»> Deux petites vidéos à voir en pied d’article [appré­ciez moins la qua­li­té tech­nique que l’ambiance…] minuci_globe.1202847538.jpg
Feuilles de pal­mier cou­pées de la veille. L’ombre rafraî­chit la petite cou­rée bien balayée, cer­née de cases car­rées en ban­co et toits de paille. Chaises et bancs ont été agen­cés sur le pour­tour. Ain­si qu’une ban­quette de bois brut recou­vert de mousse et d’un tis­su jaune bien propre, peut-être neuf. Ce sera pour hono­rer les visi­teurs : un grand « frère » venu de la capi­tale et deux Blancs de France. C’est fête à Petit-Dana­né, un bap­tême rituel pour saluer la venue au monde, il y a deux mois, de « Marie-France Mon Désir », ain­si que le papa, si fier, la pré­sente à l’assistance. C’est le cin­quième enfant de cette famille de la tri­bu des Yacou­bas, ori­gi­naires de l’ouest de la Côte d’ivoire, fron­ta­liers de la Gui­née et du Libe­ria. Dana­né, là-haut, c’est leur capi­tale, la ville qui n’a pu les rete­nir faute de moyens de sur­vie, et sur­tout à cause de la guerre. Immi­grés de l’intérieurs, les Yacou­bas ont gros­si le flot des « dépla­cés de guerre », amas­sés à Abid­jan ; ou sont venus vendre leurs bras dans les plan­ta­tions de cacao ou d’hévéas, comme ici, à une cin­quan­taine de kilo­mètres au nord de la capi­tale.
Petit-Dana­né, vil­lage de brousse d’environ 2.000 habi­tants, flan­qué au bord de l’autoroute qui s’enfonce vers le nord et la forêt. C’est la pre­mière auto­route qu’Hou­phouët-Boi­gny, fit construire pour rejoindre son vil­lage natal de Yamous­sou­kro – deve­nu ensuite la capi­tale offi­cielle. Les Yacou­ba sont des mon­ta­gnards du pays des Dans, qui consti­tuent un ensemble lin­guis­tique et cultu­rel. Ce qu’on appelle une tri­bu.
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Pour saluer la venue au monde, il y a deux mois, de « Marie-France Mon Désir » [Ph. gp]

Jour de fête donc. Quelques dizaines d’invités, peut-être une cin­quan­taine en comp­tant tous les enfants vire­vol­tant. Deux jeunes ados ont ins­tal­lé la sono ali­men­tée par un petit groupe élec­tro­gène. Le cou­rant n’arrive pas ici. Mais le télé­phone mobile, si : deux pylônes relais dominent les cases et la petite église avec son ora­toire à la vierge Marie. On a oublié les tam­bours, l’électronique va toni­truer en cra­cho­tant des airs tra­di­tion­nels. Les femmes semblent impa­tientes, sur­tout les jeunes filles tout en beau­té. Che­veux sou­vent défri­sés, par­fois teints en blond ou cui­vrés, car elles le valent bien aus­si, bien sûr.
Voi­ci l’ancêtre, l’arrière-grand-mère, frêle et cour­bée, le regard pro­fond, des mains comme des sar­ments. Voi­ci le repré­sen­tant du chef du vil­lage – ain­si nous est-il pré­sen­té. Voi­ci la matrone, qui a fait naître la fillette et des cen­taines d’autres bébés. A sa gauche, bien plus jeune, moins de la tren­taine, celle qui pren­dra la relève On leur offre des cadeaux, une bou­teille d’orangeade, deux mor­ceaux de savon blanc.
La céré­mo­nie va suivre son ordre rituel, mené par N’Do, le « neveu ». La tren­taine, c’est un maillon repré­sen­ta­tif de la lignée mater­nelle. Il veille­ra à l’ordre céré­mo­nial, et sur­tout à la pré­sen­ta­tion orale des dons, consi­gnés au fur et à mesure sur un cahier d’école : mille, deux mille, plus rare­ment cinq mille francs CFA (entre 3 et 8 euros) et aus­si des mor­ceaux de savon. Bien­ve­nue aux voya­geurs. On nous offre de l’eau fraîche. Puis le vin de palme, tiré de grands bidons de plas­tique. Le par­rain de la petite, notre ami André grâce à qui nous sommes « de la tri­bu », a été dési­gné comme tel – c’est ain­si, pas ques­tion de se déro­ber à un telle et impé­rieuse néces­si­té. Voi­ci le bébé des grands jours et la maman, belle femme au port altier, dans sa robe bleue [pho­to]. La « Marie-France Mon désir » tête tout son saoul. Il y a quelques jours, on a ton­du ses che­veux tout neufs. Exi­gence du rite. Lignée assu­rée. Lui se pré­sente comme le « tuteur Ébrié », de la tri­bu du même nom, c’est-à-dire des habi­tants de la lagune Ébrié qui ont concé­dé une par­celle de terre aux Yacou­bas. On se trouve en pleine com­plexi­té afri­caine. Depuis « tou­jours », il en a été « ain­si ». Plus récem­ment, en par­ti­cu­lier quand les poli­tiques ont cru devoir four­rer leurs nez là-dedans, his­toire de se réser­ver quelques avan­tages inté­res­sés, les riva­li­tés ordi­naires ont dégé­né­ré en affron­te­ments. Puis en guerre. Tan­dis que dans les vil­lages on conti­nuait à se mélan­ger sans pré­ju­gés, et donc à se marier et à se repro­duire dans la diver­si­té. Ce qui consti­tue une menace pour les espèces domi­nantes…
Et qu’on ne nous parle pas d’« eth­nies », ce concept aus­si vaseux que mani­pu­lé et mani­pu­la­teur ! Voir le Rwan­da, voir le Dar­four et encore le Kenya – pour s’en tenir là. À Petit-Dana­né, same­di après-midi, les gamins ont relan­cé la sono et les filles sont entrées en danse et en grâce, rejointes par quelques gaillards para­deurs comme des coqs. Un coq, un vrai, est aus­si entré en scène, tenu par les ailes, se deman­dant quoi – sans savoir qu’il fini­rait demain dans la cas­se­role du par­rain. Ledit par­rain a aus­si par­lé ; il a remer­cié ; il a hono­ré sa petite perle de filleule. Et il a aus­si pré­sen­té les Blancs à l’assistance, jusqu’à les gêner. L’un d’eux le méri­tait vrai­ment, c’est mon grand ami Ber­nard, Ber­nard Nan­tet – vous savez cet afri­ca­niste aux vingt bou­quins d’érudit qu’il est, pour la plu­part consa­cré au conti­nent Noir. Mais ici, au beau milieu de cette brousse pro­fonde, il a reçu un vrai bel hom­mage, sans doute le plus beau qu’on ait pu lui adres­ser, sous les applau­dis­se­ments nour­ris. Car ces vil­la­geois, pour les plus âgés du moins, se sou­ve­naient de deux revues de leur jeu­nesse : « Koua­kou », des­ti­née aux petits et « Kalao » aux ados. Eh bien, Ber­nard y racon­tait l’histoire de l’Afrique et de l’art afri­cain… Aujourd’hui, la moder­ni­té cause dans les postes ; les vil­la­geois de Petit-Dana­né sont reliés au Grand Monde ; eux aus­si tri­potent leurs télé­phones por­tables, comme le font les cita­dins. Comme eux, ils échangent leurs numé­ros. Ils ne se sentent plus si seuls. Voi­là qui ne devrait pas nuire à la paix retrou­vée. Ce ne sera pas non plus suf­fi­sant.
  1. Bon­jour, Je me nomme GONTI. Je suis Dan. Je connais par­fai­te­ment Petit-Dana­né pour y avoir rési­dé pen­dant plus de 10 ans. J’y ai occu­pé des postes de res­pon­sa­bi­li­té. J’y ai aus­si des biens (mai­son, plan­ta­tion d’hévéa etc.). Quelques membres de ma famille y sont éga­le­ment. S’il est vrai que Petit-Dana­né est un vil­lage de brousse qui n’est pas encore loti, néan­moins, on y trouve quelques habi­ta­tions modernes à l’image de celles de Mr EGUE, de Mmes BLEY Akoua et BLEY Odette, du chef du vil­lage, de la mienne, de Mme DELY, de l’église catho­lique et bien d’autres. Mais les vidéos et les pho­tos que l’on voit pré­sentent le côté le plus arrié­ré voire archaïque du vil­lage. Il fal­lait équi­li­brer votre infor­ma­tion. Pour rap­pelle, Petit-Dana­né a été créé dans les années 1979 par des Dan (Yacou­ba) qui vivaient dans leurs plan­ta­tions res­pec­tives dis­sé­mi­nées un peu par­tout dans la forêt de Pébo. C’est le tra­cé de l’autoroute du nord qui les a ame­nés à négo­cier avec les Ebrié du vil­lage de Gué­bo II qui leur ont cédé la par­celle deve­nue aujourd’hui Petit-Dana­né. Le vil­lage a tou­jours été peu­plé. Car, dès l’installation des Dan, les Baou­lé, les Agni, les Gou­ro, les bété, les Gué­ré, les Wobé, les sénou­fo, les abron, les maliens, les béni­nois, les togo­lais, les bur­ki­na­bé, les ganéens, les nigé­rians les ont pro­gres­si­ve­ment rejoint. Ce n’est donc pas la guerre qui a cau­sé la pré­sence mas­sive des popu­la­tions. NB : Yacou­ba s’écrit au sin­gu­lier quel que soit le nombre.
    Rédi­gé par : Antoine GONTI | le 21 mars 2008 à 22:22 | |
  2. salut moi le nom de ma famille si danane alor je vue savoire mes rasine dsl pour le derong­mons a+
    Rédi­gé par : danane ghiles | le 17 juin 2008 à 18:45 | |
  3. BIEN R A S PARLER posi­ti­vemt du peuple dan
    Rédi­gé par : T .mabea didier | le 15 octobre 2008 à 21:55 | |
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