VII – Chronique de la peste couronnée : voici le temps de la confination…

Revenons à notre chronique devenue ordinaire, appelant répétitions et même, tenez-vous bien psittacisme, un autre virus dû cette fois au perroquet. Il frappe télés, radios, médias et même blog comme ici. Alors, poussons d’un cran la réflexion, caressons la philo dans le sens du mieux vivre cette confination, variante du confinement mis en abyme. On tourne en rond. Ce qui est mieux que de ne pas tourner rond. Vade retro coronona !

[dropcap]Reprenons[/dropcap] le cours du temps… Celui du confinement indéfini, quasi infini. J’ai – presque – déserté le champ médiatique et leurs ondes que je sens désormais néfastes, question de santé. On ne peut plus ouvrir de robinets qu’au prix d’un même dégoulinement alarmiste, répétitif à satiété, et creux au possible. « Ils » ne veulent l’avouer : médecins, virologues, « politistes », éditocrates, prévisionnistes et bien d’autres prophètes, tous sont à l’arrêt, en mort cérébrale, condamnés au psittacisme aigu – psittacisme : 1704; du lat. psittacus, grec psittakos «  perroquet  », et suff. isme. Répétition mécanique de mots, de phrases entendues, sans que le sujet les comprenne (phénomène normal chez l’enfant, fréquent chez les débiles mentaux). (Grand Robert). « Ils » psittatent à qui mieux-mieux, payés qu’ils sont pour ce faire, et s’y appliquant avec une éminente constance… Alors qu’ils stagnent – sans le montrer ! – au stade socratique du « Je sais que je ne sais rien », sans être effleuré par le doute montagnien : « Que sais-je ? ».

Voilà pourquoi je me dis que nous avons franchi un stade : nous sommes passés du confinement de base, simple, au confinement dans le confinement, une mise en abyme que je ne crains pas de dénommer confination – en attendant peut-être le stade du confinationnement. [Voir sur cette lancées les pertinentes réflexions de mon ami Gian dans ses Annales de confinementologie, sur ce même blog.]

Ainsi ai-je entamé ma cure de désintoxication : une fois par jour, à jeun, et vite avalé ; un petit coup de « fil info » comme ils disent. « Et tout est plus clair » susurre l’insupportable voix de gamine ingénue (France Info]. Ah ! vraiment plus clair ? Et la journée se passe, aux confins du confinement, jusqu’au JT de 20 heures, épreuve encore plus éprouvante, vu qu’« on » nous y inflige les binettes en plus – présentateurs, spécialistes, experts avec leurs apparitions « skypées », à domicile, selon des cadrages, des éclairages, des fonds d’écran plus ou moins exotiques, des sons d’outre-tombe, des visages en tas de rillettes, des nez en trompes d’éléphant, des yeux cyclopéens. Puis « on » compte et décompte : morts, soignés, survivants ; traitements, vaccins ; tests, masques ; chômeurs, distances barrière, transports ; bistrots, restauration, vacances, tourisme ; manque à gagner ; « pire crise » depuis la guerre, ou de tous les temps modernes. Ai-je bien résumé ?

Ce qui, sans doute et avec doute, génère dans la population sous perfusion covidienne, quelque stress et même plus, peut-être pire que le mal lui-même. En quoi je rejoins André Comte-Sponville et sa philosophique attitude : ne pas trop craindre le virus dont les chances d’y échapper sont de 95 %. De même, ne pas trop craindre d’en mourir alors qu’il ne cause, tout compte fait, que 0,5 % de victimes, soit un peu plus de 20 000 à ce jour, en France. Comparé aux 600 000 morts annuelles, dont 200 000 du seul cancer, sans parler du fléau Alzheimer, dont on ne guérit pas.

« Ne pas trop craindre » : tout est dans l’évaluation du « trop ». Tant qu’on n’est pas atteint, certes… En tout cas, ne pas devancer la – faible – probabilité, et se protéger au possible en protégeant l’entourage, sait-on jamais – et on ne sait jamais. En attendant, lire et relire Épicure écrivant au jeune Ménécée :

« Ainsi celui de tous les maux qui nous donne le plus d’horreur, la mort, n’est rien pour nous, puisque, tant que nous existons nous-mêmes, la mort n’est pas, et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus. Donc la mort n’existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu’elle n’a rien à faire avec les premiers, et que les seconds ne sont plus. Mais la multitude tantôt fuit la mort comme le pire des maux, tantôt l’appelle comme le terme des maux de la vie. Le sage, au contraire, ne fait pas fi de la vie et il n’a pas peur non plus de ne plus vivre : car la vie ne lui est pas à charge, et il n’estime pas non plus qu’il y ait le moindre mal à ne plus vivre. »

Facile à dire… Je vous y verrais, moi, au seuil du grand départ, peut-être accablé par la douleur. Voilà la question : la souffrance ; la principale question – le reste est littérature. La foi même n’y peut rien, c’est dire !

Ce qui m’étonne le plus dans ce flux d’incertitudes entretenues, c’est son centrement le plus étroit possible : rien d’autre au monde n’existe plus, dans sa représentation spectaculaire, que ce virus à tête couronnée qui décore nos écrans de ses couleurs toniques, qu’on dirait une écoeurante pâtisserie d’anniversaire. Plus, ou si peu de nouvelles des guerres, attentats, famines… Syrie, Yemen, Libye, Mali, Soudan, Cachemire, Birmanie, Ukraine… n’existent plus – ouf ! S’il fallait, en plus, s’accabler de la misère du monde…

Voilà pour aujourd’hui, cette ration d’état d’âme ; cette quête de sagesse relative. Tentant du même coup d’assumer mes contradictions de chroniqueur par temps de peste, en cela pas plus futé que d’autres.

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

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