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Guy Lon­gnon, avec Yves Laplane, en 2011. (Ph. © Yves Scot­to)

Le jazz fran­çais, et en par­ti­cu­lier pro­ven­çal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Lon­gnon, mort ce 4 février 2014. Trom­pet­tiste et créa­teur en 1964 de la pre­mière classe de jazz dans un conser­va­toire fran­çais, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a por­té sur les fron­tons du jazz toute une géné­ra­tion de musi­ciens par­mi les­quels Bru­no Ange­li­ni, André Jaume, Raphaël Imbert, Per­rine Man­suy, Pierre Chris­tophe, Alain Soler, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Flo­rens.

Ain­si, le saxo­pho­niste André Jaume se sou­vient de la confé­rence sur le jazz que Guy Lon­gnon pro­non­ça à Mar­seille vers 1960 et dans laquelle il pré­ci­sa clai­re­ment sa pré­fé­rence pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­dence d’avec le pape du Hot Club de France, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cette époque qu’il renon­ça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pelle André Jaume, il en avait assez d’être consi­dé­ré comme « un accom­pa­gna­teur de chan­teur ». Bechet était alors en effet une véri­table star, à l’égal d’une vedette de varié­tés.

Sans doute est-ce à l’époque de cette confé­rence que Pierre Bar­bi­zet, direc­teur du conser­va­toire de Mar­seille – et immense musi­cien –, l’invite à créer la classe de jazz, pre­mière du genre. Guy Lon­gnon y consa­cre­ra toute sa car­rière. Un péda­gogue « fabu­leux », s’exclame André Jaume, se sou­ve­nant de l’« homme très ouvert à toutes les musiques, du clas­sique au jazz », se réfé­rant sou­vent à Elling­ton, Par­ker, Clif­ford Brown… « Un homme très modeste », sou­ligne encore André Jaume, rap­pe­lant que dans ses cours « il jouait du pia­no, de la contre­basse… mais pas de la trom­pette ! »

Guy Lon­gnon avait aus­si joué avec Claude Luter, Jean-Claude Foh­ren­bach et Mous­tache.  Élève au Conser­va­toire de Paris dans la classe de vio­lon­celle, il fré­quen­ta Boris Vian et le monde de Saint-Ger­main-des-Prés.

Claude Gra­vier rap­pelle qu’il avait cha­leu­reu­se­ment encou­ra­gé la créa­tion en 1989 de l’association de Vitrolles Char­lie Free et le Mou­lin à Jazz, qu’il avait sou­te­nus dans la période « noire » de 1997 et l’avait hono­ré de sa pré­sence lors de quelques concerts de ses élèves : André Jaume, Raphaël lmbert, Paul Pio­li, Ber­nard Abeille, Joseph Cri­mi, Phi­lippe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­tian Bon, Yves Laplane…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gilles Suzanne consacrent un savou­reux cha­pitre au cham­bou­le­ment pro­vo­qué par l’arrivée de Guy  Lon­gnon dans la cité pho­céenne. On y découvre une éton­nante facette de Pierre Bar­bi­zet et cet échange :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lance le pia­niste clas­sique. « Ah ben oui »,  répond le jaz­zeux. « Alors on va faire une classe de jazz », pro­pose Bar­bi­zet. L’affaire est lan­cée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­cise : « J’étais com­plè­te­ment ahu­ri parce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­sible du jazz. »

L’affaire ne fut pas simple, ni sans péri­pé­ties, ain­si que le racontent les auteurs. Mais la des­cen­dance est assu­rée puisque la classe de jazz conti­nue de vivre sous la direc­tion du trom­bo­niste Phi­lippe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui porte le nom de la salle jazz du conser­va­toire, a récem­ment enre­gis­tré un hom­mage au maître.

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La dis­co­gra­phie de Guy Lon­gnon dans Wiki­pe­dia ne men­tionne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Claude Luter et son orchestre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ride !, 52e Rue Est

– 1994 : Cyclades (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jaume signale un disque en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sara­to­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­po­sé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Okla­ho­ma

– 1952 : Chi­ca­go-digest

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Ne pas confondre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trom­pet­tiste, pia­niste, chan­teur, com­po­si­teur de renom (né en 1953).

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La céré­mo­nie des obsèques aura lieu le mar­di 11 février à 14h30 au cré­ma­to­rium du cime­tière Saint-Pierre de Mar­seille.

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