On n'est pas des moutons

Archive for octobre, 2010

Retraites et politique. Pour ne pas refaire « du même » : mandat révocable pour les élus et négociation immédiate avec l’opposition de gauche

Deux mesures me sont appa­rues dans leur urgence avec ce conflit autour des retraites, notam­ment à pro­pos des rap­ports entre la rue, les syn­di­ca­listes, les poli­ti­ciens. A moins qu’on ne veuille refaire « du même », avec les mêmes lamen­ta­tions et processions.

Primo. En venir à cette vieille idée anar­chiste et pro­fon­dé­ment démo­cra­tique : tout repré­sen­tant élu du peuple, syn­di­ca­liste, député, séna­teur, pré­sident et tutti frutti est man­daté par le même peuple pour faire appli­quer le pro­gramme sur lequel il a été élu. S’il ne res­pecte pas ses enga­ge­ments, il est révo­qué et une autre élec­tion doit être orga­ni­sée. C’est le man­dat révo­cable. Plus de rente à vie, de planque, de pan­tou­flage ! Qu’est-ce qui s’y oppose ? Rien dans les prin­cipes. Tout dans la pra­tique. On dira que c’est pré­ci­sé­ment là que ça se noue, puisqu’on ne voit pas un poli­ti­cien faire cam­pagne pour scier la branche qui le sou­tient… On ne voit pas un « pré­sident du pou­voir d’achat » se sou­mettre à la vox populi – c’est le contraire qui se passe ! D’où la récur­rente et tou­jours per­ti­nente ques­tion : qu’est-ce que la démo­cra­tie ? Un grand chan­tier vieux comme la chose. Tou­jours à pro­té­ger, tou­jours à bâtir.

Com­bien encore de pro­ces­sions, de frustrations ?

Deuxio. Pas­sons sur la pre­mière idée (un siècle ou deux n’y suf­fi­ront pas) et embrayons tout de suite – puisque les choses vont ren­trer « dans l’ordre » avec un pro­fond goût d’amertume et un désir de revanche. Puisque le PS dit vou­loir reve­nir sur cette réforme votée au for­ceps – et sous cou­vert d’une démo­cra­tie for­melle : un putsch démo­cra­tique, quel oxy­more ! –, eh bien, que les syn­di­cats entrent tout de suite en négo­cia­tion avec le PS et même avec toute la gauche : un vrai Gre­nelles, quoi ! et pas de ces shows mon­tés par la droite usur­pa­trice de l’Histoire.

Donc, ne pas attendre 2012 et l’hypothétique vic­toire élec­to­rale de la gauche aux pré­si­den­tielles, mais œuvrer dès main­te­nant au re-​montage de cette réforme des retraites : voir notam­ment en quoi elle est pré­sen­tée comme iné­luc­table, c’est-à-dire quid de la ques­tion démo­gra­phique ?, quid du finan­ce­ment et par qui, selon quels cri­tères ? quid des choix poli­tiques et sociaux qui déter­minent les choix prio­ri­taires d’une société ?

Bref, pour­quoi et com­ment don­ner la prio­rité dans les ques­tions d’éducation, de santé, de bien-​être en géné­ral, et donc aussi de jus­tice dans la répar­ti­tion des richesses col­lec­tives ! Et tant qu’à dépen­ser le bien col­lec­tif, autant que ce soit dans le bien-​être de tous, plu­tôt qu’à payer des poli­ciers, mili­taires, et gar­diens de pri­son – dont on ne dis­cute pas leurs bud­gets pharamineux !

Et, dites-​moi, qu’en pensez-​vous ? Me lais­sez pas seul comme si je délirais…


Manif. Une septième bien pêchue à Marseille


Quels que soient les chiffres, l’ardeur était au rendez-​vous ce jeudi à Mar­seille. Une déter­mi­na­tion sou­vent mêlée de rage. Ce conflit marque les esprits et annonce des pro­lon­ge­ments poli­tiques et sociaux.

« Selon les chiffres de la police » – dont deux spé­ci­mens ici à l’ouvrage au bal­con de leur commissariat.


Le clown est à la manif” ce que la fer­veur doit à la gravité.

Menace ou pré­dic­tion ? L’avenir se lira-​t-​il dans cette boule anti-​stationnement (pas de pétanque…)


Il y a 45 ans, l’assassinat de Ben Barka. « Ce crime d’États au pluriel » démonté par l’avocat Maurice Buttin

Mehdi Ben Barka, l’un des grands hommes poli­tiques du Tiers-​Monde et des luttes d’indépendance, a été enlevé le 29 octobre 1965 en plein quar­tier Latin à Paris. Quarante-​cinq années ont passé et depuis, chaque 29 octobre, des fidèles à son sou­ve­nir se réunissent devant la bras­se­rie Lipp où il a été vu pour la der­nière fois. Parmi ces fidèles, outre la famille, l’avocat Mau­rice But­tin qui publie [édi­tions Kar­thala, 29 €] Has­san II, De Gaulle, Ben Barka – Ce que je sais d’eux. Une somme de 500 pages qui témoigne du com­bat mené par le lea­der de l’opposition maro­caine pen­dant dix ans et évoque la répres­sion féroce exer­cée par le pou­voir féo­dal contre son oppo­si­tion. Il sou­ligne com­bien l’hostilité du roi Has­san II à l’encontre de Ben Barka remonte au début de l’indépendance, le sou­ve­rain n’étant alors que le prince Moulay-​Hassan. Le livre inter­roge le mys­tère de cette « dis­pa­ri­tion » et ques­tionne en pro­fon­deur : Par qui Ben Barka a-​t-​il été tué ? Com­ment ? Où repose son corps ? Ce mort fait-​il encore peur au pou­voir maro­cain ? Quelles ont pu être les impli­ca­tions et les res­pon­sa­bi­li­tés de l’État fran­çais et jusqu’à quels niveaux ?

Né au Maroc, à Mek­nès, de parents savoyards, Mau­rice But­tin s’est ins­crit au bar­reau de Rabat en 1954. Mais c’est plus jeune, vers ses 13 ou 14 ans qu’il eut l’occasion de ren­con­trer le futur Has­san II, qui a six mois de moins que lui. Ils faillirent même jouer au ten­nis ensemble… Les deux hommes se croi­se­ront encore quelques fois par la suite, notam­ment lors de la visite offi­cielle de Mit­ter­rand au Maroc en 1983. On peut dire qu’ils par­tagent alors une réelle consi­dé­ra­tion réci­proque, si ce n’est cette « affaire » qui les oppo­sera à jamais – et vau­dra à l’avocat une inter­dic­tion royale de reve­nir au Maroc pen­dant dix-​sept ans.

Entre eux donc, l’affaire que l’on sait et cet homme hors du com­mun, ce Mehdi Ben Barka que Mau­rice But­ton ren­contre dès 1954, à sa sor­tie de pri­son, après une peine de 42 mois infli­gée sous le pro­tec­to­rat fran­çais. Ce ne sera que le pre­mier séjour d’une série pro­lon­gée ensuite sur ordre de la royauté… indé­pen­dante, à l’encontre de laquelle il devien­dra fina­le­ment l’ennemi numéro un.

Cet ouvrage consti­tue une somme à por­tée his­to­rique autour du « pour­quoi » de la dis­pa­ri­tion de l’opposant maro­cain. Mau­rice But­tin y expose par le détail ces « années de plomb » ryth­mées par les com­plots en séries menés par Mou­lay Has­san, puis par Has­san II – le même – et une impla­cable répres­sion. Le tout menant à l’enlèvement et à ce qui devien­dra la fati­dique « affaire Ben Barka ». L’avocat ne manque pas de rap­pe­ler que le lea­der maro­cain avait pris une part des plus actives dans l’organisation de la Tri­con­ti­nen­tale – confé­rence des mou­ve­ments révo­lu­tion­naires et indé­pen­dan­tistes qui se tint sans lui, et pour cause, en jan­vier 1966 à La Havane.

Mau­rice But­tin consacre la seconde moi­tié de son livre à l’affaire elle-​même, depuis le début de la plainte, l’instruction, puis les deux pro­cès de 1966 et 1967. Il s’attarde ensuite aux évé­ne­ments entou­rant le dépôt de la deuxième plainte et la suite des « révé­la­tions », pour finir sur les hypo­thèses concer­nant les cir­cons­tances de la mort de Ben Barka et de la dis­pa­ri­tion de son corps. C’est d’ailleurs à ce pro­pos que j’eus l’occasion de m’entretenir lon­gue­ment, par télé­phone, avec Mau­rice But­tin. Un témoin « au troi­sième degré » m’avait en effet contacté au sujet de l’emplacement éven­tuel, en région pari­sienne, des restes du dis­paru. Cette piste s’avéra invé­ri­fiable, comme tant d’autres.

Le der­nier cha­pitre est consa­cré aux « res­pon­sables ». Outre les Maro­cains comme Dlimi et Ouf­kir, Mau­rice But­tin épingle tour à tour les Fran­çais Lopez, Lemar­chand, Aimé-​Blanc, Caille, Papon, Frey,… et Foc­cart, avo­cat, bar­bouze, truand, ministre ou émi­nence, ainsi que d’autres encore, tant cette reten­tis­sante Affaire Ben Barka a pu impli­quer de per­son­nages plus ou moins troubles – sans oublier des Israé­liens liés au Mos­sad, comme des État­su­niens à la CIA.

Somme consi­dé­rable que cet ouvrage d’un com­bat­tant de la désor­mais impos­sible – en tout cas fort impro­bable vérité. Cepen­dant qu’une nou­velle levée du secret défense vient d’être auto­ri­sée début octobre. Elle fait suite à la per­qui­si­tion effec­tuée cet été par le juge au siège de la Direc­tion géné­rale de la sécu­rité exté­rieure (DGSE), à Paris, afin de sai­sir des dos­siers d’archives rela­tifs à ce « crime d’États au plu­riel. », comme l’écrit Mau­rice But­tin qui ajoute : « Cer­tains plus que visibles, d’autres plus dis­crets ! » L’avocat aura mis toute son éner­gie à faire émer­ger la vérité. Comme il le dit aussi en citant Pierre Schoen­doef­fer dans son romans Là-​haut [éd. Gras­set] : « Nous croyons que la vérité est têtue. Qu’elle finit tou­jours par sor­tir du puits, un jour ou l’autre ».

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Le Pen invité au CFJ devant les futurs journalistes. Tollé syndical et misérable !

Atter­rant ! Le SNJ-​CGT, Syn­di­cat natio­nal des jour­na­listes – CGT, sonne le toc­sin à l’encontre du Centre de for­ma­tion des jour­na­listes, à Paris, qui s’apprête à rece­voir ce jeudi Jean-​Marie Le Pen pour une ren­contre avec les étu­diants. Je suis atterré par cette réac­tion imbé­cile, tant sur le fond que sur la forme, et je parle en connais­sance de cause. Alors res­pon­sable péda­go­gique au CFJ, j’avais moi-​même invité le lea­der du Front natio­nal à une sem­blable confrontation.

C’était il y a …26 ans, en 1984. En tout cas, Le Pen se trou­vait en pleine ascen­sion média­tique – donc poli­tique – et péro­rait plus que jamais. Entre autres et en par­ti­cu­lier, un cer­tain François-​Henri de Virieu lui avait bien mis le pied à l’étrier en l’invitant à son émis­sion, L’Heure de vérité. C’était la pre­mière fois que Le Pen appa­rais­sait sur une grande chaîne de télé­vi­sion publique, Antenne 2. Il se voyait ainsi pro­pulsé au rang d’homme poli­tique pré­sen­table, sinon hono­rable. Cette prise de béné­fice subite, je ne l’imputerais pas direc­te­ment à de Virieu – sinon, com­ment défendre le CFJ aujourd’hui et le droit du public à l’information ? – qu’à ses aco­lytes jour­na­listes cen­sés affron­ter la bête. Il y avait là, donc, Alain Duha­mel, Albert Du Roy, Jean-​Louis Servan-​Schreiber. Et c’est ce der­nier sur­tout qui donna le plus de grain à moudre à Le Pen à cause de son atti­tude rele­vant plus de la péti­tion de prin­cipe, sinon de l’inquisition à l’égard de l’invité fron­tiste. Sur­tout, il n’avait sem­blé comp­ter que sur son « talent », négli­geant ainsi l’argumentation solide, docu­men­tée, carac­té­ris­tique du jour­na­liste digne de la fonc­tion. Notam­ment à pro­pos de l’immigration, Le Pen, ne fit qu’une bou­chée d’un Servan-​Schreiber dépassé et même dépité.

Voilà la « leçon » de l’émission qu’il me sem­blait impor­tant de sou­mettre aux futurs jour­na­listes. D’où ma déci­sion d’inviter Le Pen quelques semaines plus tard au CFJ pour un « car­re­four d’actualité ». Ce qu’il accepta sans hésiter…

Je me sou­viens d’une cer­taine effer­ves­cence qui avait gagné les étu­diants à l’idée de « se faire Le Pen ». Idée contre laquelle je les met­tais pré­ci­sé­ment en garde, fort du pré­cé­dent créé par Jean-​Louis Servan-​Schreiber… Il s’agissait de pri­vi­lé­gier le ques­tion­ne­ment argu­menté, solide, plu­tôt que de jeter des ana­thèmes. Bref, les bases du métier…

Phi­lippe Vian­nay, au CFPJ, rue du Louvre, peu avant sa mort en 1986.

L’affaire se passa à peu près bien, dans un esprit mor­dant mais, disons « tenu ». Au début pour­tant, la ten­sion fut vive, lorsqu’un étu­diant d’origine magh­ré­bine (le seul d’ailleurs), fort ému, repro­cha à Le Pen son rôle de tor­tion­naire en Algé­rie… (Le sujet venait en effet d’être relancé par Le Canard enchaîné). A quoi le chef du Front natio­nal répon­dit en sub­stances : Permettez-​moi d’abord, Mon­sieur, puisque vous ne vous êtes pas pré­senté, de vous deman­der votre nom… Tollé dans la salle… « Mais com­ment, ai-​je été ici convo­qué à un tri­bu­nal ou à un débat nor­mal ?! Auquel cas, il est bien nor­mal, etc. »

Je crois vrai­ment que le but péda­go­gique fut bien atteint et valo­risé lors d’une séance de débrie­fing [un enre­gis­tre­ment vidéo se trouve peut-​être archivé au CFJ]

Voilà pour le fond de l’affaire qui, alors, ne sou­leva aucune indi­gna­tion. Et sur­tout pas de la part du patron de l’époque du CFJ, Phi­lippe Vian­nay, que j’avais bien sûr informé de mon ini­tia­tive et qui m’avait tota­le­ment laissé carte blanche. Le len­de­main il me confiait : « J’étais inquiet, sans vous le dire. Mais vous avez bien fait [de l’inviter]  ».

Aussi suis-​je atterré de voir le SNJ-​CGT, pour appe­ler à mani­fes­ter ce jeudi devant le CFJ, invo­quer le même Phi­lippe Vian­nay au titre de son passé de grand résis­tant. Il fut en effet le diri­geant prin­ci­pal de Défense de la France, mou­ve­ment clan­des­tin dont le jour­nal du même nom est à l’origine directe de France-​Soir. On le retrouve aussi à l’origine du Centre de for­ma­tion des jour­na­listes en 1946, de l’école de voile Les Glé­nans et du Nou­vel Observateur.

«  On cau­che­marde : le condu­ca­tor éruc­tant serait rangé désor­mais dans la liste des invi­tés fré­quen­tables, qui plus est face à de futurs jour­na­listes, pro­fes­sion qu’il ne cesse d’insulter  », écrit le syn­di­cat de jour­na­listes dans un com­mu­ni­qué, tout en appe­lant à mani­fes­ter « en mémoire des fon­da­teurs » de l’école.

Faire men­tir les morts pour ne pas voir le diable. Est-​ce ça la « leçon de jour­na­lisme » du SNJ-​CGT ? Misère que ce syndicalisme !

L’Huma emboîte le pas…

Jusqu’aux grandes orgues du racisme ! Le n’importe quoi tenant lieu d’analyse…

Comment la CFDT et son « Schtroumpf jaune » ont anticipé la fin du mouvement anti-​réforme des retraites

Fran­çois, Guillaume et Nico­las dans le même bateau…

« Ché­rèque le fos­soyeur… » Mon pote Lan­glois n’est pas du genre à y aller par quatre che­mins et il en fout une rouste sévère à celui qu’il aime appe­ler le «Schtroumpf jaune». Lequel s’apprête, dirait-​on, à réci­di­ver sur l’air de la pré­cé­dente réforme de la retraite, en 2003. J’ai aussi assisté au début d’halali (ah là là !) hier soir sur France 2. Je cite donc Lan­glois et vous pou­vez le lire directo sur son blog de Poli­tis : « En pro­po­sant au patro­nat « une négo­cia­tion sur l’emploi des jeunes et des seniors », le grand chef à plumes de la CFDT a, de fait, pris acte de l’inéluctabilité de la loi qui sera votée demain par les dépu­tés, non­obs­tant une mobi­li­sa­tion sociale tou­jours impres­sion­nante et un sou­tien de l’opinion qui ne se dément pas. Mme Pari­sot, pré­sente sur le pla­teau, a évi­dem­ment sauté sur l’occasion, saluant « le retour à la rai­son » et se féli­ci­tant « qu’on passe enfin à autre chose ». »

Et puis, un « scoop » révélé par un com­men­ta­teur du blog Panouille, Oliv31 : « Non Ber­nard, tu exa­gères. Le schtroumpf orange n’est pas Jaune, il est juste au ser­vice de la famille Sarko : Où trou­vons nous une belle pub pour Mala­koff Médé­ric ?… …en 4e de cou­ver­ture du maga­zine CFDT de Septembre-​Octobre titrant « Retraites Une autre réforme est pos­sible ».

Ça me donne l’occasion de rat­tra­per ici une info qui a déjà pas mal cir­culé et que je me pro­met­tais de « trai­ter » aussi.

Ça remonte au 14 octobre quand Média­part, repris par l’AFP, le Nou­vel Obs et d’autres médias, a dévoilé com­ment Guillaume Sar­kozy, le frère de l’autre, vise le pac­tole du mar­ché de la retraite com­plé­men­taire pri­vée. Et pré­pare pour cela une alliance avec des acteurs semi-​publics. Ainsi la « réforme » des retraites pour­rait favo­ri­ser les inté­rêts du groupe Mala­koff Médé­ric, dont le délé­gué géné­ral n’est autre que le fran­gin Guillaume.

Selon Média­part, la réforme « va conduire à l’asphyxie finan­cière des grands régimes par répar­ti­tion » et sera donc « pro­pice à l’éclosion de ces grands fonds de pen­sion qui n’étaient pas encore par­ve­nus à s’acclimater en France, à quelques rares excep­tions près ». Parmi les opé­ra­teurs pri­vés d’ores et déjà sur les rangs, figure le groupe Mala­koff Médé­ric.

« Il ne s’agit pas que d’une coïn­ci­dence. Mais bien plu­tôt d’une stra­té­gie concer­tée en famille », écrit Média­part, « l’un assèche les régimes par répar­ti­tion tan­dis que l’autre pose les fon­de­ments du sys­tème par capi­ta­li­sa­tion ». Le site ajoute : « Guillaume Sar­kozy a engagé son entre­prise dans une poli­tique visant à en faire un acteur majeur de la retraite com­plé­men­taire pri­vée. Et il a trouvé des alliés autre­ment plus puis­sants que lui, en l’occurrence la Caisse des dépôts et consi­gna­tions (CDC), le bras armé finan­cier de l’État, et sa filiale la Caisse natio­nale de pré­voyance (CNP). Ensemble, tous ces par­te­naires vont créer, le 1er jan­vier pro­chain, une société com­mune qui rêve de rafler une bonne part du mar­ché qui se profile. »

« Cette société n’aurait jamais vu le jour sans l’appui de l’Elysée », ajoute Média­part. En effet, la Caisse des dépôts et consi­gna­tions est une ins­ti­tu­tion publique pré­si­dée par un par­le­men­taire. Pour sa part, la Caisse natio­nale de pré­voyance (CNP) est une filiale de la Caisse des dépôts et consi­gna­tions, de la Banque pos­tale et du groupe Caisses d’Epargne, lui-​même pré­sidé par Fran­çois Pérol, ancien secré­taire géné­ral adjoint de l’Elysée.

En outre, la Caisse des dépôts gère le Fonds de réserve des retraites. « Pour­quoi la CDC se lance-​t-​elle dans pareille aven­ture pour faire le jeu du sys­tème adverse, celui par capi­ta­li­sa­tion? » , demande Média­part. « Et pour­quoi, de sur­croît, le faire avec une entre­prise dont le patron est le frère du chef de l’Etat? »

L’enjeu n’est pas mince. Le mar­ché pour­rait repré­sen­ter «  40 à 100 mil­liards d’euros  » : en fonc­tion de l’aspect final de la réforme, les Fran­çais connaî­tront une baisse plus ou moins consi­dé­rable du taux de rem­pla­ce­ment, c’est-à-dire du mon­tant de la pen­sion rap­porté au salaire, et donc se pré­ci­pi­te­ront sur les sys­tèmes de retraite com­plé­men­taire. Média­part publie notam­ment un « busi­ness plan » confi­den­tiel, qui fixe pour objec­tif une part de marche de « 17% » d’ici dix ans.

Et voilà la pub qui orne la qua­trième de cou­ver­ture de CFDT-​Magazine, selon le lec­teur de Lan­glois (n’étant pas abonné audit maga­zine, je n’ai pas véri­fié). Mais cela jus­ti­fie­rait une fois de plus le sobri­quet lan­gloi­sien de Schtroumpf jaune, qui habille si bien le cédé­tiste en chef.


Internet et Cie. Du bon usage du nazisme, du professeur Kuing Yamang et de la falsification

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://​www​.face​book​.com/​p​a​g​e​s​/​O​n​-​s​a​i​t​-​c​e​-​q​u​e​-​l​o​n​-​v​e​u​t​-​q​u​o​n​-​s​a​c​h​e​/​1​4​3​3​6​3​3​9​2​3​7​5​566

Voilà que refleu­rissent les détour­ne­ments, à la manière des situa­tion­nistes dans les années 60, notam­ment à par­tir de films sud-​coréens de kung-​fu. Celui ci nous est venu par Domi­nique Dréan (merci !) via un de ses com­men­taires. Il s’agit d’un pas­sage de « La Chute » (Der Unter­gang), un film alle­mand d’Oliver Hir­sch­bie­gel (2004). On y voit Hit­ler dans son piteux déclin, en proie à l’hystérie. Les sous-​titres se situent, c’est le cas de le dire, dans la tra­di­tion anar­chiste, pro­je­tant une repré­sen­ta­tion néo-​spartakiste du mou­ve­ment de libé­ra­tion du peuple…

Pour un peu on y croi­rait… Mais aujourd’hui…, c’est l’espérance qui manque le plus. Quand bien même le poli­tique en por­te­rait de manière cré­dible, il lui fau­drait encore vaincre le contre-​mouvement de repli indi­vi­duel et, par delà, recréer les liens dis­ten­dus, sinon rom­pus, entre le moi-​je et le nous socié­tal – ce qu’un bon mien copain dénomme « l’articulation du je-​nous »… dont l’arthrose fait pour le moins boi­ter nos sociétés.

Autre remarque de fond. Il s’agit du recours au nazisme comme « argu­ment » de com­pa­rai­son. Cette fai­blesse par l’outrance mani­chéenne ten­drait à assi­mi­ler le sar­ko­zysme au nazisme, ce qui est déli­rant. Une occa­sion de plus pour évo­quer ce qu’on appelle la « loi de God­win », du nom de son inven­teur, Mike God­win, cher­cheur à l’Université Yale aux Etats-​Unis. L’énoncé : « Plus une dis­cus­sion en ligne dure long­temps, plus la pro­ba­bi­lité d’y trou­ver une com­pa­rai­son impli­quant les nazis ou Adolf Hit­ler s’approche de 1.» De même, dans un débat, atteindre le point God­win revient à signi­fier à son inter­lo­cu­teur qu’il vient de se dis­cré­di­ter en véri­fiant la loi de God­win. Et par exten­sion, du fait de la poly­sé­mie du mot « point », des « points God­win » peuvent être attri­bués à l’unité.

Cette « loi » s’appuie donc sur l’hypothèse selon laquelle une dis­cus­sion qui dure peut ame­ner à rem­pla­cer des argu­ments par des ana­lo­gies extrêmes. L’exemple le plus cou­rant consiste à com­pa­rer le thème de la dis­cus­sion avec une opi­nion nazie ou à trai­ter son inter­lo­cu­teur de nazi et de fas­cistefacho »). Si le sujet de la dis­cus­sion était très éloi­gné d’un quel­conque débat idéo­lo­gique, une com­pa­rai­son de ce genre est consi­dé­rée comme un signe d’échec de la dis­cus­sion. On estime alors qu’il est temps de clore le débat, dont il ne sor­tira plus rien de per­ti­nent : on dit que l’on a atteint le « point God­win » de la dis­cus­sion. [Voir de mul­tiples pro­lon­ge­ments sur le sujet sur inter­net, et notam­ment là, avec four­ni­tures d’exemples hexa­go­naux fameux].

Néan­moins, pour en reve­nir à la vidéo du départ, c’est à voir là, et ça per­met de se réga­ler du talent de comé­dien de Bruno Ganz et cet extrait d’un film remarquable.

Autre exemple du même genre qui, celui-​là, galope à bride abat­tue sur la toile. Domi­nique, le même, me l’a aussi envoyé, comme avant lui plu­sieurs autres inter­nautes. Ça en devient un hoax, c’est-à-dire une fausse info – sou­vent accom­pa­gnée d’un cer­ti­fi­cat d’authenticité genre « VÉRIDIQUE ! », en capi­tales et en gras. (Voir le site hoax­bus­ter, qui traque ce genre de « nouvelles »).

Cli­quer sur l’image ou aller là : http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​D​M​K​b​9​A​6​K​ouk

En l’occurrence, il s’agit d’une émis­sion de télé chi­noise dans laquelle le «véné­rable pro­fes­seur Kuing Yamang» ana­lyse doc­te­ment le déclin de la France. Le pro­pos est cin­glant, argu­menté et„ sur­tout, trouve sa por­tée du fait de son ori­gine, l’empire du Milieu…

Voici com­ment Chris­tophe S.-B. pré­sente l’affaire : « En effet, j’ai vu cette vidéo cou­rant juin. Il s’agit d’un canu­lar à la manière des situa­tion­nistes (fin des années 50 début des années 70). Je pense à un film situa­tion­niste de 1973 moquant le régime maoïste inti­tulé «  La dia­lec­tique peut-​elle cas­ser des briques  », oeuvre de René Vie­net - qui reprend des films de Kung Fu en VO , et sous-​titre les dia­logues par des dis­cus­sions sur la lutte des classes, et la guerre entre le pro­lé­ta­riat et les bureau­crates. Ce genre de détour­ne­ment de l’image ne date donc pas d’hier.

« L’auteur de ce petit pétard se veut mettre en scène un sup­posé pro­fes­seur chi­nois dénommé Kuing Yamang (Koui­gna­mann, le gâteau bre­ton ). Le pro­blème ne tient pas seule­ment au contenu des sous-​titres bidon­nés qui portent des juge­ments à l’emporte-pièce sur les Fran­çais mais sur­tout à la per­son­na­lité bien réelle qui s’exprime qui n’est autre que l’ancien ambas­sa­deur de Chine en France et ex-​porte parole du minis­tère chi­nois des affaires étran­gères, Wu Jian­min, actuel­le­ment membre Bureau inter­na­tio­nal des expo­si­tions (BIE) pour Shan­ghai Expo 2010. Les sous-​titres sont faux et les deux hommes parlent de l’Exposition Uni­ver­selle de Shanghai.

[…] « L’auteur du canu­lard est un mili­tant libé­ral, bre­ton « bre­ton­nant » bien de chez nous (de Lorient), Yann Cahe­rec. Pour faire par­ler de lui, il a plu­tôt reussi son coup. »

L’auteur de cette vidéo paro­dique l’avoue lui-​même sur la page You­tube de la vidéo. Il ne fal­lait donc pas aller bien loin pour véri­fier, mais c’était tout de même trop pour quelques blo­gueurs qui sont tom­bés dans le pan­neau. Et ainsi de détailler :

Fde​souche​.com la publie comme authen­tique, avant que ses com­men­ta­teurs ne lui fassent part de la super­che­rie. Il essaie depuis de faire pas­ser son erreur pour une plaisanterie.

Novo​press​.info de même, allant jusqu’à qua­li­fier la vidéo de “reten­tis­sante” et d’en citer cer­tains pas­sages, avant de se raviser.

L’Observatoire des Sub­ven­tions publie éga­le­ment cette vidéo tru­quée. La encore la vérité est réta­blie dans les com­men­taires, par­fois peu amènes envers le site.

Sur Expres​sion​Libre​.net, tou­jours pas de démenti si ce n’est dans les commentaires.

Et la rédac­tion belge de 7sur7​.be, qui à défaut d’appliquer la déon­to­lo­gie, y pense sin­cè­re­ment: « Cette vidéo est à prendre avec des pin­cettes: per­sonne ne par­lant man­da­rin à la rédac­tion, nous ne pou­vons assu­rer nos lec­teurs de la véra­cité des sous-​titres. Le “pro­fes­seur Yamang” n’est pas sérieu­se­ment réfé­rencé sur le Net. Cepen­dant, la teneur des pro­pos étant de nature à inter­pel­ler et à faire réflé­chir, nous avons décidé de main­te­nir l’article en ligne. »

Enfin, et entre autres sans doute, sur BFM TV, Oli­vier Maze­rolle, un vieux de la vieille, gobe l’affaire et la fait gober à Cécicle Duflot (Les Verts), tan­dis qu’une image de Sar­kozy est intro­duite parmi les autres de manière sub­li­mi­nale. De quoi gloser !

Le mot de la fin à l’auteur du détour­ne­ment vidéo, qui répond à un com­men­ta­teur lui repro­chant que sa blague soit prise au sérieux par plu­sieurs personnes: « Les gens sont cré­dules, ils n’ont qu’à véri­fier les sources ou réflé­chir un peu au lieu de croire bête­ment toutes les conne­ries qu’on leur balance. Je n’ai pas fait cette vidéo pour par­ler de la Chine, ce n’est pas le sujet, mais pour expo­ser une cer­taine vision de notre société. Lis ou relis les Lettres per­sanes de Mon­tes­quieu : J’aime bien cette idée de faire par­ler des gens assez exté­rieurs au problème. »

Belle et « véri­dique » leçon média­tique, pas vrai ?




Sa Majesté ordonne. La France baigne dans la Paix et l’Harmonie

L’État c’est Lui. Mais dans quel état, l’État ?! Et la Cour, hein ? Et ce gou­ver­ne­ment allant à vau l’eau : plus de Col­bert en mesure d’agir, pas même un Fou­quet de chez Fouquet’s – ou alors à l’affût du « rema­nie­ment » – le joli mot !

Tout Ver­sailles attend le bon vou­loir de Sa majesté. Laquelle, comme il se doit, ordonne. Les gazettes du jour l’attestent : « Sar­kozy ordonne le déblo­cage de tous les dépôts de car­bu­rant ». Tra­duc­tion : Dégagez-​moi cette autre racaille ! Car il fut un temps où il serait allé lui-​même, de ses blanches mains, ouvrir les vannes au pied des cuves. Comme au temps de La Cour­neuve à coups de kar­cher. Tu parles, tu parles.

La veille, son Bus­se­reau de secré­taire aux trans­ports livrait à la télé les fameux « élé­ments de lan­gage » selon les­quels il n’y avait « aucune sta­tion sans essence »… Le déni comme mode de gou­ver­ne­ment. D’ailleurs il n’y a pas de mani­fes­ta­tions contre la réforme des retraites, pas de mani­fes­tants – ou si peu ! –, pas de grèves ni de gré­vistes par consé­quent. Tout va au mieux chère mar­quise. Hor­te­feux ne se fait pas huer ni insul­ter à Lyon (« fas­ciste », « raciste »). Il n’y a pas davan­tage de lycées blo­qués que de raf­fi­ne­ries à l’arrêt ; pas plus de lycéens dans la rue que de camion­neurs coin­cés. En fait, il n’y a aucun pro­blème. Il n’y a même plus de France, plus d’Europe non plus. Plus rien. Enfin la Paix dans l’Harmonie.

PS. Si ce n’est pas tout à fait le cas, on peut tou­jours essayer cette prière qui vient de me par­ve­nir [merci Michel B.], éma­nant d’une « cama­rade com­mu­niste » et néan­moins fort dévote… :

Mardi à Mar­seille. Une tête au bout d’une pique. Bigre !

« Cher Dieu,
Je serai bref.
Cette année, tu m’as pris mon chan­teur pré­féré, Jean Fer­rat.
Tu m’as pris mon acteur pré­féré, Bruno Cre­mer.
Mon réa­li­sa­teur pré­féré, Claude Cha­brol.
Et fina­le­ment mon spor­tif pré­féré, Laurent Fignon.
Je désire sim­ple­ment te rap­pe­ler que mon poli­ti­cien pré­féré est Sarko… »


Manif. « Ils » vont encore nous faire marcher longtemps ?

Mar­seille, sixième édi­tion. Scé­na­rio inchangé : mêmes lieux, mêmes acteurs et même dra­ma­tur­gie. Sauf quelques inno­va­tions poin­tées ça et là.

Par exemple, le très remar­qué cha­riot à bar­beuk, monté sur rou­lettes pour des mer­guez à la pointe du com­bat. Le modèle semble sorti des ate­liers d’Eurocopter; encore six manif et les sau­cisses seront ser­vies par hélicos.

Tan­dis que d’aucun était parti pour pla­ner un peu. On peut tou­jours rêver.

Le pro­grès, je vous dis… Ce qui semble lais­ser scep­tique Mimile, ex-​métallo et authen­tique retraité. Pour l’occasion, il a passé sa salo­pette toute propre, même pas usée.

Ou que d’aucune revi­si­tait Dela­croix en sa Liberté gui­dant le peuple (et en chantant)…

…mais avait-​il bien entendu, le peuple ? Car le voilà qui butte contre des bar­ri­cades d’ordures…

…et des mon­ceaux d’arrogance.

Ce qui lais­sait de marbre (et de bronze) un cer­tain Vitour Gelu. Cent cin­quante ans avant, le « poète du peuple mar­seillais » avait tout bien poè­te­ment résumé : « À périr tout entier, que servirait-​il de naître ? »

Pho­tos gp


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