Voi­là qui devrait inté­res­ser au moins un conseiller et un pré­sident : un ouvrage à la fois fon­da­men­tal et des plus enga­geants d’accès. Il s’agit de « Chro­no­lo­gie de l’Afrique », qui vient de paraître sous la plume de Ber­nard Nan­tet. Un for­mi­dable bou­quin qui, quant à la forme, tient autant de la tapis­se­rie de Bayeux que de la Toile inter­net – sans cer­tains de leurs incon­vé­nients ! Cet ouvrage, en effet, nous amène à par­cou­rir en un éton­nant pano­ra­mique l’épopée his­to­rique du conti­nent afri­cain, qua­si­ment depuis l’origine de la Terre et en tout cas depuis celle des homi­ni­dés, jusqu’à nos jours. Et, quand on n’ignore pas les décou­vertes de nos si loin­tains ancêtres Lucy et Tou­maï (- 3,5 et 7 mil­lions d’années), on réa­lise que cette chro­no­lo­gie recouvre aus­si celle de l’humanité.

Le livre fait par­tie d’une col­lec­tion d’une cin­quan­taine de titres réa­li­sés selon ce même prin­cipe d’un dérou­lé chro­no­lo­gique se dépliant comme un accor­déon. La maquette, à la fois simple dans sa logique et com­plexe dans la richesse de ses entrées – tex­tuelles, pho­to­gra­phiques, car­to­gra­phiques –, per­met une navi­ga­tion facile et ludique. On peut ain­si vire­vol­ter dans le temps et dans l’espace du conti­nent afri­cain, tout au long d’une cin­quan­taine de pages grand for­mat et sur une impres­sion­nante lon­gueur – envi­ron quinze mètres ! C’est dire l’ampleur de la tâche pour laquelle Ber­nard Nan­tet – son auteur et néan­moins ami – a dû consa­crer pas moins de quatre années. Devraient en pro­fi­ter, outre les sus-cités de l’Élysée, ceux que l’obscurité et l’obscurantisme séparent du conti­nent que l’on dit Noir, pré­ci­sé­ment – au pre­mier rang des­quels les ensei­gnants et aus­si les jour­na­listes.

Retour en pas­sant sur le trop fameux dis­cours de Dakar par lequel un je sais-tout en mis­sion com­man­dée, répé­tant dans une feinte convic­tion la dic­tée d’un péremp­toire conseiller, avait décré­té que « l’homme afri­cain [n’est] pas assez entré dans l’Histoire »… On sait le tol­lé pro­vo­qué. Une telle géné­ra­li­sa­tion – qu’est-ce donc que « l’homme afri­cain » ? Et de quelle « His­toire » s’agit-il ? – se trouve ici magis­tra­le­ment ren­voyée dans ses cordes, noueuses, ten­dues par la pré­ten­tion mora­li­sa­trice et l’ignorance. A l’opposé, Ber­nard Nan­tet allie l’érudition de l’africaniste che­vron­né à la clar­té alerte du jour­na­liste, pho­to­graphe et archéo­logue nour­ris du ter­rain – la terre afri­caine, par­cou­rue depuis un qua­si demi-siècle – et aus­si à la sévère exi­gence de ce « don­ner à com­prendre » qui, jus­te­ment, empêche tout juge­ment mora­liste et péremp­toire.

Chro­no­lo­gie de l’Afrique, de Ber­nard Nan­tet, édi­tions TSH. 31 euros. En librai­ries et par inter­net : www.chrono-tsh.com

Share Button