1politis.1245428962.png« Il y a des jour­na­listes qui ont appris leur métier à l’école hôte­lière. Ils posent des ques­tions comme on passe les plats. » Cette forte parole, due à Guy Bedos, on peut la cueillir dans le der­nier Poli­tis qui consacre un dos­sier au thème « humour et poli­tique ». Ce pos­sible sujet de phi­lo au bac ne serait qu’un oxy­more sans cette bande, somme toute assez res­treinte, de francs-tireurs, résis­tants de la pre­mière heure et de tou­jours, ces FTP anti-PAF consti­tuant l’honneur de la scène et des micros, ces maqui­sards embus­qués au coin des bois dont on ne fait pas des flûtes. C’est par eux – les Alé­vêque, les Porte, les Guillon, les Mous­tic –, que l’humour prend ses plus belles envo­lées poli­tiques et que, de son côté, la poli­tique chope ses plus cin­glantes dérouillées, donc pas à la façon foi­reuse des comiques déma­go limite trou­piers de la chose vague­ment chan­son­nière; mais de vraies décu­lot­tées au vitriol par les­quelles nos pom­peux gou­ver­nants repartent tout couillons vers leur des­tin d’amuseurs pas drôles. On se sou­vien­dra du DSK condes­cen­du des hau­teurs culmi­nantes de sa chaire de la Banque mon­diale, cir­con­ve­nu à France Inter, tiré comme un vul­gaire et ordi­naire lapin (lapine ?), repar­tant la queue (euh…) basse, fâché et outra­gé de tant de « méchan­ce­té », comme s’il avait été guillon-tiné.

Ces gars-là, les humo­ristes de cet aca­bit, on leur doit non pas tant nos monu­ments que les trois mots glo­rieux aux fron­tis­pices de la Répu­blique. Jean-Michel Ribes les situe bien dans leur lignée his­to­rique qu’il fait remon­ter à Dio­gène, « qui dit “Ôte-toi de mon soleil” à l’homme le plus puis­sant alors », ou à « Rabe­lais, au coeur du Moyen Âge, inven­tant l’abbaye de Thé­lème; Vol­taire et l’affaire Calas; ou encore Jar­ry décri­vant les monstres dic­ta­teurs à tra­vers Ubu, annon­çant ceux du XXe siècle. Tous ont résis­té à cet esprit de sérieux qui finit par bou­cher les idées, un cho­les­té­rol qui nous étouffe. Ce n’est pas un hasard si Sta­line, ter­ro­ri­sé par les humo­ristes, a décla­ré qu’« un pays vrai­ment heu­reux n’a pas besoin d’humour». De Swift à Que­neau, per­sonne n’a fait sau­ter un gou­ver­ne­ment. Mais cela per­met de res­pi­rer, de vivre. »

Donc, ne pas rater Poli­tis, car la rate se dilate – ah ah ! – à condi­tion de s’en ser­vir. Bedos s’est fait réd chef de ce numé­ro qui consti­tue un hom­mage aux Coluche, Des­proges, Le Luron. Ah oui ! Bedos raconte aus­si com­ment il a été « cour­ti­sé par le teckel à poil dur », qu’il appelle aus­si Tom Pouce, ajou­tant : « Il me don­nait […] rai­son sur tout! J’étais son Kouch­ner du spec­tacle, ou plu­tôt, il l’aurait vou­lu. Il aurait vou­lu que je sois à la Concorde avec les autres cons! »

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