On n'est pas des moutons

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Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ro­ris­tes, à tra­vers leur rage mor­ti­fè­re, ont vou­lu s’en pren­dre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­dien. La mor­bi­di­té assas­si­ne, com­me sou­vent par les dra­mes et la mort, vient nous rap­pe­ler que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­si­ble. Cet­te véri­té pro­fon­de, essen­tiel­le, exis­ten­tiel­le nous échap­pe pour­tant trop sou­vent. Com­me si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – com­me bien d’autres cho­ses ! Com­me si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­gre­né par la bana­li­té. Or, il s’agit d’un art qui, com­me tel, deman­de atten­tion de cha­que jour, de cha­que ins­tant. Cet art, le plus vieux sans dou­te, est pour­tant le plus gal­vau­dé et aus­si, l’actualité nous le mon­tre, hélas, le plus mena­cé. Un art aus­si vieux que l’homo sapiens. – caté­go­rie abu­si­ve s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indé­pas­sa­ble.

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© André Faber 2015

Au bis­trot, à une ter­ras­se ; au ciné, au théâ­tre ou à un concert ; flâ­ner dans les rues ou dans une expo ; dans un sta­de ou à la mes­se… Fai­re la cour, et l’amour, avec qui et com­me on veut. Man­ger un steak-fri­tes, un cous­cous, une sau­cis­se ou une sala­de (bio ou non). Boi­re un rou­ge, blanc ou rosé ; un whis­ky (même à la can­nel­le, ou au coca) ; ou un thé (à la men­the ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une bla­gue, d’un des­sin, d’une cari­ca­tu­re. Savou­rer la vie, l’honorer dans cha­que ins­tant, sans gran­di­lo­quen­ce, voi­là l’art de vivre – du moins « à la fran­çai­se », qui n’est heu­reu­se­ment pas le seul ! Car il se décli­ne par­tout où la vie lut­te pour elle-même et non pour son contrai­re, la mort.

L’idée est si ancien­ne ! Elle remon­te notam­ment (sans par­ler ici de la Chi­ne anti­que) aux civi­li­sa­tions égyp­tien­ne et sumé­rien­ne – là où, pré­ci­sé­ment, les « cho­ses » se tor­dent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cet­te Méso­po­ta­mie qui a vu naî­tre l’écriture et, par delà, la pen­sée éla­bo­rée. Plus tard, vin­rent les phi­lo­so­phes grecs et latins, dont la moder­ni­té demeu­re éblouis­san­te. Ils inven­tè­rent lit­té­ra­le­ment – à la let­tre – l’amour de la sages­se, après les­quels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pytha­go­re, Socra­te et leurs foi­son­nan­tes lignées de pen­seurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­ci­sé­ment, posè­rent la phi­lo­so­phie com­me un art de vivre, conden­sé plus tard par le fameux car­pe diem emprun­té au poè­te latin Hora­ce. Oui, urgen­ce quo­ti­dien­ne : « cueillir le jour » sans dila­pi­der son temps.

On est évi­dem­ment là aux anti­po­des de Dae­sh et de ses arriè­re-mon­des !

J’y oppo­se­rai enco­re ce cher vieux Mon­tai­gne et la jeu­nes­se de sa pen­sée ; ain­si, par exem­ple, quand au fil de ses Essais il pas­se à deux états phi­lo­so­phi­ques suc­ces­sifs : l’un sur le thè­me « Vivre c’est appren­dre à mou­rir » –  dan­ge­reux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heu­reu­se­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflexion, abor­dée ici dans un com­men­tai­re récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la natu­re humai­ne, et cela il me sem­ble que Wil­helm Rei­ch l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cet­te démons­tra­tion, par exem­ples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a appor­té ensui­te au Mon­de. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croyan­ce ou non, Wil­helm Rei­ch a rai­son ou il a tort. La « pes­te émo­tion­nelle » dont il par­le, équi­va­lente à peu de cho­se près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Nietz­sche, ne tou­che pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Bérilley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­va­ge dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­ti­que, celui autour de la freu­dien­ne « pul­sion de mort » que Rei­ch, en effet, fut par­mi les pre­miers à reje­ter. Appli­quée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­ti­fè­res qu’ils soient, ces dji­ha­dis­tes ne sont nul­le­ment mus par une hypo­thé­ti­que « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pa­ci­té à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­san­ce à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne chan­ge en rien l’atrocité de leurs actes. Cer­tes. Mais une tel­le ana­ly­se (ici som­mai­re­ment résu­mée) évi­te l’impasse de la fata­li­té devant la Mort pul­sion­nel­le, condui­sant à des ana­ly­ses autre­ment com­pré­hen­si­ves de la réa­li­té. Notam­ment s’agissant de la hai­ne de la fem­me, créa­tu­re impu­re, qu’on ne rêve donc qu’en vier­ge fan­tas­ma­ti­que et « para­di­sia­que ».

Cet­te obses­sion de la « pure­té » se retrou­ve dans les idéo­lo­gies fas­cis­tes et en par­ti­cu­liè­re dans le nazis­me et sa « pure­té racia­le ». Dans Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cis­me, notam­ment, Rei­ch avait ana­ly­sé les com­por­te­ments anti-vie, rigi­di­fiés sous la cui­ras­se carac­té­riel­le et cel­le des corps frus­trés. Une sem­bla­ble ana­ly­se auprès des dji­ha­dis­tes met­trait au jour, à n’en pas dou­ter, les com­por­te­ments sexuels de vio­leurs et d’impuissants orgas­ti­ques. Les fem­mes vic­ti­mes de ces phal­lo­pa­thes « pei­ne à jouir » – sauf à la secous­se des kala­ch’– auront peut-être un jour à témoi­gner dans ce sens.

Com­pren­dre, cer­tes, se pose com­me une néces­si­té qui évi­te les géné­ra­li­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­ga­mes de tou­tes sor­tes. Expli­quer ne four­nit aucu­ne solu­tion clé en main.


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péen­nes se dis­tin­gue com­me une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquê­tes socio­lo­gi­ques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés res­te la plus déter­mi­nan­te. D’où les réflexions sui­van­tes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond arti­cle trou­vé dans le der­nier Marian­ne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légas­se.

Sous le titre « Les tru­ca­ges d’une bluet­te iden­ti­tai­re », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­ti­que », « intel­lec­tuel­le » et à coup sûr com­mer­cia­le par laquel­le se trou­ve défen­due la thè­se du mul­ti­cul­tu­ra­lis­me en train de saper notre modè­le démo­cra­ti­que et répu­bli­cain « à la fran­çai­se », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comi­que, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racis­tes : juifs grip­pe-sous, Chi­nois four­bes à peti­tes bites, Noirs lubri­ques à gran­de queue et pas futés, Ara­bes « mus­lims » et voleurs…

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Légen­de four­nie avec l’image offi­ciel­le : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Euro­pe 1 est par­te­nai­re, a dépas­sé la bar­re des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un sco­re que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Can­nes jeu­di soir, après avoir mon­té les mar­ches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous som­mes tous racis­tes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­men­tent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­li­bre des racis­mes com­me il y a une équi­li­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléai­re : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cé­dé se dou­ble alors d’une autre fau­te mora­le consis­tant à inver­ser la réa­li­té d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se pas­se en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent fran­çais aus­si bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pier­re Bour­dieu (La Misè­re du mon­de, 1993) et aus­si Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tiel­le dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Clau­de Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­gi­ques.] Or, cet échan­ge, s’enrichissant de la « diver­si­té des peu­ples » achop­pe notam­ment sur le sta­tut de la fem­me que le film éva­cue tota­le­ment et com­me par magie : on n’y voit aucu­ne fem­me voi­lée ! En occul­tant ain­si cet­te ques­tion du voi­le, se trou­ve aus­si éva­cuée la ques­tion du métis­sa­ge et, avec elle, cel­le de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voi­le impo­sé à la fem­me (ou même « libre­ment consen­ti ») la fonc­tion de l’interdit oppo­sé au jeu exo­ga­me : « Tou­che pas à la fem­me voi­lée ! »

Cet­te atti­tu­de s’oppose en effet à tou­te ten­ta­ti­ve d’intégration et vient ain­si ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racis­me, bien qu’il puis­se aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racis­me « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de maria­ges mix­tes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­lai­res), s’est effon­dré ces tren­te der­niè­res années à cau­se du ren­fer­me­ment endo­ga­mi­que d’une immi­gra­tion récen­te encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa cultu­re d’origine. On repart se marier au bled. »

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Racisme. L’offense à Christiane Taubira atteint tout le genre humain

Minute-racisme

Minu­te (nov. 2013). Le tor­chon d’extrême-droite retrou­ve les accents de Gobi­neau et des cohor­tes racis­tes.

Quand une fem­me com­me Chris­tia­ne Tau­bi­ra se fait trai­ter de sin­ge, l’offense qui lui est fai­te s’adresse en même temps à l’ensemble du gen­re humain, et aus­si au gen­re ani­mal.

Le gen­re humain se trou­ve même dou­ble­ment affec­té : par la fem­me qui subit l’offense racis­te, tout d’abord et, on s’en dou­te, dou­lou­reu­se­ment ; et plus enco­re, par ses auteurs, en ce qu’ils appar­tien­nent à ce gen­re humain, que de ce fait ils dégra­dent.

Le gen­re ani­mal aus­si se trou­ve affec­té dans la mesu­re où l’espèce « sin­ge » se voit abais­sée au rang de l’injure.

Le racis­me est abject par essen­ce. Au-delà de son carac­tè­re infâ­mant, il repo­se fon­da­men­ta­le­ment sur l’établissement d’une hié­rar­chie de valeurs entre les caté­go­ries du vivant. En géné­ral, il concer­ne l’espèce humai­ne à l’intérieur de laquel­le il dépré­cie cer­tai­nes « races » tout en affir­mant la supé­rio­ri­té de cel­le à laquel­le il pré­tend appar­te­nir.

Aus­si ancien que l’ignorance et l’imbécillité, le racis­me revêt de mul­ti­ples varian­tes, ou sous-caté­go­ries :

socia­les, par rejet des « clas­ses » consi­dé­rées com­me infé­rieu­res et mépri­sa­bles ;

cultu­rel­les, par dédain envers des mœurs et pra­ti­ques autres, jugées « non natu­rel­les », inad­mis­si­bles, condam­na­bles ;

socié­ta­les, notam­ment sur la ques­tion de l’immigration posée com­me le péril majeur, fan­tas­me de l’extrême droi­te selon laquel­le le droit du sol mena­ce le droit du sang : où l’on voit conver­ger les thè­mes récur­rents du nazis­me (« espa­ce vital », « pure­té de la race ») et ceux du Front natio­nal, refor­mu­lés en ver­sion plus soft ; tan­dis qu’à l’autre extré­mi­té du mani­chéis­me, la gau­che popu­lis­te oppo­se son angé­lis­me sim­plis­te et déma­go­gi­que, igno­rant de la com­plexi­té de ces ques­tions ;

sexuel­les, par l’homophobie et rejet de tout com­por­te­ment hors de la « nor­ma­li­té » ;

poli­ti­ques, par le ral­lie­ment à un cou­rant dit « décom­plexé » éma­nant de la droi­te réac­tion­nai­re et ultra, condui­sant à « libé­rer » la paro­le de tou­te consi­dé­ra­tion mora­le et éthi­que. De même, les ultras « de gau­che » lorsqu’ils posent leurs dog­mes com­me les rem­parts de la Véri­té et de la Jus­ti­ce.

Dans l’« affai­re Tau­bi­ra », le racis­me recou­vre plu­sieurs aspects, tous igno­bles :

– en par­ti­cu­lier par le fait d’enrô­ler des enfants dans des cau­ses aus­si abjec­tes, leur met­tant des bana­nes dans les mains au pas­sa­ge d’une fem­me noi­re, par ailleurs minis­tre de la Jus­ti­ce, les mani­pu­lant et les abu­sant ain­si dans leur être et leur libre-arbi­tre en deve­nir ; pra­ti­ques assi­mi­la­bles à la pédo­phi­lie et à sa jus­ti­fi­ca­tion par des adul­tes au motif de l’assouvissement de leurs pul­sions ;

– par le fait d’amal­ga­mer une réfor­me de socié­té (le « Maria­ge pour tous », réfor­me por­tée et assu­mée par Chris­tia­ne Tau­bi­ra) aug­men­tant le libre com­por­te­ment de cha­cun sans pré­ju­di­ce pour autrui, à une attein­te à la sacra­li­té de la famil­le au nom de « la tra­di­tion » (« Famil­le pour tous ») ;

– par l’allian­ce objec­ti­ve du racis­me et de l’action poli­ti­que anti-démo­cra­ti­que fon­dés sur le rejet de l’autre et, par delà, sur le refus de l’altérité et de la dif­fé­ren­ce.

 


Paris (Fran­ce) 20/10/2013 Paris, le curé Beau­vais, exci­té de la sou­ta­ne inté­gris­te, prê­chant la fra­ter­ni­té catho­li­que. par ltl­news

De tels com­por­te­ments archaï­ques par­sè­ment l’Histoire de maniè­re plus ou moins cycli­que, au gré des cri­ses éco­no­mi­ques, poli­ti­ques, reli­gieu­ses et pour « finir » guer­riè­res.

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La revue Sexpol ressuscitée en DVD !

L’association Mou­ve­ment Inter­na­tio­nal pour une Éco­lo­gie Libi­di­na­le (M.I.E.L.) vient de numé­ri­ser la revue Sex­pol, sexualité/politique et met ain­si à dis­po­si­tion l’ensemble des 39 numé­ros parus de 1975 à 1980, cela dans la for­me ori­gi­na­le. C’est un tra­vail aus­si consi­dé­ra­ble qu’utile, d’autant plus que, tren­te ans après sa dis­pa­ri­tion, Sex­pol était deve­nue introu­va­ble, sinon sur le mar­ché « noir » de quel­ques pro­fi­teurs…

L’association MIEL expli­que ain­si sa démar­che : « L’objectif est d’une part la conser­va­tion d’un patri­moi­ne cultu­rel : une revue de lan­gue fran­çai­se ins­cri­te dans l’histoire des aspi­ra­tions à la liber­té sexuel­le et poli­ti­que, qui ont mar­qué les années 1970.

« Il s’agit d’autre part de ren­dre acces­si­ble aujourd’hui des tex­tes tou­jours d’actualité. En effet depuis les années 1970 la situa­tion poli­ti­co-sexuel­le en Fran­ce (et ailleurs) n’a guè­re évo­lué posi­ti­ve­ment. Pire, elle a même régres­sé sur bien des aspects, tan­dis que le type de dis­cours sur la sexua­li­té qui carac­té­ri­sait Sex­pol a tota­le­ment dis­pa­ru du pay­sa­ge média­ti­que. »

 

Fon­da­teur et direc­teur de Sex­pol, je me réjouis de cet­te ini­tia­ti­ve due à Joce­lyn Pati­nel, ani­ma­teur du MIEL, asso­cia­tion mili­tan­te non lucra­ti­ve qui ain­si, à sa maniè­re, a repris le flam­beau d’une lut­te inces­san­te pour l’épanouissement du gen­re humain – en quoi il res­te bien du tra­vail…

J’espère aus­si que cet­te col­lec­tion res­sus­ci­tée en numé­ri­que pour­ra tou­cher d’anciens lec­teurs – la revue a tiré jusqu’à 20 000 exem­plai­res – ain­si que les mem­bres de l’équipe, une ving­tai­ne, aujourd’hui épar­pillés, per­dus de vue, ou même dis­pa­rus.

Le DVD est mis en ven­te à prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion (plus de 2 000 pages), de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans.

Tous les détails et le bon de com­man­de à par­tir de cet­te page :

http://www.ecologielibidinale.org/fr/miel-revuesexpol-fr.htm

 

Une parcelle d’Histoire

 

« Sex­pol » donc,  com­me sexua­li­té et poli­ti­que. Ques­tion­nez la toi­le et ce blog, à com­men­cer, et vous en appren­drez déjà pas mal sur cet­te revue et sa qua­ran­tai­ne de numé­ros parus de 1975 à 80. Une aven­tu­re à sa façon : cel­le d’une (s)exploration dans le mon­de des vivants, enta­mée par un cer­tain Wil­helm Rei­ch (1897-1957), méde­cin, psy­cha­na­lys­te, freu­dien déviant, mar­xis­te puis dis­si­dent en com­mu­nis­me, scien­ti­fi­que un peu scien­tis­te, juif et mécréant, inclas­sa­ble et éti­que­té « fou », fina­le­ment mort dans un péni­ten­cier état­su­nien. Rac­cour­ci abu­sif pour cer­ner un vrai grand per­son­na­ge, y com­pris jus­que dans ses enfer­re­ments et contra­dic­tions, dans ses enga­ge­ments, ses « folies » : son entiè­re huma­ni­té.

Assez oublié depuis ce siè­cle amné­siant, Rei­ch revient (de loin) com­me les vagues de fond. Michel Onfray lui a offert la tri­bu­ne de son uni­ver­si­té popu­lai­re de Caen et pré­pa­re, sem­ble-t-il, un ouvra­ge sur ce « freu­dis­te héré­ti­que ». Signe des temps, ou signe avant-cou­reur d’une « résur­rec­tion » de celui qui mit les pieds dans pas mal de gamel­les peu ragoû­tan­tes. Rei­ch, en effet, fut par­mi les tout pre­miers des psy­cho­lo­gues à pla­cer la ques­tion socia­le dans l’origine du mal être de l’humanité, ce qui en soi, ne pou­vait que consti­tuer un casus bel­li avec Freud et les salons bour­geois de la Vien­ne des années 20. Tan­dis que la ques­tion sexuel­le, com­me l’avers de la médaille, non sépa­ra­ble, pri­mor­dia­le, se trou­vait pri­se à bras le corps – à pren­dre au pied de la let­tre ! et incluant tout le corps social, corps souf­frant s’il en est et s’il en était alors dans ces années fati­di­ques d’empestement nazi. Ter­ri­fian­te pes­te à laquel­le répon­dait en qua­si symé­trie le cho­lé­ra du sta­li­nis­me, l’une et l’autre qui allè­rent jusqu’à pas­ser ensem­ble un pac­te, avant de s’affronter à la mort com­me un même mons­tre à deux têtes. Rei­ch eut très tôt pres­sen­ti cet­te simi­li­tu­de des extrê­mes, non pas dans leurs ori­gi­nes et dimen­sions tant his­to­ri­ques que socio­lo­gi­ques, mais dans leur essen­ce même, cel­le de la « tota­li­té tota­li­san­te », ce tota­li­ta­ris­me à base d’idéal divi­ni­sé et de pure­té dia­bo­li­sée.

Rei­ch creu­se la ques­tion : com­ment se peut-il que l’homme (il aimait à son pro­pos par­ler d’ « ani­mal humain », ce qui n’est pas ano­din) se lais­se à ce point entraî­ner vers sa pro­pre déchéan­ce et, dans un même élan mor­ti­fè­re, aller jusqu’à sa per­te ? Tou­te l’œuvre écri­te de Rei­ch tour­ne­ra autour de ce « mys­tè­re », depuis Les Hom­mes dans l’État, jusqu’à Écou­te, petit hom­me ! en pas­sant par le fon­da­men­tal Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cis­me.

Il n’en fal­lait pas plus pour se trou­ver reje­té, détes­té, déni­gré et, diront cer­tains, assas­si­né. Pour le moins, les fas­cis­tes et des psy­cha­na­lys­tes le dénon­cè­rent com­me « com­mu­nis­te et agent de Mos­cou », les com­mu­nis­tes com­me « contre-révo­lu­tion­nai­re agent de la bour­geoi­sie » et tout le mon­de ou pres­que se devait de sus­pec­ter ce pour­fen­deur des reli­gions et de la mora­le répres­si­ve, ce pré­cur­seur de la « révo­lu­tion sexuel­le ».

À l’image d’un Épi­cu­re quel­que deux mil­lé­nai­res avant, Rei­ch fut l’objet vic­ti­mai­re de visions réduc­tri­ces et même de contre­sens quant à sa pen­sée, son action et son œuvre. En rai­son par­ti­cu­liè­re du fait qu’elles por­taient sur la sexua­li­té et la désa­lié­na­tion poli­ti­que. Et que, com­me pour l’épicurisme, le « rei­chis­me » ne pou­vait cor­res­pon­dre à la dépra­va­tion libi­di­neu­se. Tous deux, en fait, se posaient en ques­tion­neurs de la mora­le poli­ti­que et, plus géné­ra­le­ment, en pré­cur­seurs d’un art de vivre reliant l’unique et le col­lec­tif, l’individu et la cité, dans l’harmonie posi­ti­ve des plai­sirs com­me des valeurs mora­les.

C’est à ce prix – celui des contre­sens – que Rei­ch connut une cer­tai­ne gloi­re avec le mou­ve­ment de Mai 68. C’est dans les res­tes des bar­ri­ca­des déblayées qu’une ban­de de jeu­nes uto­pis­tes, bar­dés de leurs espé­ran­ces, ras­sem­blè­rent les pépi­tes lais­sées par les ful­gu­ran­ces rei­chien­nes. Ain­si naquit Sex­pol com­me une revue anti-dog­ma­ti­que. C’était début 75, dans ces années désa­bu­sées impré­gnées des De Gaul­le-Pom­pi­dou-Gis­card, qui menè­rent au sacre de Mit­ter­rand en même temps qu’à la fin d’une « expé­rien­ce ». Conco­mi­tan­ce à décryp­ter, cer­tes. On y trou­ve­ra matiè­re, sans nul­le dou­te, dans cet­te col­lec­tion numé­ri­sée, dans ce CVD et sa modes­te et réel­le par­cel­le d’Histoire.

Gérard Pon­thieu

> > > Voir aus­si :

Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique


Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique

En janvier 75, il y a un peu plus de trente ans, paraissait le premier numéro d’une revue plutôt balbutiante, sous une couverture un rien prétentieuse. Voilà qui aurait pu ne pas mener bien loin. Mais le coup de clairon sonnait haut et fort à la Une : “Un monde à refaire”…  Le programme ne péchait pas par modestie.

En ces temps-là les jeunes ne doutaient pas, ou si peu; ils avaient été nourris au lait entier des certitudes, peut-être même de la certitude des désirs-réalité confondus. Soixante-huit avait œuvré au noir et au rouge, et de l’athanor encore fumant/fumeux, on défournait, en les démoulant d’un bloc, des pans entiers de condamnations assassines et d’utopies célestes. Sexpol aussi sortait de ce four-là, mais en dénotant dans le concert des feuilles “néo-révolutionnaires”, interrogeant dans les profondeurs et l’individu et la société, traçant les premiers sillons des questions de fond, toujours actuelles, après des siècles et des siècles, depuis le début de l’humanité.

L’aventure allait durer presque six ans, avant de s’échouer à sa 39e parution, en quasi silence, sur les plages émollientes de la gauche au pouvoir. Non pas un naufrage, plutôt la boucle fermée d’un temps à demi-révolu, même pas une demi-révolution, autant dire un virage mou finissant plein cadre dans le décor fluo du dieu-Marché, de la marchandise mondialisée.

La vie, plein emploi

Sexpol sortait de ce four, il est vrai, mais comme un vilain canard qu’il était, à commencer par son étrange titre, appelant d’ailleurs sous-titre – sexualité/politique – pour annoncer “la couleur”, c’est-à-dire une mise en dialectique des deux entités humaines fondamentales : l’individu, et la société. L’un et l’autre, dans l’autre, par l’autre; l’un avec l’autre, contre l’autre; et surtout, autant que possible, l’un et l’une pour l’autre. Tout un programme. En effet, c’en était un, exposé comme les tables de la Loi, en un “Itinéraire balisé pour (s)explorateurs prudents” : treize étapes fleurant bon le bouquet libertaire et situationniste. Où l’on déplore que «le plaisir se codifie, se chosifie, se marchande. Se négocie. Pour qu’on ne le prenne pas.» Où l’on parle de l’ «animal humain» et de son «drame» qu’est sa démission dans la fatalité résignée du «c’est la vie». Où l’on re-jette les interprétations dogmatiques sur la lutte des classes pour lui préférer ce clin d’œil situ : Est prolétaire quiconque est «dépossédé du plein emploi de sa vie». C’est dire que les certitudes, non, elles n’auraient guère de place dans cette (s)exploration prudente – non arrogante en tout cas.

Arrêtons-nous un instant, du haut de ce tiers de siècle écoulé, pour considérer cette ligne de perspective – pas une ligne de fuite, justement pas, mais une ligne qui nous appelle toujours vers le haut, vers plus de légèreté, même profonde, dans la qualité de l’être au monde. Une libération ? Nous libérer de quoi ? De la vie, qui va et vient, cette garce sublime et détestable, grâce libertaire ou pesanteur morbide, c’est selon. Selon les aléas, selon notre capacité, chacun et tous, à saisir les filaments du bonheur, à plonger dans l’océan plutôt qu’à nous en «libérer».

Nous disions : le «plein emploi de sa vie»…Voyons comme les temps ont écorné l’utopie – amputé même, décapité ! Adieu la vie, bonjour le «plein emploi» tout court, et encore : présenté comme le seul à-venir désirable à qui veut bien encore avaler cette couleuvre que les multinationales continuent à produire à proportion de leurs Profits.

Intégrismes, fascismes, ethnismes

Poursuivons notre itinéraire balisé qui passe par «la sexualité en tant qu’expression la plus intense de l’énergie vitale libérée». Des mots ? Pas si vite. L’expérience n’est pas loin, elle sera multiple en ses tentatives pour conjurer les atteintes aux mouvements du corps et de la pensée, des sentiments et des émotions, de la passion et de la raison. Que serait le politique s’il n’ouvrait le champ libre au bonheur d’être, ici et maintenant ? Le politique alors, oui, ne serait que la politique – on connaît.

Et puis voici que surgit sur cette route un certainWilhelm Reich – mais pas tant ce héraut sulfureux, auteur de La révolution sexuelle, auquel s’étaient ralliés les révoltés d’alors, en manque de jouissance-sans-entraves. Reich, le premier, avait posé en termes disons historiques la place primordiale de la sexualité dans la construction d’une humanité digne de ce nom. Alors que Freud ouvrait le champ infini de l’inconscient, quand Marx avait mis au jour les mécanismes de l’aliénation par le capital, Reich, lui, tente une synthèse que, pour dire vite, on qualifiera alors de «freudo-marxiste». Psychanalyste engagé, médecin social, il fonde en 1931, en Allemagne pré-nazie, le mouvement Sexpol, abréviation de politique sexuelle, mouvement destiné à venir en aide aux adolescents en proie à la «misère sexuelle». Résultat : les freudistes le suspectent de communisme, là où Reich avait posé la question de la dimension sociale des névroses et de leur traitement. Les communistes le traitent de médecin bourgeois introduisant la psychologie et, pire encore, la sexualité, dans la politique. Il est donc rejeté par les deux camps. Tandis qu’un troisième, la bête immonde à l’affût dans l’ombre, aura bientôt «raison» de tout – sauf de sa magistrale dénonciation dans Psychologie de masse du fascisme.

Autre point de perspective : l’histoire ne saurait se répéter, certes, mais interrogeons ici nos sociétés à criminalité record, le plus souvent de manifestation directement sexuelle: viols, violences sadiques et meurtres pervers, pédophilie «ordinaire» ou organisée, marchandifiée, touristiquée. Questionnons les poussées d’intégrismes multiples, de fascismes, les guerres dites ethniques – tout cela à nos portes, en Autriche (pays de Reich) comme en Suisse, ou plus loin à l’est comme au sud, dessus dessous et même à l’intérieur de nos frontières. Ce chaos, Reich l’a connu, en plus ouvertement violent, oh à peine ! – autres temps même mœurs. Il est l’un des tout premiers penseurs politiques et scientifiques modernes à poser de manière délibérée l’étude des mécanismes de la souffrance humaine.

Car il s’agit bien de souffrance, cette incapacité à «se laisser aller au flux de l’amour universel», à l’ «élan vital». Il pointe alors précisément, observateur et analyste acerbes, les mécanismes de répression tapis dans les systèmes éducatifs, dans la structure familiale, patriarcale et économique, et comme engrammés chez les individus eux-mêmes qui n’ont de cesse de perpétuer partout, et en particulier chez leurs enfants, à peine nés, les meurtres de la vie. Il identifie non seulement dans les caractères psychologiques mais dans le corps lui-même les traces visibles, palpables des blessures du vivant, rétréci sous sa cuirasse, et donnera ainsi naissance aux thérapies psycho-corporelles.

Tous étaient atteints

C’est aussi dans ces années 70 que circule en France, en édition sauvage, la traduction sous le titre Les Hommes et l’État, de People in trouble, un des derniers livres de Reich, qui constitue son autobiographie politique. Ce fut un choc salutaire pour plus d’un gauchiste (mais guère plus d’un peut-être… ou une poignée !), que 68 avait pu pétrir de ces fameuses certitudes idéologiques, ces moules à “penser”. Reich y décrit par les détails les plus fins de l’observation, ce qu’il appellera les signes de la structure caractérielle rigide des hommes d’appareils, des partis, organisations diverses au service de la fixité des choses, résolument hostiles au mouvement du vivant, à sa pulsion. Alors militant socialiste, il remarque en défilant à leurs côtés, combien les travailleurs autrichiens, manifestant lors de grandes grèves, à Vienne en 1927, apparaissent soumis à leurs meneurs, se comportant de manière très irrationnelle, apparemment incompréhensible. Reich ouvre ainsi la voie à un autre regard politique – sexo-politique, précisément –, sur la société autant que sur chacun de ses individus, vous, moi, lui dont il dira plus tard, n’en connaître aucun qui ne porte en lui les marques de la structure fasciste.

Le projet de Sexpol, la revue, naît de cette sorte de révélation, de ce regard autre, tout à fait neuf, fulgurant, porté sur l’histoire humaine avec le désir d’en comprendre les ressorts intimes. Cela au moment où le manichéisme idéologique de l’après-68 atteignait, comme on dirait aujourd’hui, des pics de pollution mentale et physique. «Tous n’en mouraient pas, mais tous étaient atteints». Les humains étaient malades de la peste – cette peste émotionnelle, ainsi que l’appellera Reich qui, jusqu’à sa mort en prison, frappé lui aussi par le mal, n’aura de cesse de l’interroger pour mieux la combattre. 

Telle était bien aussi, à sa mesure, l’ambition deSexpol qui va y aller de ses questionnements : le militantisme, la médecine, le désir, la beauté et la laideur, le couple, l’enfance, la bouffe, l’homosexualité, la sexualité de groupe, la violence, la nature, les prisons, l’éducation, le mysticisme, les élections, femmes et hommes, les sentiments, l’adolescence, la vieillesse – autant de thèmes qui furent tamisés à la lumière sexo-politique, avec plus ou moins de finesse d’ailleurs, on peut aujourd’hui mieux le reconnaître, le recul aidant (cette position haute de l’après-coup). Des faiblesses qui n’entachent en rien la démarche, tout juste humaine et normalement névrosée, voire pestiférée aux entournures de l’air du temps qui s’interdisait d’interdire… De cette complaisance qui faillit lui être fatale lorsque des annonces pédophiliques subreptices lui valurent l’interdiction, exploitée en censure politique, puis en brevet révolutionnaire et en presque succès commercial…

Veau, Poulets, Bœufs, Vaches…

Complaisance encore à tolérer l’intolérable: par libéralisme inconséquent, des pervers de tous poils se servant de la revue comme de support à leurs pratiques anti-vie, tournée surtout contre les enfants. Quelques illuminés monomaniaques trouvèrent aussi refuge dans nos colonnes peu regardantes sur certains effets de “modes” comportementales que leurs adeptes s’évertuaient, si l’on ose dire, à élever au rang de norme. «Ne vois-tu pas, mon vieux Neill, que tout ton édifice de respect libéral de la névrose s’écroule – qu’il ne faut pas confondre la réalité de l’homme pathologique avec le principe de la dignité humaine de Locke. L’humanité tout entière a été entraînée vers l’abîme à cause de cette sorte de confusion libérale…» 

Ainsi écrivait Reich à Alexander Neill, son ami, le fameux pédagogue anglais de Summerhill, auteur, précisément, deFreedom, not license, bêtement traduit par La liberté, pas l’anarchie…

Ce qui demeure aujourd’hui de ces annéesSexpol et de sa quarantaine de numéros, ce sont néanmoins des valeurs pivotales, d’ailleurs le plus souvent héritées de Reich, et dont l’actualité demeure, hélas, toujours impérieuse.

Ainsi l’identité psycho-corporelle de l’être humain, certes aujourd’hui reconnue en théorie (dans nos sociétés dites avancées), mais aussitôt transmutée par la dictature du paraître, la prééminence dictatoriale de l’image, l’empire du look, l’idéologie néofasciste du corps magnifié, idéalisé en un nouveau culte païen.

Ainsi le délire scientiste, ou la tentation démiurgique de “savants” fous attaquant la structure ultime de la cellule, bricolant bientôt l’être humain comme d’autres déjà tripotent les gènes du maïs ou du soja, clonent Dolly, tout juste avant… Loana ou Steve.

Ainsi ce qu’écrivait dans le dernier Sexpol, il y a vingt-cinq ans, Roger Dadoun : «…Le Veau d’or (d’hormones) n’est plus debout; une escalope bouffie fait remonter toute la chaîne alimentaire; politiciens, experts, savants, spéculateurs, laboratoires, industriels, intermédiaires et autres se déchaînent, débusqués dans leurs pratiques monstrueuses et mortifères : un petit non à l’escalope, et l’immense machine qui vacille ? Ne pas s’arrêter au Veau : écouter désormais les Poulets, suivre les Bœufs et les Vaches, et toute la Viandasse moderne; et poursuivre avec les Laitages; et continuer avec tous les Végétaux, pour lire, à travers engrais, chimies, sélections, monopoles de culture et autres systèmes d’exploitation, le gigantesque gâchis planétaire… » Prémonitoire, hélas, cent fois !

Résistants de tous les pays…

Ainsi ces numéros spéciaux sur les bio-énergies, et sur la naissance, et sur Reich enfin qui ont dit à pleines pages, et qu’on entend encore aujourd’hui, parmi les tam-tams médiatiques du “village planétaire” – où l’on s’étripe plus que jamais –, qui ont dit à pleins cris que l’animal humain, bête et homme, étrange et précieux couple, demeure ce mystère indicible de monstruosité et d’idéal. Selon les jours, selon les lieux, les proportions du mélange nous incitent à plus ou moins d’optimisme… Selon que les ravages de la pensée unique iraient jusqu’à nous rendre nostalgiques des “deux blocs” entre lesquels on pouvait encore glisser l’espoir d’un monde autre. Unicité totalisante qui frappe de plein fouet culture et agri-culture, menace nos artistes, nos assiettes et notre santé, façonne nos vêtements et nos identités; qui channelise l’information et, au bout du satellite, aligne la politique sur la marchandise et le gros Dow Jones, la sexualité sur la consommation.


Gardons le mouvement qui nous sauve.
Mouvement des cultures, du mystère amoureux, de la quête des enfants, des femmes et des hommes vers l’art de la vie. Résistance, camarades de tous les pays, le monde vieux est devant nous !

Gérard Ponthieu

Cadeau-souvenir aux anciens lecteurs et abonnés de Sexpol: la reproduction de l'affiche-mascotte de la revue qui fut diffusée à des milliers d'exemplaires. Le "bébé Sexpol" rapporta peut-être autant que la vente de la revue, qui atteignit tout de même les 20.000 exemplaires. Quant au bébé, c'est… un petit Mexicain. Il avait été photographié par un membre de l'Institut Wilhelm-Reich de Mexico. "Anciens de Sexpol", faites signe en passant !


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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