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Le pas de l’oie à Cuba, selon Yoani Sanchez sur « Generacion Y  »

 

« Mon quar­tier connaît une peti­te secous­se, un chan­ge­ment qui se pré­sen­te sous la for­me d’une cou­che d’asphalte neu­ve, d’ouvriers qui refont les rues et posent un revê­te­ment noi­râ­tre qui dans quel­ques jours aura dur­ci sous les pneus des voi­tu­res. Nous som­mes tous sur­pris. La joie serait le sen­ti­ment le plus cou­rant si ce n’étaient les rai­sons qui ont conduit à ces répa­ra­tions et la rai­son de ces tra­vaux. Tou­te la Pla­ce de la Révo­lu­tion et la « zone blo­quée » où j’habite se pré­pa­rent au grand défi­lé du 15 avril pro­chain*. Un grand défer­le­ment de puis­san­ce mili­tai­re qui pré­tend dis­sua­der tous ceux qui sou­hai­tent un chan­ge­ment à Cuba.

« Depuis des semai­nes le par­king du sta­de Lati­no-amé­ri­cain est le siè­ge de répé­ti­tions pour le pas de l’oie des sol­dats. Des jam­bes ten­dues à qua­ran­te cinq degrés, qui rap­pel­lent des marion­net­tes tirées par un fil, par une cor­de qui se perd là-haut dans l’immensité du pou­voir.

« Je ne sais pas ce qu’il peut y avoir de beau dans une para­de mili­tai­re, ce qu’il peut y avoir d’émouvant dans le défi­lé de ces êtres syn­chro­nes et auto­ma­ti­ques qui pas­sent le visa­ge tour­né vers le lea­der dans la tri­bu­ne. Mais le résul­tat je le connais bien : on dira ensui­te que le gou­ver­ne­ment est armé jusqu’aux dents et que ceux qui des­cen­dent dans la rue pour pro­tes­ter seront écra­sés contre le sol qu’aujourd’hui même on est en train de répa­rer.

« Le pas des pelo­tons ten­te­ra de nous de nous aver­tir que le Par­ti n’a pas seule­ment des mili­tai­res pour le défen­dre mais aus­si des trou­pes anti-émeu­te et des corps d’élite. J’appellerais ça la cho­ré­gra­phie de l’autoritarisme, mais d’autres pré­fè­rent croi­re que ce sera une démons­tra­tion d’indépendance, d’une auto­no­mie natio­na­le qui res­sem­ble en réa­li­té à cel­le de Robin­son aban­don­né sur son île.

« Mais au-delà de mes réti­cen­ces envers les uni­for­mes, de mon aller­gie au défi­lé d’escadrons qui mar­chent à l’unisson, je suis aujourd’hui pré­oc­cu­pée par le gou­dron, par cet asphal­te posé récem­ment que les chaî­nes des tanks vont endom­ma­ger. »

Traduit par Jean-Claude MAROUBY

* Note de GP: il s’agit de mar­quer le cin­quan­te­nai­re du débar­que­ment de la baie des Cochons : le 15 avril 1961, ten­ta­ti­ve d’invasion mili­tai­re de Cuba par des exi­lés cubains sou­te­nus par les États-Unis.

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