On n'est pas des moutons

Archive for octobre, 2009

Éric Besson, tragique acteur de péplum

Tou­jours se faire trai­ter de traître, qui aime­rait ça ? Sur­tout pas un Bes­son, ainsi que le rap­porte le Canard de cette semaine, lequel rend compte du bou­quin où l’ex-épouse règle quelques comptes avec celui qu’a opté (trahi ?) pour une jeu­nette… Rien que du banal. Frin­gale de pou­voir, crise d’amour-propre, désir de revanche, tout ça porte sur les hor­mones et cham­boule les neu­rones, foi de sexo-​politologue.

inquietanterupture.1255705314.jpgPlus tris­te­ment comique encore fut la pres­ta­tion du même Bes­son ce matin sur France Inter. Spé­cia­le­ment à pro­pos du prince Jean et de l’empereur Nico­las 1er envers les­quels, par un flot de com­pli­ments, il s’est acquitté de ses obli­ga­tions de ral­lié et aussi de repenti – n’avait-il pas com­mis en 2007 le pam­phlet le plus « sar­ko­zy­cide » comme dit le Canard, inti­tulé « Les inquié­tantes rup­tures de Nico­las Sar­kozy » ? Le renie­ment qui s’est ensuivi sonne comme une tra­hi­son de soi-​même, mar­quée par la plus zélée des sou­mis­sions à l’imperator. Lequel a scellé le contrat d’allégeance en attri­buant au repenti le plus ingrat des rôles : bou­ter les gueux hors des fron­tières de l’Empire. Ce dont il s’efforce de s’acquitter au mieux.

Tâche pas facile, qui exige de grands sacri­fices, comme celui de renon­cer à tout regain de popu­la­rité… Ter­rible piège. Tan­dis que court déjà la rumeur qui le ver­rait aux portes de Mati­gnon… D’où, sait-​on jamais ? le lèche-​cultage de ce matin sur Inter : « Je déteste les chasses à l’homme [Ndlr : le chas­seur de migrants sait de quoi il parle et n’est pas gêné, ces der­niers n’étant peut-​être pas des hommes…] […] et la chasse au fils est encore plus déplo­rable.. […] C’est un grand acquis répu­bli­cain et démo­cra­tique que n’importe qui puisse se pré­sen­ter devant le suf­frage uni­ver­sel. » Le « n’importe qui » [vrai­ment ?! ] en ques­tion, Bes­son « a appris à le connaître depuis deux ans et demi. […] Ce gar­çon a une ambi­tion et un talent per­son­nels qui n’ont rien à voir avec les volon­tés ou les sou­haits de son père »… Qui c’est, déjà, son père ?

Dites-​nous, sire, votre valet a-​t-​il bien servi la soupe ce matin ?

Même devenu pre­mier ministre, valet il res­tera. Peut-​on res­pi­rer libre­ment dans l’ombre de César ? Voyez Fillon. Bes­son, lui, s’est en plus renié, à la (légère) dif­fé­rence de ses col­lègues ral­liés venus de la « gauche ». Il est même désor­mais secré­taire géné­ral adjoint de l’UMP, une vraie pro­mo­tion dans l’ordre de la légion traî­tresse. Curieux comme on le ver­rait bien tour­ner dans un péplum et endos­ser la toge de Bru­tus. Ce matin encore, sur Inter, l’humoriste Fran­çois Morel a décliné à qui mieux-​mieux le verbe éric­bes­so­ner en lieu et place de tra­hir. Il y a deux ans sur ce blog, je me lais­sais aller à des pré­dic­tions : « Ce temps est aussi celui des traîtres, et même de leur consé­cra­tion. On dira désor­mais « le bes­son » pour mesu­rer le degré de tra­hi­son poli­tique, qu’il per­son­ni­fie en le por­tant à son point de subli­ma­tion ».

PS – J’avais mis de côté cette « page trois » du Monde (1÷10÷09) consa­crée aux ral­liés de l’ « ouverture ». Savou­reuses gale­ries. Celle du haut, en pied, les sept prises de guerre, cou­leur de hareng et enfi­lées en bro­chette. Celle du bas ras­sem­blant les onze har­pon­nés au titre plus « neutre » de char­gés de mis­sions, bien fer­rés quand même. Et puis dans le coin en bas, la pub qui tue. Même sans la célèbre cita­tion : « Si à cin­quante ans t’as pas ta Rolex »…

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« Transparence » du nucléaire : 30 kilos de plutonium fantôme à Cadarache

On apprend donc la décou­verte à Cada­rache – par­lons plu­tôt d’information avouée – d’un stock sous éva­lué à hau­teur d’une tren­taine de kilos de plu­to­nium, le déchet radio­ac­tif le plus nocif qui soit – les mili­taires en font des bombes. On ne l’apprend que ce jour, mi-​octobre 2009, tan­dis que l’affaire a été levée sur place en juin, dans ce haut-​lieu pro­ven­çal du nucléaire fran­çais. C’est qu’il aura fallu, entre-​temps, on peut le sup­po­ser, pré­pa­rer un « mot d’excuse » pour l’autorité nucléaire (ASN, Auto­rité de sûreté nucléaire) et machi­ner un scé­nar plau­sible pour les médias, l’opinion, le bon peuple. Au nom de la fameuse « trans­pa­rence » ? En fait, une vraie patate chau­de­ment radio­ac­tive, au poten­tiel de dan­ge­ro­sité équi­valent à cinq bombes A type Hiroshima…

Ancien lieu de pro­duc­tion du Mox, sous-​produit du plu­to­nium des­tiné à ali­men­ter cer­tains réac­teurs, ce site se trouve en cours de déman­tè­le­ment. Il dépend du Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique (CEA) et est exploité par Areva (tout comme La Hague, entre autres). Selon l’ASN, « l’inci­dent n’a eu aucune consé­quence ». « Tou­te­fois, la sous-​estimation de la quan­tité de plu­to­nium a conduit à réduire for­te­ment les marges de sécu­rité pré­vues à la concep­tion pour pré­ve­nir un acci­dent de cri­ti­cité, dont les consé­quences poten­tielles pour les tra­vailleurs peuvent être impor­tantes. » Bel euphé­misme s’agissant du risque de cri­ti­cité, défini par cette même Auto­rité de sûreté, comme « le risque de démar­rage d’une réac­tion nucléaire en chaîne lorsqu’une masse de matière fis­sile trop impor­tante est ras­sem­blée au même endroit. » C’est un acci­dent de ce type qui s’est pro­duit il y a dix ans, le 30 sep­tembre 1999, à Tokai-​mura au Japon, dans un centre de recherche sur le trai­te­ment de l’uranium, pro­vo­quant l’irradiation à des niveaux plus ou moins graves de plu­sieurs cen­taines de personnes.

Cet évé­ne­ment de Cada­rache est avoué deux jours après la dif­fu­sion sur Arte d’une enquête acca­blante consa­crée au trai­te­ment des déchets nucléaires [Déchets : Le cau­che­mar du nucléaire]. « Déchets », ce mot sale, par défi­ni­tion, que les nucléo­crates se refusent à pro­non­cer, même sous la « tor­ture » de faits et de preuves appor­tés par un docu­ment impla­cable. Des Etats-​Unis à la Rus­sie, en pas­sant par La Hague, Pier­re­latte (visite inter­dite pour les jour­na­listes enquê­teurs) et bien sûr Cada­rache, le film montre à quel point la Terre entière, sur­tout les océans et les rivières ont été lâche­ment trans­for­més en pou­belles nucléaires. Les déchets – jusqu’à plu­sieurs mil­liers d’années de noci­vité ! – sont aussi sto­ckés près des cen­trales en atten­dant d’être reje­tés plus ou moins en douce comme des ordures inavouables, ou expé­diés au fin fond de la Sibé­rie, entre autres, pour y être entre­po­sés à ciel ouvert sans autre pro­tec­tion que celle des dieux…

Tan­dis que les évan­gé­listes du Nucléaire, sous leurs cos­tards gris, mais aujourd’hui volon­tiers décra­va­tés, entonnent le Grand air (pol­lué) de la Trans­pa­rence. Ils nous le serinent sur tous les modes, en chœur et main sur le cœur, à chaque fois qu’un inci­dent nucléaire émerge de l’actualité. Du moins tant que cet inci­dent demeure dans les limites du télé­vi­suel­le­ment cor­rect. Seules les catas­trophes tem­pèrent cette sorte de néga­tion­nisme. Et déjà, celle de Tcher­no­byl (1986 – mais il y eut d’autres acci­dents graves dans l’ex-URSS et aussi aux USA), tend à être effa­cée dans les débats.


Devinette anthropométrique

js1.1255626163.png js2.1255626240.png Qui c’est çui-​là ? Celui « à gauche » ? Ce propre jeune homme bino­clé chez Affreux-​loup? Le cos­tardé en anthra­cite de cache­mire de chez big-​Boss? Le cra­ve­tousé dis­crè­te­ment Di-​or ?, pei­gné comme un caniche au concours de l’ENA, bref re-​looké de fond en comble – sour­cils et ex-​tignasse tein­tés de même ?… Ben, on ne sait trop. Il a causé dans le poste à pro­pos de « contre-​vérités », non mais, pro­fé­rées par des « pro­fes­sion­nels de la dés­in­for­ma­tion », bien sûr. En tout cas, ce gom­meux n’a rien à voir avec le sym­pa­thique pla­giste [à droite…], tro­pé­zien ano­nyme tout récem­ment saisi par un pho­to­gra­phie de chez Keys­tone [Merci, l’agence pour l’emprunt].


Sans tabou vers la Restauration : Jean-​Nanterre sur un air de 18-​Brumaire

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Si on le prend à la rigo­lade, ce 18 Bru­maire (en l’occurrence le 4 décembre pro­chain) du clan sar­ko­zien sur les terres très juteuses de Nan­terre et envi­rons, peut en effet prê­ter à moque­rie. Ainsi ce com­men­taire, d’un lec­teur du Monde​.fr : « Allons, allons: Jean est un bon gars, et Papa un Bongo. » dont l’humour fait cepen­dant mouche. La-​bas la Fran­ça­frique, ici sa ver­sion France-​à-​fric. Jean-​Nanterre, 23 ans aux prunes, va s’installer sur un trône de roi­te­let qui, tout de même régnera sur quelque 800 hec­tares de hauts-​profits – une sorte de prin­ci­pauté d’Ile-de-France, mar­quée du sceau d’un Pas­qua, le ter­ri­toire le plus stra­té­gique par son poten­tiel éco­no­mique du futur Grand Paris, mani­gancé par papa.

On croit rêver ! Ce n’est qu’un cau­che­mar de plus dans l’infernale saga du sar­ko­zysme dont on peut désor­mais consi­dé­rer la por­tée dynas­tique. On subit un bona­parte depuis deux ans et quelques, on n’en entre­voit même pas la fin, et déjà voici l’aiglon qui s’intronise ! On se croi­rait même reve­nus sous l’Ancien régime. Mais Louis le Capé­tien lui-​même n’était-il pas fina­le­ment plus éclairé sous sa légi­ti­mité d’ « essence divine » ? D’où la tire-​t-​il, lui, sa légi­ti­mité, ce gom­meux d’héritier né avec, non pas la cuiller en argent dans la bouche, mais tout le ser­vice en or massif ?

« Cela s’appelle l’Empire romain », tonne même Bay­rou dans son inven­taire des dérives du régime [Le Monde du 11/​10/​09] : le fric comme moteur « édu­ca­tif » ; le mar­ché des jeux pri­va­tisé sur inter­net ; le défi­cit de l’État dépas­sant les 50% de la dépense publique ; le coup de pis­ton au fis­ton. Mais aussi, com­plé­tons le tableau, le bou­clier fis­cal et, avant, l’allégement, voire la sup­pres­sion des droits de suc­ces­sion (logique) ; mais encore les pri­va­ti­sa­tions à tout va du bien com­mun ; le deglin­gage métho­dique des avan­cées sociales issues de la Résis­tance ; mais les nomi­na­tions à la direc­tion des télés publiques ; la sup­pres­sion pro­gram­mée des juges d’instruction ; la recen­tra­li­sa­tion du ter­ri­toire, et quoi encore ?… Dépassé, le Ber­lus­coni der­rière ses frasques d’opérette ! Enfon­cés ces autres fai­seurs de « fils de », ces grands démo­crates, les feu Bongo, Kadhafi, Eya­dema, Kabila sans oublier le « bien-​aimé et res­pecté » Kim Il-​sung !

On assiste ainsi, dans ce débri­dage géné­ra­lisé du monde libé­ra­lisé – « sans aucun tabou », comme « ils » aiment à dire pour bien mar­te­ler leur credo de pré­da­teurs « décom­plexés » –, on assiste, depuis ces der­nières décen­nies, à la recons­ti­tu­tion ram­pante (sinon au grand jour) des dynas­ties, c’est-à-dire de la trans­mis­sion des pou­voirs et des richesses par le haut, jusqu’au droit divin dont le Roi était l’incarnation ter­restre. « Était »… mais il n’a eu de cesse de renaître tel le phé­nix et d’entacher l’Histoire de ten­ta­tives mul­tiples et par­fois tem­po­rai­re­ment réus­sies de res­tau­ra­tions diverses et à l’occasion impériales.

Le monde poli­tique n’a d’ailleurs pas l’apanage de ces pra­tiques dynas­tiques ; il sévit bien aussi dans cer­tains milieux artis­tiques guet­tés par les ten­ta­tions des pou­voirs liés au spec­tacle et à l’argent. Voyez les « charges » héré­di­taires trans­mises par l’inné d’un pater­nel – oui, le plus sou­vent en lignée patriar­cale – bien en vue, cher­chez les pré­noms : les Depar­dieu, Mas­troianni, Dutronc, Texier, Taver­nier, Cha­brol (qui place en géné­ral trois ou quatre de sa lignée par géné­rique… c’est le cas de le dire). Le talent là-​dedans ? Rien à voir, même s’il peut exis­ter, auquel cas il ne jus­ti­fie­rait aucun passe-​droit. Mérite, savoir, com­pé­tence, qua­li­tés humaines, y com­pris la modes­tie : pfft ! rien ne vaut le fameux coup de pis­ton et le bon vieux droit divin, ou ses variantes généa­lo­giques, quand bien même le dieu d’opérette poli­ti­cienne se hausse sur des talonnettes…

Le plus curieux dans ce cirque (romain…), me semble-​t-​il, c’est tout de même l’inertie appa­rente « des gens », à défaut d’oser le gros mot, démo­né­tisé… de Peuple. Comme avant 89, il sem­ble­rait qu’une néo-​bourgeoisie fût plus offen­sive que les sans-​culottes. Déver­sés devant les pré­fec­tures, le lisier, ou le lait qui tourne mal, précèdent-​ils la levée des fourches et des piques ?

Aujourd’hui, dirait-​on, c’est une cer­taine bour­geoi­sie – des élus UMP par exemple, mena­cés dans leurs ter­roirs ou même, par­fois, outrés dans leurs convic­tions répu­bli­caines – qui com­mence à fré­mir d’effroi ; elle ne tremble peut-​être pas seule­ment, comme au XVIIIe siècle, dit des Lumières, pour pro­té­ger ses biens, avan­tages ou pri­vi­lèges, mais aussi des prin­cipes qu’elle avait faits siens. Des prin­cipes qui avaient germé depuis l’antique phi­lo­so­phie pour éclore, notam­ment en Europe et aux jeunes États-​Unis, dans d’ardents jar­dins éclai­rés d’idées nou­velles por­tées par les d’Alembert, Condor­cet, Dide­rot, Mon­tes­quieu, Rous­seau, Vol­taire, Frank­lin, Jef­fer­son, Les­sing, Kant, Locke… pour s’en tenir à ceux-​là. Sou­vent lumi­neuses, mais pas tou­jours si éclai­rantes, ces idées, quand elles s’agrippaient à de nou­velles croyances, aveu­glantes par­fois, comme celles en la Science et en la Rai­son – dont on ne se défait pas tou­jours aisé­ment de nos jours, loin s’en faut. Mais enfin, l’essentiel – au sens propre – en avait pris un fameux coup : les Lumières avaient éteint leur variante divine. Res­tait à en défaire son incar­na­tion sur terre et sa force sym­bo­lique : le Roi. Ce qui fut exé­cuté, c’est bien le mot, de manière radi­cale et aujourd’hui encore dis­cu­tée. Mais, avait-​on cru, il en était ainsi fini du Pou­voir divin. Parole et pou­voir au Peuple – autre périlleuse incar­na­tion, on le sait, l’histoire l’a mon­tré, l’actualité le confirme au jour le jour.

Comme pour l’Hydre légen­daire, les têtes du Pou­voir sans cesse repoussent… Sur le ter­reau fer­tile de la déma­go­gie, donc de l’ignorance et de la ver­sa­ti­lité popu­laires, ali­men­tés par les médias indus­triels et leurs mises en spec­tacles alié­nants. Même un quo­ti­dien comme Le Monde laisse l’affaire sous une plume visi­ble­ment débu­tante, titrant l’article par un cli­ché des plus écu­lés : « L’irrésistible ascen­sion de Jean Sar­kozy dans les Hauts-​de-​Seine » ! Comme rétorque un inter­naute : « Irré­sis­tible ...c’est vous qui le dites. Si la presse fai­sait son tra­vail il y aurait pos­si­bi­lité de résis­ter ! » Et tel autre de rêver « à ce que « Le Monde » de Vianson-​Ponté ou Jacques Fau­vet aurait fait de cet évé­ne­ment. Quelle dégrin­go­lade! Bien sûr que le scan­dale n’est pas Mit­ter­rand (pas relui­sant pour autant) ni même cette ahu­ris­sante nomi­na­tion d’un gamin à une fonc­tion émi­nente, mais bien le com­por­te­ment mépri­sable des élus qui auraient les moyens de s’y oppo­ser – car­pettes consen­tantes – et dans celui des médias qui se couchent. » Un autre lec­teur encore, sur le même registre : « « Irré­sis­tible »? La langue du Monde a encore four­ché! C’est de la résis­tible ascen­sion de Jean­not Sarkoz-​Ui qu’il s’agit, comme aurait dit le regretté Brecht... Qui avait aussi écrit « Dans la jungle des villes », un titre qui va bien à La Défense. Mais pour­quoi est-​ce « Main basse sur la ville » qui me vient à l’esprit ? »

Res­tons en bonne com­pa­gnie. La der­nière œuvre de Brecht est un roman : Les Affaires de Mon­sieur Jules César. Encore une his­toire d’empire romain. Une his­toire de pou­voir et d’argent.


Chasser le minet en Thaïlande… Éviter l’ouvrier à Gandrange… Chercher l’erreur.

Dénon­cer le tou­risme sexuel et autres pec­ca­dilles, va pour l’extrême droite. Mais venant d’une par­tie de la gauche, non, impen­sable ! D’un côté, « c’est un hon­neur », de l’autre « c’est une honte »… Voir les col­lègues UMP du ministre de la culture, devant micros et camé­ras, péda­ler dans la gadoue en bafouillant quelques argu­ments embar­ras­sés. Exemple, Xavier Ber­trand porte-​voix du parti sar­ko­ziste : « Se ser­vir de la vie pri­vée des gens pour en faire des attaques poli­tiques ou poli­ti­ciennes, cela me rap­pelle les pires heures de l’histoire ». Diantre ! Comme si les « pires heures de l’histoire », lui et sa bande ne nous les impo­saient pas au jour le jour avec leur poli­tique d’injustice géné­ra­li­sée ? Évi­dem­ment, ce n’est pas de ça dont il parle, pré­fé­rant se rat­tra­per comme il peut non pas au quoi de l’affaire, mais à qui l’a déclen­chée. Une aubaine que cela vienne du Front natio­nal et qu’en plus le PS se soit, plus ou moins, rac­cro­ché au wagon. Un pan de la « classe poli­tique » doit donc faire corps : ser­rer les rangs en ser­rant les fesses, c’est le cas de le dire. La manœuvre relève tout de même vache­ment de l’acrobatie : res­ter soli­daire, donc cau­tion­ner un homme, ministre, dont les pra­tiques sexuelles déviantes sont réprou­vées, pour­sui­vies et condam­nées par la poli­tique d’un gou­ver­ne­ment, prompt à en faire des kilos sur ce cha­pitre, à grands ren­forts d’envolées morales et de lois multiples !

Cette affaire-​là, c’est ainsi, appa­raît comme le pro­lon­ge­ment immé­diat de celle tou­chant le cinéaste Polanski – que Fré­dé­ric Mit­ter­rand, on l’explique mieux aujourd’hui, fut l’un des tout pre­miers à défendre, s’offusquant de son indigne arres­ta­tion et dénon­çant « une cer­taine Amé­rique qui fait peur ». Re-​diantre donc, revoici les « pires heures de l’Histoire »… Les deux affaires convergent vers le point focal de la sexo-​politique, là où se nouent les rap­ports de l’intime et du public ou, plu­tôt même, les rap­ports du « je » indi­vi­duel, et du « nous » col­lec­tif. Entre les deux, tout l’espace plus ou moins relâ­ché de la cohé­rence morale, cet espace, ce trait d’union (ou pas), par les­quels se trouvent mêlés, oppo­sés, tri­tu­rés ou au contraire confron­tés, argu­men­tés, et le plus sou­vent conte­nus, assu­més en ce chau­dron ani­mal et humain, où bouillonne le brouet des pul­sions, névroses, per­ver­sions et autres com­po­santes psycho-​sexuelles.

Mais là où la sexo-​politique place au grand jour la dia­lec­tique déli­cate et sou­vent conflic­tuelles, voire délic­tuelle ou cri­mi­nelle, des ten­sions entre l’individu et la société, la poli­tique poli­ti­cienne, au jour le jour et mes­quine, esquive, comme à son habi­tude et s’époumone à jus­ti­fier l’injustifiable. Par exemple, au nom du « talent artis­tique » qui absou­drait de tous les « péchés », fussent-​ils juri­di­que­ment qua­li­fiés de cri­mi­nels. Ainsi Ber­nard Kouch­ner, ministre, décla­rant à la télé à pro­pos de Polanski : « C’est un peu sinistre, cette his­toire fran­che­ment . Un homme d’un tel talent, reconnu dans le monde entier, reconnu sur­tout dans le pays qui l’arrête, tout ça n’est pas sym­pa­thique » (27÷09÷09). Ainsi Betty Nia­let, l’éditrice du livre La Mau­vaise vie : « L’accueil de la presse a été extra­or­di­naire. Quand on le lisait dans le corps du texte, cela n’a cho­qué per­sonne. Il a été reconnu comme un vrai écri­vain avec ce livre-​là » (Le Monde, 8÷10÷09).

D’où, une fois de plus, la cas­sure entre gou­ver­nants et gou­ver­nés, entre le haut et le bas d’une société encore plus anta­go­niste, entre ses arro­gants de la rampe média­tique et leurs spec­ta­teurs impuis­sants, bal­lot­tés entre fas­ci­na­tion béate et indi­gna­tion outrée. Entre l’un qui naguère péro­rait du côté de Gan­drange et aujourd’hui l’évite soi­gneu­se­ment ; et l’autre, zéla­teur catho­dique des Grands de ce monde et par ailleurs chas­seur de minets en Thaï­lande. Quel rap­port ? Eh bien, une grande confu­sion dans les têtes, les corps, les cœurs. Une perte de valeurs et de repères, un manque pro­fond dont souffre l’ensemble du corps social de nos socié­tés en désarroi.

J’ai eu sou­vent à le citer, ce pas­sage d’une lettre de Wil­helm Reich à son ami Alexan­der Neil (*) : « Ne vois-​tu pas, mon vieux Neil, que tout ton édi­fice de res­pect libé­ral de la névrose s’écroule – qu’il ne faut pas confondre la réa­lité de l’homme patho­lo­gique avec le prin­cipe de la dignité humaine de Locke. L’humanité tout entière a été entraî­née vers l’abîme à cause de cette sorte de confu­sion libé­rale… » Cette lettre date de 1955. C’était hier, c’est aujourd’hui.

– – – – – – – –

(*) Wil­helm Reich, psy­cha­na­lyste autri­chien, socio­logue, méde­cin ; mort en 1957. Auteur, entre autres de La Révo­lu­tion sexuelle, Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme, Écoute, petit homme ! Alexan­der Neil, péda­gogue anglais, auteur de Libres enfants de Summerhill.


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Manosque, 2÷10÷09 © gp


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