Racisme. Moi, Picard-Marseillais traité de « blanc de merde » !
Le racisme anti-blanc, par sa toute récente qualification judiciaire, vient d’émerger dans le paysage politico-idéologique avec la requallification de « motif racial », en l’espèce « la race blanche et la nation française », dans l’affaire du meurtre à Crépol (Drôme) du jeune Thomas en novembre 2023. Jusqu’alors, un déni farouche rejetait une telle notion, les racistes ne pouvant se situer que du côté des ex-colonisateurs et toujours dominateurs « blancs », et non pas du côté de leurs « victimes ».
Permettez, moi Picard-Marseillais, que je m’autorise d’un témoignage personnel…
Les faits d’abord, puis leur éclairage par le contexte.
Au départ un clash dû au stationnement d’une voiture devant un portail, bloquant le passage (pratique ordinaire…). Paroles qui s’enveniment, noms d’oiseaux qui s’envolent, lâcher de « melons »… Et c’est alors que m’approchant de la voiture de la dame, sans avoir rien dit, je reçois ma salve de « blanc de merde ! » précédée d’un vigoureux « tire-toi ! ».
Des éléments de contexte s’imposent. Je vis depuis quelques années avec ma compagne à Saint-Antoine, dans ces fameux « quartiers Nord » de Marseille, célèbres dans le monde pour ses populations locales, dangereuses au vu des produits illicites qui y sont commercialisés dans des trafics et drames qui s’ensuivent. Les médias ne manquent pas de se repaître de ces particularismes – matière à « faits divers » – que les gouvernants déplorent depuis des décennies, à grands coups de mentons autoritaires et vains, à l’occasion appuyés par des opérations paramilitaires, le temps d’une excursion ministérielle ou présidentielle.
Autrefois, jadis et même plutôt naguère, c'est-à-dire il y a moins d’un demi-siècle, avant les barres de HLM, les bourgeois marseillais aimaient venir prendre le frais dans ces collines en hauteur du port et de ses miasmes. Ils y avaient même construit des villas cossues dont certaines ont pu subsister mais passent aujourd’hui inaperçues au milieu d’un tissu urbain aussi particulier qu’invasif. Il en était ainsi de la plupart de la centaine de quartiers marseillais : des « villages », aux dires nostalgiques de ceux qui s’en souviennent – et ils sont nombreux.
Le cas de l’immigration italienne
En avril 1904, un traité est signé entre la France et l'Italie pour encadrer l'immigration. La discrimination envers les Italiens s’étant aggravée avec les flux croissants et une une pratique religieuse estimée trop ostentatoire, empêchant une intégration.
Au début du xxe siècle, la communauté italienne devient la première communauté étrangère résidente dans le pays, avec 420 000 personnes en 1911, soit 36 % des étrangers de France ; les Belges, qui sont 290 000, sont en seconde place.
Au début du xxie siècle, la France compte environ 400 000 citoyens Italiens, avec plus de 6 millions de Français qui ont des origines italiennes.
Avec les soubresauts de l’Histoire, surgirent à Marseille les premiers flux migratoires importants : les Arméniens victimes du génocide turc, les Italiens chassés par la misère1Le fascisme mussolinien ajouta à l’exil des Italiens, tout comme le franquisme, plus tard, provoqua un important exil des Espagnols, cantonné surtout au sud-ouest de la France.. C’est ainsi qu’au « village » de Saint-Antoine vinrent peu à peu s’installer ces deux communautés, dans un premier temps à peine tolérées, voire rejetées, selon les tensions du marché du travail, et aussi selon les critères « ordinaires » de xénophobie – cette méfiance envers l’autre, l’étranger. Mais ils partageaient assez de traits communs – « blancs », de culture chrétienne, et portés par nécessité à s’intégrer au monde du travail, ce qui, avec le temps, devait les mener à l’assimilation. Si bien que les Marseillais d’origines arménienne et italienne ne se comptent plus, ne se distinguant plus des « indigènes »… Nous voilà bien au cœur de l’actualité.
Encore quelques préalables socio-historiques cependant : certains de ces migrants arméniens et italiens se sont peu à peu installés et regroupés, notamment à Saint-Antoine ; ils y ont bâti des cabanons, plus tard améliorés en maisonnettes, cultivant leurs potagers, et petit à petit, partageant leurs légumes avec les « natifs » et plus, « si affinités »… Tout ce monde a ainsi éprouvé un « vivre ensemble », notion aujourd’hui révolue, tarte-à-la-crème du politiquement-naïf et, pire, du déni face à la fracturation communautariste qui frappe désormais l’Europe et la France en particulier.
Un tournant s’est produit avec les Trente glorieuses (1945-1975) marquant le boom démographique et économique d’après guerre, portant sur l’industrie, la construction, les routes, la consommation et le développement général, avec une forte hausse du niveau de vie. D’où les besoins en main d’œuvre et l’appel à des travailleurs étrangers qui, pour Marseille en particulier, en raison de son histoire coloniale, viendront surtout du Maghreb. D’où la construction accélérée de logements bon marché en barres d’immeubles, ce qu’on appellera les cités puis les quartiers, et enfin les actuels « quartiers populaires », selon l’euphémisme qui veut masquer la réalité communautariste musulmane.
Il est un moment, dans les relations humaines où, comme l’avait souligné Hegel, « la quantité fait qualité ». Sous la pression du nombre, Arméniens et Italiens de première génération ont peu à peu vendu leurs habitations, ainsi remplacés par un flux croissant (le nombre) de demandeurs acheteurs. Aujourd’hui, Comoriens, Africains, Turcs et Maghrébins surtout – en moins de vingt ans – ont remplacé la population antérieure. Le verbe est exprès souligné, évidemment, pour ne pas tourner autour du pot : la question du remplacement, grand ou petit, ne se pose plus ici, à Saint-Antoine, ni dans de nombreux quartiers de Marseille où, comme l’avait une fois, et bien mal lui en prit, fait remarquer Franz-Olivier Giesbert (qui dirigeait alors la rédaction de La Provence), on entend davantage parler arabe que provençal.
S’opposer à cette réalité patente relève du déni, c'est-à-dire du regard aveuglé par l’idéologie, ou simple nécessité clientéliste – suivez mon regard. À moins, bien sûr, de se tenir à l’abri, dans les quartiers protégés – en l’occurence la moitié sud de Marseille – et d’éviter aussi certaines parties du centre historique, qu’ignorent les « petits trains » touristiques. Transposé à la capitale, ce serait opposer le Seizième à la Porte de la Chapelle, pour nous en tenir là…
Alors, pour les incrédules patentés et autres affidés islamo-gauchistes, etc. je veux bien me proposer comme « tour operator » dans ce quartier de Saint-Antoine et en particulier dans sa rue principale et ses commerces totalement « halalisés » (hors banques et pharmacies…) Sans y être pour autant agressé ou traité couramment de « blanc de merde », il faut y éprouver l’étrange et affligeante sensation d’être un étranger dans son pays.
Se sentir étranger dans son pays, c’est une souffrance aiguë.
- 1Le fascisme mussolinien ajouta à l’exil des Italiens, tout comme le franquisme, plus tard, provoqua un important exil des Espagnols, cantonné surtout au sud-ouest de la France.
