On n'est pas des moutons

Musique


Fin de partition pour le pianiste John Taylor

IMGP8546_John Taylor

© Gérard Tissier — 2015

Il s’en est allé en musique, en jazz, effon­dré sur son clavier. Fin du morceau, fin finale, et sans rap­pel. C’était ce ven­dre­di 17 juil­let, au Saveurs Jazz Fes­ti­val à Seg­ré près d’Angers. John Tay­lor n’a pas survécu à une crise car­diaque, il est mort le lende­main. C’était un fameux com­pos­i­teur et pianiste anglais, né en 42 à Man­ches­ter – il aurait eu 73 ans en sep­tem­bre prochain. Il tour­nait avec le quar­tet de Stéphane Kerec­ki (com­po­si­tion, con­tre­basse), aux côtés d’Émile Parisien (sopra­no) et Fab­rice More­au (bat­terie).

Auto­di­dacte, John Tay­lor avait forgé son style pro­pre en dehors des écoles, et auprès des meilleurs jazzmen, comme notam­ment son com­pa­tri­ote le sax­o­phon­iste John Sur­man. Il jouera aus­si avec Lee Konitz, Gil Evans, Ken­ny Wheel­er et la chanteuse Nor­ma Win­stone, qui devien­dra sa pre­mière épouse. Sa discogra­phie est des plus fournies, notam­ment chez ECM pour lequel, à l’occasion de son soix­an­tième anniver­saire, il enreg­istre le mag­nifique Ross­lyn en trio avec le con­tre­bassiste Marc John­son et le bat­teur Joey Baron.

Pianiste sub­til, au jeu plutôt intérieur, loin du démon­stratif, on pour­rait – sans réduire sa réelle orig­i­nal­ité – le rat­tach­er à la lignée des Bill Evans et Paul Bley, où l’on retrou­ve aus­si l’Américaine Marylin Crispell. Il aura par­cou­ru les vagues suc­ces­sives du jazz « mod­erne », du hard bop au free, sans se dépar­tir d’une vraie con­ti­nu­ité musi­cale hors chapelles.

IMGP8541_John Taylor- JC Richard-S Kerecki-F Moreau

Invité par le Moulin à Jazz de Vit­rolles, le 23 mai 2015, John Tay­lor aux côtés de Jean-Charles Richard, Stéphane Kerec­ki, Fab­rice More­au. © Gérard Tissier.

Il avait trou­vé toute sa place dans le mag­nifique quar­tet de Stephane Kerec­ki et son pro­gramme Nou­velle Vague inspiré du ciné­ma, bien sûr, et de musiques de films. C’est avec ce pro­gramme (Jean-Charles Richard rem­plaçait alors Émile Parisien) qu’il était venu en mai dernier au Théâtre de Font­blanche à Vit­rolles, invité par le Moulin à Jazz.

En plus de ses tal­ents musi­caux, John Tay­lor mêlait joie de vivre et humour, british of course – en quoi il savait aus­si appréci­er un blanc de Provence (entre autres, car il vivait en France) et partager une bonne blague d’un rire explosif.


Mort d’Eddy Louiss. Un grand de l’orgue Hammond, mais pas seulement

eddy-louiss

Avec la Mul­ti­col­or Feel­ing Fan­fare, au Paris Jazz Fes­ti­val 2011 (Parc flo­ral de Paris). Ph. Myra­bel­la / Wiki­me­dia Com­mons

Organ­iste, pianiste, chanteur ; et aus­si trompet­tiste, per­cus­sion­niste , chef d’orchestre et com­pos­i­teur : Eddy Louiss vient de mourir à l’âge de 74 ans et avec lui dis­paraît une grande fig­ure du jazz, du jazz français en par­ti­c­uli­er. Il était malade depuis quelques années et, ces derniers temps, ne répondait même plus aux appels télé­phoniques de ses amis, comme Bernard Lubat notam­ment, avec qui il avait joué et chan­té surtout dans le groupe des Dou­ble Six, aux côtés de sa fon­da­trice Mimi Per­rin, de Roger Guérin, Ward Swingle et Chris­tiane Legrand. [Voir ici à pro­pos de Mimi Per­rin, morte en 2010 : Mimi Per­rin, comme un pin­son du jazz ]

Edouard Louise, de son vrai nom, naît à Paris le 22 mai 1941. Son père, Pierre, d’origine mar­tini­quaise, est trompet­tiste et l’entraîne très jeune dans des tournées esti­vales où il s’imprègne de la musique dite « typ­ique » : rum­ba, paso-doble, cha-cha-cha. Il décou­vre bien­tôt le jazz et tâte d’instruments comme la trompette, le vibra­phone – et l’orgue Ham­mond, qui devien­dra son instru­ment d’élection. À seize ans, il fait le bœuf avec Jean-François Jen­ny-Clark et Aldo Romano. Plus tard, il enreg­istre avec Daniel Humair – il for­mera avec lui et Jean-Luc Pon­ty le trio HLP), accom­pa­gne Nicole Croisille au bugle (Fes­ti­val d’Antibes, 1963), puis Claude Nougaro à l’orgue pen­dant treize ans. Il ne rechigne pas à la var­iété (avec Hen­ri Sal­vador, Charles Aznavour, Bar­bara, Serge Gains­bourg, Jacques Higelin), se lance dans un octette (avec le vio­loniste Dominique Pifaré­ly), s’adjoint une fan­fare de cinquante musi­ciens pro­fes­sion­nels et ama­teurs… En 1994, il enreg­istre en duo avec Michel Petruc­ciani deux disque fameux, Con­férence de Presse (Drey­fus Jazz) [extrait ci-dessous]. Il joue égale­ment avec Richard Gal­liano, en duo et en orchestre (sou­venir de Mar­ci­ac, je ne sais plus quand au juste…) En 2000, la mal­adie le con­traint à s’éclipser jusqu’en 2010 où il enreg­istre à nou­veau en stu­dio, se pro­duit à l’Olympia et enfin en 2011, au Paris Jazz Fes­ti­val, sa dernière appari­tion publique.

Musi­cien de tous les reg­istres, ain­si qu’il a été sou­vent qual­i­fié, à l’image de son ouver­ture « mul­ti­col­ore » – rap­pelons sa série de con­certs inti­t­ulée Mul­ti­col­or Feel­ing. Il s’était don­né aus­si bien dans les impro­vi­sa­tions avec les John Sur­man, Michel Por­tal et Bernard Lubat, que dans les rythmes afro-caraïbéens ou les enreg­istrements en re-record­ing au clavier (Sang mêlé). Il était aus­si un des con­tin­u­a­teurs de Jim­my Smith, maître du Ham­mond, instru­ment de finesse et de fougue (pour ne pas dire de fugue…) qui va si bien au jazz, où il est devenu plutôt rare. La dis­pari­tion d’Eddy Louiss ne va rien arranger.

Un doc­u­ment de l’Ina du 26 mars 1970 Eddy Louiss à l’orgue et Daniel Humair à la bat­terie inter­prè­tent “Tris­teza”. Dif­fusé par l’ORTF dans l’émission Jazz en France, présen­tée par André Fran­cis. Tout le monde avait 45 ans de moins… Le son laisse à désir­er. Cet extrait  de Caraïbes (Drey­fus Jazz), avec Michel Petruc­ciani, est meilleur : 

[audio:https://c-pour-dire.com/wp-content/1audio/Caraiibes.mp3|titles=Eddy Louiss — Caraibes|autostart=no]

Tou­jours les meilleurs qui par­tent”, comme il se dit bête­ment… Dans cette caté­gorie, j’ai “raté” le départ, le 11 juin dernier, d’Ornette Cole­man, un his­torique du jazz s’il en est. Rat­tra­page avec cet arti­cle sur Cit­i­zen­Jazz


Le KamaTsipras, nouvel hymne gréco-européen

Le KamaT­sipras ? C’est le titre de l’actualité chan­tée de Cécile de Ker­vas­doué et Ben­jamin Lau­rent, mer­cre­di sur France Musique dans l’émission La Mati­nale cul­turelle, de Vin­cent Josse. L’actualité, c’est évidem­ment l’élection grecque et la vic­toire de Samoth­race – euh, seule­ment de Tsipras, mais déjà sculp­té dans le mar­bre médi­a­tique. Pourvu qu’il résiste à l’érosion des pou­voirs.

Alexis_Tsipras

Kama qui veut dire désir et Tsipras du nom du nou­veau chef du gou­verne­ment grec. Pre­mier homme poli­tique d’extrême gauche à diriger un pays de l’Union Européenne, Alex­is Tsipras, 40 ans, s’est fait élire tri­om­phale­ment dimanche soir sur un pro­gramme anti-austérité anti-dette et anti-Union Européenne. Ça n’empêche pas de nom­breux européens de suc­comber à son charme.

Texte et inter­pré­ta­tion de cette par­o­die musi­cale et poli­tique valent leur pesant son-or-e : ci-dessous :

KamaT­sipras”

Chant 1

Il a le regard fier
Un sourire enjôleur
Il ouvre une nou­velle ère
Pour des mil­lions de chômeurs
Finie l’austérité
Nous pour­rons nous chauf­fer
Nous soign­er, nous édu­quer
Et peut être tra­vailler
Vic­toire Vic­toire
C’est la vic­toire de Tsipras c’est la vic­toire de Tsipras c’est la vic­toire de Tsipras
Finis tous ces voy­ous
Qui nous piquent tous nos sous
Tous ces Papan­dreous
Qui vivent grâce à nous
Gloire Gloire
Gloire Au nou­v­el apol­lon, gloire au nou­v­el apol­lon, gloire au nou­v­el apol­lon.
Finis les libéraux
Les impôts et l’euro
Grâce à notre héros
On remet la dette à zéro

Chant 2

Kamat­sipras Kamat­sipras

Chant 3

Je n’céderai pas à ce Pri­a­pe
Je ne veux pas de ces agapes
Il voudrait me tourn­er la tête
Mais pas ques­tion d’effacer sa dette

Chant 4

J’vais vous appren­dre à danser
J’vais vous appren­dre à lut­ter
Pour la sol­i­dar­ité
J’vais vous appren­dre à m’aimer! 

Cécile de Kervasdoué

Capa­ble de lire dans cinq langues, tit­u­laire de mul­ti­ples mas­tères, elle se forme par­al­lèle­ment au chant lyrique dans la classe du con­tre ténor Robert Expert, puis avec l’alto Janine Four­ri­er de l’Opéra de Paris. Elle se dis­tingue dans les rôles de trav­es­tis (Chéru­bin dans les Noces de Figaro de Mozart, Frago­let­to dans les Brig­ands d’Offenbach, Oreste dans la Belle Helène d’Offenbach), puis dans la can­tate française et se pas­sionne pour la musique anglaise (Dow­land, Blow, Pur­cell). Mue par le désir d’inventer de nou­velles formes pour trans­met­tre l’actualité inter­na­tionale, Cécile de Ker­vas­doué a rejoint en 2013, la rédac­tion du Mouv’.

Benjamin Laurent

Diplômé du Con­ser­va­toire nation­al supérieur de musique et de danse de Paris, Ben­jamin Lau­rent, pianiste, se con­sacre à la com­po­si­tion et à la direc­tion de chant. Il est chef de chant dans l’opéra Eugène Oneguine de Tchaikovs­ki à l’abbaye de Roy­au­mont en août 2013, puis en févri­er 2014 dans L’Elisir d’amore de Donizetti à l’opéra de Monte Car­lo. Pro­fesseur d’accompagnement, il vient d’intégrer l’atelier lyrique de l’opéra de Paris comme pianiste chef de chant. Il est l’auteur de plusieurs musiques de film.


Jazz à Vitrolles (13). Charlie met la dernière touche


charlie-jazz-festival-vitrolles

Ça s’affaire à Vit­rolles, Bouch­es-du-Rhône, où un cer­tain Char­lie (Free) met la dernière touche à son légendaire fes­ti­val de jazz. Cette 17e édi­tion (4, 5 et 6 juil­let) aura lieu comme tou­jours dans le mag­nifique domaine de Font­blanche aux pla­tanes tri-cen­te­naires. Le pro­gramme et les infor­ma­tions pra­tiques se trou­vent à portée de clic, ici. On en repar­le ces prochains jours.


Musique. Ne regardez pas cette vidéo, elle est écœurante !

Aver­tisse­ment solen­nel ! Amis musi­ciens, ama­teurs de jazz et/ou de clas­sique, et surtout si vous tâtez du piano : ne regardez pas cette vidéo, elle est écœu­rante !

Puisque vous l’avez voulu :

Joey  Alexan­der est né… en 2003 à Den­pasar-Bali, en Indonésie. Il n’a donc que dix ans ! Il a com­mencé à jouer du piano à six. À sept, il attaque le jazz. À huit, avec ses par­ents, il démé­nage dans la cap­i­tale, Djakar­ta, afin de mieux étudi­er et se con­sacr­er au jazz. Il est alors invité par l’Unesco à jouer du piano solo en présence de Her­bie Han­cock. Comme un pre­mier com­mu­ni­ant invité au Vat­i­can pour dire la messe avec le pape… Je sais, la com­para­i­son est osée, et même débile.

C’est qu’il est plus qu’agaçant ce merdeux sur­doué, ce petit prodi­ge même pas (pas encore) pré­ten­tieux, tout juste admirable. Si vous fouinez sur la toile à son pro­pos, vous ver­rez aus­si que ce Joey ne craint pas de devis­er grave­ment à pro­pos de Bill Evans, John Coltrane, Chick Corea, Brad Mehldau et Robert Glasper… Et, comme vous l’avez con­staté de video-visu, il tutoie Thelo­nious Monk, con­ver­sant  avec lui autour de minu­it. Écœu­rant, je vous dis !


Paco de Lucia (1947–2014)

paco-de-lucia

Paco de Lucía, Fes­ti­val de Tim­işoara, 2007 [Ph. Cor­nel]

Le gui­tariste espag­nol Paco de Lucía est mort ce 26 févri­er à Can­cún au Mex­ique. Arrêt du cœur pour l’un des plus grands musi­ciens de son temps. On peut dire qu’il a sor­ti l’art du fla­men­co de sa gangue tra­di­tion­al­iste et même de sa tor­peur fran­quiste. C’est un rac­cour­ci mais qui, cepen­dant, exprime bien une réal­ité que j’ai partagée en son temps avec des amis anti-fran­quistes.

Fran­co et sa dic­tature s’étaient en effet appro­priés le fla­men­co, ain­si devenu une sorte d’art offi­ciel figé dans ses stéréo­types. En Espagne, jusqu’à la fin des années 70, les radios, sous con­trôle, sat­u­raient leurs audi­teurs de musiques « nationales » et folk­loristes, en tête desquelles trô­nait le fla­men­co. Les opposants à la dic­tature, et les plus jeunes d’entre eux en par­ti­c­uli­er finis­saient par vom­ir cette musique aux relents pro­pa­gan­distes. D’autant plus que cette Espagne de Fran­co, tout comme le Por­tu­gal de Salazar, s’étaient coupés du reste de l’Europe et, de ce fait, demeu­raient à l’écart du jazz et du rock débar­qués avec les libéra­teurs améri­cains. L’irruption de Paco de Lucia dans le champ musi­cal fut ain­si perçue comme une promesse de renou­veau, y com­pris dans le fla­men­co dont il était pleine­ment issu et qu’il ne reni­ait nulle­ment. Au con­traire, il s’y affir­mait comme instru­men­tiste de pre­mier plan et non plus d’accompagnement, doué d’une vir­tu­osité épous­tou­flante au ser­vice d’un jeu des plus inven­tifs. Bien­tôt, et peu à peu, Paco de Lucia va décou­vrir le jazz et l’improvisation, puis se rap­procher de musi­ciens de jazz comme le gui­tariste tex­an Lar­ry Coryell – un des pio­nniers du jazz-rock, né en 1943 – et le pianiste Chick Corea (1941), issu de l’émigration latine européenne.

En 1981, il se retrou­ve avec l’Anglais John McLaugh­lin (1942) et l’Italo-Américain Al Di Meo­la (1954) en un trio qui devien­dra légendaire ; leur disque Fri­day Night in San Fran­cis­co [cli­quer pour écouter] enreg­istré à l’issue d’une tournée mon­di­ale s’est classé rapi­de­ment par­mi les meilleures ventes de dis­ques de gui­tare instru­men­tale. Il aura ain­si été à la fois un « revival­iste » du fla­men­co – notam­ment aux côtés de la grande fig­ure du chant fla­men­co Camarón de la Isla  – et un des révéla­teurs du jazz-fusion.

De son vrai nom Fran­cis­co Sánchez Gomez, il était né le 21 décem­bre 1947 à Alge­sir­as, province de Cadix. Paco de Lucia aura illu­miné la scène musi­cale dans le monde entier. On le voit aus­si dans le Car­men de Car­los Saura. Comme ce dernier pour le ciné­ma, et égale­ment Pedro Almod­ovar ; comme Anto­nio Gades pour la danse ; comme Paco Ibañez pour la chan­son – pour se lim­iter à eux –, Paco de Lucia aura don­né large­ment sa part au génie artis­tique espag­nol.


Aux amateurs de jazz !

Avis aux ama­teurs de jazz !  Vous pour­rez retrou­ver – à par­tir de l’onglet “Jazz” en tête de « C’est pour dire »  – des liens ouvrant mes arti­cles  parus (ordre chronologique) sur le fameux site Cit­i­zen Jazz. De même, vous pour­rez vous branch­er sur les sites de Char­lie Free et du Moulin à jazz  de Vit­rolles pour y suiv­re pro­grammes et activ­ités divers­es. Et que ça swingue !


Guy Longnon est mort à Marseille. Le premier, il avait apporté le jazz dans un conservatoire

jazz.-guy-longnon-conservatoire-marseille

Guy Longnon, avec Yves Laplane, en 2011. (Ph. © Yves Scot­to)

Le jazz français, et en par­ti­c­uli­er provençal, ne serait pas ce qu’il est sans Guy Longnon, mort ce 4 févri­er 2014. Trompet­tiste et créa­teur en 1964 de la pre­mière classe de jazz dans un con­ser­va­toire français, en l’occurrence celui de Mar­seille, il a porté sur les fron­tons du jazz toute une généra­tion de musi­ciens par­mi lesquels Bruno Angeli­ni, André Jaume, Raphaël Imbert, Per­rine Man­suy, Pierre Christophe, Alain Sol­er, Jean-Paul Flo­rens, Hen­ri Flo­rens.

Ain­si, le sax­o­phon­iste André Jaume se sou­vient de la con­férence sur le jazz que Guy Longnon prononça à Mar­seille vers 1960 et dans laque­lle il pré­cisa claire­ment sa préférence pour le be-bop, mar­quant ain­si sa dis­si­dence d’avec le pape du Hot Club de France, Hugues Panas­sié. C’est aus­si à cette époque qu’il renonça à jouer avec Sid­ney Bechet car, rap­pelle André Jaume, il en avait assez d’être con­sid­éré comme « un accom­pa­g­na­teur de chanteur ». Bechet était alors en effet une véri­ta­ble star, à l’égal d’une vedette de var­iétés.

Sans doute est-ce à l’époque de cette con­férence que Pierre Bar­bi­zet, directeur du con­ser­va­toire de Mar­seille – et immense musi­cien –, l’invite à créer la classe de jazz, pre­mière du genre. Guy Longnon y con­sacr­era toute sa car­rière. Un péd­a­gogue « fab­uleux », s’exclame André Jaume, se sou­venant de l’« homme très ouvert à toutes les musiques, du clas­sique au jazz », se référant sou­vent à Elling­ton, Park­er, Clif­ford Brown… « Un homme très mod­este », souligne encore André Jaume, rap­pelant que dans ses cours « il jouait du piano, de la con­tre­basse… mais pas de la trompette ! »

Guy Longnon avait aus­si joué avec Claude Luter, Jean-Claude Fohren­bach et Mous­tache.  Élève au Con­ser­va­toire de Paris dans la classe de vio­lon­celle, il fréquen­ta Boris Vian et le monde de Saint-Ger­main-des-Prés.

Claude Gravier rap­pelle qu’il avait chaleureuse­ment encour­agé la créa­tion en 1989 de l’association de Vit­rolles Char­lie Free et le Moulin à Jazz, qu’il avait soutenus dans la péri­ode « noire » de 1997 et l’avait hon­oré de sa présence lors de quelques con­certs de ses élèves : André Jaume, Raphaël lmbert, Paul Pioli, Bernard Abeille, Joseph Cri­mi, Philippe Renault, Hen­ri Flo­rens, Chris­t­ian Bon, Yves Laplane…

Dans leur pas­sion­nant livre À fond de cale (éd. Wild­pro­ject) sur le jazz à Mar­seille, Michel Sam­son et Gilles Suzanne con­sacrent un savoureux chapitre au cham­boule­ment provo­qué par l’arrivée de Guy  Longnon dans la cité phocéenne. On y décou­vre une éton­nante facette de Pierre Bar­bi­zet et cet échange :

« Ah ! alors tu es v’nu ? » lance le pianiste clas­sique. « Ah ben oui »,  répond le jazzeux. « Alors on va faire une classe de jazz », pro­pose Bar­bi­zet. L’affaire est lancée, mais en 2010, l’ancien prof de jazz pré­cise : « J’étais com­plète­ment ahuri parce que, pour moi, il n’y avait pas d’enseignement pos­si­ble du jazz. »

L’affaire ne fut pas sim­ple, ni sans péripéties, ain­si que le racon­tent les auteurs. Mais la descen­dance est assurée puisque la classe de jazz con­tin­ue de vivre sous la direc­tion du trom­bon­iste Philippe Renault, tan­dis le « D6 », octette/nonette qui porte le nom de la salle jazz du con­ser­va­toire, a récem­ment enreg­istré un hom­mage au maître.

–––           

La discogra­phie de Guy Longnon dans Wikipedia ne men­tionne que peu d’enregistrements :

– 1952 : Sid­ney Bechet avec Claude Luter et son orchestre, Blue Note Records

– 1984 : Tor­ride !, 52e Rue Est

– 1994 : Cyclades (JMS)

– 2000 : Clas­sic Jazz at Saint-Ger­main-des-Prés, Uni­ver­sal

André Jaume sig­nale un disque en quar­tet avec Don Byas, sous le titre Sarato­ga Hound Jazz.

Il a aus­si com­posé pour le ciné­ma, dans deux films de Paul Paviot :

– 1951 : Ter­reur en Okla­homa

– 1952 : Chica­go-digest

–––

Ne pas con­fon­dre Guy et son neveu Jean-Loup, lui aus­si trompet­tiste, pianiste, chanteur, com­pos­i­teur de renom (né en 1953).

–––

La céré­monie des obsèques aura lieu le mar­di 11 févri­er à 14h30 au cré­ma­to­ri­um du cimetière Saint-Pierre de Mar­seille.


L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décem­bre 2010, place Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumières, place aux illu­mi­na­tions. Sur­gi d’on ne sait où, un drôle de type, allure de dia­ble roux, poumons entre les mains. C’est Arnaud Méthivi­er. Décrochez donc, au moins pour ces cinq min­utes mag­iques !

On peut lire aus­si : Arnot­to ou la greffe cœurs-poumons


De ce bois japonais dont on fait du Bach

Une forêt, du bois, du bois tail­lé, une boule en bois. Une idée folle, du génie, de la volon­té et beau­coup de tra­vail en plus d’un grand sens artis­tique. Tant pis si de la pub vient par­a­siter la fin de cet éton­nant par­cours musi­cal.

Des Japon­ais ont ain­si con­stru­it (et filmé) en pleine forêt un xylo­phone en pente, qu’une boule en bois va par­courir par grav­i­ta­tion en jouant « Jésus que ma joie demeure » de Jean-Sébastien Bach.

Une per­for­mance extra­or­di­naire lorsque l’on sait que la longueur de chaque lamelle, tail­lée en V pour main­tenir la balle, doit être cal­culée pour jouer la bonne note et la bonne durée.


Ibrahim Maalouf entre parking et platanes du Charlie Jazz Festival

Un banal sous-sol de park­ing, cinq palettes en bois, une grat­te et son ampli ; enfin une trompette et son souf­fleur. Et quand même une bonne dose de tal­ent. Il n’en fal­lait pas plus à Ibrahim Maalouf et François Del­porte pour faire jail­lir la musique, de celle qui vient des pro­fondeurs, bien en deçà du park­ing de Téléra­ma.

Le trompet­tiste fran­co-libanais vient de sor­tir un nou­veau disque, Wind, qui s’inspire d’un film de René Clair, La Proie du vent, un film muet de 1926. Il y est ques­tion d’un pilote pris dans une tem­pête et for­cé d’atterrir dans un parc du château. Il tombe amoureux de la maîtresse des lieux… Com­ment en vient-on à com­pos­er du jazz là-dessus ? Com­ment Miles com­posa, à la volée, la bande orig­i­nale d’Ascenseur pour l’échafaud ?

Si vous voulez com­pren­dre ce genre de mys­tère, prenez date : Ibrahim Maalouf jouera avec son quin­tette le same­di 6 juil­let au Char­lie Jazz Fes­ti­val de Vit­rolles.

L’occasion de faire aus­si le lien, le ven­dre­di 5, avec Mar­seille-Provence 2013 et le con­cert don­né par le Mediter­ranean Char­lie Orches­tra, alliage promet­teur entre l’Orchestre des Jeunes de la Méditer­ranée et la com­pag­nie Nine Spir­it – soit une trentaine de musi­ciens enlevés par le sax­o­phon­iste et com­pos­i­teur Raphaël Imbert.

Le fes­ti­val pren­dra fin le dimanche 7 avec le quar­tet d’Avishaï Cohen, con­tre­bassiste pétil­lant. Il rem­place ain­si le trompet­tiste Roy Har­grove, obligé d’annuler sa tournée pour rai­son de san­té.

Pro­gramme com­plet du Char­lie Jazz Fes­ti­val et réser­va­tion : http://charliejazzfestival.com/


Ibrahim Maalouf en Téléra­ma garage Ses­sion par tel­era­ma

Lire aus­si l’entretien avec Ibrahim Maalouf sur CitizenJazz.com


1, 2 et 3 juillet à Vitrolles (13). Le jazz rêvé de Charlie


Font­blanche à Vit­rolles, comme une décou­verte a pri­ori inat­ten­due – gaffe aux a pri­ori ! Peut-on en effet rêver plus idyllique lieu que ce parc et ses pla­tanes mon­u­men­taux pour écouter du jazz ? C’est bien dans ce joy­au de ver­dure bor­dé de sa riv­ière , près d’Aix et Mar­seille, que  se tien­dra le qua­torz­ième Char­lie Jazz Fes­ti­val. Trois soirées pour chang­er de monde – et peut-être un peu chang­er le monde aus­si. Même si ça ne dépend pas que de la musique, vue la cacoph­o­nie ter­restre… Rai­son de plus pour en prof­iter. Voici le pro­gramme, que vous pou­vez aus­si télécharg­er ici.

Vous pou­vez égale­ment le décou­vrir et écouter des extraits musi­caux à par­tir des liens ci-dessous :

Ven­dre­di 1er Juil­let
19h00 — Haïd­outi Orkestar
21h00 — MEANDRES invite Bart MARIS [Créa­tion]
< 22h15 — Charles LLOYD New Quar­tet (Retrans­mis sur France Musique)

Same­di 2 Juil­let
18h00 — Rétro­viseur
19h30 — Haïd­outi Orkestar
< 21h00 — Joachim KÜHN, Majid BEKKAS, Ramon LOPEZ (Retrans­mis sur France Musique)
22h15 — Majid BEKKAS Sex­tet « Mak­en­ba »

Dimanche 3 Juil­let
18h00 — Sidony Box
19h30 — Ban­da du Dock
21h00 — Musi­ca Nuda
< 22h15 — Orchestre Nation­al de Jazz « Shut Up and Dance »

 

Eco Fes­ti­val” avec restau­ra­tion sur place et expos pho­tos. Le par­cours d’accès est fléché.

Deux scènes à la décou­verte du jazz d’aujourd’hui – et même de demain.

Site du fes­ti­val : http://charliejazzfestival.com/

[Pho­tos Gérard Tissier]


Archie Shepp en « Maradona du jazz » chez des rappeurs d’Aix-en-Provence

archie-shepp-rappeurs-aix-en-provence

© Ph. Gérard Tissier

C’est une belle aven­ture débutée à l’automne. Son point d’orgue, si on ose dire : cette print­anière soirée du 6 mai 2011, un same­di, dans un quarti­er d’Aix-en-Provence. Et quand on dit « quarti­er » on croit avoir assez sous-enten­du, ce qui est pire que tout.

Donc ce soir-là, au Jas de Bouf­fan, nom du quarti­er péri-urbain, Archie Shepp avait ren­dez-vous avec une bande de jeunes – à moins que ce ne soit l’inverse -, mais aus­si un pub­lic, rassem­blé dans la salle bondée du Bois de l’Aune : un tiers de spec­ta­teurs venus en voisins, sup­por­t­eurs des leurs, le reste de plus loin, con­nais­seurs, curieux et bour­geois ordi­naires. Tel était l’aboutissement de ce « Jazz-lab 1 », com­mencé à l’automne avec l’intention de mêler, mix­er, mélanger, métiss­er quelques ingré­di­ents de la cul­ture d’aujourd’hui.

[…] Suite sur Cit­i­zen Jazz, làhttp://www.citizenjazz.com/Jazzlab-1-a-Aix-Archie-Shepp-en.html

 


J.-S. Bach, Moebius et sa bande

Moulin à jazz, Vit­rolles, 21 mai 2011. Jean-Charles Richard s’échauffe au saxo bary­ton avec la Suite n°1 pour vio­lon­celle de Jean-Sébastien Bach. Ph. gp

La musique, peut-être plus et autrement que les autres formes d’expression, représente cet exploit de réu­nir le beau et l’insondable. En d’autres ter­mes, l’harmonie et le cos­mos, l’émotion et la rai­son, l’art et l’intelligence, la poésie et les math­é­ma­tiques. Le petit film (dans la durée : 4 mn) vis­i­ble ci-dessous illus­tre à mer­veille le génie de Jean-Sébastien Bach, musi­cien tutoy­ant le “divin” (les guillemets pour délim­iter le champ de la croy­ance – son chant aus­si…). Un film à la fois péd­a­gogique & mag­ique, dans les lim­ites de cette « magie » par­cou­rue par des four­mis sur la bande de Moe­bius (film suiv­ant).

 

C’est à par­tir de ce ruban de Moe­bius que le chercheur dar­winien Patrick Tort (L’effet Dar­win, Seuil)  con­stru­it son con­cept d’« effet réver­sif » de l’évolution par lequel il explique « non théologique­ment » l’émergence chez l’Homme de la lib­erté et de la sol­i­dar­ité sociale. Vaste sujet…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Calendrier

    novembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Oct  
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress