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Excel­lent repor­ta­ge, et néan­moins inquié­tant, sur les cas­seurs qui ont agres­sé des « petits Fran­çais » lors de la mani­fes­ta­tion des lycéens le 8 mars à Paris. L’une des consé­quen­ces les plus redou­ta­bles du com­mu­nau­ta­ris­me ram­pant recy­clé en un racis­me inima­gi­na­ble. Beau tra­vail de jour­na­lis­te qui don­ne plus matiè­re à réflexion qu’à juge­ment.

Luc Bron­ner, Le Mon­de [17/03/05]

« Hei­kel, 18 ans, de natio­na­li­té fran­çai­se et tuni­sien­ne, se pré­sen­te, sans dire son nom, com­me un « cas­seur » et le reven­di­que fiè­re­ment. Il affir­me avoir par­ti­ci­pé aux mani­fes­ta­tions lycéen­nes à Paris pour se bat­tre et voler des por­ta­bles. « Si j’y suis allé, c’est pas pour la manif, mais pour pren­dre des télé­pho­nes et taper les gens », recon­naît-t-il. « Il y avait des petits grou­pes qui cou­raient, qui fai­saient de l’agitation. Et au milieu des bouf­fons, des petits Fran­çais avec des têtes de vic­ti­mes. »

[…] « « Un bon sou­ve­nir », dit-il avec le sou­ri­re, satis­fait. Hei­kel fait par­tie de ces 700 à 1.000 jeu­nes, selon la poli­ce, venus essen­tiel­le­ment de Sei­ne-Saint-Denis et des arron­dis­se­ments du nord de Paris. […]

[…] « Tout concour­rait à fai­re des « petits Blancs » pari­siens des vic­ti­mes idéa­les. Dans leur lan­ga­ge, ils les appel­lent des « bolos » (ou « bor­ros », par­fois). « Un bolos, c’est un pigeon, une vic­ti­me », expli­que Hei­kel, tout en étant inca­pa­ble, com­me les autres lycéens, d’expliquer l’origine du mot.

« « C’est com­me s’il y avait écrit « Viens pren­dre mes affai­res » sur leur front », glis­se Pat­ty, 19 ans. […] « Les bolos regar­dent par ter­re par­ce qu’ils ont peur, par­ce que c’est des lâches », affir­me un autre lycéen de 19 ans […]. « Je connais des Blancs qui sont com­me nous, qui sont bien », confir­me Hei­kel. A l’inverse, pré­ci­se Sou­kha­na, « un Noir qui se prend pour un Blanc se fait bolos­ser ».

[…] « Pat­ty, en deuxiè­me année de BEP, est convain­cue qu’il faut remon­ter à la colo­ni­sa­tion et à l’esclavagisme pour expli­quer ces com­por­te­ments. « C’est les Noirs qui se ven­gent du racis­me des Fran­çais et des poli­ciers », expli­que-t-elle.

[…] « L’injustice socia­le est mise en avant. « Paris, c’est la capi­ta­le des sous », remar­que un élè­ve […]dit s’appeler Dadyx […] De tou­te façon, affir­ment ces lycéens, les « Blancs » qui se font voler un télé­pho­ne ou un lec­teur MP3 peu­vent en rache­ter un autre. « Ceux qui mani­fes­tent, c’est ceux qui veu­lent réus­sir, ceux qui ont plein de cho­ses », décla­re Hei­kel. »

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