On n'est pas des moutons

Mot-clé: économie

L’économie, cette mythologie déguisée en “science”

Enfin, des pro­pos sur l’économie qui soula­gent ! Non pas des paroles de messie mais, au con­traire, de quoi nous désen­gluer des dogmes assénés par les Lenglet, Attali, Ceux et autres prêcheurs du libéral­isme sal­va­teur. France Inter a eu la bonne idée d’inviter 1 à son micro un écon­o­miste « autre » : Éloi Lau­rent, enseignant à l’IEP de Paris et à Stan­ford, aux Etats-Unis – grand bien soit fait à ses étu­di­ants ! –, auteur de Nou­velles mytholo­gies économiques 2 dans lequel, en effet, il présente l’économie comme une mytholo­gie, lieu où se con­cen­tre le catéchisme néolibéral des­tiné à faire oubli­er les final­ités essen­tielles de l’activité humaine, à savoir le bien-être général et les équili­bres écologiques.

Je ne suis nulle­ment écon­o­miste, ni par cul­ture et moins encore par goût. C’est aus­si en quoi réside ma méfi­ance envers la « chose économique » et sa pré­ten­tion à se pré­val­oir du statut de « sci­ence ». Cette auto-qual­i­fi­ca­tion m’a tou­jours fait rigol­er. Autant que pour ce qui est de la poli­tique, pareille­ment auto-élevée – selon le même effet récur­sif – à hau­teur de « sci­ence ». On par­le ain­si de « sci­ences économiques » – au pluriel de majesté, s’il vous plaît –, et de « sci­ences poli­tiques ». Pour cette dernière espèce, a même été créée une École libre des sci­ences poli­tiques (1872), par la suite surnom­mée « Sci­ences Po » dev­enue une mar­que en 1988, déposée par la Fon­da­tion Nationale des sci­ences poli­tiques [sic]. Voilà com­ment un cer­tain savoir, tout à fait empirique, amal­ga­mant des bribes de soci­olo­gie et de sta­tis­tiques, s’est hissé par elle-même, à un rang pré­ten­du­ment sci­en­tifique.

Dans les deux cas, ce sont ces pseu­do-sci­ences 3 qui pré­ten­dent nous gou­vern­er et, tant qu’on y est, diriger le monde entier. En fait, dans ce domaine de la gou­ver­nance mon­di­ale, c’est l’économie qui tient large­ment le haut du pavé. S’il n’existe pas de Poli­tique mon­di­ale, il y a bien une Banque mon­di­ale. Quand les « Grands » se réu­nis­sent, que ce soit à Davos (Suisse…) ou lors de leurs mess­es régulières tenues par le Groupe des vingt, le fameux « G20 » (ou même 21), il s’agit d’arranger les affaires des pays les plus rich­es, représen­tant 85 % du com­merce mon­di­al, les deux tiers de la pop­u­la­tion du globe et plus de 90 % du pro­duit mon­di­al brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Con­cer­nant les Prix Nobel, on notera que celui de la Paix n’est nulle­ment le pen­dant poli­tique du Nobel de l’Économie. L’histoire de ce dernier est d’ailleurs très par­lante : À l’origine a été créé le Prix de la Banque de Suède en sci­ences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, bien­tôt surnom­mé « prix Nobel d’économie », qui récom­pense chaque année, depuis 1969, une ou plusieurs per­son­nes pour leur « con­tri­bu­tion excep­tion­nelle dans le domaine des  sci­ences économiques ». À not­er que c’est le seul prix géré par la Fon­da­tion Nobel non issu du tes­ta­ment d’Alfred Nobel. L’idée de ce nou­veau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gou­verneur de la Banque de Suède, l’une des plus anci­ennes ban­ques cen­trales du monde. Soutenu par les milieux d’affaires, Åsbrink s’oppose au gou­verne­ment social-démoc­rate  – qui entendait utilis­er les fonds pour favoris­er l’emploi et le loge­ment –, et pré­conise de s’orienter vers la lutte con­tre l’inflation. Le but caché était de sus­citer un intérêt médi­a­tique et ain­si d’accroitre l’influence de ces milieux d’affaires au détri­ment des idées sociales-démoc­rates. 4

Les dif­férences appar­entes entre poli­tique et économie dis­simu­lent une égale pré­ten­tion « holis­tique ». Cepen­dant, si la poli­tique pré­tend gou­vern­er (de gou­ver­nail), c’est bien l’économie qui tient les rênes, c’est-à-dire les cor­dons de la Bourse. D’où un sem­blant de ten­sion entre les deux domaines, une forme de con­cur­rence pou­vant faire illu­sion, spé­ciale­ment en démoc­ra­tie libérale.

Et plus spé­ciale­ment encore en libéral­isme « avancé » qui place à la barre un habile agent de la grande finance – suiv­ez mon regard.

Éloi Lau­rent frappe juste en rap­pelant les final­ités de l’activité humaine : bien-être pour l’homme, réc­on­cil­ié avec la nature. En quoi il s’accorde à l’étymologie com­mune aux deux mots, économie et écolo­gie : du grec oikos « mai­son, habi­tat », et de nomos, l’usage ou la loi, et logos, sci­ence, dis­cours.

Le reste, c’est de la poli­tique, jeu de com­bi­naisons au prof­it d’une minorité.

Notes:

  1. Le « 7–9 » du 7/7/17. Il a aus­si été maintes fois invité par France Cul­ture.
  2. Ed.Les Liens qui Libèrent
  3. On dis­tingue les sci­ences « dures », ou exactes, (math­é­ma­tiques, physique, chimie, biolo­gie, géolo­gie, etc.) des sci­ences humaines ou « douces » (soci­olo­gie, psy­cholo­gie, philoso­phie, etc.)
  4. Source Wikipé­dia

Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre

Pour som­br­er dans le plus noir des pes­simismes, voire dans la dépres­sion, rien de tel que la soirée The­ma d’hier soir [28/10/14 ] sur Arte. Au menu, si j’ose dire, la faim et la soif dans le monde avec, en dessert, les deux derniers volets sur les six con­sacrés au Cap­i­tal­isme (avec une cap­i­tale…) De loin les plus intéres­sants, en par­ti­c­uli­er le tout dernier con­sacré à l’économiste hon­grois Karl Polanyi qui, dès 1944, a pointé le dan­ger représen­té par une société totale­ment menée par l’économie, et non l’inverse. Comme si l’activité humaine, par on ne sait quelle folie, s’était pré­cip­itée dans le gouf­fre noir du prof­it mor­tifère. Au point que les déséquili­bres mon­di­aux ne sem­blent avoir jamais atteint un tel niveau ahuris­sant, lais­sant dans le plus grand dénue­ment plus de la moitié de l’humanité qui, de plus, ne cesse de croître et accrois­sant en même temps les dérè­gle­ment écologiques, faisant sur­gir le spec­tre d’une dis­pari­tion pos­si­ble de l’espèce humaine.

on s'enfonce!.Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pou­voir…”

Il se trou­ve qu’hier égale­ment je fai­sais ren­tr­er du gaz dans ma citerne (l’hiver, en dépit/à cause du réchauf­fe­ment, va finir par se point­er…). M. Total est arrivé avec son gros camion et son livreur.

– Alors, que je lui fais, vous êtes en deuil…

– Ben, c’est que nous, on est des sous-trai­tants, en loca­tion… C’est comme ça pour tout, peut-être même pour les raf­finer­ies, c’est en loca­tion, ça appar­tient à on ne sait qui…

Puis, on évoque la mort du PDG de Total, de Marg­erie, les cir­con­stances.

– Il faut tou­jours aller vite, plus vite; il fal­lait qu’il ren­tre tout de suite, sans atten­dre…

On par­le de son salaire…

– C’est pas tant une his­toire de sous, je crois; c’est les hon­neurs – il était plus impor­tant qu’un min­istre, vous avez vu, reçu par Pou­tine; peut-être qu’ils se tutoy­aient… Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pou­voir…

Belle leçon d’analyse poli­tique, venue de “la base” comme on dit par­fois avec con­de­scen­dance. Analyse plus sub­tile et plus humaine que celle d’un Gérard Filoche qual­i­fi­ant de Marg­erie de “suceur de sang” (un ex par­ti­san de Trot­sky, le suceur de sang des marins de Kro­n­stadt, peut avoir la mémoire très sélec­tive). Elle aurait pu fig­ur­er avan­tageuse­ment dans la série d’Arte qui, soit-dit en pas­sant, nous a bien bal­adés avec ses six épisodes sou­vent brumeux et embrumés, à savoir qui de Smith, Ricar­do ou Keynes avait été le plus vision­naire. Au point qu’à l’issue de ces innom­brables enfi­lages d’avis d’experts et autres écon­o­mistes paten­tés on n’y entra­vait plus couic ! Car, enfin, à ques­tion fortes répons­es de même : à quoi sert l’économie ? Quelle est sa final­ité ? De même pour le cap­i­tal­isme. Il fal­lut atten­dre les paroles sim­ples et fortes de la fille de Polanyi pour aller à l’essentiel„ qui rame­nait au début de la soirée The­ma  sur la faim et la soir : si l’activité humaine ne sert pas les humains dans la jus­tice et en vue de leur épanouisse­ment, n’y aurait-il pas “comme un défaut” – tout par­ti­c­ulière­ment dans la course pro­duc­tiviste et l’avidité sans lim­ite des pos­sé­dants. L’une et l’autre appa­rais­sant comme liés par un délire névro­tique dévelop­pé avec la nais­sance du cap­i­tal­isme his­torique au XiXe siè­cle jusqu’à sa dérive actuelle, le néo-libéral­isme financier. De même que le chauf­feur-livreur de Total n’ “appar­tient” pas à Total – mais sait-il qui est son vrai pro­prié­taire ?… –, qui peut aujourd’hui démêler l’écheveau mon­di­al­isé des mil­liards de mil­liards qui changent de porte­feuilles à la vitesse de la lumière ? Et que peu­vent les “poli­tiques”, bal­lot­tés comme mar­i­on­nettes dans ce sin­istre bal­let réglé à leurs façons par des algo­rithmes “mag­iques” autant qu’anonymes ?

Évolution ? Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Évo­lu­tion ? Quelle évo­lu­tion ?

Si nous recon­nais­sons aujourd’hui cette patente réal­ité d’un dérè­gle­ment mon­di­al rel­e­vant d’un délire névro­tique – c’est-à-dire d’une patholo­gie – on ne peut plus raison­ner, en rai­son raison­nante, d’après les critères du XIXe siè­cle, et en par­ti­c­uli­er le dogme marx­iste. Com­ment ne pas remet­tre en ques­tion ce pos­tu­lat selon lequel  l’infrastructure (la pro­duc­tion) déter­mine la super­struc­ture (les idées) ? Ne serait-ce pas plutôt l’inverse, dans la mesure pré­cisé­ment ou “les idées”, si on peut dire, seraient déter­minées par la reli­gion du prof­it et sa fas­cisante irra­tional­ité, avec ses cohort­es sub­séquentes : pro­duc­tivisme, crois­sance, sur­con­som­ma­tion, pil­lage des ressources,  déséquili­bres nord-sud, guer­res, dérè­gle­ment cli­ma­tique, et cætera ?

À cet égard, ne pour­rait-on espér­er qu’un écon­o­miste – un écon­o­miste nou­veau –, dévelop­pant la pen­sée de Polanyi, recon­sid­ère la bonne ges­tion de notre mai­son com­mune, la Terre, et de sa gou­ver­nance à par­tir de don­nées intrin­sèque­ment human­istes, au béné­fice des humains et du vivant ? Pen­sons, par exem­ple et en par­ti­c­uli­er, à la manière dont un Wil­helm Reich (mort en 1957), bous­cu­lant pour le moins les idéolo­gies du marx­isme et du freud­isme, a pu émet­tre une analyse des folies mor­tifères du nazisme impli­quant les com­plex­es et con­tra­dic­toires dimen­sions des com­porte­ments humains (Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme, Pay­ot, 1999).

 

Ils empochent entre 400 et 1 110 années de Smic par an !

Illus­tra­tion avec ce cri d’alarme lancé par l’Obser­va­toire des iné­gal­ités dont les remar­quables travaux ne cessent de dénon­cer à par­tir d’études et de don­nées qui, toute­fois, ne remon­tent pas aux caus­es pre­mières et pro­fondes du dérè­gle­ment humain et de l’économie. Économie qui, en effet, partage la même éty­molo­gie que écolo­gie : du grec oikos (mai­son, habi­tat) et logos (dis­cours, sci­ence) ; ou encore, plus générale­ment : la sci­ence des con­di­tions d’existence, ce qui recou­vre le champ de l’économie, si on con­sid­ère le sens du nomos, gér­er, admin­istr­er.

 

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

28 octo­bre 2014 — Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1 110 années de Smic par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avan­tages.
Le revenu annuel d’un grand patron représente de 400 à 1 110 années de Smic, selon les don­nées 2012 pub­liées par Prox­in­vest dans son 15e rap­port La Rémunéra­tion des Dirigeants des sociétés du SBF 120 (novem­bre 2013). De 4,8 mil­lions d’euros (équiv­a­lents à 358 années de Smic) pour Mau­rice Lévy (Pub­li­cis) à 14,9 mil­lions d’euros (1 112 années de Smic) pour Bernard Char­lès, patron de Das­sault Sys­tèmes.
Les revenus pris en compte dans cette étude totalisent les salaires fix­es, vari­ables et/ou excep­tion­nels, les stock-options [1] et les actions gra­tu­ites. Ils ne com­pren­nent pas, par con­tre, cer­tains autres avan­tages comme ceux en nature (voitures, loge­ments de fonc­tion par exem­ple), le com­plé­ment de retraite sur-com­plé­men­taire alloué à cer­tains dirigeants de grandes entre­pris­es notam­ment. Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le tal­ent, l’investissement per­son­nel, la com­pé­tence, le niveau élevé de respon­s­abil­ités ou la com­péti­tion inter­na­tionale peu­vent jus­ti­fi­er. Ils vont bien au-delà de ce qu’un indi­vidu peut dépenser au cours d’une vie pour sa sat­is­fac­tion per­son­nelle. Ils garan­tis­sent un niveau de vie hors du com­mun, trans­mis­si­ble de généra­tion en généra­tion, et per­me­t­tent de se lancer dans des straté­gies d’investissement per­son­nel (entre­pris­es, col­lec­tions artis­tiques, fon­da­tions, etc.).
Il faut ajouter que ces dirigeants dis­posent aus­si de mécan­ismes de pro­tec­tion con­sid­érables en cas de départ for­cé de l’entreprise résul­tant d’une mésen­tente avec les action­naires, d’erreurs stratégiques ou économiques, etc. Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rémunérés. Des très hauts cadres de cer­taines pro­fes­sions ou des sportifs peu­vent avoir un revenu annuel moyen astronomique : 35 années de Smic pour un sportif de haut niveau, 23 années pour un cadre du secteur de la finance, 18 années pour un dirigeant d’entreprise salarié.
patrons

 

Les très hauts salaires * par pro­fes­sion
Unité : euros
  Salaire brut annuel moyen En années de Smic **
Sportifs de haut niveau 444 955 35
Cadres des fonc­tions finan­cières 244 878 19
- Dont métiers de la banque 289 913 23
Cadres d’état major 238 674 19
Dirigeants 225 340 18
Autres 210 446 17
Divers cadres 195 349 15
Fonc­tion com­mer­ciale 181 257 14
Fonc­tion tech­nique 180 230 14
* Les 1 % de salariés à temps com­plet les mieux rémunérés. ** Smic net annuel 2010.
Source : Insee — 2007

Pour en savoir plus :
Les très hauts salaires du secteur privé — Insee pre­mière n°1288 — avril 2010.

Notes

[1Droits attribués aux salariés d’acquérir des actions de leur société sous cer­taines con­di­tions, notam­ment avec un rabais, ce qui leur pro­cure une plus-val­ue qua­si cer­taine lors de la revente.

Date de rédac­tion le 28 octo­bre 2014

© Obser­va­toire des iné­gal­ités


Ça plane – deux fois, sais-tu – pour Sarkozy : deux avions pour un Paris-Bruxelles…

On en est à compter les tours d’avion de la min­istre des affaires étrangères du temps de la dic­tature tunisi­enne de Ben Ali. Soit, il faut compter. Et compter aus­si, tant qu’affaires étranges, les autres tours d’avion de notre vertueux (pour les autres) et tou­jours aus­si bling-bling de prési­dent.

La presse belge a ain­si épinglé, ce same­di 5 févri­er, le déplace­ment effec­tué la veille par le prési­dent français. Celui-ci, selon les quo­ti­di­ens belges, a choisi de faire les 300 kilo­mètres qui sépar­ent les deux cap­i­tales avec… deux avions. Out­re l’avion prési­den­tiel, le fameux A330, en ser­vice depuis 2010 et rebap­tisé “Air Sarko One” par ses détracteurs, la prési­dence française avait égale­ment affrété un Fal­con Tx,  plus petit. La télévi­sion belge a filmé les deux appareils qu’on peut voir ici :

L’achat et la mise en ser­vice de l’A330 prési­den­tiel avaient déjà don­né lieu à une polémique sur le coût de l’appareil et de sa trans­for­ma­tion pour répon­dre aux besoins du chef de l’Etat : 176 mil­lions d’euros au total. Celui-ci com­mu­nique depuis sur l’économie réal­isée en ven­dant les deux appareils précé­dents. Il a égale­ment pré­cisé à quelques repris­es que cet avion serait moins pol­lu­ants que les deux A 319 util­isés précédem­ment. L’argument fait flop pour le voy­age en ques­tion. De Paris à Brux­elles, le TGV Thalys met en moyenne une heure vingt. Une heure de vol de l’A330 prési­den­tiel revient env­i­ron à 20 000 euros ; celle d’un Fal­con TX revient à 7700 euros. Le bil­let de train, lui, coûte 141 euros en pre­mière… A vos cal­culettes !

Le men­su­el Ter­ra Eco avait déjà asti­coté la prési­dence sur cette ques­tion, esti­mant, en novem­bre 2010, que Nico­las Sarkozy était le 6e plus grand émet­teur de CO2 par­mi les chefs d’Etat et de gou­verne­ment. “S’il avait voy­agé avec Air Sarko One dès cette année (2010), ajoute le mag­a­zine, il aurait mul­ti­plié par 2,5 ses émis­sions de CO2. Ce qui l’aurait ramené en deux­ième posi­tion de ce classe­ment”, juste après Oba­ma. Allez, encore un effort !

À l’été 2010, Sarkozy avait fait valid­er par Matignon une note deman­dant aux min­istres d’éviter autant que pos­si­ble les déplace­ments en avion s’ils pou­vaient les rem­plac­er par le train. [Source : LeMonde.fr]

» Désolé pour cette satanée pub col­lante que je ne parviens pas à retir­er de la vidéo…


Tunisie. DSK en prophète de Ben Ali

Por­trait offi­ciel du directeur général et grand ora­cle du Fonds moné­taire inter­na­tion­al.

Pom­pon de « La-bas si j’y suis » cet après-midi, tan­dis que la rue gronde au plus fort à Tunis : la prophétie de « DSK » prédis­ant le plus bel avenir à la Tunisie de Ben Ali. Et pour 2012 en France, que nous annonce le car­toman­cien du FMI ? Ça craint !

En atten­dant, voyons-voir ce grand moment de fine analyse éco­nom­i­co-poli­tique… Dominique Strauss-Kahn à TV7-Tunisie, 18 novem­bre 2008 (2 mn 12 s) :


La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un con­sor­tium alle­mand veut lancer un grand pro­jet de cen­trales ther­moso­laires. Pro­duite en Afrique sahari­enne, l’électricité tran­sit­erait sur des lignes à haute ten­sion. Les pre­mières livraisons pour­raient avoir lieu dans dix ans ». [Le Monde, 13/7/09]

La dernière richesse de l’Afrique pas encore exploitée, le soleil, bon sang, que fai­saient les rapaces à la laiss­er ain­si dor­er… au soleil ? Surtout, que les Africains ne se dépêchent pas d’entrer “dans l’Histoire”, qu’on les pille encore un peu plus !

Remar­quez que les plus pour­ris des politi­ciens africains n’ont pas atten­du cette lumineuse idée venue du Nord. Ain­si, dans la si longue lignée des dic­ta­teurs du con­ti­nent, un Mobu­tu a-t-il placé le Con­go-Kin­shasa en coupes réglées ; pour exploiter, à son compte per­son­nel pour com­mencer, les immenses richess­es minières du pays, il a fait con­stru­ire des bar­rages hydroélec­triques, dont un gigan­tesque des­tiné à ali­menter les mines de cuiv­re du Katan­ga. Les lignes à haute ten­sion tra­versent le pays, sans même con­de­scen­dre dans les pau­vres vil­lages quelles sur­plombent [lire sur ce blog : Con­go-Banque mon­di­ale. Ou com­ment, avec deux euros par mois, rem­bours­er une dette de 10 mil­liards ]

Donc l’énergie solaire et son exploita­tion, c’est déjà com­mencé avec les bar­rages. La nou­veauté, sous cou­vert « tech­nologique » – jadis les mis­sion­naires et les mil­i­taires précé­daient les colons ; aujourd’hui c’est la « tech­nolo­gie » qui déboule d’abord – c’est de la jouer « éco­lo » avec des pan­neaux solaires. La blague ! Ils vont tout bon­nement envahir le Sahara – pas grave, c’est un désert – et planter leurs pylônes à tout va. Sans doute n’oseront-ils pas, ces affairistes tein­tés de sens démoc­ra­tique, on ne rigole pas, la jouer car­ré­ment à la Mobu­tu. Non, ils dis­tribueront plus vis­i­ble­ment, osten­si­ble­ment, quelques miettes de kilo­watts à grands coups de com’ tiers-mondiste. Craignons le pire. Pour le peu que les Chi­nois surenchéris­sent en tirant leurs lignes jusque là-bas…

Oba­ma devra revenir encore et sou­vent sur les traces de ses loin­tains ancêtres s’il veut par­venir à branch­er leurs actuels descen­dants sur les étroites voies du libéral­isme démo­c­ra­t­i­ca­ble.


La Montagne pourrait accoucher d’une… L’Yonne (républicaine)

Voilà un « beau petit canard » en passe de se faire bouf­fer. Selon les implaca­bles lois du dar­win­isme financier, L’Yonne répub­li­caine, quo­ti­di­en d’Auxerre, va sans doute tomber dans l’escarcelle auvergnate de La Mon­tagne et son groupe. « Économies d’échelle » et autre sainte-Syn­ergie auront eu rai­son de la dernière coopéra­tive ouvrière de la presse française. Dernière indépen­dante en tout cas, puisque la Scop du Cour­ri­er picard (Amiens) est depuis longtemps tombée dans les mailles du Crédit agri­cole. Ain­si va le partage hexag­o­nal de la presse française bien­tôt réduite à qua­tre ou cinq zones pro­prié­taires (voir ci-dessous la carte pub­liée par Le Monde en 2006, déjà large­ment dépassée !). On en fait davan­tage (dans les médias !) sur les men­aces con­cer­nant la faune et la flo­re. Ici, il ne s’agit « que » de la bio-diver­sité jour­nal­is­tique, juste un pan de ce qu’on appelle encore la démoc­ra­tie.

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© Le Monde

Le spec­ta­cle, une fois de plus, fausse les per­cep­tions. Et tourne ce show-biz qui emballe les gogos dans de ter­ri­bles ques­tion­nements : TF1 va donc rouler en Fer­rari (ah ah !) plutôt qu’en char PPDA, est-ce grave doc­teur ? J’entendais une jour­nal­iste sur France inter deman­der ingénu­ment au même Poivre si son départ men­ac­erait l’indépendance de TF1… Et l’intéressé, sans ciller et grand seigneur : « J’espère que non ! ». Ben non alors !

L’Yonne répub­li­caine, donc. Dans les 40.000 exem­plaires dif­fusés sur son départe­ment. Imprimerie, locaux en pro­priété coopéra­tive, selon l’utopie du XIXe siè­cle, tou­jours vivante, sinon vivace. Mais.

Mais – on en revient tou­jours là – l’orchestre a fini par vieil­lir. Par­lons plutôt de fan­fare – j’aime bien les fan­fares, à la racine du jazz –, comme une réma­nence anar­chiste. En cela désuète et con­damnée, en tant que tâche dans la moder­nité tri­om­phante (de quel tri­om­phe au fait ?). Bref, phil­har­monique ou fan­fare, la ques­tion du chef finit tou­jours par sur­gir. Ça défrise les con­vic­tions utopi­ennes, c’est ain­si. Dans une Scop – un homme, une voix – on choisit un prési­dent. Ça donne ce que ça donne, comme en musique. Et à Aux­erre, ça a don­né pas mal de couacs.

A com­mencer par le plus reten­tis­sant : l’achat il y a trois ans d’une rota­tive neuve-pim­pante… à Sin­gapour. Ben oui, plus mieux-moins cher. Ici, je passe le relais à un jour­nal­iste mai­son, qui racon­te : « On aurait voulu couler l’YR on ne s’y serait pas mieux pris. […] La roto est mon­tée depuis peu, mais par con­nec­tée et il reste des travaux que nous ne pou­vons pas financer. Il faut imag­in­er le coût de cette immo­bil­i­sa­tion. On a mis la char­rue devant les bœufs ; c’est-à-dire qu’on a acheté sans avoir pro­gram­mé le finance­ment de manière pré­cise. Nos fonds pro­pres y sont passés puis, prêts relais ban­caires aidant, les frais financiers nous plombent dans un con­texte général dégradé (baisse des ventes, mais moins forte qu’ailleurs dans la PQR, et tasse­ment de la pub. Sans cela l’exploitation du jour­nal est en gros à l’équilibre. Nos act­ifs sont éval­ués à 18 mil­lions d’euros. La Mon­tagne Cen­tre Presse va donc faire une bonne affaire surtout qu’elle va pou­voir prof­iter de la baisse des charges suite à l’exécution du Plan de sauve­g­arde de l’emploi (PSE) por­tant sur 25 per­son­nes, qu’actuellement le jour­nal ne peut pas financer. »

L’affaire va se décider dans les semaines qui vien­nent selon cette alter­na­tive : « Ou bien on vend et l’emploi est garan­ti par les dirigeants de La Mon­tagne, ou bien on dépose le bilan et Her­sant, le groupe Ebra, etc. nous atten­dent à la barre. »

Prob­lème de « chef d’orchestre », certes, mais aus­si d’instrumentistes, ain­si que le déplore notre musi­cien infor­ma­teur : « Force est de con­stater que notre équipe jour­nal­is­tique s’est con­sid­érable­ment affaib­lie au fil des ans. Des bons sont par­tis et on a fait de la « dépré­cari­sa­tion » […] Ce qui ne garan­tit ni la com­pé­tence ni la capac­ité d’adaptation.
« Sauf à réin­ve­stir dans l’humain et le pro­fes­sion­nal­isme, je ne vois pas com­ment les choses pour­raient chang­er. Par ailleurs, La Mon­tagne met­tra la pri­or­ité – comme tous les patrons – sur la créa­tion d’un cen­tre de prof­it en rentabil­isant au max­i­mum la rota­tive flam­bant neuve, qua­si­ment, (qui nous a coûté 10 mil­lions d’euros) par des tours machines. Ça devrait cracher du cash… C’est ce que nous voulions. Mais ce ne sera pas nous qui empocherons les bénéfs. » Et les lecteurs moins encore, qui devront s’accomoder du moins-dis­ant jour­nal­is­tique.

De même qu’on ne saurait faire meilleure école avec moins d’enseignants, on n’imagine pas une infor­ma­tion de qual­ité avec moins de jour­nal­istes. Mais cer­tains le pré­ten­dent.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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