G_Depardieu_2010L” « affaire Depar­dieu », puisque c’en est une, suit son enflure média­tique. Ain­si dans Libé. Plus de 2.000 com­men­taires (dont des gra­ti­nés car­ré­ment fachoïdes) suite aux der­nières décla­ra­tions de celui qui incar­na Jean Val­jean dans un télé­film. Ayant tour­né dans Les Misé­rables, il se vexe de se trou­ver enrô­lé dans Les Minables. Dans sa lettre ouverte au pre­mier ministre (JDD du jour) il en appelle à son pas­sé de pro­lo, rap­pe­lant avoir com­men­cé à tra­vailler « à 14 ans comme impri­meur, comme manu­ten­tion­naire puis comme artiste dra­ma­tique ». Il pré­cise avoir payé «en 2012 85% d’impôts sur (ses) reve­nus», et «  145 mil­lions d’euros d’impôts en 45 ans, je fais tra­vailler 80 per­sonnes (...) Je ne suis ni à plaindre ni à van­ter, mais je refuse le mot « minable »».

Il peut tou­jours refu­ser, il n’en demeure pas moins qu’un misé­rable, au sens de Vic­tor Hugo n’est pas for­cé­ment un minable. Tan­dis qu’un minable n’est pas non plus tou­jours un misé­rable. Ça peut même être un richis­sime à qui l’impôt répu­bli­cain (de la chose publique),  au nom de plus d’équité entre les citoyens, et par la redis­tri­bu­tion, demande une contri­bu­tion. D’où les contri­bu­tions directes et indi­rectes. D’où la pro­gres­si­vi­té de l’impôt : plus vous avez de ren­trées, plus vous êtes impo­sé. Au maxi­mum jusqu’à 75 %, là où feu le « bou­clier fis­cal » du Bien­fai­teur des riches limi­tait la pré­lè­ve­ment à 50 %.

Je me sou­viens, à ce pro­pos, avoir rele­vé la réac­tion indi­gnée d’un Fin­kiel­kraut, sur la radio publique, volant au secours du pré­le­vé : « Il donne la moi­tié de son man­teau, tout de même !  » D’abord, il ne donne pas – n’est pas saint-Mar­tin qui veut… Ensuite, il y a un abîme entre le fait de don­ner un euro quand on n’en a que deux, et celui de se faire appe­ler à un devoir de soli­da­ri­té par une contri­bu­tion d’un mil­lion d’euros sur deux mil­lions de revenus.

Dans un cas, il vous reste un euro, dans l’autre un million !

Ain­si donc, même en ayant payé 85 % d’impôts sur le reve­nu (tranche qui n’existe pas…), Depar­dieu peut conti­nuer à vivre sans chan­ger son grand train de vie (quitte à vendre son hôtel de Cham­bon, dans le 6e arron­dis­se­ment de Paris, 1 800 m², esti­mé à 50 mil­lions d’euros). Ou bien, il a un tel appé­tit d’ogre qu’il se voit tenu de se faire invi­ter à des tables de dic­ta­teurs, genre Kha­di­rov, le bou­cher tchét­chène, à l’occasion de son mariage  à Groz­ny ; ou bien lors d’un autre mariage, déci­dé­ment, celui de la fille de Kari­mov, pré­sident facho de l’Ouzbékistan…

L’avidité le ren­dant aveugle à la détresse rava­geuse, Depar­dieu se place en vic­time d’un « sys­tème » qui, selon lui, dénie­rait le talent. Minable argu­men­ta­tion !  s’agissant de soli­da­ri­té et d’éthique.

S’agissant de cette décence com­mune chère à George Orwell et par laquelle l’écrivain saluait cette facul­té du genre humain à l’entraide.

Depar­dieu aura som­bré dans l’indécence com­mune, y rejoi­gnant la cohorte des innom­brables som­mi­tés du show­biz, dans les para­dis fis­caux où ils jouissent à l’ombre du dieu Fric.

Qu’il eût été plus talen­tueux, sinon grand « notre Gégé » en s’empêchant cette bas­sesse. En refu­sant de jouer dans un tel navet, si bas dans l’affiche des nantis.

Minable, oui, j’ai bien dit minable.

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