On n'est pas des moutons

Mot-clé: économie

L’économie, cette mythologie déguisée en « science »

Enfin, des pro­pos sur l’économie qui sou­lagent ! Non pas des paroles de mes­sie mais, au contraire, de quoi nous désen­gluer des dogmes assé­nés par les Len­glet, Atta­li, Ceux et autres prê­cheurs du libé­ra­lisme sal­va­teur. France Inter a eu la bonne idée d’inviter 1 à son micro un éco­no­miste « autre » : Éloi Laurent, ensei­gnant à l’IEP de Paris et à Stan­ford, aux Etats-Unis – grand bien soit fait à ses étu­diants ! –, auteur de Nou­velles mytho­lo­gies éco­no­miques 2 dans lequel, en effet, il pré­sente l’économie comme une mytho­lo­gie, lieu où se concentre le caté­chisme néo­li­bé­ral des­ti­né à faire oublier les fina­li­tés essen­tielles de l’activité humaine, à savoir le bien-être géné­ral et les équi­libres écologiques.

Je ne suis nul­le­ment éco­no­miste, ni par culture et moins encore par goût. C’est aus­si en quoi réside ma méfiance envers la « chose éco­no­mique » et sa pré­ten­tion à se pré­va­loir du sta­tut de « science ». Cette auto-qua­li­fi­ca­tion m’a tou­jours fait rigo­ler. Autant que pour ce qui est de la poli­tique, pareille­ment auto-éle­vée – selon le même effet récur­sif – à hau­teur de « science ». On parle ain­si de « sciences éco­no­miques » – au plu­riel de majes­té, s’il vous plaît –, et de « sciences poli­tiques ». Pour cette der­nière espèce, a même été créée une École libre des sciences poli­tiques (1872), par la suite sur­nom­mée « Sciences Po » deve­nue une marque en 1988, dépo­sée par la Fon­da­tion Natio­nale des sciences poli­tiques [sic]. Voi­là com­ment un cer­tain savoir, tout à fait empi­rique, amal­ga­mant des bribes de socio­lo­gie et de sta­tis­tiques, s’est his­sé par elle-même, à un rang pré­ten­du­ment scientifique.

Dans les deux cas, ce sont ces pseu­do-sciences 3 qui pré­tendent nous gou­ver­ner et, tant qu’on y est, diri­ger le monde entier. En fait, dans ce domaine de la gou­ver­nance mon­diale, c’est l’économie qui tient lar­ge­ment le haut du pavé. S’il n’existe pas de Poli­tique mon­diale, il y a bien une Banque mon­diale. Quand les « Grands » se réunissent, que ce soit à Davos (Suisse…) ou lors de leurs messes régu­lières tenues par le Groupe des vingt, le fameux « G20 » (ou même 21), il s’agit d’arranger les affaires des pays les plus riches, repré­sen­tant 85 % du com­merce mon­dial, les deux tiers de la popu­la­tion du globe et plus de 90 % du pro­duit mon­dial brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Concer­nant les Prix Nobel, on note­ra que celui de la Paix n’est nul­le­ment le pen­dant poli­tique du Nobel de l’Économie. L’histoire de ce der­nier est d’ailleurs très par­lante : À l’origine a été créé le Prix de la Banque de Suède en sciences éco­no­miques en mémoire d’Alfred Nobel, bien­tôt sur­nom­mé « prix Nobel d’économie », qui récom­pense chaque année, depuis 1969, une ou plu­sieurs per­sonnes pour leur « contri­bu­tion excep­tion­nelle dans le domaine des  sciences éco­no­miques ». À noter que c’est le seul prix géré par la Fon­da­tion Nobel non issu du tes­ta­ment d’Alfred Nobel. L’idée de ce nou­veau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gou­ver­neur de la Banque de Suède, l’une des plus anciennes banques cen­trales du monde. Sou­te­nu par les milieux d’affaires, Åsbrink s’oppose au gou­ver­ne­ment social-démo­crate  – qui enten­dait uti­li­ser les fonds pour favo­ri­ser l’emploi et le loge­ment –, et pré­co­nise de s’orienter vers la lutte contre l’inflation. Le but caché était de sus­ci­ter un inté­rêt média­tique et ain­si d’accroitre l’influence de ces milieux d’affaires au détri­ment des idées sociales-démo­crates. 4

Les dif­fé­rences appa­rentes entre poli­tique et éco­no­mie dis­si­mulent une égale pré­ten­tion « holis­tique ». Cepen­dant, si la poli­tique pré­tend gou­ver­ner (de gou­ver­nail), c’est bien l’économie qui tient les rênes, c’est-à-dire les cor­dons de la Bourse. D’où un sem­blant de ten­sion entre les deux domaines, une forme de concur­rence pou­vant faire illu­sion, spé­cia­le­ment en démo­cra­tie libérale.

Et plus spé­cia­le­ment encore en libé­ra­lisme « avan­cé » qui place à la barre un habile agent de la grande finance – sui­vez mon regard.

Éloi Laurent frappe juste en rap­pe­lant les fina­li­tés de l’activité humaine : bien-être pour l’homme, récon­ci­lié avec la nature. En quoi il s’accorde à l’étymologie com­mune aux deux mots, éco­no­mie et éco­lo­gie : du grec oikos « mai­son, habi­tat », et de nomos, l’usage ou la loi, et logos, science, dis­cours.

Le reste, c’est de la poli­tique, jeu de com­bi­nai­sons au pro­fit d’une minorité.

Notes:

  1. Le « 7-9 » du 7/7/17. Il a aus­si été maintes fois invi­té par France Culture.
  2. Ed.Les Liens qui Libèrent
  3. On dis­tingue les sciences « dures », ou exactes, (mathé­ma­tiques, phy­sique, chi­mie, bio­lo­gie, géo­lo­gie, etc.) des sciences humaines ou « douces » (socio­lo­gie, psy­cho­lo­gie, phi­lo­so­phie, etc.)
  4. Source Wiki­pé­dia

Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre

Pour som­brer dans le plus noir des pes­si­mismes, voire dans la dépres­sion, rien de tel que la soi­rée The­ma d’hier soir [28/10/14 ] sur Arte. Au menu, si j’ose dire, la faim et la soif dans le monde avec, en des­sert, les deux der­niers volets sur les six consa­crés au Capi­ta­lisme (avec une capi­tale…) De loin les plus inté­res­sants, en par­ti­cu­lier le tout der­nier consa­cré à l’économiste hon­grois Karl Pola­nyi qui, dès 1944, a poin­té le dan­ger repré­sen­té par une socié­té tota­le­ment menée par l’économie, et non l’inverse. Comme si l’activité humaine, par on ne sait quelle folie, s’était pré­ci­pi­tée dans le gouffre noir du pro­fit mor­ti­fère. Au point que les dés­équi­libres mon­diaux ne semblent avoir jamais atteint un tel niveau ahu­ris­sant, lais­sant dans le plus grand dénue­ment plus de la moi­tié de l’humanité qui, de plus, ne cesse de croître et accrois­sant en même temps les dérè­gle­ment éco­lo­giques, fai­sant sur­gir le spectre d’une dis­pa­ri­tion pos­sible de l’espèce humaine.

on s'enfonce!.Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

« Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pouvoir… »

Il se trouve qu’hier éga­le­ment je fai­sais ren­trer du gaz dans ma citerne (l’hiver, en dépit/à cause du réchauf­fe­ment, va finir par se poin­ter…). M. Total est arri­vé avec son gros camion et son livreur.

– Alors, que je lui fais, vous êtes en deuil…

– Ben, c’est que nous, on est des sous-trai­tants, en loca­tion… C’est comme ça pour tout, peut-être même pour les raf­fi­ne­ries, c’est en loca­tion, ça appar­tient à on ne sait qui…

Puis, on évoque la mort du PDG de Total, de Mar­ge­rie, les circonstances.

– Il faut tou­jours aller vite, plus vite; il fal­lait qu’il rentre tout de suite, sans attendre…

On parle de son salaire…

– C’est pas tant une his­toire de sous, je crois; c’est les hon­neurs – il était plus impor­tant qu’un ministre, vous avez vu, reçu par Pou­tine; peut-être qu’ils se tutoyaient… Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pouvoir…

Belle leçon d’analyse poli­tique, venue de « la base » comme on dit par­fois avec condes­cen­dance. Ana­lyse plus sub­tile et plus humaine que celle d’un Gérard Filoche qua­li­fiant de Mar­ge­rie de « suceur de sang » (un ex par­ti­san de Trots­ky, le suceur de sang des marins de Krons­tadt, peut avoir la mémoire très sélec­tive). Elle aurait pu figu­rer avan­ta­geu­se­ment dans la série d’Arte qui, soit-dit en pas­sant, nous a bien bala­dés avec ses six épi­sodes sou­vent bru­meux et embru­més, à savoir qui de Smith, Ricar­do ou Keynes avait été le plus vision­naire. Au point qu’à l’issue de ces innom­brables enfi­lages d’avis d’experts et autres éco­no­mistes paten­tés on n’y entra­vait plus couic ! Car, enfin, à ques­tion fortes réponses de même : à quoi sert l’économie ? Quelle est sa fina­li­té ? De même pour le capi­ta­lisme. Il fal­lut attendre les paroles simples et fortes de la fille de Pola­nyi pour aller à l’essentiel„ qui rame­nait au début de la soi­rée The­ma  sur la faim et la soir : si l’activité humaine ne sert pas les humains dans la jus­tice et en vue de leur épa­nouis­se­ment, n’y aurait-il pas « comme un défaut » – tout par­ti­cu­liè­re­ment dans la course pro­duc­ti­viste et l’avidité sans limite des pos­sé­dants. L’une et l’autre appa­rais­sant comme liés par un délire névro­tique déve­lop­pé avec la nais­sance du capi­ta­lisme his­to­rique au XiXe siècle jusqu’à sa dérive actuelle, le néo-libé­ra­lisme finan­cier. De même que le chauf­feur-livreur de Total n” « appar­tient » pas à Total – mais sait-il qui est son vrai pro­prié­taire ?… –, qui peut aujourd’hui démê­ler l’écheveau mon­dia­li­sé des mil­liards de mil­liards qui changent de por­te­feuilles à la vitesse de la lumière ? Et que peuvent les « poli­tiques », bal­lot­tés comme marion­nettes dans ce sinistre bal­let réglé à leurs façons par des algo­rithmes « magiques » autant qu’anonymes ?

Évolution ? Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Évo­lu­tion ? Quelle évolution ?

Si nous recon­nais­sons aujourd’hui cette patente réa­li­té d’un dérè­gle­ment mon­dial rele­vant d’un délire névro­tique – c’est-à-dire d’une patho­lo­gie – on ne peut plus rai­son­ner, en rai­son rai­son­nante, d’après les cri­tères du XIXe siècle, et en par­ti­cu­lier le dogme mar­xiste. Com­ment ne pas remettre en ques­tion ce pos­tu­lat selon lequel  l’infrastructure (la pro­duc­tion) déter­mine la super­struc­ture (les idées) ? Ne serait-ce pas plu­tôt l’inverse, dans la mesure pré­ci­sé­ment ou « les idées », si on peut dire, seraient déter­mi­nées par la reli­gion du pro­fit et sa fas­ci­sante irra­tio­na­li­té, avec ses cohortes sub­sé­quentes : pro­duc­ti­visme, crois­sance, sur­con­som­ma­tion, pillage des res­sources,  dés­équi­libres nord-sud, guerres, dérè­gle­ment cli­ma­tique, et cæte­ra ?

À cet égard, ne pour­rait-on espé­rer qu’un éco­no­miste – un éco­no­miste nou­veau –, déve­lop­pant la pen­sée de Pola­nyi, recon­si­dère la bonne ges­tion de notre mai­son com­mune, la Terre, et de sa gou­ver­nance à par­tir de don­nées intrin­sè­que­ment huma­nistes, au béné­fice des humains et du vivant ? Pen­sons, par exemple et en par­ti­cu­lier, à la manière dont un Wil­helm Reich (mort en 1957), bous­cu­lant pour le moins les idéo­lo­gies du mar­xisme et du freu­disme, a pu émettre une ana­lyse des folies mor­ti­fères du nazisme impli­quant les com­plexes et contra­dic­toires dimen­sions des com­por­te­ments humains (Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme, Payot, 1999).

 

Ils empochent entre 400 et 1 110 années de Smic par an !

Illus­tra­tion avec ce cri d’alarme lan­cé par l’Obser­va­toire des inéga­li­tés dont les remar­quables tra­vaux ne cessent de dénon­cer à par­tir d’études et de don­nées qui, tou­te­fois, ne remontent pas aux causes pre­mières et pro­fondes du dérè­gle­ment humain et de l’économie. Éco­no­mie qui, en effet, par­tage la même éty­mo­lo­gie que éco­lo­gie : du grec oikos (mai­son, habi­tat) et logos (dis­cours, science) ; ou encore, plus géné­ra­le­ment : la science des condi­tions d’existence, ce qui recouvre le champ de l’économie, si on consi­dère le sens du nomos, gérer, administrer.

 

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

28 octobre 2014 - Les patrons les mieux rému­né­rés de France touchent entre 400 et 1 110 années de Smic par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages.
Le reve­nu annuel d’un grand patron repré­sente de 400 à 1 110 années de Smic, selon les don­nées 2012 publiées par Proxin­vest dans son 15e rap­port La Rému­né­ra­tion des Diri­geants des socié­tés du SBF 120 (novembre 2013). De 4,8 mil­lions d’euros (équi­va­lents à 358 années de Smic) pour Mau­rice Lévy (Publi­cis) à 14,9 mil­lions d’euros (1 112 années de Smic) pour Ber­nard Char­lès, patron de Das­sault Systèmes.
Les reve­nus pris en compte dans cette étude tota­lisent les salaires fixes, variables et/ou excep­tion­nels, les stock-options [1] et les actions gra­tuites. Ils ne com­prennent pas, par contre, cer­tains autres avan­tages comme ceux en nature (voi­tures, loge­ments de fonc­tion par exemple), le com­plé­ment de retraite sur-com­plé­men­taire alloué à cer­tains diri­geants de grandes entre­prises notam­ment. Ces reve­nus demeurent bien supé­rieurs à ce que le talent, l’investissement per­son­nel, la com­pé­tence, le niveau éle­vé de res­pon­sa­bi­li­tés ou la com­pé­ti­tion inter­na­tio­nale peuvent jus­ti­fier. Ils vont bien au-delà de ce qu’un indi­vi­du peut dépen­ser au cours d’une vie pour sa satis­fac­tion per­son­nelle. Ils garan­tissent un niveau de vie hors du com­mun, trans­mis­sible de géné­ra­tion en géné­ra­tion, et per­mettent de se lan­cer dans des stra­té­gies d’investissement per­son­nel (entre­prises, col­lec­tions artis­tiques, fon­da­tions, etc.).
Il faut ajou­ter que ces diri­geants dis­posent aus­si de méca­nismes de pro­tec­tion consi­dé­rables en cas de départ for­cé de l’entreprise résul­tant d’une mésen­tente avec les action­naires, d’erreurs stra­té­giques ou éco­no­miques, etc. Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rému­né­rés. Des très hauts cadres de cer­taines pro­fes­sions ou des spor­tifs peuvent avoir un reve­nu annuel moyen astro­no­mique : 35 années de Smic pour un spor­tif de haut niveau, 23 années pour un cadre du sec­teur de la finance, 18 années pour un diri­geant d’entreprise salarié.
patrons

 

Les très hauts salaires * par profession
Uni­té : euros
  Salaire brut annuel moyen En années de Smic **
Spor­tifs de haut niveau 444 955 35
Cadres des fonc­tions financières 244 878 19
- Dont métiers de la banque 289 913 23
Cadres d’état major 238 674 19
Diri­geants 225 340 18
Autres 210 446 17
Divers cadres 195 349 15
Fonc­tion commerciale 181 257 14
Fonc­tion technique 180 230 14
* Les 1 % de sala­riés à temps com­plet les mieux rému­né­rés. ** Smic net annuel 2010.
Source : Insee - 2007

Pour en savoir plus :
Les très hauts salaires du sec­teur pri­vé - Insee pre­mière n°1288 - avril 2010.

Notes

[1Droits attri­bués aux sala­riés d’acquérir des actions de leur socié­té sous cer­taines condi­tions, notam­ment avec un rabais, ce qui leur pro­cure une plus-value qua­si cer­taine lors de la revente.

Date de rédac­tion le 28 octobre 2014

© Obser­va­toire des inégalités


Ça plane – deux fois, sais-tu – pour Sarkozy : deux avions pour un Paris-Bruxelles…

On en est à comp­ter les tours d’avion de la ministre des affaires étran­gères du temps de la dic­ta­ture tuni­sienne de Ben Ali. Soit, il faut comp­ter. Et comp­ter aus­si, tant qu’affaires étranges, les autres tours d’avion de notre ver­tueux (pour les autres) et tou­jours aus­si bling-bling de président.

La presse belge a ain­si épin­glé, ce same­di 5 février, le dépla­ce­ment effec­tué la veille par le pré­sident fran­çais. Celui-ci, selon les quo­ti­diens belges, a choi­si de faire les 300 kilo­mètres qui séparent les deux capi­tales avec... deux avions. Outre l’avion pré­si­den­tiel, le fameux A330, en ser­vice depuis 2010 et rebap­ti­sé « Air Sar­ko One  » par ses détrac­teurs, la pré­si­dence fran­çaise avait éga­le­ment affré­té un Fal­con Tx,  plus petit. La télé­vi­sion belge a fil­mé les deux appa­reils qu’on peut voir ici :

L’achat et la mise en ser­vice de l’A330 pré­si­den­tiel avaient déjà don­né lieu à une polé­mique sur le coût de l’appareil et de sa trans­for­ma­tion pour répondre aux besoins du chef de l’Etat : 176 mil­lions d’euros au total. Celui-ci com­mu­nique depuis sur l’économie réa­li­sée en ven­dant les deux appa­reils pré­cé­dents. Il a éga­le­ment pré­ci­sé à quelques reprises que cet avion serait moins pol­luants que les deux A 319 uti­li­sés pré­cé­dem­ment. L’argument fait flop pour le voyage en ques­tion. De Paris à Bruxelles, le TGV Tha­lys met en moyenne une heure vingt. Une heure de vol de l’A330 pré­si­den­tiel revient envi­ron à 20 000 euros ; celle d’un Fal­con TX revient à 7700 euros. Le billet de train, lui, coûte 141 euros en pre­mière… A vos calculettes !

Le men­suel Ter­ra Eco avait déjà asti­co­té la pré­si­dence sur cette ques­tion, esti­mant, en novembre 2010, que Nico­las Sar­ko­zy était le 6e plus grand émet­teur de CO2 par­mi les chefs d’Etat et de gou­ver­ne­ment. « S’il avait voya­gé avec Air Sar­ko One dès cette année (2010), ajoute le maga­zine, il aurait mul­ti­plié par 2,5 ses émis­sions de CO2. Ce qui l’aurait rame­né en deuxième posi­tion de ce clas­se­ment », juste après Oba­ma. Allez, encore un effort !

À l’été 2010, Sar­ko­zy avait fait vali­der par Mati­gnon une note deman­dant aux ministres d’éviter autant que pos­sible les dépla­ce­ments en avion s’ils pou­vaient les rem­pla­cer par le train. [Source : LeMonde.fr]

» Déso­lé pour cette sata­née pub col­lante que je ne par­viens pas à reti­rer de la vidéo…


Tunisie. DSK en prophète de Ben Ali

Por­trait offi­ciel du direc­teur géné­ral et grand oracle du Fonds moné­taire international.

Pom­pon de « La-bas si j’y suis » cet après-midi, tan­dis que la rue gronde au plus fort à Tunis : la pro­phé­tie de « DSK » pré­di­sant le plus bel ave­nir à la Tuni­sie de Ben Ali. Et pour 2012 en France, que nous annonce le car­to­man­cien du FMI ? Ça craint !

En atten­dant, voyons-voir ce grand moment de fine ana­lyse éco­no­mi­co-poli­tique… Domi­nique Strauss-Kahn à TV7-Tuni­sie, 18 novembre 2008 (2 mn 12 s) :


La dernière du jour : Et si l’Europe se chauffait avec le soleil du Sahara ?

« Un consor­tium alle­mand veut lan­cer un grand pro­jet de cen­trales ther­mo­so­laires. Pro­duite en Afrique saha­rienne, l’électricité tran­si­te­rait sur des lignes à haute ten­sion. Les pre­mières livrai­sons pour­raient avoir lieu dans dix ans ». [Le Monde, 13/7/09]

La der­nière richesse de l’Afrique pas encore exploi­tée, le soleil, bon sang, que fai­saient les rapaces à la lais­ser ain­si dorer… au soleil ? Sur­tout, que les Afri­cains ne se dépêchent pas d’entrer « dans l’Histoire », qu’on les pille encore un peu plus !

Remar­quez que les plus pour­ris des poli­ti­ciens afri­cains n’ont pas atten­du cette lumi­neuse idée venue du Nord. Ain­si, dans la si longue lignée des dic­ta­teurs du conti­nent, un Mobu­tu a-t-il pla­cé le Congo-Kin­sha­sa en coupes réglées ; pour exploi­ter, à son compte per­son­nel pour com­men­cer, les immenses richesses minières du pays, il a fait construire des bar­rages hydro­élec­triques, dont un gigan­tesque des­ti­né à ali­men­ter les mines de cuivre du Katan­ga. Les lignes à haute ten­sion tra­versent le pays, sans même condes­cendre dans les pauvres vil­lages quelles sur­plombent [lire sur ce blog : Congo-Banque mon­diale. Ou com­ment, avec deux euros par mois, rem­bour­ser une dette de 10 mil­liards ]

Donc l’énergie solaire et son exploi­ta­tion, c’est déjà com­men­cé avec les bar­rages. La nou­veau­té, sous cou­vert « tech­no­lo­gique » – jadis les mis­sion­naires et les mili­taires pré­cé­daient les colons ; aujourd’hui c’est la « tech­no­lo­gie » qui déboule d’abord – c’est de la jouer « éco­lo » avec des pan­neaux solaires. La blague ! Ils vont tout bon­ne­ment enva­hir le Saha­ra – pas grave, c’est un désert – et plan­ter leurs pylônes à tout va. Sans doute n’oseront-ils pas, ces affai­ristes tein­tés de sens démo­cra­tique, on ne rigole pas, la jouer car­ré­ment à la Mobu­tu. Non, ils dis­tri­bue­ront plus visi­ble­ment, osten­si­ble­ment, quelques miettes de kilo­watts à grands coups de com’ tiers-mon­diste. Crai­gnons le pire. Pour le peu que les Chi­nois sur­en­ché­rissent en tirant leurs lignes jusque là-bas…

Oba­ma devra reve­nir encore et sou­vent sur les traces de ses loin­tains ancêtres s’il veut par­ve­nir à bran­cher leurs actuels des­cen­dants sur les étroites voies du libé­ra­lisme démocraticable.


La Montagne pourrait accoucher d’une… L’Yonne (républicaine)

Voi­là un « beau petit canard » en passe de se faire bouf­fer. Selon les impla­cables lois du dar­wi­nisme finan­cier, L’Yonne répu­bli­caine, quo­ti­dien d’Auxerre, va sans doute tom­ber dans l’escarcelle auver­gnate de La Mon­tagne et son groupe. « Éco­no­mies d’échelle » et autre sainte-Syner­gie auront eu rai­son de la der­nière coopé­ra­tive ouvrière de la presse fran­çaise. Der­nière indé­pen­dante en tout cas, puisque la Scop du Cour­rier picard (Amiens) est depuis long­temps tom­bée dans les mailles du Cré­dit agri­cole. Ain­si va le par­tage hexa­go­nal de la presse fran­çaise bien­tôt réduite à quatre ou cinq zones pro­prié­taires (voir ci-des­sous la carte publiée par Le Monde en 2006, déjà lar­ge­ment dépas­sée !). On en fait davan­tage (dans les médias !) sur les menaces concer­nant la faune et la flore. Ici, il ne s’agit « que » de la bio-diver­si­té jour­na­lis­tique, juste un pan de ce qu’on appelle encore la démocratie.

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© Le Monde

Le spec­tacle, une fois de plus, fausse les per­cep­tions. Et tourne ce show-biz qui emballe les gogos dans de ter­ribles ques­tion­ne­ments : TF1 va donc rou­ler en Fer­ra­ri (ah ah !) plu­tôt qu’en char PPDA, est-ce grave doc­teur ? J’entendais une jour­na­liste sur France inter deman­der ingé­nu­ment au même Poivre si son départ mena­ce­rait l’indépendance de TF1… Et l’intéressé, sans cil­ler et grand sei­gneur : « J’espère que non ! ». Ben non alors !

L’Yonne répu­bli­caine, donc. Dans les 40.000 exem­plaires dif­fu­sés sur son dépar­te­ment. Impri­me­rie, locaux en pro­prié­té coopé­ra­tive, selon l’utopie du XIXe siècle, tou­jours vivante, sinon vivace. Mais.

Mais – on en revient tou­jours là – l’orchestre a fini par vieillir. Par­lons plu­tôt de fan­fare – j’aime bien les fan­fares, à la racine du jazz –, comme une réma­nence anar­chiste. En cela désuète et condam­née, en tant que tâche dans la moder­ni­té triom­phante (de quel triomphe au fait ?). Bref, phil­har­mo­nique ou fan­fare, la ques­tion du chef finit tou­jours par sur­gir. Ça défrise les convic­tions uto­piennes, c’est ain­si. Dans une Scop – un homme, une voix – on choi­sit un pré­sident. Ça donne ce que ça donne, comme en musique. Et à Auxerre, ça a don­né pas mal de couacs.

A com­men­cer par le plus reten­tis­sant : l’achat il y a trois ans d’une rota­tive neuve-pim­pante… à Sin­ga­pour. Ben oui, plus mieux-moins cher. Ici, je passe le relais à un jour­na­liste mai­son, qui raconte : « On aurait vou­lu cou­ler l’YR on ne s’y serait pas mieux pris. […] La roto est mon­tée depuis peu, mais par connec­tée et il reste des tra­vaux que nous ne pou­vons pas finan­cer. Il faut ima­gi­ner le coût de cette immo­bi­li­sa­tion. On a mis la char­rue devant les bœufs ; c’est-à-dire qu’on a ache­té sans avoir pro­gram­mé le finan­ce­ment de manière pré­cise. Nos fonds propres y sont pas­sés puis, prêts relais ban­caires aidant, les frais finan­ciers nous plombent dans un contexte géné­ral dégra­dé (baisse des ventes, mais moins forte qu’ailleurs dans la PQR, et tas­se­ment de la pub. Sans cela l’exploitation du jour­nal est en gros à l’équilibre. Nos actifs sont éva­lués à 18 mil­lions d’euros. La Mon­tagne Centre Presse va donc faire une bonne affaire sur­tout qu’elle va pou­voir pro­fi­ter de la baisse des charges suite à l’exécution du Plan de sau­ve­garde de l’emploi (PSE) por­tant sur 25 per­sonnes, qu’actuellement le jour­nal ne peut pas financer. »

L’affaire va se déci­der dans les semaines qui viennent selon cette alter­na­tive : « Ou bien on vend et l’emploi est garan­ti par les diri­geants de La Mon­tagne, ou bien on dépose le bilan et Her­sant, le groupe Ebra, etc. nous attendent à la barre. »

Pro­blème de « chef d’orchestre », certes, mais aus­si d’instrumentistes, ain­si que le déplore notre musi­cien infor­ma­teur : « Force est de consta­ter que notre équipe jour­na­lis­tique s’est consi­dé­ra­ble­ment affai­blie au fil des ans. Des bons sont par­tis et on a fait de la « dépré­ca­ri­sa­tion » […] Ce qui ne garan­tit ni la com­pé­tence ni la capa­ci­té d’adaptation.
« Sauf à réin­ves­tir dans l’humain et le pro­fes­sion­na­lisme, je ne vois pas com­ment les choses pour­raient chan­ger. Par ailleurs, La Mon­tagne met­tra la prio­ri­té – comme tous les patrons – sur la créa­tion d’un centre de pro­fit en ren­ta­bi­li­sant au maxi­mum la rota­tive flam­bant neuve, qua­si­ment, (qui nous a coû­té 10 mil­lions d’euros) par des tours machines. Ça devrait cra­cher du cash... C’est ce que nous vou­lions. Mais ce ne sera pas nous qui empo­che­rons les bénéfs. » Et les lec­teurs moins encore, qui devront s’accomoder du moins-disant journalistique.

De même qu’on ne sau­rait faire meilleure école avec moins d’enseignants, on n’imagine pas une infor­ma­tion de qua­li­té avec moins de jour­na­listes. Mais cer­tains le prétendent.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

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