La grand-messe annuelle  du cap­i­tal­isme mon­di­al­isé bat son plein une fois de plus depuis mer­cre­di. La nou­veauté, cette année, c’est  la crainte man­i­feste des explo­sions sociales dans le monde. La révo­lu­tion tunisi­enne est passée par là et la rue gronde ou men­ace ça et là. Le texte qui suit n’y va pas par qua­tre chemins. Il émane de l’association alter­mon­di­al­iste Attac, inspiré en par­tie par… le quo­ti­di­en économique Les Échos. Les temps chang­eraient ? Ce n’est qu’apparence. D’où ce “nor­male­ment” qui en dit long.

© édi­to-dessin de faber

« Nor­male­ment, Davos ne devrait plus exis­ter. Enfin, pas la tris­tounette sta­tion helvé­tique de ski, mais le Forum économique mon­di­al, qui y attire fin jan­vi­er des cen­taines de patrons, de min­istres, d’universitaires et de jour­nal­istes. Cette gigan­tesque « busi­ness par­ty » aurait dû s’étioler. Car elle a porté toutes les valeurs, toutes les idées bal­ayées par la crise finan­cière, qui a con­nu son apogée en 2008. Nulle part ailleurs la « share­hold­er val­ue », la valeur action­nar­i­ale, n’aura été prêchée avec autant de foi. À Davos, on a aus­si prôné avec une rare con­stance la mon­di­al­i­sa­tion débridée, la finance sou­veraine et la déré­gle­men­ta­tion per­ma­nente. On s’y est aus­si beau­coup trompé. Une ses­sion a été organ­isée chaque année pour ten­ter de trou­ver « d’où vien­dra le prochain choc » sans jamais débus­quer autre chose que les pays émer­gents, l’immobilier chi­nois ou le pét­role.

En 2007 et 2008, l’économiste Nouriel Roubi­ni avait sérieuse­ment agacé les par­tic­i­pants en annonçant des cat­a­stro­phes. Toutes les étoiles déchues de l’entreprise ont bril­lé à Davos, de Jean-Marie Messier (Viven­di) à Car­ly Fio­r­i­na (HP) en pas­sant par Ken­neth Lay (Enron), Chuck Prince (Cit­i­group) ou Dick Fuld (Lehman Broth­ers), qui affichait encore une incroy­able morgue début 2008, huit mois avant sa chute [Note de GP : sur ce dernier per­son­nage et sa morgue, pas­sage recom­mandé ici-même : La crise comme un (mau­vais) roman. « Leur arracher le cœur et le bouf­fer avant qu’ils crèvent ! »]. Et en ces temps d’économies tous azimuts pour préserv­er la tré­sorerie des entre­pris­es voire des États, il peut paraître sur­prenant de cla­quer des dizaines ou quelques cen­taines de mil­liers d’euros ou de dol­lars pour aller se faire voir dans un vil­lage per­du des Grisons suiss­es »[1].

Mais Davos existe encore. Car les élites glob­ales n’ont aucune­ment renon­cé à impos­er à leurs sociétés « la mon­di­al­i­sa­tion débridée, la finance sou­veraine et la déré­gle­men­ta­tion per­ma­nente ». Les plans d’austérité, le chô­mage et la pré­car­ité défer­lent sur l’Europe, les bulles finan­cières gon­flent à nou­veau, la spécu­la­tion se déchaîne sur les pro­duits agri­coles. Mais les puis­sants vont con­tin­uer à dis­sert­er sur les « risques émer­gents », les « oppor­tu­nités de crois­sance » et  les « normes partagées pour une nou­velle réal­ité »… Nico­las Sarkozy osera-t-il tenir demain un dis­cours encore plus « anti-finance » que l’an dernier ? Les paris sont ouverts…

À l’initiative de mou­ve­ments soci­aux – dont Attac Suisse – se tenait du 21 au 23 jan­vi­er à Bâle « L’Autre Davos  2011 », une ini­tia­tive « des­tinée à val­oris­er toutes les expéri­ences révélant le car­ac­tère intel­ligem­ment sub­ver­sif des luttes pop­u­laires » con­tre ce néolibéral­isme dis­crédité mais tou­jours aus­si arro­gant.

Dans quelques jours, s’ouvre à Dakar le Forum social mon­di­al, où se ren­con­treront non les maîtres du monde comme à Davos mais les arti­sans d’un autre monde.

Attac y sera présent  à tra­vers une délé­ga­tion de près de 60 per­son­nes de France, et plus d’une cen­taine de représen­tants des Attac du monde.

Sur le G20, la crise cli­ma­tique, l’accès à l’eau, la sou­veraineté ali­men­taire, à Dakar nous con­stru­irons les mobil­i­sa­tions et les con­ver­gences entre toutes les luttes qui cherchent à faire chuter le pou­voir de la finance et aspirent à con­stru­ire des alter­na­tives écologiques et sol­idaires.”

Attac France

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[1] Nous remer­cions Jean-Marc Vit­tori, l’éditorialiste du quo­ti­di­en économique Les Échos, d’avoir rédigé notre com­mu­niqué de presse pour l’ouverture du som­met de Davos. http://www.lesechos.fr/opinions/analyses/0201092173513-l-invraisemblable-survie-du-forum-de-davos.htm

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