On n'est pas des moutons

Archive for septembre, 2009

Cuba s’est ouvert au monde, mais pas à son peuple

Cor­res­pon­dance de « Azul » à La Havane

« Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba ! » C’est par ces paroles que le pape Jean-​Paul II, en 1998, a ter­miné sa visite à Cuba. Je me sou­viens encore de ces beaux mots qui ont rem­pli d’espoir des mil­lions de Cubains et dans les­quels le monde a vu un mes­sage d’espoir. Depuis, Cuba a en effet mon­tré quelques avan­cées : le régime a éta­bli des rela­tions avec 192 pays du monde ; il a per­mis l’entrée de capi­taux étran­gers dans les affaires de l’île ; il a entre­pris un pro­gramme d’aide huma­ni­taire pour éli­mi­ner les mala­dies, la faim et l’inégalité sociale… dans cer­tains pays d’Amérique latine, notam­ment le Vene­zuela, la Boli­vie, et l’Équateur.

C’est ainsi que Cuba, dans ces pays, a aidé à for­mer des mil­liers de méde­cins ; à libé­rer de l’analphabétisme des mil­lions de citoyens ; a construit quelques hôpi­taux. Sur le plan géo­po­li­tique, Cuba a signé presque tous trai­tés et accords de l’ONU.

Autant de signes qui pour­raient paraître plus que suf­fi­sants pour démon­trer au monde à quel point Cuba a pu répondre aux espé­rances papales…

MAIS à Cuba même, pour le peuple cubain, il en est tout autrement !

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Par exemple, seule­ment la moi­tié des consul­ta­tions médi­cales peuvent être tenues, faute de méde­cins et de spé­cia­listes. Le pays enre­gistre plus de vingt ans de retard dans la construc­tion d’hôpitaux et plu­sieurs chan­tiers en cours sont arrê­tés depuis des années.

Le sys­tème édu­ca­tif tra­verse une telle crise que le niveau d’espagnol ensei­gné y est au plus bas, de même qu’en his­toire et en mathématiques.

Le régime n’est pas par­venu à assu­rer à sa popu­la­tion une nour­ri­ture cor­recte, et cela après des années d’un sys­tème de dis­tri­bu­tion contrô­lée des ali­ments. Les besoins ali­men­taires de base du peuple cubain ne sont pas satisfaits.

Cuba a voulu hono­rer des accords avec l’ONU, mais n’a pas tenu ses enga­ge­ments envers son propre peuple. Alors que le peuple devait voir sa situa­tion s’améliorer, les choses ont empiré pour lui, sans que cette réa­lité soit per­çue à l’extérieur.

Qu’importe au peuple cubain que son pays s’ouvre au monde s’il ne lui reste, dans son île, qu’à rêver à des jours meilleurs.

« Azul »

Tra­duit par GP.
Photo ©gp : Un mar­ché « libre » dans Cen­tro Habana .

A Venelles, le Loto sait récompenser des « gens bien »

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Ainsi, les dieux de la chance et de la for­tune ont fait un cro­chet par Venelles. En m’ignorant, je vous le dis tout de suite, tas de tapeurs à l’affût, pas­sez votre che­min ! Ils m’ont ignoré car ils ont pré­féré s’abattre sur « des gens qui se lèvent tôt et tra­vaillent dur », selon le très sar­ko­zyste maire de là-​que-​je-​vis. Des « gens bien » a-​t-​il ajouté pour enfon­cer le clou de la bonne pen­sance – à défaut de bonne gou­ver­nance : comme, par exemple, déci­der dans son coin de jume­ler la com­mune avec une cité ita­lienne, orga­ni­ser une céré­mo­nie, poser la plaque offi­cielle, PUIS deman­der un vote au conseil muni­ci­pal. Ça s’est passé ven­dredi der­nier. Si !

Comme pour la grippe A et la panade socio-​économique, ce Loto fera pas­ser la pilule locale – enfin, si pilule il y avait dans cette douillette com­mune. D’où les sou­rires de ravi du maire et de son adjoint devant les camé­ras, comme s’ils avaient eux-​mêmes mérité des mannes célestes. Ima­gi­nons leurs bobines si les quinze s’avéraient être de ces Gitans sans cesse reje­tés du ter­ri­toire venel­lois ? De ces glan­deurs qui se couchent à pas d’heure au lieu de célé­brer le dur labeur et de sacri­fier au culte du Mar­ché ! Ou encore de ces chô­meurs gras­se­ment entre­te­nus par les impôts des « gens biens » !

Jeu d’argent et de hasard, la lote­rie n’est rien moins qu’une arnaque orga­ni­sée visant à ramas­ser l’argent des pauvres pour en redis­tri­buer une part à quelques-​uns d’entre eux. Le rêve de richesse, la cupi­dité ambiante, ainsi que pub’ et com’ de nos jours ont porté cette pra­tique immo­rale au som­met des grandes « valeurs » socié­tales. Son culte est ainsi célé­bré chaque jour dans tous les médias, dont le pom­pon télé­vi­suel évi­dem­ment, rejoi­gnant les autres grands rendez-​vous rituels que sont la météo et la bourse.

Plus que cri­ti­quées sous les Lumières, inter­dites par la Révo­lu­tion, réta­blies sous Napo­léon et jusqu’à nos jours, les lote­ries ratissent d’énormes sommes d’argent – bien plus que l’impôt sur le revenu (je n’ai pas les chiffres sous le coude). Elles ont l’avantage, contrai­re­ment au fisc, d’amalgamer des croyances reli­gieuses et païennes à la fois, tout en rece­vant l’onction impli­cite des poli­tiques dominantes.

Quant à la ques­tion de fond(s)…, celle de l’immoralité liée au culte de l’Argent-roi – sans même remon­ter à l’adoration du Veau d’or –, elle ren­voie à l’indécence des sommes « gagnées » et à une autre ques­tion, bien fon­da­men­tale, celle du bon­heur simple de vivre.


Maroc. Six jeunes poursuivis pour refus de pratiquer le ramadan

Dépêche de l’AFP datée du 16÷9÷09 et de Rabat : « Six jeunes Maro­cains vont être tra­duits en jus­tice pour “ten­ta­tive d’incitation à la rup­ture du jeûne en public”, durant le rama­dan. Dimanche après-​midi 13 sep­tembre, ils ont tenté d’organiser un ras­sem­ble­ment à Moham­me­dia (80 km au sud de Rabat) pour pro­tes­ter contre une “loi qui punit la non-​observation du jeûne pen­dant le rama­dan au Maroc” […].

« C’est la pre­mière fois au Maroc qu’un groupe de “non jeû­neurs” s’affiche en public pour récla­mer le droit de ne pas pra­ti­quer le rama­dan. Cette pro­tes­ta­tion a été ini­tiée par le Mou­ve­ment alter­na­tif pour la défense des liber­tés indi­vi­duelles, une asso­cia­tion incon­nue jusqu’à pré­sent, selon les auto­ri­tés du royaume. Le Conseil des oulé­mas (théo­lo­giens) de Moham­me­dia a pour sa part dénoncé cette action qua­li­fiant ses auteurs d” “agitateurs”. »

[Heu­reu­se­ment, soit dit en pas­sant, qu’existe encore une agence comme l’AFP pour rela­ter de tels faits – même s’ils n’ont été que peu repris par la presse. Cette paren­thèse pour signa­ler que l’Agence France Presse se voit mena­cée dans sa mis­sion d’agence mon­diale et géné­ra­liste par un pro­jet gou­ver­ne­men­tal de nou­veau statut.]

Cette his­toire de Rabat est ter­ri­fiante : car elle relève de la ter­reur impo­sée par la domi­na­tion reli­gieuse sur les esprits et les corps. Plus de la moi­tié de l’humanité crou­pit sous cette chape. L’estimation est sans doute bien trop basse : les trois quarts, ou sept huitièmes ?

Peu ou prou, nous fai­sons par­tie des pri­vi­lé­giés. Mais la conquête vers la liberté n’a pas été menée sans peine. Elle n’est d’ailleurs ni entiè­re­ment ache­vée, ni à jamais à l’abri de tout retour en arrière. C’est ainsi que les prê­cheurs de la « fin de l’Histoire » vou­draient bien jeter aux oubliettes cer­taines pages du passé.

Reve­nons seule­ment deux siècles et demi en arrière :

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1er juillet 1766, à Abbe­ville, un jeune homme de 19 ans, le che­va­lier de La Barre, est déca­pité pour avoir man­qué de res­pect envers la reli­gion. En appli­ca­tion de la Loi, la jus­tice l’avait condamné à avoir les os broyés jusqu’à ce qu’il avoue son crime, la langue arra­chée, la tête cou­pée, le cadavre brûlé et les cendres jetées au vent.

Les trois prin­ci­paux « atten­dus » du juge­ment disaient qu’il avait été « atteint et convaincu d’avoir passé à vingt-​cinq pas d’une pro­ces­sion sans ôter son cha­peau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux, d’avoir chanté une chan­son impie, d’avoir rendu le res­pect à des livres infâmes au nombre des­quels se trou­vait le dic­tion­naire phi­lo­so­phique du sieur Voltaire ».

Avant même son exé­cu­tion, La Barre avait trouvé son pre­mier défen­seur en la per­sonne de Vol­taire, dénon­çant ce crime de « la bar­ba­rie sacerdotale ».

Après la Révo­lu­tion, la Conven­tion natio­nale du 25 bru­maire an II, réha­bi­li­tait sa mémoire, en tant que « vic­time de la superstition ».

A la fin du XIXe siècle, et au début du XXe, avec le com­bat pour l’école publique et la laï­cité des ins­ti­tu­tions, qui abou­tit en 1905 à la Loi de sépa­ra­tion de l’Église et de l’État, le che­va­lier de La Barre est devenu le sym­bole du com­bat contre le clé­ri­ca­lisme. » [Sources mul­tiples, tant cette affaire a fait l’objet de nom­breux ouvrages. Voir aussi, entre autres innom­brables sites, celui du Groupe La Barre .]

On ose croire que les six jeunes Maro­cains n’auront pas la langue arra­chée – ce qui consti­tue un pro­grès rela­tif mais non négli­geable. Ils n’en seront pas moins châ­tiés d’une manière ou d’une autre, pour s’être levés debout, au nom de la liberté de conscience. Un monu­ment sera peut-​être érigé en leur mémoire. Dans deux siècles et demi ?

»> Photo de la plaque en bronze illus­trant le sup­plice du che­va­lier de La Barre. Monu­ment érigé en 1907 à Abbeville.


Double peine pour l’Afrique : drame climatique et mutisme médiatique

Il a dû faire ce qu’il a pu, et rien n’y a fait : son article est resté coincé en « chan­delle » dans un coin de la page 2 du Monde, affu­blé d’un titre invi­sible : « Silence, on coule ! ». Un titre son­nant pour­tant comme un SOS et qui se perd dans le cos­mos étroit des infos hexa­go­nales. Jean-​Pierre Tuquoi, l’un des trois jour­na­listes « Afrique » du Monde n’aura pas réussi, dans les colonnes de son propre jour­nal, à inver­ser le scan­dale qu’il y dénonce pour­tant : le quasi mutisme média­tique dou­blant le drame cli­ma­tique que viennent de subir une dou­zaine de pays afri­cains, cau­sant quelque 160 morts (recen­sés) et près de 600.000 sans-​abri.

« Selon que vous serez riches ou pauvres »…, on n’en sort pas de cette uni­ver­selle et ter­rible sen­tence, que les médias domi­nants confortent au jour le jour. Ima­gi­nez, comme l’écrit Tuquoi, qu’un cyclone ait ravagé les côtes de Flo­ride et affec­tant 600.000 État­su­niens… Ima­gi­nez alors le défer­le­ment média­tique ! Souvenons-​nous de Katrina dévas­tant la Loui­siane… Et le si télé­gé­nique « tsu­nami » de 2004 !

monde-18909.1253287373.pngPour­tant le conti­nent afri­cain se trouve être un bon four­nis­seur de sujets catas­tro­phiques ; il y faut seule­ment un niveau d’horreur suf­fi­sant pour pro­vo­quer un tant soit peu de com­pas­sion… durable. L’idéal, c’est une bonne famine spec­ta­cu­laire avec des bébés sque­let­tiques en arrière-​plan d’un sac de riz sur une épaule huma­ni­taire. Pas mal non plus, une belle guerre entre sau­vages, avec bons et méchants dépar­ta­gés par l’œil expert d’un Zorro à enco­lure échan­crée. Aujourd’hui, on reste trop loin du compte, à en croire le papier du Monde : « La Sierra Leone, le Nige­ria et le Tchad ont été les pre­miers tou­chés. Puis, début sep­tembre, c’est sur le Séné­gal, le Niger, la Mau­ri­ta­nie, le Bur­kina Faso... que se sont abat­tues des pluies tor­ren­tielles. Même le Sud algé­rien n’a pas été épar­gné. En quelques heures, des quar­tiers entiers d’une dou­zaine de pays du conti­nent afri­cain ont été rayés de la carte, des routes détruites, des ouvrages d’art empor­tés tan­dis que les agri­cul­teurs voyaient dis­pa­raître leur bétail. Le bilan humain est lourd : au moins 160 morts recen­sés à ce jour et près de 600 000 sans-​abri.

« C’est le Bur­kina Faso qui a été le plus atteint. Le 1er sep­tembre, à Oua­ga­dou­gou, la capi­tale, des dizaines de mil­liers d’habitations se sont écrou­lées. Le prin­ci­pal hôpi­tal de la ville a dû être vidé de ses patients et les écoles réqui­si­tion­nées pour accueillir des familles. Même chose à Dakar, au Séné­gal, où quinze des seize quar­tiers de la capi­tale ont été inon­dés. Au Niger, on redoute que le cho­léra fasse des ravages. […] De ces évé­ne­ments dra­ma­tiques, la presse fran­çaise – et étran­gère – n’a guère rendu compte. Les agences de presse ont pour­tant donné l’alerte, mais sans sus­ci­ter de réac­tion. Au mieux, l’affaire a été expé­diée en quelques lignes, confir­mant l’idée que l’Afrique inté­resse peu les médias. »

» Le Monde du 18÷9÷09, page 2. Cher­chez bien l’info, elle y est !


Henri Guaino en son credo post-​néo libéral : « Gouverner, c’est non pas prévoir mais agir »…

Par quel bout prendre « la chose » ? La chose : en fait l’agitation du monde et de ses sinistres acteurs. En son spec­tacle du monde agité donc, l’actualité se tor­tille der­rière son cas­te­let média­tique, là où des gui­gnols font leur show. Heu­reux qu’on ne soit pas tenu d’admirer, ni même de mirer tout court. On peut même ten­ter de s’en amu­ser – jusqu’à un cer­tain point..

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« Amu­sante » actua­lité, soit, mais bien bar­dée de guille­mets, à défaut de trou­ver l’équivalent du rire jaune. C’est fou ce que je suis marré à entendre l’autre matin sur France Inter les racle­ments de gorge d’Henri Guaino entre­cou­pés de son nou­veau credo post-​néo libé­ral fai­sant pas­ser son inter­lo­cu­trice du jour, l’attacante Susan George, pour qua­si­ment has been. J’ai été plié dès le début du laïus de l’éminence grise de Sar­kozy décla­rant tout de go : « Nous nous sommes rendu compte avec la crise […] que tout ce qu’on nous racon­tait depuis vingt ans, trente ans sur le pro­grès, la crois­sance, le déve­lop­pe­ment… était faux ». Hin-​hin (râcle­ments). « …à force de racon­ter n’importe quoi aux gens, ils ont fini par pen­ser qu’on leur men­tait déli­bé­ré­ment » ! Texto. D’autant plus garanti que je me suis du coup rendu sur le site d’Inter et que là, j’ai en plus décou­vert l’image de la scène gran­gui­gno­lesque. Parce que le type en cos­tard gris émi­nence ne laisse pas seule­ment échap­per des « hin-​hin » de gorge irri­tée ; il est aussi bourré de tics, comme son men­tor en quelque sorte, mais dans un autre style. Lui, c’est l’œil gauche qui se barre en cli­gne­ments com­pul­sifs, et aussi le droit. Allez voir, ça vaut le clin d’œil et c’est là .

Bon, je n’en ferai pas une théo­rie défi­ni­tive, mais n’empêche… N’empêche, je me demande quels res­sorts inté­rieurs agitent ainsi ces hommes qui pré­tendent nous gou­ver­ner. Qu’est-ce qui les gou­verne du dedans, eux ? La dope du pou­voir, ces nuits si courtes, « au nom de l’État » et du ser­vice accom­pli. N’en dou­tons pas, cela doit être… gri­sant. Ils n’en meurent pas tous, notez. Mais tous sont atteints, d’une manière ou d’une autre. Voyez les, si intran­quillles minis­trions, anxieux, sous sur­veillance et en per­ma­nente repré­sen­ta­tion, à sans cesse ques­tion­ner leur image, à faire du plat à dame Opi­nion. Et voilà que « les gens »… « ont fini par pen­ser qu’on leur men­tait déli­bé­ré­ment » ! Susan George, qu’on ne voit alors pas sur l’image, a tout de même dû en rava­ler, mais comme du petit lait, ses quinze der­nières années d’altermondialisme. Un peu plus tard, dia­lo­guant avec elle, il lâchera à pro­pos des banques à mettre sous sur­veillance de l’État « Nous sommes entiè­re­ment d’accord ! » tan­dis que Demo­rand s’écrie : « Supé­fiant, hein ! Le conseiller spé­cial de Nico­las Saz­kozy entiè­re­ment d’accord avec Susan George, le monde a changé ! »

Que pen­ser de cette séquence de Gui­gnol ? Pour ma part, j’y vois une resu­cée de la « fin de l’Histoire » selon la pro­phé­tie de l’économiste état­su­nien Fran­cis Fukuyama et égé­rie des néo-​conservateurs, dont Guaino et son maître. Lequel Guaino, au cours de cette même émis­sion sur France Inter, a eu l’occasion de réaf­fir­mer son credo en décla­rant : « Moi je pense que le capi­ta­lisme c’est la civi­li­sa­tion maté­rielle de l’Occident depuis le XIVe siècle […] On a déjà essayé de faire table rase du capi­ta­lisme, on sait où ça nous a conduits. Bon. » Il n’y a donc pas d’alternative pos­sible et, comme le pré­tend Fukuyama, seul le consen­sus uni­ver­sel sur la démo­cra­tie capi­ta­liste met­tra un point final aux conflits idéo­lo­giques. D’ailleurs, n’est-ce pas exac­te­ment cela, le sar­ko­zysme? C’est-à-dire un lieu où tout se vaut, gauche ou droite, sens mêlés et confon­dus. Ou plu­tôt absence du sens, et le pou­voir pour le pou­voir. Un vrai modèle de la pen­sée unique hors de laquelle il n’est point de salut, et qui nous a ainsi valu la cohorte des That­cher, Pino­chet, les deux Bush et jusqu’à la social-​démocratie en capi­lo­tade libé­rale, sans par­ler de la guerre d’Irak et de la déban­dade finan­cière avec son chô­mage abys­sal. Bon­jour la « civi­li­sa­tion matérielle » !

Autre apho­risme de Guaino, sur ce registre du sens absent : « Gou­ver­ner, c’est non pas pré­voir mais agir » ! Alors, rétorque en sub­stance Susan George, que n’agissiez-vous auprès des banques que l’État a ren­flouées ? « Ah ben on change pas du jour au len­de­main trente ans d’habitude ! » Ne voulait-​il pas plu­tôt par­ler des calendes grecques ? D’ailleurs, « agir » sans pré­voir, en poli­tique, c’est comme qui dirait s’adonner au fameux « plus ça change moins ça change », selon la méca­nique hui­lée de l’invincible Mar­ché. Aussi va-​t-​on « mora­li­ser le tigre », comme l’a sou­li­gné l’ex vice-​présidente d’Attac ; en effet, on convoque les ban­quiers à l’Élysée pour quelque ser­mon­nage : Enfin, mes­sieurs, un peu de tenue et sur­tout de dis­cré­tion ! … Et vogue la galère sur l’océan du Pro­fit et de la Spéculation !

Guaino, qui dit pré­fé­rer l’action à la pré­vi­sion, va jusqu’à s’indigner de ces « com­por­te­ments indé­cents que les opi­nions publiques ne sup­por­te­ront plus ». Ne dirait-​on pas là le début d’une pré­vi­sion ? Ou plu­tôt la crainte d’un futur peu réjouissant ?


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