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Road chronique américaine – 3 – Nashville, sa country, ses péquenauds, sa Calamity Jane

Suite du périple états-unien de Robert et Gérard

Mardi 21 avril 2015

L’ancre levée, nous quittons ce havre de stationnement où nous avons passé la nuit entre deux « trucks » – rien à ajouter. Objectif Nashville, capitale du Tennessee et de la « country music ». Rien, a priori, qui m’y eût attiré ; rien « en moi de Tennessee » ni de sa musique de et pour péquenauds. Mais attention à ce que j’écris là qui frise l’outrage à l’ami.

Robert aime la « country », qui fait partie de sa culture, à partir de l’adolescence, qu’il a contribué à promouvoir via Radio Canada. Aller à Nashville ressemble fort à une obligation anthropologique, le point de jonction avec l’homo americanus moderne, le garçon vacher et à cheval, ce cow-boy du mythe fondateur. On en croise de lointains descendants, plus ou moins fringants, sur les trottoirs du Broadway local où s’alignent sans discontinuer, boutiques de souvenirs, honky-tonks, bars musicaux traditionnels, et country-politans, leurs concurrents plus commerciaux.

Sur les trottoirs aussi, des Elvis en résine, très prisés pour les clichés-souvenirs ; bien qu’originaire de Memphis, le King a été accaparé par Nashville, qui a fortement contribué à sa notoriété (il y a enregistré de nombreux disques). La capitale mondiale de la country résonne aussi de musique rock et même hard, et c’est sans doute la plus étonnante des curiosités de Broadway que d’être envahi d’appels musicaux plus divers et nuancés qu’on le croirait. Même le country bouscule (gentiment) la tradition, se métissant à l’occasion de rock électrique. En la découvrant, Nashville semble en effet bien conforme à son profil mondialisé : le bizness y fonctionne à plein autour de la pacotille folklo – bottes, chapeaux, fringues et tout un bazar ultra-kitch caractéristique du chic américain du Sud blanc.

Mais je découvre avec surprise une cité pimpante d’allure plutôt modeste à l’ombre de ses quelques gratte-ciel assez élégants et néanmoins bien triomphalistes – c’est leur fonction première –, tel celui d’AT&T, l’imperium téléphonique qu’on dirait dirigé par Batman « en personne ». Une belle rivière traverse la ville, d’un côté la country, de l’autre le stade de football américain, un « modeste » 80.000 places.

La santé avant la musique

Depuis les années 1960, Nashville est le second centre de production musicale aux États-Unis après New York. En 2006, son impact économique a atteint 6,4 milliards de dollars, générant 19.000 emplois.(Gibson, le fameux fabricant de guitares y a son siège).

Mais c'est le secteur des soins de santé qui est le plus important, avant le tourisme et la musique. Nashville est le siège de plus de 250 compagnies, dont Hospital Corporation of America, le plus grand opérateur privé d'hôpitaux dans le monde (18,3 milliards de dollars par an, 94 000 emplois).

Les autres industries principales sont les assurances, la finance et l'édition – surtout religieuse. Plusieurs films ont été filmés à Nashville, dont La Ligne verte, Le Dernier Château, Gummo, Nashville Lady et le film de Robert Altman, Nashville, dont l'action se déroule dans la ville. [Avec Wikipedia]

Dire que tout baigne au pays de la musique paysanne, sûrement pas. Des affichettes à l’entrée des « saloons » rappellent l’interdiction d’y introduire des armes, même si les boutiques abondent en pistolets de plastique destinés, on n'en doute pas, à éduquer les enfants. La violence, on le sait, est ici endémique – pas seulement aux Etats-Unis ! – où elle exprime spécialement une valeur fondatrice, avec son culte des armes qui n’aurait d’égal que l'omniprésence des religions et des sectes.

On pourrait aussi louer cette bonhomie apparente des bars musicaux avec leurs publics de tous âges et de toutes conditions – mais seulement pour Blancs. Rappelons au passage comment Elvis Presley et le rock ont littéralement contré – au profit du profit ! – la « black music », qui avait bien d’autres ressources, il est vrai. Bref, Nashwille est bien une ville blanche, les Noirs, eux, se trouvant plus à l’ouest, à Memphis.

En quittant la ville, sur la vitre arrière d’un pick-up conduit pas une femme, ces mots en rouge vif : « Red Neck Woman » méritent une explication. Voilà que les femmes – du moins certaines – en viendraient à revendiquer le statut jusque là carrément macho du « cou rouge », ce red neck caractéristique du pécore réac, de droite, affecté aux champs et aux vaches ! « Avant » et depuis l’histoire de l’épopée, la femme n’existait que par l’homme, le mari. La voilà qui se revendique pour elle-même, pas pour autant féministe ni de gauche, certes… Quoique, à lire le complément de l’autocollant : « I miss my ex, but my aim is getting better all the time ! » souligné par le dessin d’une cible… Difficile à traduire ! On s’est échiné, Robert et moi, à démêler les double sens de cette phrase si chargée. En gros : « J’ai largué mon ex, je manque de cible ». Une nouvelle génération de Calamity Jane ?

Je comprends mieux le sens que Robert a voulu donner à cette étape et à tout ce périple : tenter de comprendre ce pays « qui n’est pas un pays », pour parodier un certain Gilles Vigneault, mais un continent, celui de la grandeur excessive, des extrêmes, jusqu’aux extrêmes contradictions.

À suivre – toujours sans images (j'en veux à WordPress, qui vient d'imposer une mise à jour – foireuse !)

Pour Calamity : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calamity_Jane

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

4 réflexions sur “Road chronique américaine – <span class="numbers">3</span> – Nashville, sa country, ses péquenauds, sa Calamity Jane

  • Eh, le G ! (et au pas­sage Bob que je salue sans le connaître mais qui me semble de bonne com­pa­gnie), fais gaffe aux tra­duc­tions… Il semble bien que vous appro­chiez de la véri­té, mais qui sait si cette red neck woman n’a pas tru­ci­dé son ex ? Il y a par­fois des petites filles qui jouent avec les pis­to­lets en plas­tique de leur bro­ther… N’oublions pas la vio­lence fémi­nine 🙂 PS : je vois que tu as ton Wikipedia dans ton sac…

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  • Calamity Jane, de son vrai nom Martha Jane Cannary, avait ten­dance à boire, à jouer du Colt bien enten­du, à fumer, à jurer…Tout comme un cow­boy de l” époque quoi ! Mais sous l’é­paisse cui­rasse de la cow-girl, il y avait un Coeur qui bat­tait pour un cer­tain James Butler, alias « Wild Bill Hickok », héros de la guerre de Sécession et par­ti­san de Lincoln…Il est à noter que Jane est née en 1852, la même année que l” entre­prise Smith & Wesson, célèbre fabri­cant d’armes…
    Bec à vous 2, Dok.

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  • Lac Casault

    I miss my ex : j’ai man­qué mon coup avec mon ex (j’ai raté ma rela­tion avec lui)
    but my aim is get­ting better:mais mon coup ( dans le sens de « coup de feu, ou tir) …elle ne le man­que­ra pas quand elle va le revoir…
    ou (ver­sion de mon chum ) : l’a­mé­lio­ra­tion de son coup serait plu­tôt qu’elle s’a­mé­liore sexuel­le­ment depuis qu’elle n’est plus avec lui…

    Voila ma tra­duc­tion en tant qu’ex prof d’anglais.

    On vous suit et on vous sou­haite de belles ren­contres pro­chai­ne­ment si ce n’est déjà fait …

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  • la pie

    Pas du tout aimé la soi­rée cou­try où mon ché­ri nous avait entrainés.Continue c’est super !

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