Michel Logié, Claude Mettra. Deux maîtres à leurs manières

J’apprends ce même jour la mort de deux hommes qui, à titres divers, m’auront marqué. Michel Logié et Claude Mettra. Ils ne se seront sans doute pas croisés, mais furent tous deux, pour moi et quelques autres – et chacun à sa manière –, des passeurs, des maîtres.

Michel Logié, ancien journaliste de La Voix du Nord, fut aussi l’une des figures marquantes de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille pendant plus de trente ans. Son directeur actuel et lui aussi ancien de l’ESJ, Loïc Hervouet, égrène quelques souvenirs : « Dès sa sortie de l’École (14e promotion) et malgré les aléas de la guerre, il a cumulé sa carrière de journaliste à La Voix du Nord et de professeur à l’ESJ. L’historien de l’École, Maurice Deleforge, rappelle dans “L’ESJ racontée par les témoins de sa vie”, combien il contribua, après la guerre, à “refonder les enseignements professionnels” dans une ESJ à l’époque marquée par le modèle universitaire. Les enseignements généraux durent donc faire place aux travaux pratiques de secrétariat de rédaction.

« Ceux qui ont pratiqué Michel Logié n’oublieront jamais son accueil lors de la première visite des “première année” à la découverte de La Voix. Il s’adressait à eux, autour d’une coupe de champagne nocturne, par ces simples mots: “Mes chers confrères”. »

Mon grain de souvenir : Il fut le premier « vrai journaliste » que j’ai approché. J’entrais à l’ESJ avec, en tête, quelques représentations mythiques. Il ne déparait pas, au contraire. Avec ses allures «à la Bogart» (du Nord), sa gouaille et les certitudes à base d’évidences qui allaient de pair, sa façon de parler comme d’un sacrement du «droit-t-à l’information»… Un personnage. Il avait 91 ans.

1claudemettraClaude Mettra, lui, fut l’une des grandes voix de France Culture. Je dois à mon ami Roger Dadoun de me l’avoir fait rencontrer et de démarrer ainsi une collaboration pour ses fameux Chemins de la connaissance. Il vient donc de mourir, à 82 ans.

Silhouette d’arbre sec, douceur chaude de la parole, l’amitié en bandoulière. Tel reste en moi son souvenir. Journaliste et producteur de radio, écrivain et érudit discrets, terrien franc-comtois, il «fait» d’abord acteur, notamment au côté de Jean Vilar. En 1966, il publie un premier livre consacré à Michelet (éd. J’ai Lu). En 1969, ce sera Le Grand Printemps des gueux, chronique imaginaire d’une jacquerie dans l’Allemagne du XVIe siècle (Balland). Suivront, entre autres, un Rabelais secret (Grasset, 1973) et un essai sur la mélancolie, Saturne ou l’herbe des âmes (Seghers, 1981).

Claude Mettra avait tout de cet humaniste pénétré par les questions philosophiques et les univers mythologiques et religieux qu’il exprimait sur un mode onirique. Je ne serai pas le seul à lui devoir de grands moments d’une radio de facture plutôt raréfiée : outre les Chemins, je repense à “La Matinée des autres” ou “L’Autre scène”.

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