En cas d’attentat par balles. Cinq consignes de sécurité

La crainte du ridicule peut s’avérer  plus mortelle, que le ridicule lui-même. Spécialement en période de risques d’attentats. Quand la vie est en danger, un geste, une attitude peuvent être salvateurs. Il en va de même des gestes de secourisme lors d’accidents. Ne pas craindre, par conséquent, d’« en faire trop », ni d’être traité de « parano ». Voici quelques consignes de sécurité bonnes à connaître – en souhaitant qu’elles ne servent jamais !

Par Gian Laurens*

AVANT

Consigne n°1 : CONSTATER

Il y a 4 niveaux de dangerosité :

NIVEAU VERT ORANGE ROUGE NOIR
RISQUES AUCUN LEGERS à MOYENS MOYENS à ELEVES TRES ELEVES

Avant de se rendre dans un lieu quelconque, faire le constat lucide du niveau de la dangerosité qui le caractérise, et de celui du parcours pour y accéder et en revenir. S’il s’agit d’un lieu nouveau, se renseigner préalablement sur ces niveaux.

Actualiser son information sur ces niveaux, qui peuvent varier du matin au soir, d’un jour à l’autre. L’attentat peut survenir durant les niveaux orange à noir.

Cette détermination préalable conditionne des préparations spécifiques :

• niveau VERT : rien de particulier.

• niveau ORANGE : lors des déplacements jusqu’au lieu, ou depuis le lieu, être attentif à tout ce qui peut sembler bizarre, et pour cela, proscrire tout ce qui peut distraire l’attention (écouteurs, musique, portable mis en mode silencieux ou réunion) ; dans les transports en commun, la lecture doit être régulièrement suspendue aux arrêts pour vérifier qui descend et n’abandonne rien, et qui monte avec quoi : surveiller ses mains. S’éloigner de toute situation bizarre.

Pas de chaussures à hauts talons lors des déplacements.

• niveau ROUGE : vigilance de tous les instants, vision et ouïe jamais distraites ; faire des pauses d’observation régulières en cours de route ; portable en mode avion.

Se fier à son intuition : ne pas hésiter à descendre d’un bus ou d’un tram si on considère que celui qui y monte est suspect (se focaliser sur ses mains, qui annoncent ses intentions). Eviter de stationner en groupe aux abris bus ou aux passages piétons en attendant le vert.

Chaussures de sport. Pantalons pour les femmes. Couleurs des vêtements passe-partout.

Sacs, cartables, bagages allégés au maximum. Port de la plaque d’identification sur soi (nom, prénom, adresse, nom et numéro de téléphone à prévenir, numéro sécu, groupe sanguin).

• niveau NOIR : vigilance extrême, ne se déplacer (mains nues) que par absolue nécessité, en tenue la plus sportive et la plus discrète possible. À plusieurs, ne se déplacer qu’espacés. Portable en mode avion. Plaque d’identification en sautoir.

De façon générale, une fois rendu dans le lieu, vérifier que les accès sont convenablement sécurisés (sinon, repartir), reconnaître les issues de secours et les cheminements y conduisant, repérer les extincteurs et, s’il y en a, les matériels d’incendies (seau, hache, lance, échelle).

Enfin, il est très judicieux de prendre des cours de secourisme, et si possible de survie urbaine.

PENDANT

Consigne n°2 : COURIR 

Agir ! L’action est anxiolytique, l’inaction anxiogène. Dès le(s) premier(s) coup(s) de feu, ou y ressemblant, ne pas attendre que quelqu’un démarre pour se mettre à courir en s’éloignant de la source sonore, et en direction de l’issue de secours la plus proche si on est dans le lieu : on s’y sera installé au meilleur endroit, loin de l’accès principal, près d’une issue de secours et sans obstacles (chaises, tables) sur le trajet y conduisant, à la périphérie du groupe. Emplacement le moins éclairé possible.

Il vaut mieux se rendre ridicule en fuyant un danger fantasmé que vérifier, en étant tué pour n’avoir pas fui, que le danger était bien réel.

Abandonner sur place tout objet personnel. Ne pas se retourner avant d’être en zone sécurisée.

Se pencher en avant pour diminuer sa surface de cible. Courir en zigzag autant que possible. Si on est seul et poursuivi, renverser derrière soi tout obstacle improvisé (chaise, poubelle).

Dans la rue il peut être nécessaire de marquer un arrêt : s’abriter derrière une protection très solide (mur ou voiture à hauteur du moteur, entre l’arme et soi).

Si on est avec un enfant ou un être cher qui semble sidéré, l’entraîner de force sans parler ni crier.

S’il n’y a pas de possibilité de fuite, s’allonger, tête en direction de la source des détonations. Si on doit faire le mort, garder les yeux ouverts et si on a été blessé, se badigeonner le cou et le visage de sang.

Arrivé en lieu sûr, appeler la police (17 ou 112), puis le SAMU (15) et les pompiers (18).

Consigne n°3  : SE CACHER

Si on n’a pas pu fuir, il faut se soustraire à la vue du (des) tireur(s). Sous une table, ou derrière une table renversée, à défaut de mieux. Derrière un comptoir, dans un placard : il faudra faire silence absolu, ne pas bouger et penser pouvoir rester là des heures (il n’est donc pas dégradant de se pisser dessus à défaut d’autre possibilité). Si on est avec quelqu’un qui panique et gémit, voire commence à crier, le bâillonner d’autorité.

Si on a pu accéder à un local qui ferme avec une porte, verrouiller cette dernière autant que possible (la caler avec un petit objet en sus de la fermeture par la serrure), et disposer autant de meubles contre elle pour la barricader. Ne pas stationner derrière la porte. Eteindre la lumière et faire silence absolu.

Si quelqu’un derrière la porte dit être de la police, rester silencieux mais questionner par sms une connaissance en zone sécurisée, ou appeler très discrètement le 17 pour vous informer ; à défaut, se brancher sur une radio pour avoir des nouvelles (assaut donné et terminé). Sortir alors en mettant ses mains bien en évidence, sans tenir quelque objet que ce soit. Signaler s’il y a d’autres personnes après soi.

Consigne n°4 :  COMBATTRE

Option ultime, quand ni fuir ni se cacher sont possible. Pas de corps-à-corps héroïque, à moins d’être super-entraîné et de bénéficier d’une chance extraordinaire comme dans le cas du Thalys.

Il n’y a qu’une fenêtre d’intervention possible, c’est quand le tireur recharge, mais on ne dispose que de quelques secondes : on peut alors foncer dessus et lui fracasser le crâne avec un extincteur ou une hache d’incendie s’il n’est pas trop loin, ou le charger avec une échelle si on contre-attaque à plusieurs. Sinon, l’arroser à la lance d’incendie en visant son visage. Entraîner avec soi pour un tel assaut s’énonce clairement et fortement : « Ensemble ! On y va ! ».

Si on est très près, crever un œil (puis l’autre) avec un stylo, une clef (voire les pouces).

APRÈS

Consigne n°5 : CICATRISER

Avoir survécu à un attentat est un traumatisme majeur. Il est impératif d’en prévenir le contrecoup qui est le SSPT (syndrome de stress post traumatique). Il est impossible de se soigner tout seul, il faut recourir à des aides spécialisées, et commencer, dans l’immédiate suite de l’attentat, pour un déchoquage verbal autant que corporel-émotionnel. Puis on doit s’appliquer à suivre une prise en charge psychologique conséquente.

Sinon, au plan personnel, il est tout aussi essentiel de cultiver ses relations, de reprendre ses activités normales et en entreprendre de nouvelles, de faire le tri entre ses amis pour en éliminer les faux, et fuir toutes personnes toxiques. L’événement est une occasion extraordinaire de refaire sa vie sur un mode qui en élimine tous les aspects négatifs, et le statut de survivant en donne pleinement le droit.

  • Gian Laurens, chimiste spécialiste explosifs, intervenant (gestion de la violence) en hôpital psychiatrique. Novembre 2015. Reproduction libre.
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faber

Ah j’adore. Crever les yeux avec un stylo. J’ai bien remarqué que la dernière fois que je remplissais un chèque, on me regardait de travers.

Un Bon Larsen à 5000 Hertz 130 dB ça va désherber !

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