On n'est pas des moutons

Mot-clé: islam

En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablu­tions, le café et toute la procé­dure de démar­rage du lamb­da qui s’est couché tard pour cause de chaos mon­di­al, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois las­cars en cra­vates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musul­mans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéres­sante. Je suis sur le ser­vice pub­lic de la télé. Vont suiv­re « La Source de vie », émis­sion des juifs, puis « Présence protes­tante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut pren­dre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérar­chie cal­culée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de reli­er, autant que pos­si­ble, selon des niveaux de croy­ances bien séparés de la pen­sée cri­tique, en strates, en couch­es sédi­men­taires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun restant dans ses référents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Ange­les, Mar­seille, Paris XVIe ou Gen­nevil­liers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Cul­ture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se suc­céder : Chré­tiens d’Orient, Ser­vice protes­tant, La Chronique sci­ence (trois min­utes…), Tal­mudiques, Divers aspects de la pen­sée con­tem­po­raine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aus­si être le Grand ori­ent, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est tou­jours sur le ser­vice pub­lic des médias d’un pays laïc et je trou­ve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innom­brables chapelles, obé­di­ences et autres ten­dances font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio France pour qué­man­der leurs parts de prêche.

sempe-tele-laicite

– Main­tenant, je voudrais vous pos­er la ques­tion que doivent se pos­er tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre con­cept onirique à ten­dance kafkaïenne coex­iste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l’existence intrin­sèque ? [© Sem­pé]

Je trou­ve ça plutôt bien, et qu’on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour par­ler pré­cisé­ment de France Cul­ture – le reste des pro­grammes est essen­tielle­ment ori­en­té sur la cul­ture, au sens plein – inclu­ant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des con­nais­sances : philosophiques, his­toriques, anthro­pologiques, soci­ologiques –sci­en­tifiques en général, sans oubli­er l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exem­plaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« excep­tion cul­turelle » française et qu’elle est pré­cisé­ment un pro­duit de notre laïc­ité. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vi­er, et en par­ti­c­uli­er le pre­mier con­tre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nulle­ment de min­imiser celui con­tre les juifs du mag­a­sin cash­er, évidem­ment, mais seule­ment d’en rester au fait de la lib­erté d’expression et de car­i­ca­ture. Je trou­ve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cette lib­erté, du moins dans une cer­taine vigueur de lan­gage, voire une verdeur – ce qui con­stitue un signe man­i­feste et sup­plé­men­taire de libéra­tion.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


Charlie Hebdo”. Tenter de vivre

Riss-charlie

Lau­rent Souris­seau, alias Riss, va repren­dre les rênes de “Char­lie Heb­do”.

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appari­tion de Riss comme un sur­vivant, qu’il est, de la tuerie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, touché par cette vio­lence abso­lutiste qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si triste der­rière des paroles empreintes de sérénité et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cisme sur l’humanité. Le mot de Valéry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur France Cul­ture, la hau­teur de vue d’un Pierre Nora sur les événe­ments et ses suites pos­si­bles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « con­science de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et celle de « 68 » qui ont changé l’Histoire. Et main­tenant ? Main­tenant que, « dans les quartiers » le mot « rai­son » s’apparente à la dom­i­na­tion – ce mot issu des Lumières, appar­en­té « à la classe qui sait, et qu’on récuse par déf­i­ni­tion ». Tan­dis qu’à cette jeunesse délais­sée, sans avenir, “en face on pro­pose une cause, une aven­ture, l’ivresse des armes, une cama­raderie : le roman­tisme de la jeunesse, une fra­ter­nité et le par­adis au bout après le sac­ri­fice… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se pay­er de mots en dénonçant un « apartheid ter­ri­to­r­i­al, social, eth­nique » dans les quartiers français. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une manière de faire face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de traiter les caus­es pro­fondes ayant con­duit aux drames pren­dra au moins une ou deux dizaines d’années.

Sans tomber dans la dém­a­gogie, ni vouloir tout mélanger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice sociale, dans notre pays comme dans le monde en général, n’ont jamais con­duit à décréter un état d’urgence human­i­taire ! Et on relève à chaque hiv­er, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizaines de morts.

Cette année encore, dans la riche sta­tion helvète de Davos, les « grands » du monde vont devis­er grave­ment sur l’état de l’économie mon­di­ale et « se pencher » sur la con­jonc­ture et ce fait révoltant révélé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­son­nes les plus rich­es du monde pos­sè­dent autant que la moitié la plus pau­vre de la pop­u­la­tion, soit 3,5 mil­liards de per­son­nes.

Y a-t-il vio­lence plus révoltante et, de ce fait, plus généra­trice des désor­dres mon­di­aux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La France arabo-ori­en­tale était mar­di l’invité de Claire Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heures de France Inter. Il revient sur ce terme “d’Apartheid” util­isé par Manuel Valls pour par­ler de la sit­u­a­tion sociale en France. Son analyse mérite d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : “Employ­er des mots comme apartheid…


 

Choqués par un reportage “sur le quarti­er de Coulibaly” paru dans le Figaro le 15 jan­vi­er 2015, des étu­di­ants en jour­nal­isme d’Ile-de-France ont pub­lié une vidéo dans laque­lle ils dis­ent refuser l”idéologie et les préjugés”. Les Reporters Citoyens ont choisi de réa­gir avec des mots. La TéléLi­bre, l’EMI et Alter­mon­des, parte­naires du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­nal­isme et de l’image ont décidé de pub­li­er et de soutenir leur tri­bune.


 Réac­tion de Reporters Citoyens à un reportage du Figaro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du “cal­i­fat islamique”, les langues com­men­cent à se déli­er dans le monde arabe. Les cri­tiques ne visent plus seule­ment les “mau­vais­es inter­pré­ta­tions de la reli­gion”, mais la reli­gion elle-même. Dans le monde, des voix – certes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dias­po­ra musul­mane pour s’opposer à l’oppression islamique.

wafa sultanC’est le cas depuis plusieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chi­a­tre améri­cano-syri­enne, exilée aux États-Unis, et qui s’exprime avec courage et véhé­mence sur les télévi­sions – dont Al Jazeera…  « C’est pour dire » a dif­fusé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Celles-ci, rap­portées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cette femme – men­acée, faut-il-le dire ? – souligne avec force com­bi­en, selon elle, il est impor­tant de faire bar­rage au ter­ror­isme religieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­c­uli­er les vidéos qui la mon­trent, ont été détournés par d’autres fana­tiques, anti-islamiques en général et à l’occasion anti-Arabes et anti­sémites – autant dire d’horribles racistes, dont de bien fran­chouil­lards ! (Voir le générique de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-dessus).

En France, des athées ont lancé un Con­seil des ex-musul­mans de France. Leur man­i­feste remonte à 2003. L’Obs a aus­si pub­lié en 2013 le texte de Sami Bat­tikh, un jeune vidéaste lib­er­taire d’origine musul­mane. Sous le titre para­dox­al Athée, voici pourquoi je défends désor­mais la pra­tique de l’islam, l’auteur expose sa moti­va­tion antiraciste et jus­ti­fie ain­si sa sol­i­dar­ité avec les musul­mans. Il  se réfère à Han­nah Arendt et à sa réflex­ion autour de la banal­ité du mal et de l’acceptation pas­sive d’une idéolo­gie. “Un demi-siè­cle après la pub­li­ca­tion de Eich­mann à Jérusalem, s’indigne l’auteur de l’article, notre société n’a jamais été si proche de cette époque som­bre et nauséabonde.”
Les réseaux dits soci­aux dif­fusent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims” apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre dernier, Omar Youssef Suleiman, a pub­lié sur le site libanais indépen­dant Raseef22 (Trottoir22) un arti­cle évo­quant les poussées de l’athéisme dans le monde arabe. Bouil­lon­nement qu’il com­pare à celui qui a précédé la Révo­lu­tion française…  En voici des extraits :
Dans le monde arabe, on pou­vait certes cri­ti­quer les per­son­nes chargées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­mane elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y risquait, ou du moins le jeter en prison. Le mot d’ordre “l’islam est la solu­tion” a été scan­dé durant toute l’ère mod­erne comme une réponse toute faite à toutes les ques­tions en sus­pens et à tous les prob­lèmes com­plex­es du monde musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a pub­lié un reportage sur ce jeune Yéménite de 11 ans, Ammar Mohammed

Mais la créa­tion de l’Etat islamique par Daech et la nom­i­na­tion d’un “cal­ife ayant autorité sur tous les musul­mans”soulèvent de nom­breuses ques­tions. Elles met­tent en doute le texte lui-même [les fonde­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion religieuse aux prob­lèmes du monde musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ror­iste du mou­ve­ment Daech, sa procla­ma­tion du cal­i­fat ne peut être con­sid­érée que comme la con­créti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et groupes islamistes, à com­mencer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frères musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois dernières années, il y a eu autant de vio­lences con­fes­sion­nelles en Syrie, en Irak et en Egypte qu’au cours des cent années précé­dentes dans tout le Moyen-Ori­ent.

Cela provoque un désen­chante­ment chez les jeunes Arabes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments islamistes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage religieux. Ain­si, en réac­tion au rad­i­cal­isme religieux, une vague d’athéisme se propage désor­mais dans la région. L’affirmation selon laque­lle “l’islam est la solu­tion” com­mence à appa­raître de plus en plus claire­ment comme une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tir­er les leçons des erreurs com­mis­es ces dernières années.

Peu à peu, les intel­lectuels du monde musul­man s’affranchissent des phras­es implicites, cessent de tourn­er autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­torique pro­pre à la langue arabe qu’avaient employée les cri­tiques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egypte : du [romanci­er] Taha Hus­sein à [l’universitaire déclaré apo­s­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en doute du texte a une longue his­toire dans le monde musul­man. Elle s’est dévelop­pée là où dom­i­nait un pou­voir religieux et en par­al­lèle là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la société. [ L’écrivain arabe des VII­Ie-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san con­sid­éré comme le père de la lit­téra­ture arabe en prose au VII­Ie siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà exprimé des cri­tiques implicites de la reli­gion. C’est sur leur héritage que s’appuie la désacral­i­sa­tion actuelle des con­cepts religieux et des fig­ures his­toriques, relayée par les réseaux soci­aux, lieu de lib­erté pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouil­lon­nement actuel du monde arabe est à com­par­er à celui de la Révo­lu­tion française. Celle-ci avait com­mencé par le rejet du statu quo. Au départ, elle était dirigée con­tre Marie-Antoinette et, à la fin, elle aboutit à la chute des instances religieuses et à la procla­ma­tion de la République. Ce à quoi nous assis­tons dans le monde musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chang­er de cadre intel­lectuel, et pas sim­ple­ment de prési­dent. Et pour cela des années de lutte seront néces­saires.

Omar Youssef Suleiman
Pub­lié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­routh

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­tiques, économiques, sociales et cul­turelles des 22 pays arabes. Fondé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­culté d’être athée en Egypte.

Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas observé le jeûne pen­dant le ramadan, Hocine Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvri­ers algériens, orig­i­naires d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kabylie, ont été jetés en prison ! Selon El Watan du 9 sep­tem­bre, une dizaine d’autres cas sem­blables se sont égale­ment pro­duits en Kabylie.

Sur­pris en train de boire de l’eau par des policiers qui ont immé­di­ate­ment procédé à leur arresta­tion, audi­tion­nés ensuite par le par­quet, ces deux Algériens, dont l’un est de con­fes­sion chré­ti­enne, incar­nent à présent le com­bat con­tre la vio­la­tion des lib­ertés fon­da­men­tales en Algérie.

Une chaîne de sou­tien inter­na­tionale s’est mobil­isée con­tre leur procès annon­cé pour le 8 novem­bre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racisme, une ONG suisse, vient de lancer un appel de mobil­i­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et organ­i­sa­tions inter­na­tionales.

L’Algérie a pour­tant rat­i­fié les traités inter­na­tionaux relat­ifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pacte inter­na­tion­al relatif aux droits civils et poli­tiques…

L’intolérance, par­ti­c­ulière­ment en matière religieuse, demeure une calamité mon­di­ale. Tan­dis que la tolérance poli­tique, para­doxale­ment, comme aux Etats-Unis, con­duit au délire spec­tac­u­laire le pas­teur Ter­ry Jones et son groupe inté­griste de « brûleurs de Coran », en Floride. Ce fléau est aus­si vieux que le monde des croy­ances exac­er­bées. On ne cit­era ici que pour mémoire, la com­bi­en emblé­ma­tique affaire du cheva­lier de la Barre, ce jeune homme mort dans les plus atro­ces tor­tures. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sage d’une pro­ces­sion religieuse. Ça s’est passé à Abbeville, en 1766 [affaire évo­quée ici].

L’an dernier, au Maroc, six jeunes avaient aus­si été pour­suiv­is pour refus de pra­ti­quer le ramadan. Et n’oublions pas, bien sûr, la con­damna­tion à mort par lap­i­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Sakineh Moham­ma­di Ash­tiani, accusée d’adultère.

Dessin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­di­en d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affaires. Has­san Moali s’indigne en ces ter­mes : « Ces policiers, à qui, on s’en doute, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stricte­ment aucun droit de punir un non- jeûneur. L’islam qui est une reli­gion de tolérance, abstrac­tion faite des com­porte­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fesse avec force «qu’en reli­gion, il n’y a point de con­trainte» (La Ikra­ha Fi Eddine). Un fidèle ou un infidèle n’a de compte à ren­dre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on demande de jouer au redresseur des torts. A tort… »

De nom­breuses réac­tions sont pub­liées sur le site du jour­nal, telles celle-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeûneurs, car moi même je n’ai jamais jeûné de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je con­sid­ère que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de ramadan qu’ils arrê­tent de men­tir et de vol­er. Je ne suis pas con­tre aucune reli­gion mais j’ai hor­reur des hyp­ocrites.

« En tout j’en suis con­va­in­cu d’une chose, si vrai­ment le bon dieu existe donc il devrait être infin­i­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis con­va­in­cu que la majorité des gens qui se dis­ent musul­mans ne goûteront pas à son par­adis telle­ment ils sont hyp­ocrites, intolérants, méchants..car ils ne font le ramadan et la prière que pour l’image ou juste parce que on leur a promis le par­adis ou parce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la con­science tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucune.

« J’en ai plus que marre de cette intolérance, j’aspire à vivre chez moi en Kabylie où l’amour régn­era en roi ou le respect sera de mise, où on respecte la lib­erté indi­vidu­elle et toutes croy­ances.

« Laiss­er nous vivre comme on veut chez nous. »


Des affiches de Mahomet en jeune éphèbe circulent à Téhéran

Main­tenant que ça se tasse, dit l’incendiaire à l’affût, si on en remet­tait un coup sur les car­i­ca­tures de qui vous savez ? Incen­di­aire ? Non, plutôt, rabat­teur de caque­ts. Voici donc un «por­trait» du prophète Mahomet, jeune et un tan­ti­net équiv­oque – rien à voir, certes, avec le vieux bar­bu car­i­caturé au Dane­mark. Quoi qu’il en soit, cette icône n’a nulle­ment été jugée icon­o­claste en Iran où elle cir­cule sous forme d’affiches depuis la fin des années 80.

C’est le quo­ti­di­en de Genève, Le Temps, qui racon­te l’affaire dans un arti­cle fort intéres­sant [22/02/06] inti­t­ulé Ces étranges por­traits de Mahomet jeune. L’auteur, Patri­cia Briel, explique com­ment deux eth­no­logues suiss­es, Pierre et Miche­line Centlivres, col­lec­tion­neurs d’images pop­u­laires du monde musul­man, ont ramené de leurs voy­ages quelques-uns de ces por­traits à l’esthétique kitsch, imprimés et mis en vente à Téhéran, Qom et autres villes irani­ennes.
« Au hasard d’une prom­e­nade à Paris, pour­suit l’article, les deux eth­no­logues sont tombés sur une affichette sig­nalant une expo­si­tion de pho­togra­phies ori­en­tal­istes de l’Allemand Rudolf Franz Lehn­ert (1878–1948). Le por­trait fig­u­rant sur l’affiche ressem­ble étrange­ment à l’éphèbe de leurs posters. En vis­i­tant l’exposition, ils décou­vrent avec stu­peur le mod­èle orig­i­nal: une pho­to datant de 1905 ou 1906, sur laque­lle sourit un jeune Arabe à l’épaule dénudée.»

La décou­verte a été rap­portée dans la revue Etudes pho­tographiques de novem­bre 2005, images à l’appui [celles repro­duites ici]. Les eth­no­logues dis­ent ignor­er com­ment cette pho­to, réal­isée en Tunisie par Lehn­ert et éditée par son asso­cié Ernst Hein­rich Lan­drock (1878–1966), a pu arriv­er en Iran. Tou­jours est-il qu’elle y cir­cule abon­dam­ment sous cette forme kitcho-sen­suelle que doivent appréci­er les ama­teurs d’éphèbes.

A ce pro­pos, Patri­cia Briel pré­cise : « Il est toute­fois piquant de con­stater que les édi­teurs iraniens se sont inspirés d’une pho­togra­phie à l’esthétique sen­suelle. Out­re les déserts, les marchés et les quartiers de Tunis, Lehn­ert et Lan­drock aimaient égale­ment pub­li­er des pho­togra­phies de fil­lettes prépub­ères et de jeunes garçons en par­tie dévê­tus. Les deux asso­ciés, qui avaient créé une entre­prise d’édition floris­sante à Tunis, puis au Caire, s’étaient ren­con­trés en Suisse en 1904. Comme le remar­quent Pierre et Miche­line Centlivres dans l’article paru dans la revue Etudes pho­tographiques, «les jeunes garçons pris pour mod­èles ne lais­saient pas insen­si­ble une clien­tèle européenne adepte de «l’amour qui n’ose pas dire son nom». C’est l’époque de L’Immoraliste d’André Gide, qui n’a pas hésité à chanter la beauté des jeunes garçons du Maghreb».

Ne dou­tons pas de l’aspect séduisant du jeune Mahomet, par con­traste avec ses représen­ta­tions danois­es en vieux sbire bar­bu et, qui plus est, coif­fé d’une bombe. Une bombe à retarde­ment, certes, mais dont l’effet de souf­fle n’avait tout de même rien à voir avec l’interdit pré­ten­du par d’aucuns de ladite représen­ta­tion selon la loi islamique. On sait désor­mais à qui a prof­ité le crime de lèse-prophète.

© Ph. Études pho­tographiques

• Voir d’autres com­men­taires ici : http://gponthieu.blog.lemonde.fr/2006/02/27/2006_02_des_affiches_de/


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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