On n'est pas des moutons

Musique


Fin de partition pour le pianiste John Taylor

IMGP8546_John Taylor

© Gérard Tis­sier - 2015

Il s’en est allé en musique, en jazz, effon­dré sur son cla­vier. Fin du mor­ceau, fin finale, et sans rap­pel. C’était ce ven­dre­di 17 juillet, au Saveurs Jazz Fes­ti­val à Segré près d’Angers. John Tay­lor n’a pas sur­vé­cu à une crise car­diaque, il est mort le len­de­main. C’était un fameux com­po­si­teur et pia­niste anglais, né en 42 à Man­ches­ter – il aurait eu 73 ans en sep­tembre pro­chain. Il tour­nait avec le quar­tet de Sté­phane Kere­cki (com­po­si­tion, contre­basse), aux côtés d’Émile Pari­sien (sopra­no) et Fabrice Moreau (bat­te­rie).

Auto­di­dacte, John Tay­lor avait for­gé son style propre en dehors des écoles, et auprès des meilleurs jazz­men, comme notam­ment son com­pa­triote le saxo­pho­niste John Sur­man. Il joue­ra aus­si avec Lee Konitz, Gil Evans, Ken­ny Whee­ler et la chan­teuse Nor­ma Wins­tone, qui devien­dra sa pre­mière épouse. Sa dis­co­gra­phie est des plus four­nies, notam­ment chez ECM pour lequel, à l’occasion de son soixan­tième anni­ver­saire, il enre­gistre le magni­fique Ross­lyn en trio avec le contre­bas­siste Marc John­son et le bat­teur Joey Baron.

Pia­niste sub­til, au jeu plu­tôt inté­rieur, loin du démons­tra­tif, on pour­rait – sans réduire sa réelle ori­gi­na­li­té – le rat­ta­cher à la lignée des Bill Evans et Paul Bley, où l’on retrouve aus­si l’Américaine Mary­lin Cris­pell. Il aura par­cou­ru les vagues suc­ces­sives du jazz « moderne », du hard bop au free, sans se dépar­tir d’une vraie conti­nui­té musi­cale hors chapelles.

IMGP8541_John Taylor- JC Richard-S Kerecki-F Moreau

Invi­té par le Mou­lin à Jazz de Vitrolles, le 23 mai 2015, John Tay­lor aux côtés de Jean-Charles Richard, Sté­phane Kere­cki, Fabrice Moreau. © Gérard Tissier.

Il avait trou­vé toute sa place dans le magni­fique quar­tet de Ste­phane Kere­cki et son pro­gramme Nou­velle Vague ins­pi­ré du ciné­ma, bien sûr, et de musiques de films. C’est avec ce pro­gramme (Jean-Charles Richard rem­pla­çait alors Émile Pari­sien) qu’il était venu en mai der­nier au Théâtre de Font­blanche à Vitrolles, invi­té par le Mou­lin à Jazz.

En plus de ses talents musi­caux, John Tay­lor mêlait joie de vivre et humour, bri­tish of course – en quoi il savait aus­si appré­cier un blanc de Pro­vence (entre autres, car il vivait en France) et par­ta­ger une bonne blague d’un rire explosif.


Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

eddy-louiss

Avec la Mul­ti­co­lor Fee­ling Fan­fare, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Commons

Orga­niste, pia­niste, chan­teur ; et aus­si trom­pet­tiste, per­cus­sion­niste , chef d’orchestre et com­po­si­teur : Eddy Louiss vient de mou­rir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­pa­raît une grande figure du jazz, du jazz fran­çais en par­ti­cu­lier. Il était malade depuis quelques années et, ces der­niers temps, ne répon­dait même plus aux appels télé­pho­niques de ses amis, comme Ber­nard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té sur­tout dans le groupe des Double Six, aux côtés de sa fon­da­trice Mimi Per­rin, de Roger Gué­rin, Ward Swingle et Chris­tiane Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, morte en 2010 : Mimi Per­rin, comme un pin­son du jazz ]

Edouard Louise, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pierre, d’origine mar­ti­ni­quaise, est trom­pet­tiste et l’entraîne très jeune dans des tour­nées esti­vales où il s’imprègne de la musique dite « typique » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il découvre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments comme la trom­pette, le vibra­phone – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son ins­tru­ment d’élection. À seize ans, il fait le bœuf avec Jean-Fran­çois Jen­ny-Clark et Aldo Roma­no. Plus tard, il enre­gistre avec Daniel Humair – il for­me­ra avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pagne Nicole Croi­sille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Claude Nou­ga­ro à l’orgue pen­dant treize ans. Il ne rechigne pas à la varié­té (avec Hen­ri Sal­va­dor, Charles Azna­vour, Bar­ba­ra, Serge Gains­bourg, Jacques Hige­lin), se lance dans un octette (avec le vio­lo­niste Domi­nique Pifa­ré­ly), s’adjoint une fan­fare de cin­quante musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enre­gistre en duo avec Michel Petruc­cia­ni deux disque fameux, Confé­rence de Presse (Drey­fus Jazz) [extrait ci-des­sous]. Il joue éga­le­ment avec Richard Gal­lia­no, en duo et en orchestre (sou­ve­nir de Mar­ciac, je ne sais plus quand au juste…) En 2000, la mala­die le contraint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enre­gistre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa der­nière appa­ri­tion publique.

Musi­cien de tous les registres, ain­si qu’il a été sou­vent qua­li­fié, à l’image de son ouver­ture « mul­ti­co­lore » – rap­pe­lons sa série de concerts inti­tu­lée Mul­ti­co­lor Fee­ling. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Ber­nard Lubat, que dans les rythmes afro-caraï­béens ou les enre­gis­tre­ments en re-recor­ding au cla­vier (Sang mêlé). Il était aus­si un des conti­nua­teurs de Jim­my Smith, maître du Ham­mond, ins­tru­ment de finesse et de fougue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est deve­nu plu­tôt rare. La dis­pa­ri­tion d’Eddy Louiss ne va rien arranger.

Un docu­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­te­rie inter­prètent « Tris­te­za ». Dif­fu­sé par l’ORTF dans l’émission Jazz en France, pré­sen­tée par André Fran­cis. Tout le monde avait 45 ans de moins… Le son laisse à dési­rer. Cet extrait  de Caraïbes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­cia­ni, est meilleur : 

[audio:https://c-pour-dire.com/wp-content/1audio/Caraiibes.mp3|titles=Eddy Louiss - Caraibes|autostart=no]

« Tou­jours les meilleurs qui partent », comme il se dit bête­ment… Dans cette caté­go­rie, j’ai « raté » le départ, le 11 juin der­nier, d’Ornette Cole­man, un his­to­rique du jazz s’il en est. Rat­tra­page avec cet article sur CitizenJazz


Le KamaTsipras, nouvel hymne gréco-européen

Le KamaT­si­pras ? C’est le titre de l’actualité chan­tée de Cécile de Ker­vas­doué et Ben­ja­min Laurent, mer­cre­di sur France Musique dans l’émission La Mati­nale cultu­relle, de Vincent Josse. L’actualité, c’est évi­dem­ment l’élection grecque et la vic­toire de Samo­thrace – euh, seule­ment de Tsi­pras, mais déjà sculp­té dans le marbre média­tique. Pour­vu qu’il résiste à l’érosion des pouvoirs.

Alexis_Tsipras

Kama qui veut dire désir et Tsi­pras du nom du nou­veau chef du gou­ver­ne­ment grec. Pre­mier homme poli­tique d’extrême gauche à diri­ger un pays de l’Union Euro­péenne, Alexis Tsi­pras, 40 ans, s’est fait élire triom­pha­le­ment dimanche soir sur un pro­gramme anti-aus­té­ri­té anti-dette et anti-Union Euro­péenne. Ça n’empêche pas de nom­breux euro­péens de suc­com­ber à son charme.

Texte et inter­pré­ta­tion de cette paro­die musi­cale et poli­tique valent leur pesant son-or-e : ci-dessous :

KamaT­si­pras”

Chant 1

Il a le regard fier
Un sou­rire enjôleur
Il ouvre une nou­velle ère
Pour des mil­lions de chômeurs
Finie l’austérité
Nous pour­rons nous chauffer
Nous soi­gner, nous éduquer
Et peut être travailler
Vic­toire Victoire
C’est la vic­toire de Tsi­pras c’est la vic­toire de Tsi­pras c’est la vic­toire de Tsipras
Finis tous ces voyous
Qui nous piquent tous nos sous
Tous ces Papandreous
Qui vivent grâce à nous
Gloire Gloire
Gloire Au nou­vel apol­lon, gloire au nou­vel apol­lon, gloire au nou­vel apollon.
Finis les libéraux
Les impôts et l’euro
Grâce à notre héros
On remet la dette à zéro

Chant 2

Kamat­si­pras Kamatsipras

Chant 3

Je n’céderai pas à ce Priape
Je ne veux pas de ces agapes
Il vou­drait me tour­ner la tête
Mais pas ques­tion d’effacer sa dette

Chant 4

J’vais vous apprendre à danser
J’vais vous apprendre à lutter
Pour la solidarité
J’vais vous apprendre à m’aimer! 

Cécile de Kervasdoué

Capable de lire dans cinq langues, titu­laire de mul­tiples mas­tères, elle se forme paral­lè­le­ment au chant lyrique dans la classe du contre ténor Robert Expert, puis avec l’alto Janine Four­rier de l’Opéra de Paris. Elle se dis­tingue dans les rôles de tra­ves­tis (Ché­ru­bin dans les Noces de Figa­ro de Mozart, Fra­go­let­to dans les Bri­gands d’Offenbach, Oreste dans la Belle Helène d’Offenbach), puis dans la can­tate fran­çaise et se pas­sionne pour la musique anglaise (Dow­land, Blow, Pur­cell). Mue par le désir d’inventer de nou­velles formes pour trans­mettre l’actualité inter­na­tio­nale, Cécile de Ker­vas­doué a rejoint en 2013, la rédac­tion du Mouv’.

Benjamin Laurent

Diplô­mé du Conser­va­toire natio­nal supé­rieur de musique et de danse de Paris, Ben­ja­min Laurent, pia­niste, se consacre à la com­po­si­tion et à la direc­tion de chant. Il est chef de chant dans l’opéra Eugène One­guine de Tchai­kovs­ki à l’abbaye de Royau­mont en août 2013, puis en février 2014 dans L’Elisir d’amore de Doni­zet­ti à l’opéra de Monte Car­lo. Pro­fes­seur d’accompagnement, il vient d’intégrer l’atelier lyrique de l’opéra de Paris comme pia­niste chef de chant. Il est l’auteur de plu­sieurs musiques de film.


Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


charlie-jazz-festival-vitrolles

Ça s’affaire à Vitrolles, Bouches-du-Rhône, où un cer­tain Char­lie (Free) met la der­nière touche à son légen­daire fes­ti­val de jazz. Cette 17e édi­tion (4, 5 et 6 juillet) aura lieu comme tou­jours dans le magni­fique domaine de Font­blanche aux pla­tanes tri-cen­te­naires. Le pro­gramme et les infor­ma­tions pra­tiques se trouvent à por­tée de clic, ici. On en reparle ces pro­chains jours.


Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tis­se­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­sique, et sur­tout si vous tâtez du pia­no : ne regar­dez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Puisque vous l’avez voulu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pa­sar-Bali, en Indo­né­sie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­men­cé à jouer du pia­no à six. À sept, il attaque le jazz. À huit, avec ses parents, il démé­nage dans la capi­tale, Dja­kar­ta, afin de mieux étu­dier et se consa­crer au jazz. Il est alors invi­té par l’Unesco à jouer du pia­no solo en pré­sence de Her­bie Han­cock. Comme un pre­mier com­mu­niant invi­té au Vati­can pour dire la messe avec le pape… Je sais, la com­pa­rai­son est osée, et même débile.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce mer­deux sur­doué, ce petit pro­dige même pas (pas encore) pré­ten­tieux, tout juste admi­rable. Si vous foui­nez sur la toile à son pro­pos, vous ver­rez aus­si que ce Joey ne craint pas de devi­ser gra­ve­ment à pro­pos de Bill Evans, John Col­trane, Chick Corea, Brad Mehl­dau et Robert Glas­per… Et, comme vous l’avez consta­té de video-visu, il tutoie The­lo­nious Monk, conver­sant  avec lui autour de minuit. Écœu­rant, je vous dis !


Paco de Lucia (1947-2014)

paco-de-lucia

Paco de Lucía, Fes­ti­val de Timişoa­ra, 2007 [Ph. Cornel]

Le gui­ta­riste espa­gnol Paco de Lucía est mort ce 26 février à Cancún au Mexique. Arrêt du cœur pour l’un des plus grands musi­ciens de son temps. On peut dire qu’il a sor­ti l’art du fla­men­co de sa gangue tra­di­tio­na­liste et même de sa tor­peur fran­quiste. C’est un rac­cour­ci mais qui, cepen­dant, exprime bien une réa­li­té que j’ai par­ta­gée en son temps avec des amis anti-franquistes. 

Fran­co et sa dic­ta­ture s’étaient en effet appro­priés le fla­men­co, ain­si deve­nu une sorte d’art offi­ciel figé dans ses sté­réo­types. En Espagne, jusqu’à la fin des années 70, les radios, sous contrôle, satu­raient leurs audi­teurs de musiques « natio­nales » et folk­lo­ristes, en tête des­quelles trô­nait le fla­men­co. Les oppo­sants à la dic­ta­ture, et les plus jeunes d’entre eux en par­ti­cu­lier finis­saient par vomir cette musique aux relents pro­pa­gan­distes. D’autant plus que cette Espagne de Fran­co, tout comme le Por­tu­gal de Sala­zar, s’étaient cou­pés du reste de l’Europe et, de ce fait, demeu­raient à l’écart du jazz et du rock débar­qués avec les libé­ra­teurs amé­ri­cains. L’irruption de Paco de Lucia dans le champ musi­cal fut ain­si per­çue comme une pro­messe de renou­veau, y com­pris dans le fla­men­co dont il était plei­ne­ment issu et qu’il ne reniait nul­le­ment. Au contraire, il s’y affir­mait comme ins­tru­men­tiste de pre­mier plan et non plus d’accompagnement, doué d’une vir­tuo­si­té épous­tou­flante au ser­vice d’un jeu des plus inven­tifs. Bien­tôt, et peu à peu, Paco de Lucia va décou­vrir le jazz et l’improvisation, puis se rap­pro­cher de musi­ciens de jazz comme le gui­ta­riste texan Lar­ry Coryell – un des pion­niers du jazz-rock, né en 1943 – et le pia­niste Chick Corea (1941), issu de l’émigration latine européenne.

En 1981, il se retrouve avec l’Anglais John McLaugh­lin (1942) et l’Italo-Américain Al Di Meo­la (1954) en un trio qui devien­dra légen­daire ; leur disque Fri­day Night in San Fran­cis­co [cli­quer pour écou­ter] enre­gis­tré à l’issue d’une tour­née mon­diale s’est clas­sé rapi­de­ment par­mi les meilleures ventes de disques de gui­tare ins­tru­men­tale. Il aura ain­si été à la fois un « revi­va­liste » du fla­men­co – notam­ment aux côtés de la grande figure du chant fla­men­co Camarón de la Isla  – et un des révé­la­teurs du jazz-fusion.

De son vrai nom Fran­cis­co Sán­chez Gomez, il était né le 21 décembre 1947 à Alge­si­ras, pro­vince de Cadix. Paco de Lucia aura illu­mi­né la scène musi­cale dans le monde entier. On le voit aus­si dans le Car­men de Car­los Sau­ra. Comme ce der­nier pour le ciné­ma, et éga­le­ment Pedro Almo­do­var ; comme Anto­nio Gades pour la danse ; comme Paco Ibañez pour la chan­son – pour se limi­ter à eux –, Paco de Lucia aura don­né lar­ge­ment sa part au génie artis­tique espagnol.


Aux amateurs de jazz !

Avis aux ama­teurs de jazz !  Vous pour­rez retrou­ver – à par­tir de l’onglet « Jazz » en tête de « C’est pour dire »  – des liens ouvrant mes articles  parus (ordre chro­no­lo­gique) sur le fameux site Citi­zen Jazz. De même, vous pour­rez vous bran­cher sur les sites de Char­lie Free et du Mou­lin à jazz  de Vitrolles pour y suivre pro­grammes et acti­vi­tés diverses. Et que ça swingue !


Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

jazz.-guy-longnon-conservatoire-marseille

Guy Lon­gnon, avec Yves Laplane, en 2011. (Ph. © Yves Scotto)

Le jazz fran­çais, et en par­ti­cu­lier pro­ven­çal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Lon­gnon, mort ce 4 février 2014. Trom­pet­tiste et créa­teur en 1964 de la pre­mière classe de jazz dans un conser­va­toire fran­çais, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a por­té sur les fron­tons du jazz toute une géné­ra­tion de musi­ciens par­mi les­quels Bru­no Ange­li­ni, André Jaume, Raphaël Imbert, Per­rine Man­suy, Pierre Chris­tophe, Alain Soler, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Florens.

Ain­si, le saxo­pho­niste André Jaume se sou­vient de la confé­rence sur le jazz que Guy Lon­gnon pro­non­ça à Mar­seille vers 1960 et dans laquelle il pré­ci­sa clai­re­ment sa pré­fé­rence pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­dence d’avec le pape du Hot Club de France, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cette époque qu’il renon­ça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pelle André Jaume, il en avait assez d’être consi­dé­ré comme « un accom­pa­gna­teur de chan­teur ». Bechet était alors en effet une véri­table star, à l’égal d’une vedette de variétés.

Sans doute est-ce à l’époque de cette confé­rence que Pierre Bar­bi­zet, direc­teur du conser­va­toire de Mar­seille – et immense musi­cien –, l’invite à créer la classe de jazz, pre­mière du genre. Guy Lon­gnon y consa­cre­ra toute sa car­rière. Un péda­gogue « fabu­leux », s’exclame André Jaume, se sou­ve­nant de l’« homme très ouvert à toutes les musiques, du clas­sique au jazz », se réfé­rant sou­vent à Elling­ton, Par­ker, Clif­ford Brown… « Un homme très modeste », sou­ligne encore André Jaume, rap­pe­lant que dans ses cours « il jouait du pia­no, de la contre­basse… mais pas de la trompette ! »

Guy Lon­gnon avait aus­si joué avec Claude Luter, Jean-Claude Foh­ren­bach et Mous­tache.  Élève au Conser­va­toire de Paris dans la classe de vio­lon­celle, il fré­quen­ta Boris Vian et le monde de Saint-Germain-des-Prés.

Claude Gra­vier rap­pelle qu’il avait cha­leu­reu­se­ment encou­ra­gé la créa­tion en 1989 de l’association de Vitrolles Char­lie Free et le Mou­lin à Jazz, qu’il avait sou­te­nus dans la période « noire » de 1997 et l’avait hono­ré de sa pré­sence lors de quelques concerts de ses élèves : André Jaume, Raphaël lmbert, Paul Pio­li, Ber­nard Abeille, Joseph Cri­mi, Phi­lippe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­tian Bon, Yves Laplane…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gilles Suzanne consacrent un savou­reux cha­pitre au cham­bou­le­ment pro­vo­qué par l’arrivée de Guy  Lon­gnon dans la cité pho­céenne. On y découvre une éton­nante facette de Pierre Bar­bi­zet et cet échange :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lance le pia­niste clas­sique. « Ah ben oui »,  répond le jaz­zeux. « Alors on va faire une classe de jazz », pro­pose Bar­bi­zet. L’affaire est lan­cée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­cise : « J’étais com­plè­te­ment ahu­ri parce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­sible du jazz. »

L’affaire ne fut pas simple, ni sans péri­pé­ties, ain­si que le racontent les auteurs. Mais la des­cen­dance est assu­rée puisque la classe de jazz conti­nue de vivre sous la direc­tion du trom­bo­niste Phi­lippe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui porte le nom de la salle jazz du conser­va­toire, a récem­ment enre­gis­tré un hom­mage au maître.

–––           

La dis­co­gra­phie de Guy Lon­gnon dans Wiki­pe­dia ne men­tionne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Claude Luter et son orchestre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ride !, 52e Rue Est

– 1994 : Cyclades (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jaume signale un disque en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sara­to­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­po­sé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Oklahoma

– 1952 : Chi­ca­go-digest

–––

Ne pas confondre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trom­pet­tiste, pia­niste, chan­teur, com­po­si­teur de renom (né en 1953).

–––

La céré­mo­nie des obsèques aura lieu le mar­di 11 février à 14h30 au cré­ma­to­rium du cime­tière Saint-Pierre de Marseille.


L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décembre 2010, place Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumières, place aux illu­mi­na­tions. Sur­gi d’on ne sait où, un drôle de type, allure de diable roux, pou­mons entre les mains. C’est Arnaud Méthi­vier. Décro­chez donc, au moins pour ces cinq minutes magiques !

On peut lire aus­si : Arnot­to ou la greffe cœurs-poumons


De ce bois japonais dont on fait du Bach

Une forêt, du bois, du bois taillé, une boule en bois. Une idée folle, du génie, de la volon­té et beau­coup de tra­vail en plus d’un grand sens artis­tique. Tant pis si de la pub vient para­si­ter la fin de cet éton­nant par­cours musical.

Des Japo­nais ont ain­si construit (et fil­mé) en pleine forêt un xylo­phone en pente, qu’une boule en bois va par­cou­rir par gra­vi­ta­tion en jouant « Jésus que ma joie demeure » de Jean-Sébas­tien Bach.

Une per­for­mance extra­or­di­naire lorsque l’on sait que la lon­gueur de chaque lamelle, taillée en V pour main­te­nir la balle, doit être cal­cu­lée pour jouer la bonne note et la bonne durée.


Ibrahim Maalouf entre parking et platanes du Charlie Jazz Festival

Un banal sous-sol de par­king, cinq palettes en bois, une gratte et son ampli ; enfin une trom­pette et son souf­fleur. Et quand même une bonne dose de talent. Il n’en fal­lait pas plus à Ibra­him Maa­louf et Fran­çois Del­porte pour faire jaillir la musique, de celle qui vient des pro­fon­deurs, bien en deçà du par­king de Télé­ra­ma.

Le trom­pet­tiste fran­co-liba­nais vient de sor­tir un nou­veau disque, Wind, qui s’inspire d’un film de René Clair, La Proie du vent, un film muet de 1926. Il y est ques­tion d’un pilote pris dans une tem­pête et for­cé d’atterrir dans un parc du châ­teau. Il tombe amou­reux de la maî­tresse des lieux… Com­ment en vient-on à com­po­ser du jazz là-des­sus ? Com­ment Miles com­po­sa, à la volée, la bande ori­gi­nale d’Ascen­seur pour l’échafaud ?

Si vous vou­lez com­prendre ce genre de mys­tère, pre­nez date : Ibra­him Maa­louf joue­ra avec son quin­tette le same­di 6 juillet au Char­lie Jazz Fes­ti­val de Vitrolles.

L’occasion de faire aus­si le lien, le ven­dre­di 5, avec Mar­seille-Pro­vence 2013 et le concert don­né par le Medi­ter­ra­nean Char­lie Orches­tra, alliage pro­met­teur entre l’Orchestre des Jeunes de la Médi­ter­ra­née et la com­pa­gnie Nine Spi­rit – soit une tren­taine de musi­ciens enle­vés par le saxo­pho­niste et com­po­si­teur Raphaël Imbert.

Le fes­ti­val pren­dra fin le dimanche 7 avec le quar­tet d’Avi­shaï Cohen, contre­bas­siste pétillant. Il rem­place ain­si le trom­pet­tiste Roy Har­grove, obli­gé d’annuler sa tour­née pour rai­son de santé.

Pro­gramme com­plet du Char­lie Jazz Fes­ti­val et réser­va­tion : http://charliejazzfestival.com/


Ibra­him Maa­louf en Télé­ra­ma garage Ses­sion par tele­ra­ma

Lire aus­si l’entretien avec Ibra­him Maa­louf sur CitizenJazz.com


1, 2 et 3 juillet à Vitrolles (13). Le jazz rêvé de Charlie


Font­blanche à Vitrolles, comme une décou­verte a prio­ri inat­ten­due – gaffe aux a prio­ri ! Peut-on en effet rêver plus idyl­lique lieu que ce parc et ses pla­tanes monu­men­taux pour écou­ter du jazz ? C’est bien dans ce joyau de ver­dure bor­dé de sa rivière , près d’Aix et Mar­seille, que  se tien­dra le qua­tor­zième Char­lie Jazz Fes­ti­val. Trois soi­rées pour chan­ger de monde – et peut-être un peu chan­ger le monde aus­si. Même si ça ne dépend pas que de la musique, vue la caco­pho­nie ter­restre… Rai­son de plus pour en pro­fi­ter. Voi­ci le pro­gramme, que vous pou­vez aus­si télé­char­ger ici.

Vous pou­vez éga­le­ment le décou­vrir et écou­ter des extraits musi­caux à par­tir des liens ci-dessous :

Ven­dre­di 1er Juillet
19h00 - Haï­dou­ti Orkestar
21h00 - MEANDRES invite Bart MARIS [Créa­tion]
< 22h15 - Charles LLOYD New Quar­tet (Retrans­mis sur France Musique)

Same­di 2 Juillet
18h00 - Rétro­vi­seur
19h30 - Haï­dou­ti Orkestar
< 21h00 - Joa­chim KÜHN, Majid BEKKAS, Ramon LOPEZ (Retrans­mis sur France Musique)
22h15 - Majid BEKKAS Sex­tet « Makenba »

Dimanche 3 Juillet
18h00 - Sido­ny Box
19h30 - Ban­da du Dock
21h00 - Musi­ca Nuda
< 22h15 - Orchestre Natio­nal de Jazz « Shut Up and Dance »

 

« Eco Fes­ti­val » avec res­tau­ra­tion sur place et expos pho­tos. Le par­cours d’accès est fléché.

Deux scènes à la décou­verte du jazz d’aujourd’hui – et même de demain.

Site du fes­ti­val : http://charliejazzfestival.com/

[Pho­tos Gérard Tissier]


Archie Shepp en « Maradona du jazz » chez des rappeurs d’Aix-en-Provence

archie-shepp-rappeurs-aix-en-provence

© Ph. Gérard Tissier

C’est une belle aven­ture débu­tée à l’automne. Son point d’orgue, si on ose dire : cette prin­ta­nière soi­rée du 6 mai 2011, un same­di, dans un quar­tier d’Aix-en-Provence. Et quand on dit « quar­tier » on croit avoir assez sous-enten­du, ce qui est pire que tout.

Donc ce soir-là, au Jas de Bouf­fan, nom du quar­tier péri-urbain, Archie Shepp avait ren­dez-vous avec une bande de jeunes – à moins que ce ne soit l’inverse -, mais aus­si un public, ras­sem­blé dans la salle bon­dée du Bois de l’Aune : un tiers de spec­ta­teurs venus en voi­sins, sup­por­teurs des leurs, le reste de plus loin, connais­seurs, curieux et bour­geois ordi­naires. Tel était l’aboutissement de ce « Jazz-lab 1 », com­men­cé à l’automne avec l’intention de mêler, mixer, mélan­ger, métis­ser quelques ingré­dients de la culture d’aujourd’hui.

[…] Suite sur Citi­zen Jazz, làhttp://www.citizenjazz.com/Jazzlab-1-a-Aix-Archie-Shepp-en.html

 


J.-S. Bach, Moebius et sa bande

Mou­lin à jazz, Vitrolles, 21 mai 2011. Jean-Charles Richard s’échauffe au saxo bary­ton avec la Suite n°1 pour vio­lon­celle de Jean-Sébas­tien Bach. Ph. gp

La musique, peut-être plus et autre­ment que les autres formes d’expression, repré­sente cet exploit de réunir le beau et l’insondable. En d’autres termes, l’harmonie et le cos­mos, l’émotion et la rai­son, l’art et l’intelligence, la poé­sie et les mathé­ma­tiques. Le petit film (dans la durée : 4 mn) visible ci-des­sous illustre à mer­veille le génie de Jean-Sébas­tien Bach, musi­cien tutoyant le « divin » (les guille­mets pour déli­mi­ter le champ de la croyance – son chant aus­si…). Un film à la fois péda­go­gique & magique, dans les limites de cette « magie » par­cou­rue par des four­mis sur la bande de Moe­bius (film sui­vant).

 

C’est à par­tir de ce ruban de Moe­bius que le cher­cheur dar­wi­nien Patrick Tort (L’effet Dar­win, Seuil)  construit son concept d’« effet réver­sif » de l’évolution par lequel il explique « non théo­lo­gi­que­ment » l’émergence chez l’Homme de la liber­té et de la soli­da­ri­té sociale. Vaste sujet…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

    • 0
    • 1 119
    • 468
    • 8 869
    • 42 419
    • 1 594
    • 3 575
  • Calendrier

    septembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Août  
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress