Oua­ga­dou­gou. Qui dira un jour le nombre de sémi­naires, congrès et autres col­loques que l’Afrique, en sa cin­quan­taine d’États, aura pu ins­crire dans la lutte sans fin contre la pau­vre­té? C’en est une indus­trie, une des rares flo­ris­santes sur le conti­nent noir. En vivent, et sou­vent fort bien, toute une flo­pée d’organisateurs, orga­nismes, orga­ni­sa­tions… S’en nour­rissent, plus chi­che­ment, un cor­tège de « sémi­na­ristes », sou­vent les mêmes, col­lec­tion­nant sty­los, bloc-notes et porte-docu­ments à l’effigie de telle ou telle ONG

En vivent aus­si les peintres sur cali­cot à qui l’on confie le soin de clai­ron­ner aux popu­la­tions misé­reuses la fin loin­taine de leurs tra­cas.

Corol­laire immuable : les tar­tines d’étouffe-lecteurs éta­lées à pleines pages dans les gazettes bour­ra­tives, les pom­peux dis­cours retrans­mis en long et en large sur les ondes radio et télé. Les sol­dats-jour­na­listes du déve­lop­pe­ment – désor­mais durable –  ont répon­du à l’ordre de mobi­li­sa­tion. Car les ONG n’auront pas man­qué de payer les­dits « jour­nal­listes » alors conviés, sinon convo­qués, à ces agapes de pen­sée molle, à ces messes auto-congra­tu­lantes.

« Sid­waya » (la véri­té), quo­ti­dien d’État de Oua­ga­dou­gou (Bur­ki­na Faso), en sa livrai­son du mar­di 5 sep­tembre livre son échan­tillon du jour. Un pur spé­ci­men inti­tu­lé « Cadre stra­té­gique de lutte contre la pau­vre­té. Rendre opé­ra­tion­nel le dis­po­si­tif de sui­vi-éva­lua­tion ». Beau comme l’antique avec son cha­peau de temple corin­thien gra­vant dans le marbre une « étude sur l’opérationnalisation dudit dis­po­si­tif ».

Il est tout de même ras­su­rant d’apprendre que « les dif­fé­rents acteurs sont repar­tis nan­tis de capa­ci­té à même d’élaborer et de pro­duire des rap­ports de sui­vi-éva­lua­tion répon­dant aux exi­gences des stra­té­gies de lutte contre la pau­vre­té et aux attentes des bailleurs de fonds. » Et que les scep­tiques s’écrasent – sous le poids de « trois rap­ports consi­gnant les résul­tats de ladite étude ». 

Avec deux pho­tos à l’avenant, ça vous cale une page d’intérêt plus que nul, qui fini­ra dans le press-book glo­ri­fiant l’ONG éra­di­queuse de pau­vre­té et le minis­tère atte­nant. Jusqu’à la revoyure pro­chaine. Cer­née par une telle pan­dé­mie col­lo­quienne, c’est sûr, la misère n’a qu’à bien se tenir.

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