On n'est pas des moutons

Mot-clé: Wilhelm Reich

Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ror­istes, à tra­vers leur rage mor­tifère, ont voulu s’en pren­dre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­di­en. La mor­bid­ité assas­sine, comme sou­vent par les drames et la mort, vient nous rap­pel­er que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­si­ble. Cette vérité pro­fonde, essen­tielle, exis­ten­tielle nous échappe pour­tant trop sou­vent. Comme si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – comme bien d’autres choses ! Comme si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­grené par la banal­ité. Or, il s’agit d’un art qui, comme tel, demande atten­tion de chaque jour, de chaque instant. Cet art, le plus vieux sans doute, est pour­tant le plus gal­vaudé et aus­si, l’actualité nous le mon­tre, hélas, le plus men­acé. Un art aus­si vieux que l’homo sapi­ens. – caté­gorie abu­sive s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indé­pass­able.

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© André Faber 2015

Au bistrot, à une ter­rasse ; au ciné, au théâtre ou à un con­cert ; flân­er dans les rues ou dans une expo ; dans un stade ou à la messe… Faire la cour, et l’amour, avec qui et comme on veut. Manger un steak-frites, un cous­cous, une saucisse ou une salade (bio ou non). Boire un rouge, blanc ou rosé ; un whisky (même à la can­nelle, ou au coca) ; ou un thé (à la men­the ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une blague, d’un dessin, d’une car­i­ca­ture. Savour­er la vie, l’honorer dans chaque instant, sans grandil­o­quence, voilà l’art de vivre – du moins « à la française », qui n’est heureuse­ment pas le seul ! Car il se décline partout où la vie lutte pour elle-même et non pour son con­traire, la mort.

L’idée est si anci­enne ! Elle remonte notam­ment (sans par­ler ici de la Chine antique) aux civil­i­sa­tions égyp­ti­enne et suméri­enne – là où, pré­cisé­ment, les « choses » se tor­dent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cette Mésopotamie qui a vu naître l’écriture et, par delà, la pen­sée élaborée. Plus tard, vin­rent les philosophes grecs et latins, dont la moder­nité demeure éblouis­sante. Ils inven­tèrent lit­térale­ment – à la let­tre – l’amour de la sagesse, après lesquels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pythagore, Socrate et leurs foi­son­nantes lignées de penseurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­cisé­ment, posèrent la philoso­phie comme un art de vivre, con­den­sé plus tard par le fameux carpe diem emprun­té au poète latin Horace. Oui, urgence quo­ti­di­enne : « cueil­lir le jour » sans dilapi­der son temps.

On est évidem­ment là aux antipodes de Daesh et de ses arrière-mon­des !

J’y opposerai encore ce cher vieux Mon­taigne et la jeunesse de sa pen­sée ; ain­si, par exem­ple, quand au fil de ses Essais il passe à deux états philosophiques suc­ces­sifs : l’un sur le thème « Vivre c’est appren­dre à mou­rir » –  dan­gereux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heureuse­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflex­ion, abor­dée ici dans un com­men­taire récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la nature humaine, et cela il me sem­ble que Wil­helm Reich l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cette démons­tra­tion, par exem­ples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a apporté ensuite au Monde. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croy­ance ou non, Wil­helm Reich a rai­son ou il a tort. La « peste émo­tion­nelle » dont il par­le, équi­va­lente à peu de chose près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Niet­zsche, ne touche pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Béril­ley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­vage dans le mou­ve­ment psy­ch­an­a­ly­tique, celui autour de la freu­di­enne « pul­sion de mort » que Reich, en effet, fut par­mi les pre­miers à rejeter. Appliquée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­tifères qu’ils soient, ces dji­hadistes ne sont nulle­ment mus par une hypothé­tique « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pac­ité à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­sance à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne change en rien l’atrocité de leurs actes. Certes. Mais une telle analyse (ici som­maire­ment résumée) évite l’impasse de la fatal­ité devant la Mort pul­sion­nelle, con­duisant à des analy­ses autrement com­préhen­sives de la réal­ité. Notam­ment s’agissant de la haine de la femme, créa­ture impure, qu’on ne rêve donc qu’en vierge fan­tas­ma­tique et « par­a­disi­aque ».

Cette obses­sion de la « pureté » se retrou­ve dans les idéolo­gies fas­cistes et en par­ti­c­ulière dans le nazisme et sa « pureté raciale ». Dans Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme, notam­ment, Reich avait analysé les com­porte­ments anti-vie, rigid­i­fiés sous la cuirasse car­ac­térielle et celle des corps frus­trés. Une sem­blable analyse auprès des dji­hadistes met­trait au jour, à n’en pas douter, les com­porte­ments sex­uels de vio­leurs et d’impuissants orgas­tiques. Les femmes vic­times de ces phal­lopathes « peine à jouir » – sauf à la sec­ousse des kalach’– auront peut-être un jour à témoign­er dans ce sens.

Com­pren­dre, certes, se pose comme une néces­sité qui évite les général­i­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­games de toutes sortes. Expli­quer ne four­nit aucune solu­tion clé en main.


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote français aux élec­tions européennes se dis­tingue comme une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les électeurs FN… Mais des enquêtes soci­ologiques font ressor­tir que, pour ces derniers, la ques­tion des immi­grés reste la plus déter­mi­nante. D’où les réflex­ions suiv­antes tri­cotées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très intéres­sant et pro­fond arti­cle trou­vé dans le dernier Mar­i­anne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légasse.

Sous le titre « Les trucages d’une bluette iden­ti­taire », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­tique », « intel­lectuelle » et à coup sûr com­mer­ciale par laque­lle se trou­ve défendue la thèse du mul­ti­cul­tur­al­isme en train de saper notre mod­èle démoc­ra­tique et répub­li­cain « à la française », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comique, et néan­moins à base de clichés pour le coup bien racistes : juifs grippe-sous, Chi­nois fourbes à petites bites, Noirs lubriques à grande queue et pas futés, Arabes « mus­lims » et voleurs…

qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu -religion-racisme-lepen-Front national

Légende fournie avec l’image offi­cielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est parte­naire, a dépassé la barre des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un score que l’équipe du film a célébré digne­ment à Cannes jeu­di soir, après avoir mon­té les march­es du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous sommes tous racistes, et c’est juste­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­mentent les auteurs de l’article, il y aurait un équili­bre des racismes comme il y a une équili­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléaire : la général­i­sa­tion de l’agressivité déboucherait sur la paix »…

Le procédé se dou­ble alors d’une autre faute morale con­sis­tant à invers­er la réal­ité d’aujourd’hui en méprisant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­cis­er que le film se passe en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­di­en, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent français aus­si bien que Finkielkraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exacte­ment la soci­olo­gie du « 9–3 » ou des quartiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pierre Bour­dieu (La Mis­ère du monde, 1993) et aus­si Emmanuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange mat­ri­mo­ni­al, essen­tielle dans tout proces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­pologiques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diver­sité des peu­ples » achoppe notam­ment sur le statut de la femme que le film évac­ue totale­ment et comme par magie : on n’y voit aucune femme voilée ! En occul­tant ain­si cette ques­tion du voile, se trou­ve aus­si évac­uée la ques­tion du métis­sage et, avec elle, celle de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voile imposé à la femme (ou même « libre­ment con­sen­ti ») la fonc­tion de l’interdit opposé au jeu exogame : « Touche pas à la femme voilée ! »

Cette atti­tude s’oppose en effet à toute ten­ta­tive d’intégration et vient ain­si ren­forcer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racisme “anti-Blanc”. Et de not­er, avec Todd, que « le taux de mariages mixtes (se réal­isant prin­ci­pale­ment dans les caté­gories pop­u­laires), s’est effon­dré ces trente dernières années à cause du ren­fer­me­ment endogamique d’une immi­gra­tion récente encour­agée à val­oris­er et préserv­er sa cul­ture d’origine. On repart se mari­er au bled. »

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Racisme. L’offense à Christiane Taubira atteint tout le genre humain

Minute-racisme

Minute (nov. 2013). Le tor­chon d’extrême-droite retrou­ve les accents de Gob­ineau et des cohort­es racistes.

Quand une femme comme Chris­tiane Taubi­ra se fait traiter de singe, l’offense qui lui est faite s’adresse en même temps à l’ensemble du genre humain, et aus­si au genre ani­mal.

Le genre humain se trou­ve même dou­ble­ment affec­té : par la femme qui subit l’offense raciste, tout d’abord et, on s’en doute, douloureuse­ment ; et plus encore, par ses auteurs, en ce qu’ils appar­ti­en­nent à ce genre humain, que de ce fait ils dégradent.

Le genre ani­mal aus­si se trou­ve affec­té dans la mesure où l’espèce « singe » se voit abais­sée au rang de l’injure.

Le racisme est abject par essence. Au-delà de son car­ac­tère infâ­mant, il repose fon­da­men­tale­ment sur l’établissement d’une hiérar­chie de valeurs entre les caté­gories du vivant. En général, il con­cerne l’espèce humaine à l’intérieur de laque­lle il dépré­cie cer­taines « races » tout en affir­mant la supéri­or­ité de celle à laque­lle il pré­tend appartenir.

Aus­si ancien que l’ignorance et l’imbécillité, le racisme revêt de mul­ti­ples vari­antes, ou sous-caté­gories :

sociales, par rejet des « class­es » con­sid­érées comme inférieures et mépris­ables ;

cul­turelles, par dédain envers des mœurs et pra­tiques autres, jugées “non naturelles”, inad­mis­si­bles, con­damnables ;

socié­tales, notam­ment sur la ques­tion de l’immigration posée comme le péril majeur, fan­tasme de l’extrême droite selon laque­lle le droit du sol men­ace le droit du sang : où l’on voit con­verg­er les thèmes récur­rents du nazisme (« espace vital », « pureté de la race ») et ceux du Front nation­al, refor­mulés en ver­sion plus soft ; tan­dis qu’à l’autre extrémité du manichéisme, la gauche pop­uliste oppose son angélisme sim­pliste et dém­a­gogique, igno­rant de la com­plex­ité de ces ques­tions ;

sex­uelles, par l’homophobie et rejet de tout com­porte­ment hors de la « nor­mal­ité » ;

poli­tiques, par le ral­liement à un courant dit « décom­plexé » émanant de la droite réac­tion­naire et ultra, con­duisant à « libér­er » la parole de toute con­sid­éra­tion morale et éthique. De même, les ultras « de gauche » lorsqu’ils posent leurs dogmes comme les rem­parts de la Vérité et de la Jus­tice.

Dans l’« affaire Taubi­ra », le racisme recou­vre plusieurs aspects, tous igno­bles :

– en par­ti­c­uli­er par le fait d’enrôler des enfants dans des caus­es aus­si abjectes, leur met­tant des bananes dans les mains au pas­sage d’une femme noire, par ailleurs min­istre de la Jus­tice, les manip­u­lant et les abu­sant ain­si dans leur être et leur libre-arbi­tre en devenir ; pra­tiques assim­i­l­ables à la pédophilie et à sa jus­ti­fi­ca­tion par des adultes au motif de l’assouvissement de leurs pul­sions ;

– par le fait d’amal­gamer une réforme de société (le « Mariage pour tous », réforme portée et assumée par Chris­tiane Taubi­ra) aug­men­tant le libre com­porte­ment de cha­cun sans préju­dice pour autrui, à une atteinte à la sacral­ité de la famille au nom de « la tra­di­tion » (« Famille pour tous ») ;

– par l’alliance objec­tive du racisme et de l’action poli­tique anti-démoc­ra­tique fondés sur le rejet de l’autre et, par delà, sur le refus de l’altérité et de la dif­férence.

 


Paris (France) 20/10/2013 Paris, le curé Beau­vais, excité de la soutane inté­griste, prêchant la fra­ter­nité catholique. par ltl­news

De tels com­porte­ments archaïques parsè­ment l’Histoire de manière plus ou moins cyclique, au gré des crises économiques, poli­tiques, religieuses et pour « finir » guer­rières.

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La revue Sexpol ressuscitée en DVD !

L’association Mou­ve­ment Inter­na­tion­al pour une Écolo­gie Libid­i­nale (M.I.E.L.) vient de numéris­er la revue Sex­pol, sexualité/politique et met ain­si à dis­po­si­tion l’ensemble des 39 numéros parus de 1975 à 1980, cela dans la forme orig­i­nale. C’est un tra­vail aus­si con­sid­érable qu’utile, d’autant plus que, trente ans après sa dis­pari­tion, Sex­pol était dev­enue introu­vable, sinon sur le marché « noir » de quelques prof­i­teurs…

L’association MIEL explique ain­si sa démarche : « L’objectif est d’une part la con­ser­va­tion d’un pat­ri­moine cul­turel : une revue de langue française inscrite dans l’histoire des aspi­ra­tions à la lib­erté sex­uelle et poli­tique, qui ont mar­qué les années 1970.

« Il s’agit d’autre part de ren­dre acces­si­ble aujourd’hui des textes tou­jours d’actualité. En effet depuis les années 1970 la sit­u­a­tion politi­co-sex­uelle en France (et ailleurs) n’a guère évolué pos­i­tive­ment. Pire, elle a même régressé sur bien des aspects, tan­dis que le type de dis­cours sur la sex­u­al­ité qui car­ac­téri­sait Sex­pol a totale­ment dis­paru du paysage médi­a­tique. »

 

Fon­da­teur et directeur de Sex­pol, je me réjouis de cette ini­tia­tive due à Joce­lyn Patinel, ani­ma­teur du MIEL, asso­ci­a­tion mil­i­tante non lucra­tive qui ain­si, à sa manière, a repris le flam­beau d’une lutte inces­sante pour l’épanouissement du genre humain – en quoi il reste bien du tra­vail…

J’espère aus­si que cette col­lec­tion ressus­citée en numérique pour­ra touch­er d’anciens lecteurs – la revue a tiré jusqu’à 20 000 exem­plaires – ain­si que les mem­bres de l’équipe, une ving­taine, aujourd’hui éparpil­lés, per­dus de vue, ou même dis­parus.

Le DVD est mis en vente à prix coû­tant de la numéri­sa­tion (plus de 2 000 pages), de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaque­tte couleur et boîti­er rigide ou 11 euros sans.

Tous les détails et le bon de com­mande à par­tir de cette page :

http://www.ecologielibidinale.org/fr/miel-revuesexpol-fr.htm

 

Une parcelle d’Histoire

 

« Sex­pol » donc,  comme sex­u­al­ité et poli­tique. Ques­tion­nez la toile et ce blog, à com­mencer, et vous en appren­drez déjà pas mal sur cette revue et sa quar­an­taine de numéros parus de 1975 à 80. Une aven­ture à sa façon : celle d’une (s)exploration dans le monde des vivants, entamée par un cer­tain Wil­helm Reich (1897–1957), médecin, psy­ch­an­a­lyste, freu­di­en déviant, marx­iste puis dis­si­dent en com­mu­nisme, sci­en­tifique un peu sci­en­tiste, juif et mécréant, inclass­able et éti­queté « fou », finale­ment mort dans un péni­tenci­er état­sunien. Rac­cour­ci abusif pour cern­er un vrai grand per­son­nage, y com­pris jusque dans ses enfer­re­ments et con­tra­dic­tions, dans ses engage­ments, ses « folies » : son entière human­ité.

Assez oublié depuis ce siè­cle amnésiant, Reich revient (de loin) comme les vagues de fond. Michel Onfray lui a offert la tri­bune de son uni­ver­sité pop­u­laire de Caen et pré­pare, sem­ble-t-il, un ouvrage sur ce « freud­iste héré­tique ». Signe des temps, ou signe avant-coureur d’une « résur­rec­tion » de celui qui mit les pieds dans pas mal de gamelles peu ragoû­tantes. Reich, en effet, fut par­mi les tout pre­miers des psy­cho­logues à plac­er la ques­tion sociale dans l’origine du mal être de l’humanité, ce qui en soi, ne pou­vait que con­stituer un casus bel­li avec Freud et les salons bour­geois de la Vienne des années 20. Tan­dis que la ques­tion sex­uelle, comme l’avers de la médaille, non sépara­ble, pri­mor­diale, se trou­vait prise à bras le corps – à pren­dre au pied de la let­tre ! et inclu­ant tout le corps social, corps souf­frant s’il en est et s’il en était alors dans ces années fatidiques d’empestement nazi. Ter­ri­fi­ante peste à laque­lle répondait en qua­si symétrie le choléra du stal­in­isme, l’une et l’autre qui allèrent jusqu’à pass­er ensem­ble un pacte, avant de s’affronter à la mort comme un même mon­stre à deux têtes. Reich eut très tôt pressen­ti cette simil­i­tude des extrêmes, non pas dans leurs orig­ines et dimen­sions tant his­toriques que soci­ologiques, mais dans leur essence même, celle de la « total­ité total­isante », ce total­i­tarisme à base d’idéal divin­isé et de pureté dia­bolisée.

Reich creuse la ques­tion : com­ment se peut-il que l’homme (il aimait à son pro­pos par­ler d’ « ani­mal humain », ce qui n’est pas anodin) se laisse à ce point entraîn­er vers sa pro­pre déchéance et, dans un même élan mor­tifère, aller jusqu’à sa perte ? Toute l’œuvre écrite de Reich tourn­era autour de ce « mys­tère », depuis Les Hommes dans l’État, jusqu’à Écoute, petit homme ! en pas­sant par le fon­da­men­tal Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme.

Il n’en fal­lait pas plus pour se trou­ver rejeté, détesté, dén­i­gré et, diront cer­tains, assas­s­iné. Pour le moins, les fas­cistes et des psy­ch­an­a­lystes le dénon­cèrent comme « com­mu­niste et agent de Moscou », les com­mu­nistes comme « con­tre-révo­lu­tion­naire agent de la bour­geoisie » et tout le monde ou presque se devait de sus­pecter ce pour­fend­eur des reli­gions et de la morale répres­sive, ce précurseur de la « révo­lu­tion sex­uelle ».

À l’image d’un Épi­cure quelque deux mil­lé­naires avant, Reich fut l’objet vic­ti­maire de visions réduc­tri­ces et même de con­tre­sens quant à sa pen­sée, son action et son œuvre. En rai­son par­ti­c­ulière du fait qu’elles por­taient sur la sex­u­al­ité et la désal­ié­na­tion poli­tique. Et que, comme pour l’épicurisme, le « reichisme » ne pou­vait cor­re­spon­dre à la dépra­va­tion libidineuse. Tous deux, en fait, se posaient en ques­tion­neurs de la morale poli­tique et, plus générale­ment, en précurseurs d’un art de vivre reliant l’unique et le col­lec­tif, l’individu et la cité, dans l’harmonie pos­i­tive des plaisirs comme des valeurs morales.

C’est à ce prix – celui des con­tre­sens – que Reich con­nut une cer­taine gloire avec le mou­ve­ment de Mai 68. C’est dans les restes des bar­ri­cades déblayées qu’une bande de jeunes utopistes, bardés de leurs espérances, rassem­blèrent les pépites lais­sées par les ful­gu­rances reichi­ennes. Ain­si naquit Sex­pol comme une revue anti-dog­ma­tique. C’était début 75, dans ces années dés­abusées imprégnées des De Gaulle-Pom­pi­dou-Gis­card, qui menèrent au sacre de Mit­ter­rand en même temps qu’à la fin d’une « expéri­ence ». Con­comi­tance à décrypter, certes. On y trou­vera matière, sans nulle doute, dans cette col­lec­tion numérisée, dans ce CVD et sa mod­este et réelle par­celle d’Histoire.

Gérard Pon­thieu

> > > Voir aus­si :

Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique


Il y a 30 ans, la revue Sexpol mariait sexualité et politique

En jan­vi­er 75, il y a un peu plus de trente ans, parais­sait le pre­mier numéro d’une revue plutôt bal­bu­tiante, sous une cou­ver­ture un rien pré­ten­tieuse. Voilà qui aurait pu ne pas men­er bien loin. Mais le coup de cla­iron son­nait haut et fort à la Une : “Un monde à refaire”…  Le pro­gramme ne péchait pas par mod­estie.

En ces temps-là les jeunes ne doutaient pas, ou si peu; ils avaient été nour­ris au lait entier des cer­ti­tudes, peut-être même de la cer­ti­tude des désirs-réal­ité con­fon­dus. Soix­ante-huit avait œuvré au noir et au rouge, et de l’athanor encore fumant/fumeux, on défour­nait, en les démoulant d’un bloc, des pans entiers de con­damna­tions assas­sines et d’utopies célestes. Sex­pol aus­si sor­tait de ce four-là, mais en déno­tant dans le con­cert des feuilles “néo-révo­lu­tion­naires”, inter­ro­geant dans les pro­fondeurs et l’individu et la société, traçant les pre­miers sil­lons des ques­tions de fond, tou­jours actuelles, après des siè­cles et des siè­cles, depuis le début de l’humanité.

L’aventure allait dur­er presque six ans, avant de s’échouer à sa 39e paru­tion, en qua­si silence, sur les plages émol­lientes de la gauche au pou­voir. Non pas un naufrage, plutôt la boucle fer­mée d’un temps à demi-révolu, même pas une demi-révo­lu­tion, autant dire un virage mou finis­sant plein cadre dans le décor fluo du dieu-Marché, de la marchan­dise mon­di­al­isée.

La vie, plein emploi

Sex­pol sor­tait de ce four, il est vrai, mais comme un vilain canard qu’il était, à com­mencer par son étrange titre, appelant d’ailleurs sous-titre – sexualité/politique – pour annon­cer “la couleur”, c’est-à-dire une mise en dialec­tique des deux entités humaines fon­da­men­tales : l’individu, et la société. L’un et l’autre, dans l’autre, par l’autre; l’un avec l’autre, con­tre l’autre; et surtout, autant que pos­si­ble, l’un et l’une pour l’autre. Tout un pro­gramme. En effet, c’en était un, exposé comme les tables de la Loi, en un “Itinéraire bal­isé pour (s)explorateurs pru­dents” : treize étapes fleu­rant bon le bou­quet lib­er­taire et sit­u­a­tion­niste. Où l’on déplore que «le plaisir se cod­i­fie, se chosi­fie, se marchande. Se négo­cie. Pour qu’on ne le prenne pas.» Où l’on par­le de l’ «ani­mal humain» et de son «drame» qu’est sa démis­sion dans la fatal­ité résignée du «c’est la vie». Où l’on re-jette les inter­pré­ta­tions dog­ma­tiques sur la lutte des class­es pour lui préfér­er ce clin d’œil situ : Est pro­lé­taire quiconque est «dépos­sédé du plein emploi de sa vie». C’est dire que les cer­ti­tudes, non, elles n’auraient guère de place dans cette (s)exploration pru­dente – non arro­gante en tout cas.

Arrê­tons-nous un instant, du haut de ce tiers de siè­cle écoulé, pour con­sid­ér­er cette ligne de per­spec­tive – pas une ligne de fuite, juste­ment pas, mais une ligne qui nous appelle tou­jours vers le haut, vers plus de légèreté, même pro­fonde, dans la qual­ité de l’être au monde. Une libéra­tion ? Nous libér­er de quoi ? De la vie, qui va et vient, cette garce sub­lime et détestable, grâce lib­er­taire ou pesan­teur mor­bide, c’est selon. Selon les aléas, selon notre capac­ité, cha­cun et tous, à saisir les fil­a­ments du bon­heur, à plonger dans l’océan plutôt qu’à nous en «libér­er».

Nous disions : le «plein emploi de sa vie»…Voyons comme les temps ont écorné l’utopie – amputé même, décapité ! Adieu la vie, bon­jour le «plein emploi» tout court, et encore : présen­té comme le seul à-venir désir­able à qui veut bien encore avaler cette couleu­vre que les multi­na­tionales con­tin­u­ent à pro­duire à pro­por­tion de leurs Prof­its.

Inté­grismes, fas­cismes, eth­nismes

Pour­suiv­ons notre itinéraire bal­isé qui passe par «la sex­u­al­ité en tant qu’expression la plus intense de l’énergie vitale libérée». Des mots ? Pas si vite. L’expérience n’est pas loin, elle sera mul­ti­ple en ses ten­ta­tives pour con­jur­er les atteintes aux mou­ve­ments du corps et de la pen­sée, des sen­ti­ments et des émo­tions, de la pas­sion et de la rai­son. Que serait le poli­tique s’il n’ouvrait le champ libre au bon­heur d’être, ici et main­tenant ? Le poli­tique alors, oui, ne serait que la poli­tique – on con­naît.

Et puis voici que sur­git sur cette route un cer­tainWil­helm Reich – mais pas tant ce héraut sul­fureux, auteur de La révo­lu­tion sex­uelle, auquel s’étaient ral­liés les révoltés d’alors, en manque de jouis­sance-sans-entrav­es. Reich, le pre­mier, avait posé en ter­mes dis­ons his­toriques la place pri­mor­diale de la sex­u­al­ité dans la con­struc­tion d’une human­ité digne de ce nom. Alors que Freud ouvrait le champ infi­ni de l’inconscient, quand Marx avait mis au jour les mécan­ismes de l’aliénation par le cap­i­tal, Reich, lui, tente une syn­thèse que, pour dire vite, on qual­i­fiera alors de «freu­do-marx­iste». Psy­ch­an­a­lyste engagé, médecin social, il fonde en 1931, en Alle­magne pré-nazie, le mou­ve­ment Sex­pol, abrévi­a­tion de poli­tique sex­uelle, mou­ve­ment des­tiné à venir en aide aux ado­les­cents en proie à la «mis­ère sex­uelle». Résul­tat : les freud­istes le sus­pectent de com­mu­nisme, là où Reich avait posé la ques­tion de la dimen­sion sociale des névros­es et de leur traite­ment. Les com­mu­nistes le trait­ent de médecin bour­geois intro­duisant la psy­cholo­gie et, pire encore, la sex­u­al­ité, dans la poli­tique. Il est donc rejeté par les deux camps. Tan­dis qu’un troisième, la bête immonde à l’affût dans l’ombre, aura bien­tôt «rai­son» de tout – sauf de sa magis­trale dénon­ci­a­tion dans Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme.

Autre point de per­spec­tive : l’histoire ne saurait se répéter, certes, mais inter­ro­geons ici nos sociétés à crim­i­nal­ité record, le plus sou­vent de man­i­fes­ta­tion directe­ment sex­uelle: vio­ls, vio­lences sadiques et meurtres per­vers, pédophilie «ordi­naire» ou organ­isée, marchan­di­fiée, touris­tiquée. Ques­tion­nons les poussées d’intégrismes mul­ti­ples, de fas­cismes, les guer­res dites eth­niques – tout cela à nos portes, en Autriche (pays de Reich) comme en Suisse, ou plus loin à l’est comme au sud, dessus dessous et même à l’intérieur de nos fron­tières. Ce chaos, Reich l’a con­nu, en plus ouverte­ment vio­lent, oh à peine ! – autres temps même mœurs. Il est l’un des tout pre­miers penseurs poli­tiques et sci­en­tifiques mod­ernes à pos­er de manière délibérée l’étude des mécan­ismes de la souf­france humaine.

Car il s’agit bien de souf­france, cette inca­pac­ité à «se laiss­er aller au flux de l’amour uni­versel», à l’ «élan vital». Il pointe alors pré­cisé­ment, obser­va­teur et ana­lyste acerbes, les mécan­ismes de répres­sion tapis dans les sys­tèmes édu­cat­ifs, dans la struc­ture famil­iale, patri­ar­cale et économique, et comme engram­més chez les indi­vidus eux-mêmes qui n’ont de cesse de per­pétuer partout, et en par­ti­c­uli­er chez leurs enfants, à peine nés, les meurtres de la vie. Il iden­ti­fie non seule­ment dans les car­ac­tères psy­chologiques mais dans le corps lui-même les traces vis­i­bles, pal­pa­bles des blessures du vivant, rétré­ci sous sa cuirasse, et don­nera ain­si nais­sance aux thérapies psy­cho-cor­porelles.

Tous étaient atteints

C’est aus­si dans ces années 70 que cir­cule en France, en édi­tion sauvage, la tra­duc­tion sous le titre Les Hommes et l’État, de Peo­ple in trou­ble, un des derniers livres de Reich, qui con­stitue son auto­bi­ogra­phie poli­tique. Ce fut un choc salu­taire pour plus d’un gauchiste (mais guère plus d’un peut-être… ou une poignée !), que 68 avait pu pétrir de ces fameuses cer­ti­tudes idéologiques, ces moules à “penser”. Reich y décrit par les détails les plus fins de l’observation, ce qu’il appellera les signes de la struc­ture car­ac­térielle rigide des hommes d’appareils, des par­tis, organ­i­sa­tions divers­es au ser­vice de la fix­ité des choses, résol­u­ment hos­tiles au mou­ve­ment du vivant, à sa pul­sion. Alors mil­i­tant social­iste, il remar­que en défi­lant à leurs côtés, com­bi­en les tra­vailleurs autrichiens, man­i­fes­tant lors de grandes grèves, à Vienne en 1927, appa­rais­sent soumis à leurs meneurs, se com­por­tant de manière très irra­tionnelle, apparem­ment incom­préhen­si­ble. Reich ouvre ain­si la voie à un autre regard poli­tique – sexo-poli­tique, pré­cisé­ment –, sur la société autant que sur cha­cun de ses indi­vidus, vous, moi, lui dont il dira plus tard, n’en con­naître aucun qui ne porte en lui les mar­ques de la struc­ture fas­ciste.

Le pro­jet de Sex­pol, la revue, naît de cette sorte de révéla­tion, de ce regard autre, tout à fait neuf, ful­gu­rant, porté sur l’histoire humaine avec le désir d’en com­pren­dre les ressorts intimes. Cela au moment où le manichéisme idéologique de l’après-68 atteignait, comme on dirait aujourd’hui, des pics de pol­lu­tion men­tale et physique. «Tous n’en mouraient pas, mais tous étaient atteints». Les humains étaient malades de la peste – cette peste émo­tion­nelle, ain­si que l’appellera Reich qui, jusqu’à sa mort en prison, frap­pé lui aus­si par le mal, n’aura de cesse de l’interroger pour mieux la com­bat­tre. 

Telle était bien aus­si, à sa mesure, l’ambition deSex­pol qui va y aller de ses ques­tion­nements : le mil­i­tan­tisme, la médecine, le désir, la beauté et la laideur, le cou­ple, l’enfance, la bouffe, l’homosexualité, la sex­u­al­ité de groupe, la vio­lence, la nature, les pris­ons, l’éducation, le mys­ti­cisme, les élec­tions, femmes et hommes, les sen­ti­ments, l’adolescence, la vieil­lesse – autant de thèmes qui furent tamisés à la lumière sexo-poli­tique, avec plus ou moins de finesse d’ailleurs, on peut aujourd’hui mieux le recon­naître, le recul aidant (cette posi­tion haute de l’après-coup). Des faib­less­es qui n’entachent en rien la démarche, tout juste humaine et nor­male­ment névrosée, voire pes­tiférée aux entour­nures de l’air du temps qui s’interdisait d’interdire… De cette com­plai­sance qui fail­lit lui être fatale lorsque des annonces pédophiliques sub­rep­tices lui val­urent l’interdiction, exploitée en cen­sure poli­tique, puis en brevet révo­lu­tion­naire et en presque suc­cès com­mer­cial…

Veau, Poulets, Bœufs, Vach­es…

Com­plai­sance encore à tolér­er l’intolérable: par libéral­isme incon­séquent, des per­vers de tous poils se ser­vant de la revue comme de sup­port à leurs pra­tiques anti-vie, tournée surtout con­tre les enfants. Quelques illu­minés mono­ma­ni­aques trou­vèrent aus­si refuge dans nos colonnes peu regar­dantes sur cer­tains effets de “modes” com­porte­men­tales que leurs adeptes s’évertuaient, si l’on ose dire, à élever au rang de norme. «Ne vois-tu pas, mon vieux Neill, que tout ton édi­fice de respect libéral de la névrose s’écroule – qu’il ne faut pas con­fon­dre la réal­ité de l’homme pathologique avec le principe de la dig­nité humaine de Locke. L’humanité tout entière a été entraînée vers l’abîme à cause de cette sorte de con­fu­sion libérale…» 

Ain­si écrivait Reich à Alexan­der Neill, son ami, le fameux péd­a­gogue anglais de Sum­mer­hill, auteur, pré­cisé­ment, deFree­dom, not license, bête­ment traduit par La lib­erté, pas l’anarchie…

Ce qui demeure aujourd’hui de ces annéesSex­pol et de sa quar­an­taine de numéros, ce sont néan­moins des valeurs piv­otales, d’ailleurs le plus sou­vent héritées de Reich, et dont l’actualité demeure, hélas, tou­jours impérieuse.

Ain­si l’identité psy­cho-cor­porelle de l’être humain, certes aujourd’hui recon­nue en théorie (dans nos sociétés dites avancées), mais aus­sitôt trans­mutée par la dic­tature du paraître, la préémi­nence dic­ta­to­ri­ale de l’image, l’empire du look, l’idéologie néo­fas­ciste du corps mag­nifié, idéal­isé en un nou­veau culte païen.

Ain­si le délire sci­en­tiste, ou la ten­ta­tion démi­urgique de “savants” fous attaquant la struc­ture ultime de la cel­lule, bricolant bien­tôt l’être humain comme d’autres déjà tripo­tent les gènes du maïs ou du soja, clo­nent Dol­ly, tout juste avant… Loana ou Steve.

Ain­si ce qu’écrivait dans le dernier Sex­pol, il y a vingt-cinq ans, Roger Dadoun : «…Le Veau d’or (d’hormones) n’est plus debout; une esca­lope bouffie fait remon­ter toute la chaîne ali­men­taire; politi­ciens, experts, savants, spécu­la­teurs, lab­o­ra­toires, indus­triels, inter­mé­di­aires et autres se déchaî­nent, débusqués dans leurs pra­tiques mon­strueuses et mor­tifères : un petit non à l’escalope, et l’immense machine qui vac­ille ? Ne pas s’arrêter au Veau : écouter désor­mais les Poulets, suiv­re les Bœufs et les Vach­es, et toute la Vian­dasse mod­erne; et pour­suiv­re avec les Laitages; et con­tin­uer avec tous les Végé­taux, pour lire, à tra­vers engrais, chimies, sélec­tions, monopoles de cul­ture et autres sys­tèmes d’exploitation, le gigan­tesque gâchis plané­taire… » Pré­moni­toire, hélas, cent fois !

Résis­tants de tous les pays…

Ain­si ces numéros spé­ci­aux sur les bio-éner­gies, et sur la nais­sance, et sur Reich enfin qui ont dit à pleines pages, et qu’on entend encore aujourd’hui, par­mi les tam-tams médi­a­tiques du “vil­lage plané­taire” – où l’on s’étripe plus que jamais –, qui ont dit à pleins cris que l’animal humain, bête et homme, étrange et pré­cieux cou­ple, demeure ce mys­tère indi­ci­ble de mon­stru­osité et d’idéal. Selon les jours, selon les lieux, les pro­por­tions du mélange nous inci­tent à plus ou moins d’optimisme… Selon que les rav­ages de la pen­sée unique iraient jusqu’à nous ren­dre nos­tal­giques des “deux blocs” entre lesquels on pou­vait encore gliss­er l’espoir d’un monde autre. Unic­ité total­isante qui frappe de plein fou­et cul­ture et agri-cul­ture, men­ace nos artistes, nos assi­ettes et notre san­té, façonne nos vête­ments et nos iden­tités; qui chan­nelise l’information et, au bout du satel­lite, aligne la poli­tique sur la marchan­dise et le gros Dow Jones, la sex­u­al­ité sur la con­som­ma­tion.


Gar­dons le mou­ve­ment qui nous sauve.
Mou­ve­ment des cul­tures, du mys­tère amoureux, de la quête des enfants, des femmes et des hommes vers l’art de la vie. Résis­tance, cama­rades de tous les pays, le monde vieux est devant nous !

Gérard Pon­thieu

sexpol

Cadeau-sou­venir aux anciens lecteurs et abon­nés de Sex­pol: la repro­duc­tion de l’affiche-mascotte de la revue qui fut dif­fusée à des mil­liers d’exemplaires. Le “bébé Sex­pol” rap­por­ta peut-être autant que la vente de la revue, qui atteignit tout de même les 20.000 exem­plaires. Quant au bébé, c’est… un petit Mex­i­cain. Il avait été pho­tographié par un mem­bre de l’Institut Wil­helm-Reich de Mex­i­co. “Anciens de Sex­pol”, faites signe en pas­sant !


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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