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Racisme. Moi, Picard-Marseillais traité de « blanc de merde » !

Le racisme anti-blanc, par sa toute récente qualification judiciaire, vient d’émerger dans le paysage politico-idéologique avec la requallification de « motif racial », en l’espèce « la race blanche et la nation française », dans l’affaire du meurtre à Crépol (Drôme) du jeune Thomas en novembre 2023. Jusqu’alors, un déni farouche rejetait une telle notion, les racistes ne pouvant se situer que du côté des ex-colonisateurs et toujours dominateurs « blancs », et non pas du côté de leurs « victimes ». 
Permettez, moi Picard-Marseillais, que je m’autorise d’un témoignage personnel…

Ainsi, en ce dimanche de Pâques 2026, aurai-je subi ce baptême tout spécial sous l’injure de « blanc de merde ! », sans majuscule, ça va de soi, émanant d’une jeune Noire peu en majesté, elle… Pour la première fois de ma déjà longue vie, comme un choc, je recevais cette infamie d’où je tire ici quelques amères réflexions au titre nouveau de ce « racisé » que je suis soudain devenu.

Les faits d’abord, puis leur éclairage par le contexte.

Au départ un clash dû au stationnement d’une voiture devant un portail, bloquant le passage (pratique ordinaire…). Paroles qui s’enveniment, noms d’oiseaux qui s’envolent, lâcher de « melons »… Et c’est alors que m’approchant de la voiture de la dame, sans avoir rien dit, je reçois ma salve de « blanc de merde ! » précédée d’un vigoureux « tire-toi ! ».

Des éléments de contexte s’imposent. Je vis depuis quelques années avec ma compagne à Saint-Antoine, dans ces fameux « quartiers Nord » de Marseille, célèbres dans le monde pour ses populations locales, dangereuses au vu des produits illicites qui y sont commercialisés dans des trafics et drames qui s’ensuivent. Les médias ne manquent pas de se repaître de ces particularismes – matière à « faits divers » – que les gouvernants déplorent depuis des décennies, à grands coups de mentons autoritaires et vains, à l’occasion appuyés par des opérations paramilitaires, le temps d’une excursion ministérielle ou présidentielle. 

Autrefois, jadis et même plutôt naguère, c'est-à-dire il y a moins d’un demi-siècle, avant les barres de HLM, les bourgeois marseillais aimaient venir prendre le frais dans ces collines en hauteur du port et de ses miasmes. Ils y avaient même construit des villas cossues dont certaines ont pu subsister mais passent aujourd’hui inaperçues au milieu d’un tissu urbain aussi particulier qu’invasif. Il en était ainsi de la plupart de la centaine de quartiers marseillais : des « villages », aux dires nostalgiques de ceux qui s’en souviennent – et ils sont nombreux. 

Le cas de l’immigration italienne

En avril 1904, un traité est signé entre la France et l'Italie pour encadrer l'immigration. La discrimination envers les Italiens s’étant aggravée avec les flux croissants et une une pratique religieuse estimée trop ostentatoire, empêchant une intégration.
Au début du xxe siècle, la communauté italienne devient la première communauté étrangère résidente dans le pays, avec 420 000 personnes en 1911, soit 36 % des étrangers de France ; les Belges, qui sont 290 000, sont en seconde place.
Au début du xxie siècle, la France compte environ 400 000 citoyens Italiens, avec plus de 6 millions de Français qui ont des origines italiennes.

Avec les soubresauts de l’Histoire, surgirent à Marseille les premiers flux migratoires importants : les Arméniens victimes du génocide turc, les Italiens chassés par la misère1Le fascisme mussolinien ajouta à l’exil des Italiens, tout comme le franquisme, plus tard, provoqua un important exil des Espagnols, cantonné surtout au sud-ouest de la France.. C’est ainsi qu’au « village » de Saint-Antoine vinrent peu à peu s’installer ces deux communautés, dans un premier temps à peine tolérées, voire rejetées, selon les tensions du marché du travail, et aussi selon les critères « ordinaires » de xénophobie – cette méfiance envers l’autre, l’étranger. Mais ils partageaient assez de traits communs – « blancs », de culture chrétienne, et portés par nécessité à s’intégrer au monde du travail, ce qui, avec le temps, devait les mener à l’assimilation. Si bien que les Marseillais d’origines arménienne et italienne ne se comptent plus, ne se distinguant plus des « indigènes »… Nous voilà bien au cœur de l’actualité. 

Encore quelques préalables socio-historiques cependant : certains de ces migrants arméniens et italiens se sont peu à peu installés et regroupés, notamment à Saint-Antoine ; ils y ont bâti des cabanons, plus tard améliorés en maisonnettes, cultivant leurs potagers, et petit à petit, partageant leurs légumes avec les « natifs » et plus, « si affinités »… Tout ce monde a ainsi éprouvé un « vivre ensemble », notion aujourd’hui révolue, tarte-à-la-crème du politiquement-naïf et, pire, du déni face à la fracturation communautariste qui frappe désormais l’Europe et la France en particulier.

Un tournant s’est produit avec les Trente glorieuses (1945-1975) marquant le boom démographique et économique d’après guerre, portant sur l’industrie, la construction, les routes,  la consommation et le développement général, avec une forte hausse du niveau de vie. D’où les besoins en main d’œuvre et l’appel à des travailleurs étrangers qui, pour Marseille en particulier, en raison de son histoire coloniale, viendront surtout du Maghreb. D’où la construction accélérée de logements bon marché en barres d’immeubles, ce qu’on appellera les cités puis les quartiers, et enfin les actuels « quartiers populaires », selon l’euphémisme qui veut masquer la réalité communautariste musulmane.

Il est un moment, dans les relations humaines où, comme l’avait souligné Hegel, « la quantité fait qualité ».  Sous la pression du nombre, Arméniens et Italiens de première génération ont peu à peu vendu leurs habitations, ainsi remplacés par un flux croissant (le nombre) de demandeurs acheteurs. Aujourd’hui, Comoriens, Africains, Turcs et Maghrébins surtout – en moins de vingt ans – ont remplacé la population antérieure. Le verbe est exprès souligné, évidemment, pour ne pas tourner autour du pot : la question du remplacement, grand ou petit, ne se pose plus ici, à Saint-Antoine, ni dans de nombreux quartiers de Marseille où, comme l’avait une fois, et bien mal lui en prit, fait remarquer Franz-Olivier Giesbert (qui dirigeait alors la rédaction de La Provence), on entend davantage parler arabe que provençal. 

S’opposer à cette réalité patente relève du déni, c'est-à-dire du regard aveuglé par l’idéologie, ou simple nécessité clientéliste – suivez mon regard. À moins, bien sûr, de se tenir à l’abri, dans les quartiers protégés – en l’occurence la moitié sud de Marseille – et d’éviter aussi certaines parties du centre historique, qu’ignorent les « petits trains » touristiques. Transposé à la capitale, ce serait opposer le Seizième à la Porte de la Chapelle, pour nous en tenir là…

Alors, pour les incrédules patentés et autres affidés islamo-gauchistes, etc. je veux bien me proposer comme « tour operator » dans ce quartier de Saint-Antoine et en particulier dans sa rue principale et ses commerces totalement « halalisés » (hors banques et pharmacies…) Sans y être pour autant agressé ou traité couramment de « blanc de merde », il faut y éprouver l’étrange et affligeante sensation d’être un étranger dans son pays. 

Se sentir étranger dans son pays, c’est une souffrance aiguë.

  • 1
    Le fascisme mussolinien ajouta à l’exil des Italiens, tout comme le franquisme, plus tard, provoqua un important exil des Espagnols, cantonné surtout au sud-ouest de la France. ↩︎
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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité non passif. Blogueur depuis 2004.

3 réflexions sur “Racisme. Moi, Picard-Marseillais traité de « blanc de merde » !

  • Bernard_H

    C’est tou­jours inté­res­sant de lire « C’est pour dire ». Je reste per­sua­dé que nous n’a­vons rien vu venir depuis des décen­nies ou que nous n’a­vons pas vou­lu voir. C’est par­ti­cu­liè­re­ment visible dans les zones où j’ha­bite où ceux qui ne votent pas droite appar­tiennent aus­si à la classe de « bobos ». Il y a un lien qui dérange, entre racisme, immi­gra­tion, vio­lence, mafia et Islam sala­fiste. C’est d’ailleurs tout à l’hon­neur du gou­ver­ne­ment de François Bayrou, dont on pen­sait qu’il n’é­tait là que pour ne rien faire, en atten­dant les pro­chaines élec­tions, d’a­voir déclas­si­fié les archives sur l’en­trisme isla­mique et le radi­ca­lisme. Même Macron a réus­si à nous faire croire qu’il décou­vrait cette situa­tion. Même si consta­ter ne donne pas tou­jours la solu­tion, c’est au moins un point de départ.

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  • GIAN LAURENS

    Tu aurais pu rétor­quer, mimant un lap­sus :« Que vous êtes belle quand vous pé(s)tez !

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  • Bernard Nantet

    Bravo pour le « vivre-ensemble » âno­né à lon­gueur de prê­chi-prê­cha par un mili­tan­tisme pre­nant ses dési­rs pour une fausse réa­li­té et qui éclate sou­dain au détour d’une alter­ca­tion. « Tout conflic­tua­li­ser » assène notre insou­mis prê­cheur de haine qui n’en est pas à une contra­dic­tion près et qui espère que de sa sauce immonde sor­ti­ront des len­de­mains lumi­neux. Toute parole est créa­trice. Et, quand elle vise à bles­ser son adver­saire dans une conno­ta­tion raciste visant un Blanc, jusque-là niée au-delà de la vrai­sem­blance, elle sus­cite une sidé­ra­tion chez ceux qui ont tou­jours mis leurs actes en accord avec leur éthique (oui, leur éthique, ce n’est pas un gros mot !). Gérard est de ceux-là. Et les termes de sa ren­contre avec une igno­rante bibe­ron­née à l’i­déo­lo­gie déco­lo­niale n’ont rien à envier aux pro­pos que les grandes bour­geoises, en Europe, avec les petites bonnes de la cam­pagne, ou en Afrique, avec les esclaves domes­tiques, tiennent à ceux et à celle où le mépris et le racisme n’ont pour but que de mon­trer leur infériorité.

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