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Fran­çois Cavan­na - Foi­re du Livre de Bri­ve-la-Gaillar­de- 6 novem­bre 2005 Pho­to Oscar J. Maria­nez [Wiki­me­dia Com­mons]

Fran­çois Cavan­na avait un comp­te à régler avec la mort. Ce 30 jan­vier 2014, elle a été la plus for­te. Même en ayant pro­tes­té  avec tant de véhé­men­ce contre cet­te vache­rie, rien n’y fit. Même après avoir écrit Stop-crè­ve (1976), elle le prit entre ses ter­ri­bles tenailles et le tor­tu­ra au nom de Par­kin­son, cet­te « salo­pe infâ­me ». Il résis­ta néan­moins avec vaillan­ce, jusqu’à 90 ans.

On s’était connus en 1975 lors de l’interdiction de la Revue Sex­pol (sous Gis­card d’Estaing, Ponia­tow­ki à l’Intérieur), inter­dic­tion qui ravi­vait cel­le d’Hara-Kiri Heb­do, en 1969. D’autant que le même pré­tex­te avait été avan­cé par les sbi­res de l’époque : por­no­gra­phie. Une tel­le infâ­mie com­mu­ne créée des liens et de l’amitié.

Les deux fois, en effet, Anas­ta­tie avait agi au nom de la loi (du 16 juillet 1949, tou­jours en vigueur), et même au nom de la jeu­nes­se et de sa «pro­tec­tion». En fait, une cer­tai­ne vieilles­se se rebif­fait ain­si, en un sou­bre­saut mor­bi­de, de ses déban­da­des de 68. Quel­ques années plus tard, en son 34e numé­ro, consa­cré aux Vieux, Sex­pol envoyait Robert Bou­det, mort depuis lui aus­si, la vache !, deman­der à Cavan­na des nou­vel­les du front vieillis­sant. Résul­tat, deux pages titrées «Je suis trop exi­geant pour être un gen­til vieillard». Et  vingt ans de plus ont cou­lé… Ça valait le coup de reve­nir à la char­ge vers la déjà et tou­jours «bel­le tête emmi­tou­flée de favo­ris», sans par­ler des bac­chan­tes à la Ver­cin­gé­to­rix. Il en résul­ta un long entre­tien qui trou­va pla­ce dans un livre co-écrit avec mon ami Roger Dadoun, Vieillir & jouir, Feux sous la cen­dre (Éd. Phé­bus, 1999). Cavan­na sau­te à pieds joints dans ce sujet qui le tarau­de, le vieillis­se­ment. En voi­ci des extraits.

• Tu criais alors ta révol­te contre le vieillis­se­ment et la mort. Tu venais d’écrire Stop-Crè­ve (chez Pau­vert), qui ampli­fiait tes coups de gueu­le dans Char­lie-Heb­do…

Fran­çois Cavan­na : Enfin, une révol­te… Je ne peux pas me révol­ter ! Qu’est-ce que tu veux que je fas­se ? C’est plu­tôt une non-accep­ta­tion : je ne coopè­re pas à mon vieillis­se­ment, je le subis et je ne suis pas content !

• …et tu disais, tout en regret­tant que nos cel­lu­les vieillis­sent – et nous avec : «La matiè­re vivan­te, elle s’use pas». Tu crois tou­jours ça, du haut de tes 76 ans ?

– Il ne s’agit pas de croi­re ! Deux hypo­thè­ses :

Ou le vieillis­se­ment est pro­gram­mé, et il fait par­tie du dérou­le­ment nor­mal des évé­ne­ments d’une vie; par exem­ple la puber­té, la méno­pau­se, la crois­san­ce, etc. Voi­là des évé­ne­ments pro­gram­més, d’avance ins­crits dans le patri­moi­ne géné­ti­que. Depuis la nais­san­ce on gran­dit et, à un cer­tain moment, un signal par­vient qui arrê­te le pro­ces­sus. Pareil pour la puber­té, la méno­pau­se. Quand une fem­me a épui­sé son sto­ck d’ovules, une fois le der­nier par­ti, l’organisme par­vient à la fin de la fécon­di­té – non pas à la fin de sa capa­ci­té de ban­der, de bai­ser et d’aimer ! Au contrai­re même pour cer­tai­nes fem­mes.

Ou bien le vieillis­se­ment est un acci­dent. C’est-à-dire que dès la concep­tion on est sou­mis à une influen­ce par le biais d’accidents qui se pro­dui­sent au niveau des noyaux des cel­lu­les et des gènes. Des acci­dents se pro­dui­sent qui, la plu­part du temps, sont neu­tres, n’affectent pas un gène essen­tiel. Sauf cer­tai­nes fois. Et voi­là donc une cel­lu­le qui va être boi­teu­se, ou même qui va mou­rir. Entre autres trau­ma­tis­mes aux­quels tout être vivant se trou­ve sou­mis, se trou­ve le rayon­ne­ment cos­mi­que. Il s’agit de rayon­ne­ments extrê­me­ment puis­sants, qui vien­nent de l’espace, des cor­pus­cu­les char­gés qui nous tra­ver­sent le corps en per­ma­nen­ce, cognant de ci, de là une cel­lu­le ou une autre, ou pénè­trent dans le noyau, voi­re dans le gène – ce qui peut pro­vo­quer une muta­tion. Com­me on subit plu­sieurs mil­lions d’impacts par jour, c’est for­cé que la pro­ba­bi­li­té d’être sérieu­se­ment atteint devien­ne une cer­ti­tu­de. Par­ve­nus au même âge, on a tous reçu, gros­so modo, la même quan­ti­té de rayon­ne­ments et donc de trau­ma­tis­mes; nous nous trou­vons tous dans le même état, ou à peu près.

• Ceux qui s’en sor­tent le mieux auraient donc subi moins de bom­bar­de­ments dom­ma­gea­bles ?

– Je n’en sais rien, on n’a pas fait l’expérience, mais il fau­drait voir si les pois­sons des gran­des pro­fon­deurs, par exem­ple, mon­trent un vieillis­se­ment ralen­ti, ou même pas de vieillis­se­ment du tout. Pour­quoi les gran­des pro­fon­deurs ? Par­ce qu’une impor­tan­te mas­se d’eau ralen­tit une gran­de par­tie des rayon­ne­ments. Cer­tains cor­pus­cu­les char­gés finis­sent par être frei­nés. D’autres non, com­me les neu­tri­nos, que rien n’arrête – ils tra­ver­sent com­plè­te­ment la pla­nè­te. Mais on nage en plei­ne hypo­thè­se ! On sait qu’il exis­te un rayon­ne­ment cos­mi­que for­mé d’un tas de cor­pus­cu­les plus ou moins puis­sants qui tra­ver­sent la matiè­re vivan­te et ont une inci­den­ce sur elle.

Ain­si, la maniè­re d’attaquer le pro­blè­me du vieillis­se­ment dif­fè­re selon qu’on part de l’une ou l’autre hypo­thè­se. Il est cer­tain qu’on meurt trop jeu­ne; on devrait vivre bien plus vieux et en bon état, sans soins spé­ciaux. Aujourd’hui, n’empêche, on voit de plus en plus de cen­te­nai­res; dans les années 50, un cen­te­nai­re appa­rais­sait com­me une mer­veille…

• Il y en a dans les 6 000 main­te­nant*, rien qu’en Fran­ce…

6 000 ! Tu t’imagines… Ceux qui par­vien­nent à 100 ans ne sont en géné­ral pas des mala­difs; ils avaient sans dou­te un bon baga­ge à la nais­san­ce.

Ne pas rater : le bel hom­ma­ge de Fran­çois Morel dans son Billet de ce 31/1/14 sur Fran­ce Inter :

• Voi­là la ques­tion : le baga­ge, si on ne le trou­ve pas dans son  ber­ceau, peut-on se le concoc­ter, par exem­ple en entre­te­nant le désir com­me un moteur de vie – la machi­ne dési­ran­te… Qu’en dis-tu ?

– On ne peut guè­re affir­mer qu’en son pro­pre nom. Moi, je pen­se que le désir ne s’efface jamais. Si on le mani­fes­te moins à par­tir d’un cer­tain âge, c’est par rési­gna­tion. Il y a aus­si l’aspect social : un gars jeu­ne qui s’intéresse aux fem­mes, qui cava­le, bon, ce n’est peut-être pas très moral aux yeux de cer­tains, mais enfin, ce n’est pas ridi­cu­le. Mais un vieillard libi­di­neux, hein, un vieillard qui s’intéresse au cul des jeu­nes filles…, eh bien il en a conscien­ce et il fer­me sa gueu­le. En ce qui me concer­ne, l’intérêt pour la fémi­ni­té, pour la fem­me, n’a jamais fai­bli. Je peux dire que j’ai été un obsé­dé sexuel dès ma plus ten­dre enfan­ce – et que je conti­nue. Oui ! Je ne com­prends pas que cet­te ques­tion ne soit pas la prin­ci­pa­le aux yeux des gens, l’ambition pre­miè­re… Le fait énor­me, gigan­tes­que, de la vie, c’est qu’il exis­te des fem­mes, la Fem­me avec une majus­cu­le. Reti­re ça : à quoi bon vivre ? Même si tu n’as pas l’intention de mener une idyl­le, rien que de savoir qu’elles exis­tent, rien que de les voir mar­cher dans la rue, c’est for­mi­da­ble ! Et puis ima­gi­ner ce qu’elles ont sous leurs vête­ments, savoir que ça sent bon, ouah !… Seule­ment, il est cer­tain qu’à par­tir d’un cer­tain âge, si tu ne te frei­nes pas, t’es un vieux cochon ! Moi, je ne m’en gêne pas; je me fous un peu de l’opinion des gens.

Là, on par­le de désir. Mais il y a l’autre aspect : l’aboutissement. L’intéressant dans l’amour, c’est la séduc­tion, le moment où tu sens que ça mar­che, quand t’es accep­té, quand quel­que cho­se est pas­sé; elle t’a…, bon, c’est for­mi­da­ble. Mais que peut espé­rer un vieillard ? A la rigueur des jeu­nes filles un peu curieu­ses ? Mais pas une fem­me épa­nouie, par exem­ple une fem­me de qua­ran­te ans. Non, elle pré­fé­re­ra plu­tôt un hom­me plus jeu­ne. Les vieillar­des ? Ouais… Ces idyl­les de mai­sons de retrai­te, ces déla­bre­ments qui se mélan­gent, qui… ces… Pour­quoi pas, s’ils trou­vent leurs satis­fac­tions ?, mais…

• Dans Sex­pol, tu par­lais déjà de ces vieux en train de «pour­rir vivants» et tu disais qu’en eux tu haïs­sais la vieilles­se.

– Et que je hais en moi ! [silen­ce] Je devais avoir entre 45 et 50 ans. Donc, je n’avais pas enco­re subi les atta­ques de la vieilles­se. Je vivais plei­ne­ment ma vie, tous mes orga­nes fonc­tion­naient bien. Mais je savais qu’elle vien­drait, elle…  Ça me parais­sait vrai­ment l’horreur. Pire que la mort ! Je ne pou­vais pas me figu­rer que je sup­por­te­rais ça plus tard. C’est peut-être beau­coup de nar­cis­sis­me…

• Aujourd’hui, tu te ran­ges toi-même dans cet­te caté­go­rie des vieillards ?

– Ben mer­de, j’ai l’âge, non ?!

• D’accord, il y a l’âge. Et puis ce qu’on vit. Tu te défi­ni­rais com­me un vieillard ?

– [Silen­ce] … Ouais ! Un vieillard qui se tient bien si tu veux, qui ne trem­blot­te pas enco­re, qui bave pas sa sou­pe sur le men­ton… Mais enfin, un vieillard ! Bon, pas trop mal : on me don­ne­rait faci­le­ment dix ans de moins… Mais enfin, est-ce que je les ai réel­le­ment, ces dix ans de moins ? Mes orga­nes, mon corps et tout ça, ils ne les ont pas ces dix ans ?

• C’est toi qui sens.

– Ben ouais. Moi je me sens, je me sens… com­me à 20 ans, oui ! Bon, si je me remet­tais à l’épreuve, non, je ne pour­rais pas tenir trois rounds de deux minu­tes… Je ne pour­rais pas non plus cou­rir 100 mètres en dou­ze secon­des ! Quoi que… j’ai l’impression que je pour­rais, mais…

[…]

• Bio­lo­gi­que­ment par­lant, ça ne devrait pas poser de pro­blè­me par­ti­cu­lier : ce n’est pas une épreu­ve spor­ti­ve que de fai­re l’amour !

– Mais faut ban­der, nom de dieu ! […] Quand je pen­se à une fem­me, je ne pen­se pas tout de sui­te à la péné­tra­tion. Je pen­se à aller four­rer mon nez là-dedans, à me rem­plir de son odeur sau­va­ge ! et puis la bouf­fer, oh la la !… tu vois, bon ! Et le res­te vient tout seul, bien sûr ! Ce qui me moti­ve, c’est de jouir d’elle, de tout ce qui éma­ne d’elle, de ces bon­nes odeurs, de son contact, et puis de ses yeux et puis, ah ! la vache ! mer­de !

Et jouir du fait qu’elle t’a élu, qu’elle t’admet en elle, qu’elle ouvre son corps pour que tu entres dedans, ah ! c’est pro­di­gieux, non ? Pro­di­gieux ! Cet­te fem­me qui pas­se dans la rue, là, si fiè­re, si… Paf, elle est là et puis… elle a du poil sur le ven­tre, elle t’offre tout ça, te per­met de la désha­biller, de péné­trer son inti­mi­té… Elle te per­met ce que même ta mère ne t’aurait jamais per­mis. Ça c’est fabu­leux ! Ce don, cet­te espè­ce de confian­ce immen­se, tu te rends comp­te ?! Per­met­tre ça à un hom­me ! Bon, ça ne m’empêche pas de bra­mer com­me une vache quand je prends mon pied. Mais je dirais pres­que : l’orgasme est acces­soi­re – c’est quand on ne peut plus fai­re autre­ment. Ah nom de dieu ! Faut qu’elle jouis­se au moins qua­tre ou cinq fois avant que je me déci­de ! Bah oui ! C’est beau­coup plus une satis­fac­tion d’ordre sen­ti­men­tal que – com­ment dire ?… J’ai l’air de décrier l’orgasme, la jouis­san­ce des sens, les cares­ses et tout ça. Non, pas du tout ! C’est ce qu’il y a der­riè­re ça, ce que ça signi­fie, cet «en plus», tu vois, le fait que ma queue soit géné­ra­tri­ce de sen­sa­tions for­mi­da­bles au moment où on se lais­se aller ensem­ble, qu’on gueu­le com­me deux vaches l’un dans l’autre, com­plè­te­ment unis l’un à l’autre, bien ser­rés… C’est ce que j’appelle l’«en plus». Par exem­ple, sup­po­sons qu’on sup­pri­me l’orgasme…, …

• Tu veux dire que la rou­te est aus­si bel­le que le bout du voya­ge ?

– Oui, mais quand même à condi­tion d’arriver. Sinon, c’est pas ner­veu­se­ment très bon… Enfin, c’est bon quand même, on s’en fout du coup de bar­re post coï­tum, etc. Tout ce qui est hom­me-fem­me est bon ! Eh, ça nous éloi­gne des vieillards !

• Seule­ment si tu ne te consi­dè­res pas com­me un vieillard ! Sinon on est en plein dans le sujet !

– Une cho­se doit être épou­van­ta­ble : je viens de te dire que le désir, à mon avis, sub­sis­te tou­jours. Mais il y a un moment, si tu ne peux plus, si tu ne ban­des plus, ça doit être ter­ri­ble !

• Main­te­nant il y a le Via­gra.

– Est-ce que ça mar­che à tous les coups, ça ? J’ai pas essayé. Quand l’amour était une cho­se très inti­me et très secrè­te, on n’aurait pas par­lé volon­tiers de sa façon de se condui­re avec une fem­me qu’on aime; ouais, des coups qu’on tire à droi­te à gau­che… Mais, avec une fem­me qu’on aime, on n’aurait pas par­lé de la façon de fai­re l’amour. Et les filles entre elles ne par­laient sur­tout pas de la qué­quet­te des gar­çons et de la façon dont elles s’en ser­vaient. Main­te­nant, le gars qui se conten­te d’être moyen, qui n’est pas extrê­me­ment doué ni très ingé­nieux dans la pra­ti­que, les filles entre elles doi­vent se le dire, com­pa­rer, se moquer…

• Jus­te­ment, est-ce que l’âge ne balaie pas tout ça, cet aspect per­for­man­ces, pour en venir peut-être à l’essentiel de la rela­tion, y com­pris sous son aspect sexuel ?

– Ouais… Ouais… Sais pas… Tu veux dire qu’en entrant dans la caté­go­rie troi­siè­me âge ça a moins d’importance ?

• Ou plus pré­ci­sé­ment qu’une cer­tai­ne qua­li­té d’érotisme ferait pla­ce à la pul­sion…

– De fait, ça se fait petit à petit, par­ce qu’un jeu­ne hom­me de 18 ans qui décou­vre la cho­se, même aver­ti, quand ça se pro­duit, il n’est pas très maî­tre de la situa­tion, pas bien habi­le. Il y a cet­te sur­ve­nue de l’orgasme qui bous­cu­le tout ! Quoi qu’il ait pu enten­dre aupa­ra­vant, et même en se bran­lant, ce qu’il a pu fai­re n’a pas pré­pa­ré à cet énor­me sur­pri­se, ce cata­clys­me qu’est l’orgasme dans une fem­me – enfin, je par­le d’un hom­me nor­ma­le­ment consti­tué. Il n’est pas très maî­tre de ses réac­tions, peut-être même pas très capa­ble de fai­re jouir la fem­me. Au fur et à mesu­re qu’on évo­lue, cet­te fou­gue trop vio­len­te va s’apaiser et on sau­ra mieux se ser­vir de son engin. Ben oui !Et tout le res­te ! Et puis les fem­mes, main­te­nant, sont beau­coup plus aver­ties aus­si; elles  par­ti­ci­pent ten­dre­ment, mater­nel­le­ment… C’est magni­fi­que, ça ! Elles ne sont plus là à fer­mer les yeux, à écar­ter les jam­bes et atten­dre que ça vien­ne ! Elles ont appris à se connaî­tre, à s’observer; elles ont vu com­ment se fait chez elle la mon­tée du plai­sir et com­ment ça se fait aus­si chez leur com­pa­gnon. L’instinct est là qui les aide, dès lors que les tabous ne jouent plus, ou jouent moins. Quand on ose regar­der la queue d’un hom­me, la cares­ser, quand l’envie vous sai­sit, pour finir, de la pren­dre dans la bou­che, c’est… Ima­gi­ne, il y a seule­ment qua­ran­te ans, hein ! C’était pra­ti­que­ment pas pos­si­ble avec une fille hon­nê­te !

Interview dans Sexpol-n°7-fév.1976

Inter­view dans Sexpol-n°7-fév.1976

• Qua­ran­te ans, jus­te­ment, il y a qua­ran­te ans au moins que tu mènes des com­bats mul­ti­ples, avec achar­ne­ment et pas­sion, au nom de la jus­ti­ce, de la liber­té, de la vie et tout. Cet­te ques­tion de la vieilles­se et de l’amour ne te paraît-elle pas digne d’un nou­vel enga­ge­ment contre l’un des der­niers tabous ?

– Où y a-t-il un tabou ? Qui empê­che les vieux de bai­ser ?

• Tu l’as dit toi-même : le fait seule­ment d’être trai­té de vieux dégueu­las­se, ce mora­lis­me pro­fond qui étouf­fe la ques­tion…

– [Silen­ce] …Je crois que là on tou­che à une posi­tion réflexe, com­me pour l’horreur que peut pro­vo­quer l’homosexualité…, cet­te réac­tion de rejet face à quel­que cho­se qui serait anor­mal. Et ça, même en dépit des posi­tions intel­lec­tuel­les. Un vieillard enco­re en acti­vi­té, eh bien… – C’est que les vieux ne sont pas tous magni­fi­ques, ce ne sont pas tous des chê­nes qu’on abat… !; la plu­part du temps, ils sont bedon­nants, cour­bés, la vieilles­se est pas­sée par là, avec les trau­ma­tis­mes, les vache­ries de la vie qui finis­sent par te ren­dre pas très appé­tis­sant. – eh bien, les ima­gi­ner en action, les ima­gi­ner par exem­ple en train d’embrasser une jeu­ne fem­me sur la bou­che… Main­te­nant, quand on par­le des vieux, on a ten­dan­ce à voir un vieux et des vieilles. On trou­ve pres­que nor­mal qu’un vieux qui a de l’argent s’envoie une jeu­nes­se. On feint de se révol­ter – au fond, on l’envie ! Il a les moyens, bon, et si la fille est d’accord, pour­quoi pas ? Et elle peut aus­si être amou­reu­se (c’est un peu plus dif­fi­ci­le à ima­gi­ner…) Par contre, ima­gi­ne une vieille fem­me avec un jeu­ne hom­me ! C’est enco­re autre cho­se.

• Ça relè­ve pres­que de la répul­sion socia­le.

– Oui. Et même si elle est riche et se paie des gigo­los, c’est enco­re beau­coup plus mal vu, on trou­ve que c’est dégueu­las­se.

• Qu’est-ce qu’on peut fai­re ? C’est une injus­ti­ce, non ?

– C’est une injus­ti­ce. Mais tu peux quand même pas obli­ger les gens à trou­ver atti­rant un corps tout ridé, tout fri­pé, avec le sein qui pend sur le ven­tre ! Tu ne peux pas les for­cer ! On n’empêche pas les gens de vieillir et il ne faut pas non plus qu’on nous obli­ge à trou­ver les vieux atti­rants !

• Connais-tu des fem­mes de ton âge que tu trou­ves atti­ran­tes ?

– Ah… De mon âge… Ah, ma fem­me, elle n’est pas mal, hein ! Il m’est aus­si arri­vé d’être très amou­reux, j’avais une cin­quan­tai­ne d’années, d’une fem­me qui en avait soixan­te. Elle était excep­tion­nel­le : une gran­de fem­me min­ce, taille man­ne­quin et une allu­re ter­ri­ble. Oui, je la dési­rais très fort. Ça a été un épi­so­de très émou­vant. Mais – on en revient tou­jours à ça : elle ne fai­sait pas son âge ! Alors, c’est tri­cher ! On ne peut pas non plus éta­blir une règle là-des­sus. Ou alors fau­drait qu’on arri­ve à fai­re que les vieillards gar­dent un cer­tain pres­ti­ge, une cer­tai­ne allu­re. Dans les deux sexes, bien sûr. Par­ce que, à pou­voir d’achat égal, peut-être que quel­ques vieillards hom­mes, pas trop mal conser­vés, ayant de l’allure, arri­ve­ront-ils à s’envoyer des fem­mes de tous âges, y com­pris du leur. Mais des fem­mes de cet âge-là, elles, il fau­drait qu’elles soient vrai­ment excep­tion­nel­les ! Ima­gi­ne un hom­me : il est chau­ve, il a un peu de bide, oh, il fait son âge mais il est cos­taud enco­re, une espè­ce de bûche­ron cana­dien… Pour­quoi pas ? Main­te­nant, mets ça au fémi­nin !

• Qu’est-ce qui coin­ce alors ?

– Par­ce que, contrai­re­ment à ce que pen­sent les fémi­nis­tes, c’est l’homme qui fait la deman­de, c’est l’homme qui «achè­te», qui choi­sit. Le fémi­nis­me ne devrait pas consis­ter à nier les dif­fé­ren­ces de com­por­te­ment entre l’homme et la fem­me, mais fai­re en sor­te qu’elles n’entraînent pas des dif­fé­ren­ces socia­les. L’antiracisme, ce n’est pas nier que les Noirs soient noirs mais à nier qu’il soient infé­rieurs. Bref, tu ne peux pas obli­ger l’homme à convoi­ter une «mar­chan­di­se» qui ne lui dit rien.

• Et si on deman­dait aux fem­mes âgées de fai­re la deman­de ?

– Ça, mon vieux ! Il fau­dra bour­rer leur par­te­nai­re de Via­gra ! Par­ce qu’il faut ban­der ! Il y a enco­re ça entre l’homme et la fem­me : même si elle n’est pas dési­ran­te, il suf­fit qu’elle ouvre les cuis­ses, elle peut même don­ner la comé­die du bon­heur, dis­tri­buer des cares­ses et tout. Mais si l’homme n’a pas la cares­se suprê­me qu’est la péné­tra­tion, tu sais bien que tout est fou­tu par ter­re.

• Ne som­mes-nous pas là, nous les hom­mes, des héri­tiers cultu­rels, archaï­ques mêmes, qui vou­draient que les fem­mes n’aient plus les char­mes qu’on pré­sup­po­se aux hom­mes, même vieux, com­me tu viens de le dire ? Si une fem­me est un peu déca­tie, on ne lui trou­ve plus rien à nos yeux de machis­tes…

– Attends ! Là, tu joues sur les mots. Tu dis «un peu déca­tie»… Mon dieu, si ce n’est que ça, elle doit enco­re avoir des char­mes !

• Mais si, l’âge fai­sant, on a moins de pul­sion sexuel­le et que le tableau en face n’est pas vrai­ment… ban­dant, disons…

– De la pul­sion, oui ! Mais, une fois de plus, enco­re faut-il l’érection ! Pour l’homme hélas, il y a ce truc-là, qui est un peu livré au hasard, qui mar­che ou pas, à la sur­pri­se géné­ra­le – et j’ai eu d’épouvantables sur­pri­ses de ce côté-là !

• Il y a vingt ans, dans cet entre­tien pour Sex­pol, tu qua­li­fiais la vieilles­se d’infirmité. Tu main­tiens ?

– Bah oui ! C’est une excel­len­te défi­ni­tion ! Un nau­fra­ge !

• Et l’espérance alors ?

– Se taper un ange, par les ailes ! Écou­te, quand tu es mort, il n’y a plus ces vieilles conne­ries d’ici bas, tous ces tabous à la con. Si tu as envie de te taper la Vier­ge Marie, tu peux te la taper ! Elle ne deman­de­ra pas mieux, elle t’accueillera. A n’importe quel âge !

Entre­tien avec Gérard Pon­thieu, 23/02/99

–––

* L’entretien date de 1999. Au 1er jan­vier 2010, 15 000 cen­te­nai­res vivent en Fran­ce métro­po­li­tai­ne : c’est trei­ze fois plus qu’en 1970. [Sour­ce Insee].

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