par Ber­nard Nantet

« Une civi­li­sa­tion qui s’avère inca­pable de résoudre les pro­blèmes que sus­cite son fonc­tion­ne­ment est une civi­li­sa­tion décadente.
« Une civi­li­sa­tion qui ruse avec ses prin­cipes est une civi­li­sa­tion moribonde. »

Aimé Césaire, auteur du « Dis­cours sur le colo­nia­lisme » écri­vait ces phrases en 1955 à l’heure où Ger­maine Til­lion, décé­dée deux jours après lui à l’âge de 101 ans, dénon­çait la « clo­char­di­sa­tion » du monde rural algé­rien résul­tant de de la colo­ni­sa­tion de l’Algérie. Eth­no­logue, élève de Mar­cel Mauss, elle avait, depuis 1934, par­cou­ru seule, le plus sou­vent et à che­val, les douars des hauts pla­teaux des régions les plus pauvres des Aurès, en Algé­rie. Dénon­cée en 1940 pour avoir par­ti­ci­pé au réseau de résis­tance du Musée de l’Homme, elle avait obser­vé dans le camp de concen­tra­tion de Ravens­brück jusqu’où le mépris pour l’être humain pou­vait conduire d’autres êtres humains. Elle n’en fut que plus à même de dénon­cer dans son ouvrage « Les enne­mis com­plé­men­taires » (1960) le sys­tème colo­nial et son cor­tège d’humiliations, de pri­sons et de tor­tures qui sévis­saient en Algé­rie dans les années 1950 pen­dant cette guerre colo­niale qua­li­fiée pudi­que­ment d” »évé­ne­ments ».

Aimé Césaire et Ger­maine Til­lion, éter­nels « amis com­plé­men­taires » pour la défense des vain­cus, des humi­liés et de ceux qui meurent de faim sur une terre capable de nour­rir plu­sieurs huma­ni­tés pour peu qu’on veuille y prê­ter un peu d’attention.

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