On n'est pas des moutons

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Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ro­ristes, à tra­vers leur rage mor­ti­fère, ont vou­lu s’en prendre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­dien. La mor­bi­di­té assas­sine, comme sou­vent par les drames et la mort, vient nous rap­pe­ler que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­sible. Cette véri­té pro­fonde, essen­tielle, exis­ten­tielle nous échappe pour­tant trop sou­vent. Comme si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – comme bien d’autres choses ! Comme si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­gre­né par la bana­li­té. Or, il s’agit d’un art qui, comme tel, demande atten­tion de chaque jour, de chaque ins­tant. Cet art, le plus vieux sans doute, est pour­tant le plus gal­vau­dé et aus­si, l’actualité nous le montre, hélas, le plus mena­cé. Un art aus­si vieux que l’homo sapiens. – caté­go­rie abu­sive s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indépassable.

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© André Faber 2015

Au bis­trot, à une ter­rasse ; au ciné, au théâtre ou à un concert ; flâ­ner dans les rues ou dans une expo ; dans un stade ou à la messe… Faire la cour, et l’amour, avec qui et comme on veut. Man­ger un steak-frites, un cous­cous, une sau­cisse ou une salade (bio ou non). Boire un rouge, blanc ou rosé ; un whis­ky (même à la can­nelle, ou au coca) ; ou un thé (à la menthe ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une blague, d’un des­sin, d’une cari­ca­ture. Savou­rer la vie, l’honorer dans chaque ins­tant, sans gran­di­lo­quence, voi­là l’art de vivre – du moins « à la fran­çaise », qui n’est heu­reu­se­ment pas le seul ! Car il se décline par­tout où la vie lutte pour elle-même et non pour son contraire, la mort.

L’idée est si ancienne ! Elle remonte notam­ment (sans par­ler ici de la Chine antique) aux civi­li­sa­tions égyp­tienne et sumé­rienne – là où, pré­ci­sé­ment, les « choses » se tordent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cette Méso­po­ta­mie qui a vu naître l’écriture et, par delà, la pen­sée éla­bo­rée. Plus tard, vinrent les phi­lo­sophes grecs et latins, dont la moder­ni­té demeure éblouis­sante. Ils inven­tèrent lit­té­ra­le­ment – à la lettre – l’amour de la sagesse, après les­quels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pytha­gore, Socrate et leurs foi­son­nantes lignées de pen­seurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­ci­sé­ment, posèrent la phi­lo­so­phie comme un art de vivre, conden­sé plus tard par le fameux carpe diem emprun­té au poète latin Horace. Oui, urgence quo­ti­dienne : « cueillir le jour » sans dila­pi­der son temps.

On est évi­dem­ment là aux anti­podes de Daesh et de ses arrière-mondes !

J’y oppo­se­rai encore ce cher vieux Mon­taigne et la jeu­nesse de sa pen­sée ; ain­si, par exemple, quand au fil de ses Essais il passe à deux états phi­lo­so­phiques suc­ces­sifs : l’un sur le thème « Vivre c’est apprendre à mou­rir » –  dan­ge­reux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heu­reu­se­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflexion, abor­dée ici dans un com­men­taire récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la nature humaine, et cela il me semble que Wil­helm Reich l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cette démons­tra­tion, par exemples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a appor­té ensuite au Monde. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croyance ou non, Wil­helm Reich a rai­son ou il a tort. La « peste émo­tion­nelle » dont il parle, équi­va­lente à peu de chose près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Nietzsche, ne touche pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Bérilley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­vage dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­tique, celui autour de la freu­dienne « pul­sion de mort » que Reich, en effet, fut par­mi les pre­miers à reje­ter. Appli­quée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­ti­fères qu’ils soient, ces dji­ha­distes ne sont nul­le­ment mus par une hypo­thé­tique « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pa­ci­té à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­sance à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne change en rien l’atrocité de leurs actes. Certes. Mais une telle ana­lyse (ici som­mai­re­ment résu­mée) évite l’impasse de la fata­li­té devant la Mort pul­sion­nelle, condui­sant à des ana­lyses autre­ment com­pré­hen­sives de la réa­li­té. Notam­ment s’agissant de la haine de la femme, créa­ture impure, qu’on ne rêve donc qu’en vierge fan­tas­ma­tique et « paradisiaque ».

Cette obses­sion de la « pure­té » se retrouve dans les idéo­lo­gies fas­cistes et en par­ti­cu­lière dans le nazisme et sa « pure­té raciale ». Dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme, notam­ment, Reich avait ana­ly­sé les com­por­te­ments anti-vie, rigi­di­fiés sous la cui­rasse carac­té­rielle et celle des corps frus­trés. Une sem­blable ana­lyse auprès des dji­ha­distes met­trait au jour, à n’en pas dou­ter, les com­por­te­ments sexuels de vio­leurs et d’impuissants orgas­tiques. Les femmes vic­times de ces phal­lo­pathes « peine à jouir » – sauf à la secousse des kalach’– auront peut-être un jour à témoi­gner dans ce sens.

Com­prendre, certes, se pose comme une néces­si­té qui évite les géné­ra­li­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­games de toutes sortes. Expli­quer ne four­nit aucune solu­tion clé en main.


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péennes se dis­tingue comme une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquêtes socio­lo­giques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés reste la plus déter­mi­nante. D’où les réflexions sui­vantes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond article trou­vé dans le der­nier Marianne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légasse.

Sous le titre « Les tru­cages d’une bluette iden­ti­taire », les auteurs dénoncent une manœuvre « artis­tique », « intel­lec­tuelle » et à coup sûr com­mer­ciale par laquelle se trouve défen­due la thèse du mul­ti­cul­tu­ra­lisme en train de saper notre modèle démo­cra­tique et répu­bli­cain « à la fran­çaise », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comique, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racistes : juifs grippe-sous, Chi­nois fourbes à petites bites, Noirs lubriques à grande queue et pas futés, Arabes « mus­lims » et voleurs…

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Légende four­nie avec l’image offi­cielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est par­te­naire, a dépas­sé la barre des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un score que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Cannes jeu­di soir, après avoir mon­té les marches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film semble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous sommes tous racistes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­mentent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­libre des racismes comme il y a une équi­libre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléaire : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cé­dé se double alors d’une autre faute morale consis­tant à inver­ser la réa­li­té d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subissent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se passe en milieu bour­geois où les gendres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils parlent fran­çais aus­si bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Marseille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pierre Bour­dieu (La Misère du monde, 1993) et aus­si Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tielle dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­giques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diver­si­té des peuples » achoppe notam­ment sur le sta­tut de la femme que le film éva­cue tota­le­ment et comme par magie : on n’y voit aucune femme voi­lée ! En occul­tant ain­si cette ques­tion du voile, se trouve aus­si éva­cuée la ques­tion du métis­sage et, avec elle, celle de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voile impo­sé à la femme (ou même « libre­ment consen­ti ») la fonc­tion de l’interdit oppo­sé au jeu exo­game : « Touche pas à la femme voi­lée ! »

Cette atti­tude s’oppose en effet à toute ten­ta­tive d’intégration et vient ain­si ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racisme « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de mariages mixtes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­laires), s’est effon­dré ces trente der­nières années à cause du ren­fer­me­ment endo­ga­mique d’une immi­gra­tion récente encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa culture d’origine. On repart se marier au bled. »

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Racisme. L’offense à Christiane Taubira atteint tout le genre humain

Minute-racisme

Minute (nov. 2013). Le tor­chon d’extrême-droite retrouve les accents de Gobi­neau et des cohortes racistes.

Quand une femme comme Chris­tiane Tau­bi­ra se fait trai­ter de singe, l’offense qui lui est faite s’adresse en même temps à l’ensemble du genre humain, et aus­si au genre animal.

Le genre humain se trouve même dou­ble­ment affec­té : par la femme qui subit l’offense raciste, tout d’abord et, on s’en doute, dou­lou­reu­se­ment ; et plus encore, par ses auteurs, en ce qu’ils appar­tiennent à ce genre humain, que de ce fait ils dégradent.

Le genre ani­mal aus­si se trouve affec­té dans la mesure où l’espèce « singe » se voit abais­sée au rang de l’injure.

Le racisme est abject par essence. Au-delà de son carac­tère infâ­mant, il repose fon­da­men­ta­le­ment sur l’établissement d’une hié­rar­chie de valeurs entre les caté­go­ries du vivant. En géné­ral, il concerne l’espèce humaine à l’intérieur de laquelle il dépré­cie cer­taines « races » tout en affir­mant la supé­rio­ri­té de celle à laquelle il pré­tend appartenir.

Aus­si ancien que l’ignorance et l’imbécillité, le racisme revêt de mul­tiples variantes, ou sous-catégories :

sociales, par rejet des « classes » consi­dé­rées comme infé­rieures et méprisables ;

cultu­relles, par dédain envers des mœurs et pra­tiques autres, jugées « non natu­relles », inad­mis­sibles, condamnables ;

socié­tales, notam­ment sur la ques­tion de l’immigration posée comme le péril majeur, fan­tasme de l’extrême droite selon laquelle le droit du sol menace le droit du sang : où l’on voit conver­ger les thèmes récur­rents du nazisme (« espace vital », « pure­té de la race ») et ceux du Front natio­nal, refor­mu­lés en ver­sion plus soft ; tan­dis qu’à l’autre extré­mi­té du mani­chéisme, la gauche popu­liste oppose son angé­lisme sim­pliste et déma­go­gique, igno­rant de la com­plexi­té de ces questions ;

sexuelles, par l’homophobie et rejet de tout com­por­te­ment hors de la « normalité » ;

poli­tiques, par le ral­lie­ment à un cou­rant dit « décom­plexé » éma­nant de la droite réac­tion­naire et ultra, condui­sant à « libé­rer » la parole de toute consi­dé­ra­tion morale et éthique. De même, les ultras « de gauche » lorsqu’ils posent leurs dogmes comme les rem­parts de la Véri­té et de la Justice.

Dans l’« affaire Tau­bi­ra », le racisme recouvre plu­sieurs aspects, tous ignobles :

– en par­ti­cu­lier par le fait d’enrô­ler des enfants dans des causes aus­si abjectes, leur met­tant des bananes dans les mains au pas­sage d’une femme noire, par ailleurs ministre de la Jus­tice, les mani­pu­lant et les abu­sant ain­si dans leur être et leur libre-arbitre en deve­nir ; pra­tiques assi­mi­lables à la pédo­phi­lie et à sa jus­ti­fi­ca­tion par des adultes au motif de l’assouvissement de leurs pulsions ;

– par le fait d’amal­ga­mer une réforme de socié­té (le « Mariage pour tous », réforme por­tée et assu­mée par Chris­tiane Tau­bi­ra) aug­men­tant le libre com­por­te­ment de cha­cun sans pré­ju­dice pour autrui, à une atteinte à la sacra­li­té de la famille au nom de « la tra­di­tion » (« Famille pour tous ») ;

– par l’alliance objec­tive du racisme et de l’action poli­tique anti-démo­cra­tique fon­dés sur le rejet de l’autre et, par delà, sur le refus de l’altérité et de la différence.

 


Paris (France) 20/10/2013 Paris, le curé Beau­vais, exci­té de la sou­tane inté­griste, prê­chant la fra­ter­ni­té catho­lique. par ltl­news

De tels com­por­te­ments archaïques par­sèment l’Histoire de manière plus ou moins cyclique, au gré des crises éco­no­miques, poli­tiques, reli­gieuses et pour « finir » guerrières.

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La revue Sexpol ressuscitée en DVD !

L’association Mou­ve­ment Inter­na­tio­nal pour une Éco­lo­gie Libi­di­nale (M.I.E.L.) vient de numé­ri­ser la revue Sex­pol, sexualité/politique et met ain­si à dis­po­si­tion l’ensemble des 39 numé­ros parus de 1975 à 1980, cela dans la forme ori­gi­nale. C’est un tra­vail aus­si consi­dé­rable qu’utile, d’autant plus que, trente ans après sa dis­pa­ri­tion, Sex­pol était deve­nue introu­vable, sinon sur le mar­ché « noir » de quelques profiteurs…

L’association MIEL explique ain­si sa démarche : « L’objectif est d’une part la conser­va­tion d’un patri­moine cultu­rel : une revue de langue fran­çaise ins­crite dans l’histoire des aspi­ra­tions à la liber­té sexuelle et poli­tique, qui ont mar­qué les années 1970.

« Il s’agit d’autre part de rendre acces­sible aujourd’hui des textes tou­jours d’actualité. En effet depuis les années 1970 la situa­tion poli­ti­co-sexuelle en France (et ailleurs) n’a guère évo­lué posi­ti­ve­ment. Pire, elle a même régres­sé sur bien des aspects, tan­dis que le type de dis­cours sur la sexua­li­té qui carac­té­ri­sait Sex­pol a tota­le­ment dis­pa­ru du pay­sage médiatique. »

 

Fon­da­teur et direc­teur de Sex­pol, je me réjouis de cette ini­tia­tive due à Joce­lyn Pati­nel, ani­ma­teur du MIEL, asso­cia­tion mili­tante non lucra­tive qui ain­si, à sa manière, a repris le flam­beau d’une lutte inces­sante pour l’épanouissement du genre humain – en quoi il reste bien du travail…

J’espère aus­si que cette col­lec­tion res­sus­ci­tée en numé­rique pour­ra tou­cher d’anciens lec­teurs – la revue a tiré jusqu’à 20 000 exem­plaires – ain­si que les membres de l’équipe, une ving­taine, aujourd’hui épar­pillés, per­dus de vue, ou même disparus.

Le DVD est mis en vente à prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion (plus de 2 000 pages), de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans.

Tous les détails et le bon de com­mande à par­tir de cette page :

http://www.ecologielibidinale.org/fr/miel-revuesexpol-fr.htm

 

Une parcelle d’Histoire

 

« Sex­pol » donc,  comme sexua­li­té et poli­tique. Ques­tion­nez la toile et ce blog, à com­men­cer, et vous en appren­drez déjà pas mal sur cette revue et sa qua­ran­taine de numé­ros parus de 1975 à 80. Une aven­ture à sa façon : celle d’une (s)exploration dans le monde des vivants, enta­mée par un cer­tain Wil­helm Reich (1897-1957), méde­cin, psy­cha­na­lyste, freu­dien déviant, mar­xiste puis dis­si­dent en com­mu­nisme, scien­ti­fique un peu scien­tiste, juif et mécréant, inclas­sable et éti­que­té « fou », fina­le­ment mort dans un péni­ten­cier état­su­nien. Rac­cour­ci abu­sif pour cer­ner un vrai grand per­son­nage, y com­pris jusque dans ses enfer­re­ments et contra­dic­tions, dans ses enga­ge­ments, ses « folies » : son entière humanité.

Assez oublié depuis ce siècle amné­siant, Reich revient (de loin) comme les vagues de fond. Michel Onfray lui a offert la tri­bune de son uni­ver­si­té popu­laire de Caen et pré­pare, semble-t-il, un ouvrage sur ce « freu­diste héré­tique ». Signe des temps, ou signe avant-cou­reur d’une « résur­rec­tion » de celui qui mit les pieds dans pas mal de gamelles peu ragoû­tantes. Reich, en effet, fut par­mi les tout pre­miers des psy­cho­logues à pla­cer la ques­tion sociale dans l’origine du mal être de l’humanité, ce qui en soi, ne pou­vait que consti­tuer un casus bel­li avec Freud et les salons bour­geois de la Vienne des années 20. Tan­dis que la ques­tion sexuelle, comme l’avers de la médaille, non sépa­rable, pri­mor­diale, se trou­vait prise à bras le corps – à prendre au pied de la lettre ! et incluant tout le corps social, corps souf­frant s’il en est et s’il en était alors dans ces années fati­diques d’empestement nazi. Ter­ri­fiante peste à laquelle répon­dait en qua­si symé­trie le cho­lé­ra du sta­li­nisme, l’une et l’autre qui allèrent jusqu’à pas­ser ensemble un pacte, avant de s’affronter à la mort comme un même monstre à deux têtes. Reich eut très tôt pres­sen­ti cette simi­li­tude des extrêmes, non pas dans leurs ori­gines et dimen­sions tant his­to­riques que socio­lo­giques, mais dans leur essence même, celle de la « tota­li­té tota­li­sante », ce tota­li­ta­risme à base d’idéal divi­ni­sé et de pure­té diabolisée.

Reich creuse la ques­tion : com­ment se peut-il que l’homme (il aimait à son pro­pos par­ler d’ « ani­mal humain », ce qui n’est pas ano­din) se laisse à ce point entraî­ner vers sa propre déchéance et, dans un même élan mor­ti­fère, aller jusqu’à sa perte ? Toute l’œuvre écrite de Reich tour­ne­ra autour de ce « mys­tère », depuis Les Hommes dans l’État, jusqu’à Écoute, petit homme ! en pas­sant par le fon­da­men­tal Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme.

Il n’en fal­lait pas plus pour se trou­ver reje­té, détes­té, déni­gré et, diront cer­tains, assas­si­né. Pour le moins, les fas­cistes et des psy­cha­na­lystes le dénon­cèrent comme « com­mu­niste et agent de Mos­cou », les com­mu­nistes comme « contre-révo­lu­tion­naire agent de la bour­geoi­sie » et tout le monde ou presque se devait de sus­pec­ter ce pour­fen­deur des reli­gions et de la morale répres­sive, ce pré­cur­seur de la « révo­lu­tion sexuelle ».

À l’image d’un Épi­cure quelque deux mil­lé­naires avant, Reich fut l’objet vic­ti­maire de visions réduc­trices et même de contre­sens quant à sa pen­sée, son action et son œuvre. En rai­son par­ti­cu­lière du fait qu’elles por­taient sur la sexua­li­té et la désa­lié­na­tion poli­tique. Et que, comme pour l’épicurisme, le « rei­chisme » ne pou­vait cor­res­pondre à la dépra­va­tion libi­di­neuse. Tous deux, en fait, se posaient en ques­tion­neurs de la morale poli­tique et, plus géné­ra­le­ment, en pré­cur­seurs d’un art de vivre reliant l’unique et le col­lec­tif, l’individu et la cité, dans l’harmonie posi­tive des plai­sirs comme des valeurs morales.

C’est à ce prix – celui des contre­sens – que Reich connut une cer­taine gloire avec le mou­ve­ment de Mai 68. C’est dans les restes des bar­ri­cades déblayées qu’une bande de jeunes uto­pistes, bar­dés de leurs espé­rances, ras­sem­blèrent les pépites lais­sées par les ful­gu­rances rei­chiennes. Ain­si naquit Sex­pol comme une revue anti-dog­ma­tique. C’était début 75, dans ces années désa­bu­sées impré­gnées des De Gaulle-Pom­pi­dou-Gis­card, qui menèrent au sacre de Mit­ter­rand en même temps qu’à la fin d’une « expé­rience ». Conco­mi­tance à décryp­ter, certes. On y trou­ve­ra matière, sans nulle doute, dans cette col­lec­tion numé­ri­sée, dans ce CVD et sa modeste et réelle par­celle d’Histoire.

Gérard Pon­thieu

> > > Voir aussi :

Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique


Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique

En jan­vier 75, il y a un peu plus de trente ans, parais­sait le pre­mier numé­ro d’une revue plu­tôt bal­bu­tiante, sous une cou­ver­ture un rien pré­ten­tieuse. Voi­là qui aurait pu ne pas mener bien loin. Mais le coup de clai­ron son­nait haut et fort à la Une : “Un monde à refaire”…  Le pro­gramme ne péchait pas par modestie.

En ces temps-là les jeunes ne dou­taient pas, ou si peu; ils avaient été nour­ris au lait entier des cer­ti­tudes, peut-être même de la cer­ti­tude des dési­rs-réa­li­té confon­dus. Soixante-huit avait œuvré au noir et au rouge, et de l’athanor encore fumant/fumeux, on défour­nait, en les démou­lant d’un bloc, des pans entiers de condam­na­tions assas­sines et d’utopies célestes. Sex­pol aus­si sor­tait de ce four-là, mais en déno­tant dans le concert des feuilles “néo-révo­lu­tion­naires”, inter­ro­geant dans les pro­fon­deurs et l’individu et la socié­té, tra­çant les pre­miers sillons des ques­tions de fond, tou­jours actuelles, après des siècles et des siècles, depuis le début de l’humanité.

L’aventure allait durer presque six ans, avant de s’échouer à sa 39e paru­tion, en qua­si silence, sur les plages émol­lientes de la gauche au pou­voir. Non pas un nau­frage, plu­tôt la boucle fer­mée d’un temps à demi-révo­lu, même pas une demi-révo­lu­tion, autant dire un virage mou finis­sant plein cadre dans le décor fluo du dieu-Mar­ché, de la mar­chan­dise mondialisée.

La vie, plein emploi

Sex­pol sor­tait de ce four, il est vrai, mais comme un vilain canard qu’il était, à com­men­cer par son étrange titre, appe­lant d’ailleurs sous-titre – sexualité/politique – pour annon­cer “la cou­leur”, c’est-à-dire une mise en dia­lec­tique des deux enti­tés humaines fon­da­men­tales : l’individu, et la socié­té. L’un et l’autre, dans l’autre, par l’autre; l’un avec l’autre, contre l’autre; et sur­tout, autant que pos­sible, l’un et l’une pour l’autre. Tout un pro­gramme. En effet, c’en était un, expo­sé comme les tables de la Loi, en un “Iti­né­raire bali­sé pour (s)explorateurs pru­dents” : treize étapes fleu­rant bon le bou­quet liber­taire et situa­tion­niste. Où l’on déplore que «le plai­sir se codi­fie, se cho­si­fie, se mar­chande. Se négo­cie. Pour qu’on ne le prenne pas.» Où l’on parle de l’ «ani­mal humain» et de son «drame» qu’est sa démis­sion dans la fata­li­té rési­gnée du «c’est la vie». Où l’on re-jette les inter­pré­ta­tions dog­ma­tiques sur la lutte des classes pour lui pré­fé­rer ce clin d’œil situ : Est pro­lé­taire qui­conque est «dépos­sé­dé du plein emploi de sa vie». C’est dire que les cer­ti­tudes, non, elles n’auraient guère de place dans cette (s)exploration pru­dente – non arro­gante en tout cas.

Arrê­tons-nous un ins­tant, du haut de ce tiers de siècle écou­lé, pour consi­dé­rer cette ligne de pers­pec­tive – pas une ligne de fuite, jus­te­ment pas, mais une ligne qui nous appelle tou­jours vers le haut, vers plus de légè­re­té, même pro­fonde, dans la qua­li­té de l’être au monde. Une libé­ra­tion ? Nous libé­rer de quoi ? De la vie, qui va et vient, cette garce sublime et détes­table, grâce liber­taire ou pesan­teur mor­bide, c’est selon. Selon les aléas, selon notre capa­ci­té, cha­cun et tous, à sai­sir les fila­ments du bon­heur, à plon­ger dans l’océan plu­tôt qu’à nous en «libé­rer».

Nous disions : le «plein emploi de sa vie»…Voyons comme les temps ont écor­né l’utopie – ampu­té même, déca­pi­té ! Adieu la vie, bon­jour le «plein emploi» tout court, et encore : pré­sen­té comme le seul à-venir dési­rable à qui veut bien encore ava­ler cette cou­leuvre que les mul­ti­na­tio­nales conti­nuent à pro­duire à pro­por­tion de leurs Profits.

Inté­grismes, fas­cismes, ethnismes

Pour­sui­vons notre iti­né­raire bali­sé qui passe par «la sexua­li­té en tant qu’expression la plus intense de l’énergie vitale libé­rée». Des mots ? Pas si vite. L’expérience n’est pas loin, elle sera mul­tiple en ses ten­ta­tives pour conju­rer les atteintes aux mou­ve­ments du corps et de la pen­sée, des sen­ti­ments et des émo­tions, de la pas­sion et de la rai­son. Que serait le poli­tique s’il n’ouvrait le champ libre au bon­heur d’être, ici et main­te­nant ? Le poli­tique alors, oui, ne serait que la poli­tique – on connaît.

Et puis voi­ci que sur­git sur cette route un cer­tainWil­helm Reich – mais pas tant ce héraut sul­fu­reux, auteur de La révo­lu­tion sexuelle, auquel s’étaient ral­liés les révol­tés d’alors, en manque de jouis­sance-sans-entraves. Reich, le pre­mier, avait posé en termes disons his­to­riques la place pri­mor­diale de la sexua­li­té dans la construc­tion d’une huma­ni­té digne de ce nom. Alors que Freud ouvrait le champ infi­ni de l’inconscient, quand Marx avait mis au jour les méca­nismes de l’aliénation par le capi­tal, Reich, lui, tente une syn­thèse que, pour dire vite, on qua­li­fie­ra alors de «freu­do-mar­xiste». Psy­cha­na­lyste enga­gé, méde­cin social, il fonde en 1931, en Alle­magne pré-nazie, le mou­ve­ment Sex­pol, abré­via­tion de poli­tique sexuelle, mou­ve­ment des­ti­né à venir en aide aux ado­les­cents en proie à la «misère sexuelle». Résul­tat : les freu­distes le sus­pectent de com­mu­nisme, là où Reich avait posé la ques­tion de la dimen­sion sociale des névroses et de leur trai­te­ment. Les com­mu­nistes le traitent de méde­cin bour­geois intro­dui­sant la psy­cho­lo­gie et, pire encore, la sexua­li­té, dans la poli­tique. Il est donc reje­té par les deux camps. Tan­dis qu’un troi­sième, la bête immonde à l’affût dans l’ombre, aura bien­tôt «rai­son» de tout – sauf de sa magis­trale dénon­cia­tion dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme.

Autre point de pers­pec­tive : l’histoire ne sau­rait se répé­ter, certes, mais inter­ro­geons ici nos socié­tés à cri­mi­na­li­té record, le plus sou­vent de mani­fes­ta­tion direc­te­ment sexuelle: viols, vio­lences sadiques et meurtres per­vers, pédo­phi­lie «ordi­naire» ou orga­ni­sée, mar­chan­di­fiée, tou­ris­ti­quée. Ques­tion­nons les pous­sées d’intégrismes mul­tiples, de fas­cismes, les guerres dites eth­niques – tout cela à nos portes, en Autriche (pays de Reich) comme en Suisse, ou plus loin à l’est comme au sud, des­sus des­sous et même à l’intérieur de nos fron­tières. Ce chaos, Reich l’a connu, en plus ouver­te­ment violent, oh à peine ! – autres temps même mœurs. Il est l’un des tout pre­miers pen­seurs poli­tiques et scien­ti­fiques modernes à poser de manière déli­bé­rée l’étude des méca­nismes de la souf­france humaine.

Car il s’agit bien de souf­france, cette inca­pa­ci­té à «se lais­ser aller au flux de l’amour uni­ver­sel», à l’ «élan vital». Il pointe alors pré­ci­sé­ment, obser­va­teur et ana­lyste acerbes, les méca­nismes de répres­sion tapis dans les sys­tèmes édu­ca­tifs, dans la struc­ture fami­liale, patriar­cale et éco­no­mique, et comme engram­més chez les indi­vi­dus eux-mêmes qui n’ont de cesse de per­pé­tuer par­tout, et en par­ti­cu­lier chez leurs enfants, à peine nés, les meurtres de la vie. Il iden­ti­fie non seule­ment dans les carac­tères psy­cho­lo­giques mais dans le corps lui-même les traces visibles, pal­pables des bles­sures du vivant, rétré­ci sous sa cui­rasse, et don­ne­ra ain­si nais­sance aux thé­ra­pies psycho-corporelles.

Tous étaient atteints

C’est aus­si dans ces années 70 que cir­cule en France, en édi­tion sau­vage, la tra­duc­tion sous le titre Les Hommes et l’État, de People in trouble, un des der­niers livres de Reich, qui consti­tue son auto­bio­gra­phie poli­tique. Ce fut un choc salu­taire pour plus d’un gau­chiste (mais guère plus d’un peut-être… ou une poi­gnée !), que 68 avait pu pétrir de ces fameuses cer­ti­tudes idéo­lo­giques, ces moules à “pen­ser”. Reich y décrit par les détails les plus fins de l’observation, ce qu’il appel­le­ra les signes de la struc­ture carac­té­rielle rigide des hommes d’appareils, des par­tis, orga­ni­sa­tions diverses au ser­vice de la fixi­té des choses, réso­lu­ment hos­tiles au mou­ve­ment du vivant, à sa pul­sion. Alors mili­tant socia­liste, il remarque en défi­lant à leurs côtés, com­bien les tra­vailleurs autri­chiens, mani­fes­tant lors de grandes grèves, à Vienne en 1927, appa­raissent sou­mis à leurs meneurs, se com­por­tant de manière très irra­tion­nelle, appa­rem­ment incom­pré­hen­sible. Reich ouvre ain­si la voie à un autre regard poli­tique – sexo-poli­tique, pré­ci­sé­ment –, sur la socié­té autant que sur cha­cun de ses indi­vi­dus, vous, moi, lui dont il dira plus tard, n’en connaître aucun qui ne porte en lui les marques de la struc­ture fasciste.

Le pro­jet de Sex­pol, la revue, naît de cette sorte de révé­la­tion, de ce regard autre, tout à fait neuf, ful­gu­rant, por­té sur l’histoire humaine avec le désir d’en com­prendre les res­sorts intimes. Cela au moment où le mani­chéisme idéo­lo­gique de l’après-68 attei­gnait, comme on dirait aujourd’hui, des pics de pol­lu­tion men­tale et phy­sique. «Tous n’en mou­raient pas, mais tous étaient atteints». Les humains étaient malades de la peste – cette peste émo­tion­nelle, ain­si que l’appellera Reich qui, jusqu’à sa mort en pri­son, frap­pé lui aus­si par le mal, n’aura de cesse de l’interroger pour mieux la com­battre. 

Telle était bien aus­si, à sa mesure, l’ambition deSex­pol qui va y aller de ses ques­tion­ne­ments : le mili­tan­tisme, la méde­cine, le désir, la beau­té et la lai­deur, le couple, l’enfance, la bouffe, l’homosexualité, la sexua­li­té de groupe, la vio­lence, la nature, les pri­sons, l’éducation, le mys­ti­cisme, les élec­tions, femmes et hommes, les sen­ti­ments, l’adolescence, la vieillesse – autant de thèmes qui furent tami­sés à la lumière sexo-poli­tique, avec plus ou moins de finesse d’ailleurs, on peut aujourd’hui mieux le recon­naître, le recul aidant (cette posi­tion haute de l’après-coup). Des fai­blesses qui n’entachent en rien la démarche, tout juste humaine et nor­ma­le­ment névro­sée, voire pes­ti­fé­rée aux entour­nures de l’air du temps qui s’interdisait d’interdire… De cette com­plai­sance qui faillit lui être fatale lorsque des annonces pédo­phi­liques subrep­tices lui valurent l’interdiction, exploi­tée en cen­sure poli­tique, puis en bre­vet révo­lu­tion­naire et en presque suc­cès commercial…

Veau, Pou­lets, Bœufs, Vaches…

Com­plai­sance encore à tolé­rer l’intolérable: par libé­ra­lisme incon­sé­quent, des per­vers de tous poils se ser­vant de la revue comme de sup­port à leurs pra­tiques anti-vie, tour­née sur­tout contre les enfants. Quelques illu­mi­nés mono­ma­niaques trou­vèrent aus­si refuge dans nos colonnes peu regar­dantes sur cer­tains effets de “modes” com­por­te­men­tales que leurs adeptes s’évertuaient, si l’on ose dire, à éle­ver au rang de norme. «Ne vois-tu pas, mon vieux Neill, que tout ton édi­fice de res­pect libé­ral de la névrose s’écroule – qu’il ne faut pas confondre la réa­li­té de l’homme patho­lo­gique avec le prin­cipe de la digni­té humaine de Locke. L’humanité tout entière a été entraî­née vers l’abîme à cause de cette sorte de confu­sion libé­rale…» 

Ain­si écri­vait Reich à Alexan­der Neill, son ami, le fameux péda­gogue anglais de Sum­me­rhill, auteur, pré­ci­sé­ment, deFree­dom, not license, bête­ment tra­duit par La liber­té, pas l’anarchie…

Ce qui demeure aujourd’hui de ces annéesSex­pol et de sa qua­ran­taine de numé­ros, ce sont néan­moins des valeurs pivo­tales, d’ailleurs le plus sou­vent héri­tées de Reich, et dont l’actualité demeure, hélas, tou­jours impérieuse.

Ain­si l’identité psy­cho-cor­po­relle de l’être humain, certes aujourd’hui recon­nue en théo­rie (dans nos socié­tés dites avan­cées), mais aus­si­tôt trans­mu­tée par la dic­ta­ture du paraître, la pré­émi­nence dic­ta­to­riale de l’image, l’empire du look, l’idéologie néo­fas­ciste du corps magni­fié, idéa­li­sé en un nou­veau culte païen.

Ain­si le délire scien­tiste, ou la ten­ta­tion démiur­gique de “savants” fous atta­quant la struc­ture ultime de la cel­lule, bri­co­lant bien­tôt l’être humain comme d’autres déjà tri­potent les gènes du maïs ou du soja, clonent Dol­ly, tout juste avant… Loa­na ou Steve.

Ain­si ce qu’écrivait dans le der­nier Sex­pol, il y a vingt-cinq ans, Roger Dadoun : «…Le Veau d’or (d’hormones) n’est plus debout; une esca­lope bouf­fie fait remon­ter toute la chaîne ali­men­taire; poli­ti­ciens, experts, savants, spé­cu­la­teurs, labo­ra­toires, indus­triels, inter­mé­diaires et autres se déchaînent, débus­qués dans leurs pra­tiques mons­trueuses et mor­ti­fères : un petit non à l’escalope, et l’immense machine qui vacille ? Ne pas s’arrêter au Veau : écou­ter désor­mais les Pou­lets, suivre les Bœufs et les Vaches, et toute la Vian­dasse moderne; et pour­suivre avec les Lai­tages; et conti­nuer avec tous les Végé­taux, pour lire, à tra­vers engrais, chi­mies, sélec­tions, mono­poles de culture et autres sys­tèmes d’exploitation, le gigan­tesque gâchis pla­né­taire… » Pré­mo­ni­toire, hélas, cent fois !

Résis­tants de tous les pays…

Ain­si ces numé­ros spé­ciaux sur les bio-éner­gies, et sur la nais­sance, et sur Reich enfin qui ont dit à pleines pages, et qu’on entend encore aujourd’hui, par­mi les tam-tams média­tiques du “vil­lage pla­né­taire” – où l’on s’étripe plus que jamais –, qui ont dit à pleins cris que l’animal humain, bête et homme, étrange et pré­cieux couple, demeure ce mys­tère indi­cible de mons­truo­si­té et d’idéal. Selon les jours, selon les lieux, les pro­por­tions du mélange nous incitent à plus ou moins d’optimisme… Selon que les ravages de la pen­sée unique iraient jusqu’à nous rendre nos­tal­giques des “deux blocs” entre les­quels on pou­vait encore glis­ser l’espoir d’un monde autre. Uni­ci­té tota­li­sante qui frappe de plein fouet culture et agri-culture, menace nos artistes, nos assiettes et notre san­té, façonne nos vête­ments et nos iden­ti­tés; qui chan­ne­lise l’information et, au bout du satel­lite, aligne la poli­tique sur la mar­chan­dise et le gros Dow Jones, la sexua­li­té sur la consommation.


Gar­dons le mou­ve­ment qui nous sauve.
Mou­ve­ment des cultures, du mys­tère amou­reux, de la quête des enfants, des femmes et des hommes vers l’art de la vie. Résis­tance, cama­rades de tous les pays, le monde vieux est devant nous !

Gérard Pon­thieu

Cadeau-sou­ve­nir aux anciens lec­teurs et abon­nés de Sex­pol: la repro­duc­tion de l’affiche-mascotte de la revue qui fut dif­fu­sée à des mil­liers d’exemplaires. Le « bébé Sex­pol » rap­por­ta peut-être autant que la vente de la revue, qui attei­gnit tout de même les 20.000 exem­plaires. Quant au bébé, c’est… un petit Mexi­cain. Il avait été pho­to­gra­phié par un membre de l’Institut Wil­helm-Reich de Mexi­co. « Anciens de Sex­pol », faites signe en passant !


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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