photos de Marseille et Paris

Soli­da­ri­té, digni­té, émo­tion. Les images en disent long. Ici place de la Répu­blique à Paris [Pho­tos de Ber­nard Nan­tet] et sur le Vieux port à Mar­seille [Pho­tos de Gérard Pon­thieu]. Cli­quer sur chaque image pour l’agrandir.

 


« Je suis Charlie ». Jour de deuil

charlie hebdo

L’équipe de Char­lie. Cli­quer des­sus pour agran­dir [DR]

morts charlie

Les douze morts, et n’oublions pas les onze blessés.

proxy


Charlie Hebdo. Le carnage contre la Liberté

Qu’ajouter encore à l’horreur et à la sau­va­ge­rie ? Bien sûr, expri­mer une soli­da­ri­té de base, humaine, qui manque par­fois tel­le­ment dans ce monde débous­so­lé. S’en prendre – par la mort – à la liber­té de pen­ser, d’exprimer, de s’opposer, de res­pi­rer, de rire, d’aimer, de vivre quoi, c’est choi­sir l’abject, la vio­lence meur­trière, l’abomination en même temps que la néga­tion de sa propre huma­ni­té. Et pour­tant, s”« ils » en sont, de cette huma­ni­té, com­ment ne pas en douter ?

Evoquer ce drame peut aus­si, pour ma géné­ra­tion, ren­voyer à ces années de lutte à la loyale où, mal­gré tout et en démo­cra­tie même impar­faite, le délit de presse ne se réglait pas à la mitraillette. Une inter­dic­tion suf­fi­sait et, certes, c’était déjà into­lé­rable. C’est dire à quel point les mots sont faibles aujourd’hui pour qua­li­fier… l’inqualifiable.

Je pense à Hara-Kiri heb­do et à sa méta­mor­phose for­cée en l’actuel Char­lie Heb­do, lorsque des aya­tol­lahs d’opérette poli­ti­cienne, en quelque sorte et avec le recul du temps, en avait pro­non­cé l’arrêt de mort – n’empêche ! – pour cause de « bal tra­gique » à la mort de de Gaulle (1970).

Je pense aus­si, par ce retour au pas­sé, à l’interdiction qui frap­pa la revue Sex­pol que je diri­geais et qui nous valut cette belle soli­da­ri­té notam­ment mani­fes­tée alors par Libé­ra­tion et par la bande de Char­lie, en tête de laquelle : Cho­ron, Gébé, Cavan­na (morts), Wolins­ki et Cabu, qui viennent d’être atro­ce­ment abat­tus avec leurs autres camarades.

Toutes pro­por­tions gar­dées, car à une autre échelle, je ne peux m’empêcher de pen­ser aux atten­tats du 11 sep­tembre 2001. Ne sommes-nous pas là sur un même registre, celui qui pousse des cer­veaux très atteints (atteints par quoi ?, là est la vraie et vaste ques­tion) à éta­blir des plans d’organisation d’un tel car­nage ? Si l’inspiration s’avère d’ordre « divin », comme c’est pro­bable, hélas ! elle ne fera qu’ajouter à la dia­bo­lique confu­sion qui secoue le monde.

Lire aus­si : La pre­mière des reli­gions pour Char­lie-Heb­do : la Liber­té, par Daniel Chaize


Guillon-Besson : « Ne pas rire des faibles »

Ouver­tu­rette à droite donc, et pas de fer­me­ture à « gauche ». Hirsch s’en va en douce, mais Kouch­ner et Bes­son res­tent. Au sujet de ce der­nier, ce n’est tout de même pas une raclée élec­to­rale qui va déci­der de la poli­tique de l’empereur. Bes­son donc demeure. Il demeure sur­tout la bête noire, le vilain canard, pour la gauche comme pour la droite. Il doit s’en payer de ces cau­che­mars! Ceux qu’il a cher­chés, il est vrai. En tête de Turc on ne trouve pas mieux. En quoi la der­nière charge contre lui de Sté­phane Guillon n’est pas en soi des plus cou­ra­geuses. Fal­lait-il tirer sur la bête aux abois, de sur­croît invi­tée sacri­fi­cielle de France inter au len­de­main même de l’élection qu’on sait? En tout cas, il fait face, parle de traque et de racisme à son endroit. Guillon, lui, pré­fère l’envers, la figure du traitre, la Mata-Hari de la poli­tique, ain­si qu’il en parle dans une inter­view à Bakchich-info :

« Bes­son. C’est une nou­velle figure, le traître. Les Fran­çais détestent. Ils sup­portent les oppor­tu­nistes, les canailles. Ils n’en veulent pas long­temps aux magouilleurs. Sur ce cré­neau des lâcheurs, vous avez le choix : Bes­son, Kouch­ner… Kouch­ner est le moins par­don­nable, parce qu’il repré­sen­tait de vraies valeurs : la géné­ro­si­té, le méde­cin, les ONG… Bes­son, c’est Joe Dal­ton, c’est pas facile parce que c’est trop facile, et là ça devient dan­ge­reux. Ces deux-là doivent se sen­tir bien seuls quand ils se retrouvent chez eux. Ils n’ont plus d’image, et c’est la pire chose qui puisse arri­ver à quelqu’un. »

Guillon se sait intou­chable – rela­ti­ve­ment. Pour jouer une telle par­ti­tion, il se trouve pris dans une sorte de sur­en­chère l’obligeant à tirer à vue – c’est sa marque – avec des charges tou­jours plus vio­lentes, ce qui devient duraille à la longue. Com­ment se faire éjec­ter par la radio publique (d’État sar­ko­zyste) et périr ain­si en héros en proie à la vin­dicte revan­charde, au champ d’honneur de la libre expres­sion, en sol­dat hyper-connu de la cause caricaturale?

Mais pour intou­chable il n’en est pas moins dans le col­li­ma­teur des pou­voirs. Un vrai déra­page, à la Le Pen ou Frêche, et hop, débar­qué le gugusse, au nom des droits et de la digni­té de l’Homme ! Val et Hees, ses employeurs de Radio France savent ça et doivent s’en trou­ver bien emmer­dés. Ain­si Jean-Luc Hees qui, lun­di, s’est cru tenu de s’excuser auprès du ministre pour la chro­nique de Guillon. Sale bou­lot tout de même pour un Pdg. Ima­gi­nons celui de Renault s’excusant pour la caisse pour­rie que vous venez de lui ache­ter… L’implacable monde de la socié­té spectaculaire.

Mais Bes­son peut se conso­ler. Il ne figure tout de même pas dans cette pire caté­go­rie, celle des inco­lores et des faibles, qua­si invi­sibles, qui n’entrent même pas dans le champ de tir de Guillon : «  Éric Woerth et Luc Cha­tel : Catas­tro­phique, les inodores ! Je n’essaierai jamais de faire rire avec Éric Woerth. Luc Cha­tel, c’est pareil, il a appris son métier chez L’Oréal où il a été DRH. Ces types sont clo­nés. Ils ne font que répé­ter le dis­cours du patron. Guy Bedos m’a dit un jour : “Méfie- toi de cer­taines cibles”. Il ne faut pas rire des faibles. »


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

    • 0
    • 690
    • 292
    • 9 699
    • 36 959
    • 1 602
    • 3 604
  • Calendrier

    octobre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Sep  
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    3031 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress