On n'est pas des moutons

Mot-clé: intégration

La trouble casquette de Mehdi Meklat

mehdi-meklat

Lors de l’émission La Gran­de librai­rie, 17 février.

Il avait l’allure d’un jeu­ne hom­me bien, un rien effron­té sans dou­te, sous sa cas­quet­te « chan­vrée »… Meh­di Mek­lat, 24 ans, s’était construit une cer­tai­ne noto­rié­té avec son com­pè­re Badrou : Bon­dy Blog, Fran­ce Inter, Arte, Les Inrocks. Sym­pas, quoi, ces jeu­nes, por­te-voix des ban­lieues autres que déses­pé­ran­tes. Jeu­di der­nier, on les retrou­ve même, l’Arabe et le Noir, com­me incon­grus dans le décor de La Gran­de librai­rie, émis­sion de Fran­ce 5 pour la sor­tie de leur bou­quin, Minu­te.

La mariée était trop bel­le : entre­temps, des inter­nau­tes exhu­ment des tweets de Mek­lat à base d’injures anti­sé­mi­tes, homo­pho­bes, racis­tes, miso­gy­nes. Sidé­ra­tion. Le jeu­ne hom­me à cas­quet­te fleu­rie s’excuse, invo­que un « per­son­na­ge fic­tif » caché der­riè­re son pseu­do­ny­me (« Mar­ce­lin Des­champs »), his­toi­re de « ques­tion­ner la notion d’excès et de pro­vo­ca­tion »… Mais quand il eut déci­dé de repren­dre sa vraie iden­ti­té de twit­teur, il prit tout de même soin d’intégrer à son comp­te ses déli­res pré­cé­dents. Flo­ri­lè­ge :

 

Quel­ques voix média­ti­ques s’élèvent cepen­dant pour pren­dre la défen­se de l’indéfendable. Pour excu­ser quoi ? Au nom de quoi ? Ce qui est sûr, c’est qu’une tel­le dupli­ci­té va ali­men­ter enco­re davan­ta­ge la lepé­ni­sa­tion en mar­che. Peut-être est-ce même le but recher­ché, celui de Dae­sh en par­ti­cu­lier : cou­per en deux la socié­té fran­çai­se, pous­ser à l’affrontement et, « idéa­le­ment » à la guer­re civi­le.


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péen­nes se dis­tin­gue com­me une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquê­tes socio­lo­gi­ques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés res­te la plus déter­mi­nan­te. D’où les réflexions sui­van­tes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond arti­cle trou­vé dans le der­nier Marian­ne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légas­se.

Sous le titre « Les tru­ca­ges d’une bluet­te iden­ti­tai­re », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­ti­que », « intel­lec­tuel­le » et à coup sûr com­mer­cia­le par laquel­le se trou­ve défen­due la thè­se du mul­ti­cul­tu­ra­lis­me en train de saper notre modè­le démo­cra­ti­que et répu­bli­cain « à la fran­çai­se », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comi­que, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racis­tes : juifs grip­pe-sous, Chi­nois four­bes à peti­tes bites, Noirs lubri­ques à gran­de queue et pas futés, Ara­bes « mus­lims » et voleurs…

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Légen­de four­nie avec l’image offi­ciel­le : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Euro­pe 1 est par­te­nai­re, a dépas­sé la bar­re des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un sco­re que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Can­nes jeu­di soir, après avoir mon­té les mar­ches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous som­mes tous racis­tes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­men­tent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­li­bre des racis­mes com­me il y a une équi­li­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléai­re : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cé­dé se dou­ble alors d’une autre fau­te mora­le consis­tant à inver­ser la réa­li­té d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se pas­se en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent fran­çais aus­si bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pier­re Bour­dieu (La Misè­re du mon­de, 1993) et aus­si Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tiel­le dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Clau­de Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­gi­ques.] Or, cet échan­ge, s’enrichissant de la « diver­si­té des peu­ples » achop­pe notam­ment sur le sta­tut de la fem­me que le film éva­cue tota­le­ment et com­me par magie : on n’y voit aucu­ne fem­me voi­lée ! En occul­tant ain­si cet­te ques­tion du voi­le, se trou­ve aus­si éva­cuée la ques­tion du métis­sa­ge et, avec elle, cel­le de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voi­le impo­sé à la fem­me (ou même « libre­ment consen­ti ») la fonc­tion de l’interdit oppo­sé au jeu exo­ga­me : « Tou­che pas à la fem­me voi­lée ! »

Cet­te atti­tu­de s’oppose en effet à tou­te ten­ta­ti­ve d’intégration et vient ain­si ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racis­me, bien qu’il puis­se aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racis­me « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de maria­ges mix­tes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­lai­res), s’est effon­dré ces tren­te der­niè­res années à cau­se du ren­fer­me­ment endo­ga­mi­que d’une immi­gra­tion récen­te encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa cultu­re d’origine. On repart se marier au bled. »

(Lire la sui­te…)


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le mon­de chan­ge »

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