On n'est pas des moutons

Mot-clé: corrida

Interdire la corrida, “grand pas pour l’humanité”

La cor­ri­da est une abom­i­na­tion, une indig­nité et, comme telle, une déqual­i­fi­ca­tion de ses pra­ti­quants – acteurs comme spec­ta­teurs – dans le genre humain. S’il en fal­lait encore une preuve, celle-ci ne suf­fi­rait donc pas encore ?

La “tra­di­tion” ne saurait con­stituer un quel­conque argu­ment de jus­ti­fi­ca­tion d’une telle boucherie à ciel ouvert. Un tel “argu­ment” serait du même ordre que celui jus­ti­fi­ant la muti­la­tion sex­uelle des fil­lettes par l’excision.

La con­di­tion et la place de l’animal dans nos sociétés occi­den­tales font l’objet d’une mise en avant nou­velle et impor­tante, amenant les opin­ions publiques à man­i­fester une oppo­si­tion de plus en plus résolue à toutes formes de mal­trai­tance. C’est évidem­ment la cas pour les ani­maux d’élevage, leurs con­di­tions de vie et de mort, en par­ti­c­uli­er dans le règne du ren­de­ment pro­duc­tif et, pire, encore, dans les abat­toirs. Ces mou­ve­ments d’opinions rejoignent des remis­es en cause des modes ali­men­taires liés à une agri­cul­ture indus­trielle et aux désor­dres écologiques et san­i­taires qui s’ensuivent.

Les spec­ta­cles de cor­ri­da, impli­quant la mise à mort des tau­reaux dans un “com­bat” aus­si iné­gal que cou­ru d’avance – sauf acci­dents, rares – doivent provo­quer autant d’indignation et de protes­ta­tion que les pra­tiques détesta­bles dénon­cées dans les abat­toirs. Leur inter­dic­tion mar­querait un autre “grand pas pour l’humanité”.


Sauvons (aussi) la corrida ! ;-)


A l’occasion du 1er avril 2011, le COLBAC, Comité de Liai­son Biter­rois pour l’Abolition de la Cor­ri­da, organ­ise une mise en scène avec une affiche per­cu­tante qui dénonce le sou­tien de la cor­ri­da par l’argent pub­lic. www.flac-anticorrida.org

 


Abolition des corridas. Hommage à la Catalogne !

Le vote est-il pur de toute arrière-pen­sée séparatiste ? Pas sûr… Tou­jours est-il que le Par­lement région­al de Cat­a­logne s’est pronon­cé hier pour l’interdiction des cor­ri­das sur son ter­ri­toire à par­tir du 1er jan­vi­er 2012, par 68 voix pour et 55 con­tre [AFP]. On sait à quel point les cli­vages peu­vent être tranchés dans cette querelle de reli­gion opposant afi­ciona­dos et adver­saires de cette ances­trale cou­tume. Pour ma part j’en suis un adver­saire résolu, pour des tas de raisons.

A com­mencer par la pre­mière, cette seule cor­ri­da à laque­lle j’aie assisté. C’était en 1967 à Béziers (j’étais jeune jour­nal­iste sta­giaire au Midi Libre) dont les arènes s’enorgueillissaient, c’est bien le mot, de la présence du fameux El Cor­dobés. Hem­ing­way n’y a rien pu en ce qui me con­cerne : ce sin­istre spec­ta­cle provo­qua chez moi un haut-le-cœur. A la fois en rai­son de la souf­france « gra­tu­ite » (une gra­tu­ité de gros biz­ness), cette cru­auté infligées aux ani­maux : tau­reaux bardés de ban­der­illes – des har­pons, oui ! –, poignardés à coups de dagues par les pic­a­dores, ren­dus fous et exsangues par le mata­dor, ce tueur déguisé en pois­son comme dis­ait Coluche ; chevaux aux yeux bandés à qui on voudrait épargn­er le ter­ri­ble stress – autre­fois, sans pro­tec­tion, ils étaient très sou­vent encorné et éven­trés.

Madrid, Plaza de Toros Las Ven­tas, octo­bre 2005. © Manuel González Olaechea y Fran­co [Wikipedia

Deux­ième rai­son : la lâcheté des spec­ta­teurs rabais­sés aux com­porte­ments de leurs ancêtres des jeux du cirque. Les hurlements de la foule ; je n’aime pas la foule en délire et ses hys­téries jus­ti­cières me glacent d’effroi, là plus encore que dans les autres stades, où les com­porte­ments sont pour­tant sem­blables : pré­dom­i­nance des cerveaux rep­tiliens, hurlements, com­mu­nion de trou­peaux, odeur de lyn­chage… Certes, le tau­reau a rem­placé l’esclave – quel pro­grès !

Troisième rai­son : la morgue du torero, cet amas d’orgueil, d’arrogance, ce con­cen­tré de l’Homme qui se croit tout puis­sant – sauf devant Dieu, qu’il implore lâche­ment de sur­croît lors de chaque « com­bat ». J’y vois le pan­tin rigide, engoncé dans sa suff­i­sance, représen­tatif du « surhomme » voulant aus­si mater (de matar, tuer) la nature, pren­dre son con­trôle jusqu’à l’asservir. C’est le pro­to­type du « bat­tant » qui con­sid­ère la vie comme une arène, un lieu de spec­ta­cle pour s’y adon­ner au dar­win­isme social – abhor­ré par Dar­win lui-même, faut-il le rap­pel­er, et sans cesse dénon­cé par ses con­tin­u­a­teurs évo­lu­tion­nistes. Le mata­dor mod­erne porte un costard moins tapageur mais col­porte des valeurs de com­péti­tion et de dom­i­na­tion sour­cées dans l’entreprise et l’économie néolibérale.

Et qu’on ne me par­le pas du « courage » du torero ! Au nom de quelle valeur supérieure – sinon celle de son ego démesuré – et de quelle néces­sité altru­iste va-t-il donc provo­quer (« affron­ter ») une bête à qui il n’a rien demandé – et qui lui en demande encore moins ?! Accom­plir un acte risqué, gra­tu­it et généreux, voilà ce qui me sem­ble aller de pair avec la notion de courage – c’est plus rare et pré­cieux.

Les objec­tions des par­ti­sans me sem­blent de bien peu de poids. En par­ti­c­uli­er celle met­tant en avant cru­auté des éle­vages et des abat­toirs d’animaux. Les deux com­bats pour le respect des bêtes ne sont nulle­ment con­tra­dic­toires. De plus, on ne saurait jus­ti­fi­er une pra­tique en invo­quant les pires. La guerre étant la pire d’entre toutes, elle ne jus­ti­fie pas pour autant les guéril­las, pris­es d’otages, lap­i­da­tions religieuses, assas­si­nats et autres bar­baries « ordi­naires »…

Autre objec­tion, celle de la tra­di­tion, de la cul­ture, etc. Alors, il faudrait rétablir les com­bats de coqs (ils sont inter­dits en Europe mais demeurent clan­des­tins) de même que les com­bats de glad­i­a­teurs – les uns et les autres étant des man­i­fes­ta­tions éminem­ment cul­turelles.

Si la cul­ture est l’expression de l’état d’une civil­i­sa­tion à un instant don­né, elle n’est aus­si qu’un moment entre deux avancées qui lui don­nent un sens. Je veux le croire !

D’où cet « hom­mage à la Cat­a­logne » en clin d’œil au grand jour­nal­iste et human­iste que fut George Orwell ; c’est sous ce titre en effet que furent pub­liés le recueil de ses reportages sur la guerre d’Espagne. C’est de lui aus­si qu’on retient le con­cept de « décence com­mune » dans laque­lle se recon­naît l’humanité frater­nelle et bien­veil­lante – y com­pris avec les ani­maux et leurs souf­frances.

Prime : La Cor­ri­da, pam­phlet de et par Fran­cis Cabrel


Fran­cis Cabrel — La Cor­ri­da
envoyé par Quarou­ble. — Regardez la dernière sélec­tion musi­cale.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Fréquentation de « C’est pour dire »

    • 0
    • 304
    • 106
    • 5 216
    • 18 922
    • 1 612
    • 3 691
  • Calendrier

    décembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Nov  
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    25262728293031
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress