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Cahuzac et le « pire des analphabètes », selon Brecht

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

Une cata informatique s’est abattue sur « C’est pour dire » en même temps que la cata politique qui fera du 2 avril 2013 la date référence: « Avant/après J-C bis ». Pas bien grave pour l’une (la chose a été dépannée – merci Daniel !), déplorable pour l’autre et pour nous tous, en particulier pour ce qui relève de la Démocratie et de la République – avec majuscules – ces constructions si belles, laborieuses à faire grandir, si fragiles, au point qu’elles chancellent sous les coups d’un ignoble Malfrat (majuscule aussi !).  Ce qui est ici en cause, c’est la collusion intime de l’Argent, du Pouvoir et de la Petitesse, amalgame ruineux pour l’Homme – construction humaine – et qui ruine les hommes, le peuple, la société, la morale déjà si chancelante en ces temps désenchantés.

Tout aura été dit, depuis ce jour de l’Aveu et de la Crucifixion, de la triche, du mensonge, de l’ignominie. Rien à ajouter à l’immonde. Sauf ce texte ressorti à point nommé (merci Rosa et Michel !). Un texte du dramaturge allemand Bertolt Brecht (mort en 1956), brossant le portrait de l’analphabète politique, cet amnésique et irresponsable par lequel l’Histoire ne manque pas de bégayer.

Cahuzac s’inscrit dans une longue lignée d’affairistes véreux, précède les suivants, illustre les actuels. Son talent supplémentaire lui garantit le statut d’icône moderne. Car il n’a rien inventé.

« Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. » [Bertolt Brecht, ni daté, ni sourcé]

• Voir également, du 17 décembre 2012 :

Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? par Attac


Le bouclier et les cacahuètes de Bettencourt – ou le grand bluff fiscal de Sarkozy

Sur son blog «Déchif­fra­ges», Jean-Fran­çois Cou­vrat, mon­tre com­ment Sar­ko­zy a chaus­sé lun­di à la télé ses plus gros sabots de bluf­feur. Sous le titre «Sar­ko­zy, plus c’est gros, plus ça pas­se «, le blo­gueur relè­ve que Nico­las Sar­ko­zy s’est une fois de plus féli­ci­té qu’en Fran­ce, « per­son­ne ne paie plus de 50% de ce qu’il a gagné » (en impôts). Et une fois de plus, il a dési­gné son modè­le : « Le bou­clier fis­cal exis­te en Alle­ma­gne depuis plus de vingt ans »…

«Il a répé­té cela avec un aplomb décon­cer­tant. Igno­re­rait-il enco­re, tant le sujet lui tient à cœur, que cet­te dis­po­si­tion fis­ca­le a dis­pa­ru outre-Rhin depuis 2006, en même temps que l’impôt sur la for­tu­ne, auquel elle s’appliquait exclu­si­ve­ment ?»

Puja­das n’y a vu que du feu et il n’aura pas été le seul. De même s’agissant de l’impôt payé par Mme L’Oréal, la pauv’ peti­te fille riche qui, dixit Sar­ko­zy en s’étranglant de com­pas­sion sur Fran­ce 2, ver­se à l’Etat « plu­sieurs mil­lions d’euros par mois ! »

« […] Voi­là une for­tu­ne, relè­ve Jean-Fran­çois Cou­vrat, qui assu­re à Mme Bet­ten­court un reve­nu annuel de 700 mil­lions d’euros. Pour ceux que l’accumulation de zéros décon­cer­te, disons que cela cor­res­pond à plus de deux lotos gagnants par semai­ne. Ce qui éton­ne, ce n’est donc pas que la dame paie des impôts, c’est qu’elle en paie aus­si peu. 40 mil­lions, rap­por­tés à reve­nu de 700 mil­lions, cela fait un taux d’imposition de 5,7%.»

On est donc loi de la «moi­tié du vison» de la dame. Et quand bien même en paie­rait-elle la moi­tié que l’autre moi­tié res­tan­te – et appa­ren­te, pour ne pas par­ler des reve­nus «éva­sifs» ou éva­dés – demeu­re­rait un affront à la misè­re. Or, Mme Bet­ten­court ne paie que des caca­huè­tes ! « Le com­mun des mor­tels pei­ne en tous cas, conclut Cou­vrat, à admet­tre que c’est à cet­te fem­me, troi­siè­me for­tu­ne fran­çai­se, que le Tré­sor public a remis l’an der­nier un chè­que de 30 mil­lions d’euros au titre du bou­clier fis­cal. »


Woerth-Bettencourt. « La rapacité et le cynisme mis à nu », estime Attac

Je l’aurais peut-être dit autre­ment, mais sûre­ment pas mieux que ce com­mu­ni­qué d’Attac en réac­tion à l’onction sar­ko­zien­ne déver­sée hier soir. Voi­là com­ment ils résu­ment la situa­tion, les gens de l’altermondailisation de la taxe Tobin et de la lut­te contre les para­dis fis­caux – des orfè­vres :

Affaire Woerth-Bettencourt : refuser l’affaissement démocratique

 » Nico­las Sar­ko­zy a vai­ne­ment ten­té hier soir de clo­re l’affaire Woer­th-Bet­ten­court, à la veille de l’adoption du pro­jet de réfor­me des retrai­tes par le Conseil des minis­tres. En s’appuyant sur des hauts fonc­tion­nai­res aux ordres, une jus­ti­ce au pas et des inter­vie­weurs com­plai­sants, il espè­re fai­re oublier le scan­da­le pour lais­ser Eric Woer­th et le gou­ver­ne­ment impo­ser la réfor­me des retrai­tes.

 » Pour­tant la page Woer­th-Bet­ten­court sera dif­fi­ci­le à tour­ner. Car elle rend ter­ri­ble­ment concrè­te aux yeux de dizai­nes de mil­lions de citoyens une réa­li­té que seuls des chif­fres peu com­pré­hen­si­bles démon­traient jusqu’alors. Entre 2000 et 2010, les poli­ti­ques de moins-disant fis­cal ont réduit de 100 mil­liards d’euros les recet­tes de l’Etat (d’après Gil­les Car­rez, rap­por­teur UMP du bud­get à l’Assemblée). Niches fis­ca­les pour les riches, exo­né­ra­tions pour les entre­pri­ses, on a creu­sé sciem­ment les défi­cits, le tout au nom de la « com­pé­ti­ti­vi­té » et de « l’emploi ». La réfor­me des retrai­tes, c’est enco­re 20 mil­liards d’euros éco­no­mi­sés pour les action­nai­res au détri­ment des ouvriers, des sala­riés pré­cai­res et des fem­mes, dont beau­coup devront atten­dre 67 ans pour une retrai­te à taux plein.

 » Ils nous ser­rent la cein­tu­re pour enri­chir enco­re leurs amis et spon­sors mil­liar­dai­res : voi­là ce que révè­le crû­ment l’affaire Woer­th-Bet­ten­court aux yeux de la popu­la­tion. La cri­se de la finan­ce avait affai­bli les argu­ments d’intérêt géné­ral sur la « com­pé­ti­ti­vi­té » et « l’emploi » qui ser­vaient à jus­ti­fier ces poli­ti­ques. Mais avec cet­te affai­re, c’est main­te­nant la rapa­ci­té et le cynis­me des clas­ses diri­gean­tes qui sont mis à nus. On ne peut plus s’étonner de la com­plai­san­ce envers les para­dis fis­caux, de la liber­té tota­le lais­sée aux spé­cu­la­teurs, des décla­ra­tions ron­flan­tes mais jamais sui­vies d’effets sur la taxa­tion de la finan­ce…

 » Une véri­ta­ble cri­se de régi­me est ouver­te, qui pose la ques­tion de sa légi­ti­mi­té démo­cra­ti­que. La réfor­me des retrai­tes devient aujourd’hui plus qu’une lut­te entre patro­nat et sala­riat sur la répar­ti­tion des riches­ses. Elle concer­ne l’ensemble des citoyens car elle met en jeu le sens même de la  démo­cra­tie : peut-on lais­ser ces gou­ver­nants, élus sur des pro­mes­ses non tenues et qui gou­ver­nent par le men­son­ge, conti­nuer à impo­ser les inté­rêts de leur cas­te ? La mobi­li­sa­tion popu­lai­re contre la réfor­me des retrai­tes doit per­met­tre d’entraîner tou­te la socié­té pour refu­ser cet affais­se­ment de la démo­cra­tie dans notre pays. Attac s’y emploie­ra en tout cas avec tou­te son éner­gie dans les semai­nes à venir. »
Attac Fran­ce,
Mon­treuil, le 13 juillet 2010


Woerth-Bettencourt. Elle tourne mal, la Noce chez les grands-bourgeois

Tra­gi-comé­die ou sinis­tre far­ce ? L’affaire Woer­th-Bet­ten­court nous bala­de entre « La Noce chez les petits bour­geois » (Brecht, 1926) et « Le Char­me dis­cret de la bour­geoi­sie » (Buñuel, 1972). Même s’il s’agit d’une affai­re d’État et de mœurs poli­ti­ques et socié­ta­les, gageons que la créa­tion artis­ti­que à venir (et sans dou­te déjà en cours) reflé­te­ra au mieux ce mon­de de la tur­pi­tu­de et de la déca­den­ce.

Ici,  il s’agit plu­tôt de la gran­de bour­geoi­sie affai­ris­te. Mais la vul­ga­ri­té bling-bling de poli­ti­ciens par­ve­nus n’a rien à envier à cel­le de ses frè­res « petits » réunis pour une noce qui va som­brer dans le chaos. Quel­ques années plus tard c’est l’Allemagne nazie qui invi­tait à une autre fies­ta. Buñuel, lui, abor­dait l’après-68 en dépei­gnant une déca­den­ce tou­jours à l’œuvre der­riè­re ses hono­ra­bles para­vents. L’art du spec­ta­cle peut, bien sou­vent, dépas­ser en réa­lis­me et en por­tée sym­bo­li­que, les ana­ly­ses socio-his­to­ri­ques.

Cer­tes, on pour­rait fai­re bégayer l’Histoire en évo­quant aus­si cet­te pério­de de la Régen­ce qui, il est vrai, par cer­tains aspects, res­sem­ble fort au règne de Sar­ko­zy. On com­men­çait alors à s’éclairer aux Lumiè­res et la Révo­lu­tion poin­tait à l’horizon. Aujourd’hui, la pres­se y va à coups d’éclairages crus tan­dis que le peu­ple, même imbi­bé de  foot, pour­rait bien, com­me si sou­vent, crier « aux chiot­tes l’arbitre ! » et en appe­ler à la revan­che lepe­nis­te avec rem­bour­se­ment de la fac­tu­re. Il faut dire que cel­le-ci com­men­ce à être salée : ciga­res à tout va, jets pri­vés, hôtels de luxe, émo­lu­ments éhon­tés, pas­se-droits fis­caux, magouilles en tout gen­re. Tan­dis que ces petits-grands bour­geois de la « répu­bli­que » se réfu­gient dans le déni, se dra­pant dans leur « léga­li­té » – c’est la majo­ri­té gou­ver­ne­men­ta­le qui a fice­lé les lois, dont cel­le du bou­clier fis­cal ­­­– et reje­tant la fau­te sur l’opposition et les médias !

L’enquête avan­ce com­me un âne à recu­lons – de l’intérêt de nom­mer ses amis aux bon­nes pla­ces judi­ciai­res – mais la poli­ce a confir­mé (selon Le Mon­de) le retrait de 50 000 euros en espè­ces fin mars 2007, tel que l’avait racon­té à Media­part Clai­re Thi­bout, l’ex-comptable de Lilia­ne Bet­ten­court. Même s’il n’y avait eu qu’un seul ver­se­ment, il serait dou­ble­ment délic­tueux : d’une part, du fait qu’il s’agit d’espèces , de l’autre que la loi pla­fon­ne les dons de par­ti­cu­liers à 7 500 euros par per­son­ne et par an.

On com­prend que Sar­ko­zy (Mon­sieur Tiers, selon les son­da­ges) s‘agite de plus bel­le et tire une tron­che de cro­que-mort. « Quel­le épo­que, quel abais­se­ment !» a-t-il bre­douillé hier en oubliant ses droits d’auteur. C’est qu’il ris­que non seule­ment de se trou­ver sale­ment mouillé dans cet­te affai­re de finan­ce­ment occul­te, mais en plus de pei­ner dur à nous fai­re ava­ler l’amère pilu­le de la « rigueur » en mar­che. En rabo­tant tous azi­muts – enfin sauf dans cer­tai­nes direc­tions amies ­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­– le ris­que aug­men­te sérieu­se­ment d’une ren­trée socia­le explo­si­ve. Retrai­tes en bais­se, chô­ma­ge en haus­se, rogna­ge des aides socia­les – dont l’allocation loge­ment aux étu­diants…, crai­gnons que l’éjection d’un Woer­th et un rema­nie­ment seront alors de bien peu d’effet.

Trois ans à pei­ne pour met­tre un pays sur les rotu­les, saluons l’artiste !


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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