On n'est pas des moutons

Mot-clé: islam

En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablu­tions, le café et toute la pro­cé­dure de démar­rage du lamb­da qui s’est cou­ché tard pour cause de chaos mon­dial, j’allume mon ordi res­té en mode télé de la veille. Et voi­là que je tombe (France 2) sur trois las­cars en cra­vates devi­sant, pei­nards, sur l’étymologie des pré­noms musul­mans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort inté­res­sante. Je suis sur le ser­vice public de la télé. Vont suivre « La Source de vie », émis­sion des juifs, puis « Pré­sence pro­tes­tante », puis « Le Jour du Sei­gneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut prendre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hié­rar­chie calculée…)

Donc, pas de pain, mais du reli­gieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que pos­sible, selon des niveaux de croyances bien sépa­rés de la pen­sée cri­tique, en strates, en couches sédi­men­taires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun res­tant dans ses réfé­rents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation paren­tale, selon qu’on sera né à Kara­chi, Nia­mey, Los Angeles, Mar­seille, Paris XVIe ou Gennevilliers.

Entre-temps j’ai allu­mé le poste (France Culture, ma radio pré­fé­rée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se suc­cé­der : Chré­tiens d’Orient, Ser­vice pro­tes­tant, La Chro­nique science (trois minutes…), Tal­mu­diques, Divers aspects de la pen­sée contem­po­raine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aus­si être le Grand orient, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est tou­jours sur le ser­vice public des médias d’un pays laïc et je trouve ça plu­tôt bien, même si, on le devine, toutes les innom­brables cha­pelles, obé­diences et autres ten­dances font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio France pour qué­man­der leurs parts de prêche.

sempe-tele-laicite

– Main­te­nant, je vou­drais vous poser la ques­tion que doivent se poser tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre concept oni­rique à ten­dance kaf­kaïenne coexiste-t-il avec la vision sublo­gique que vous vous faites de l’existence intrin­sèque ? [© Sempé]

Je trouve ça plu­tôt bien, et qu’on nous foute la paix ! Sur­tout dans la mesure où – pour par­ler pré­ci­sé­ment de France Culture – le reste des pro­grammes est essen­tiel­le­ment orien­té sur la culture, au sens plein – incluant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des connais­sances : phi­lo­so­phiques, his­to­riques, anthro­po­lo­giques, socio­lo­giques –scien­ti­fiques en géné­ral, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voin­chet, 6 h 30 – 9 h, sont exemplaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« excep­tion cultu­relle » fran­çaise et qu’elle est pré­ci­sé­ment un pro­duit de notre laï­ci­té. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vier, et en par­ti­cu­lier le pre­mier contre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nul­le­ment de mini­mi­ser celui contre les juifs du maga­sin casher, évi­dem­ment, mais seule­ment d’en res­ter au fait de la liber­té d’expression et de cari­ca­ture. Je trouve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cette liber­té, du moins dans une cer­taine vigueur de lan­gage, voire une ver­deur – ce qui consti­tue un signe mani­feste et sup­plé­men­taire de libération.

Encore un effort ! Et pour­vu que ça dure.


« Charlie Hebdo ». Tenter de vivre

Riss-charlie

Laurent Sou­ris­seau, alias Riss, va reprendre les rênes de « Char­lie Hebdo ».

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appa­ri­tion de Riss comme un sur­vi­vant, qu’il est, de la tue­rie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, tou­ché par cette vio­lence abso­lu­tiste qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si triste der­rière des paroles empreintes de séré­ni­té et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cisme sur l’humanité. Le mot de Valé­ry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur France Culture, la hau­teur de vue d’un Pierre Nora sur les évé­ne­ments et ses suites pos­sibles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « conscience de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et celle de « 68 » qui ont chan­gé l’Histoire. Et main­te­nant ? Main­te­nant que, « dans les quar­tiers » le mot « rai­son » s’apparente à la domi­na­tion – ce mot issu des Lumières, appa­ren­té « à la classe qui sait, et qu’on récuse par défi­ni­tion ». Tan­dis qu’à cette jeu­nesse délais­sée, sans ave­nir, « en face on pro­pose une cause, une aven­ture, l’ivresse des armes, une cama­ra­de­rie : le roman­tisme de la jeu­nesse, une fra­ter­ni­té et le para­dis au bout après le sacri­fice… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se payer de mots en dénon­çant un « apar­theid ter­ri­to­rial, social, eth­nique » dans les quar­tiers fran­çais. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une manière de faire face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de trai­ter les causes pro­fondes ayant conduit aux drames pren­dra au moins une ou deux dizaines d’années.

Sans tom­ber dans la déma­go­gie, ni vou­loir tout mélan­ger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice sociale, dans notre pays comme dans le monde en géné­ral, n’ont jamais conduit à décré­ter un état d’urgence huma­ni­taire ! Et on relève à chaque hiver, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizaines de morts.

Cette année encore, dans la riche sta­tion hel­vète de Davos, les « grands » du monde vont devi­ser gra­ve­ment sur l’état de l’économie mon­diale et « se pen­cher » sur la conjonc­ture et ce fait révol­tant révé­lé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­sonnes les plus riches du monde pos­sèdent autant que la moi­tié la plus pauvre de la popu­la­tion, soit 3,5 mil­liards de personnes.

Y a-t-il vio­lence plus révol­tante et, de ce fait, plus géné­ra­trice des désordres mon­diaux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La France ara­bo-orien­tale était mar­di l’invité de Claire Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heures de France Inter. Il revient sur ce terme « d’Apartheid » uti­li­sé par Manuel Valls pour par­ler de la situa­tion sociale en France. Son ana­lyse mérite d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : « Employer des mots comme apar­theid…  »


 

Choqués par un repor­tage « sur le quar­tier de Cou­li­ba­ly » paru dans le Figa­ro le 15 jan­vier 2015, des étu­diants en jour­na­lisme d’Ile-de-France ont publié une vidéo dans laquelle ils disent refu­ser l »idéo­lo­gie et les pré­ju­gés ». Les Repor­ters Citoyens ont choi­si de réagir avec des mots. La Télé­Libre, l’EMI et Alter­mondes, par­te­naires du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­na­lisme et de l’image ont déci­dé de publier et de sou­te­nir leur tribune.


 Réac­tion de Repor­ters Citoyens à un repor­tage du Figaro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du « cali­fat isla­mique  », les langues com­mencent à se délier dans le monde arabe. Les cri­tiques ne visent plus seule­ment les « mau­vaises inter­pré­ta­tions de la reli­gion », mais la reli­gion elle-même. Dans le monde, des voix – certes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dia­spo­ra musul­mane pour s’opposer à l’oppression isla­mique.

wafa sultanC’est le cas depuis plu­sieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chiatre amé­ri­ca­no-syrienne, exi­lée aux États-Unis, et qui s’exprime avec cou­rage et véhé­mence sur les télé­vi­sions – dont Al Jazee­ra…  « C’est pour dire » a dif­fu­sé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Celles-ci, rap­por­tées à l’actualité, prennent tout leur sens, notam­ment quand cette femme – mena­cée, faut-il-le dire ? – sou­ligne avec force com­bien, selon elle, il est impor­tant de faire bar­rage au ter­ro­risme reli­gieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­cu­lier les vidéos qui la montrent, ont été détour­nés par d’autres fana­tiques, anti-isla­miques en géné­ral et à l’occasion anti-Arabes et anti­sé­mites – autant dire d’horribles racistes, dont de bien fran­chouillards ! (Voir le géné­rique de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-dessus).

En France, des athées ont lan­cé un Conseil des ex-musul­mans de France. Leur mani­feste remonte à 2003. L’Obs a aus­si publié en 2013 le texte de Sami Bat­tikh, un jeune vidéaste liber­taire d’origine musul­mane. Sous le titre para­doxal Athée, voi­ci pour­quoi je défends désor­mais la pra­tique de l’islam, l’auteur expose sa moti­va­tion anti­ra­ciste et jus­ti­fie ain­si sa soli­da­ri­té avec les musul­mans. Il  se réfère à Han­nah Arendt et à sa réflexion autour de la bana­li­té du mal et de l’acceptation pas­sive d’une idéo­lo­gie. « Un demi-siècle après la publi­ca­tion de Eich­mann à Jéru­sa­lem, s’indigne l’auteur de l’article, notre socié­té n’a jamais été si proche de cette époque sombre et nauséabonde. »
Les réseaux dits sociaux dif­fusent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims » apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octobre der­nier, Omar Yous­sef Sulei­man, a publié sur le site liba­nais indé­pen­dant Raseef22 (Trottoir22) un article évo­quant les pous­sées de l’athéisme dans le monde arabe. Bouillon­ne­ment qu’il com­pare à celui qui a pré­cé­dé la Révo­lu­tion fran­çaise…  En voi­ci des extraits :
Dans le monde arabe, on pou­vait certes cri­ti­quer les per­sonnes char­gées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­mane elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y ris­quait, ou du moins le jeter en pri­son. Le mot d’ordre « l’islam est la solu­tion » a été scan­dé durant toute l’ère moderne comme une réponse toute faite à toutes les ques­tions en sus­pens et à tous les pro­blèmes com­plexes du monde musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a publié un repor­tage sur ce jeune Yémé­nite de 11 ans, Ammar Mohammed

Mais la créa­tion de l’Etat isla­mique par Daech et la nomi­na­tion d’un “calife ayant auto­ri­té sur tous les musul­mans”sou­lèvent de nom­breuses ques­tions. Elles mettent en doute le texte lui-même [les fon­de­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion reli­gieuse aux pro­blèmes du monde musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ro­riste du mou­ve­ment Daech, sa pro­cla­ma­tion du cali­fat ne peut être consi­dé­rée que comme la concré­ti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et groupes isla­mistes, à com­men­cer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frères musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siècle. Au cours de ces trois der­nières années, il y a eu autant de vio­lences confes­sion­nelles en Syrie, en Irak et en Egypte qu’au cours des cent années pré­cé­dentes dans tout le Moyen-Orient.

Cela pro­voque un désen­chan­te­ment chez les jeunes Arabes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments isla­mistes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage reli­gieux. Ain­si, en réac­tion au radi­ca­lisme reli­gieux, une vague d’athéisme se pro­page désor­mais dans la région. L’affirmation selon laquelle « l’islam est la solu­tion » com­mence à appa­raître de plus en plus clai­re­ment comme une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tirer les leçons des erreurs com­mises ces der­nières années.

Peu à peu, les intel­lec­tuels du monde musul­man s’affranchissent des phrases impli­cites, cessent de tour­ner autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­to­rique propre à la langue arabe qu’avaient employée les cri­tiques [musul­mans] du XXe siècle, notam­ment en Egypte : du [roman­cier] Taha Hus­sein à [l’universitaire décla­ré apos­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en doute du texte a une longue his­toire dans le monde musul­man. Elle s’est déve­lop­pée là où domi­nait un pou­voir reli­gieux et en paral­lèle là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la socié­té. [ L’écrivain arabe des VIIIe-IXe siècles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san consi­dé­ré comme le père de la lit­té­ra­ture arabe en prose au VIIIe siècle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà expri­mé des cri­tiques impli­cites de la reli­gion. C’est sur leur héri­tage que s’appuie la désa­cra­li­sa­tion actuelle des concepts reli­gieux et des figures his­to­riques, relayée par les réseaux sociaux, lieu de liber­té pour s’exprimer et débattre.

Le bouillon­ne­ment actuel du monde arabe est à com­pa­rer à celui de la Révo­lu­tion fran­çaise. Celle-ci avait com­men­cé par le rejet du sta­tu quo. Au départ, elle était diri­gée contre Marie-Antoi­nette et, à la fin, elle abou­tit à la chute des ins­tances reli­gieuses et à la pro­cla­ma­tion de la Répu­blique. Ce à quoi nous assis­tons dans le monde musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chan­ger de cadre intel­lec­tuel, et pas sim­ple­ment de pré­sident. Et pour cela des années de lutte seront nécessaires.

Omar Yous­sef Suleiman 
Publié le 3 octobre 2014 dans Aseef22 (extraits) Beyrouth

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­tiques, éco­no­miques, sociales et cultu­relles des 22 pays arabes. Fon­dé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­cul­té d’être athée en Egypte.

« Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale  »


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas obser­vé le jeûne pen­dant le rama­dan, Hocine Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvriers algé­riens, ori­gi­naires d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kaby­lie, ont été jetés en pri­son ! Selon El Watan du 9 sep­tembre, une dizaine d’autres cas sem­blables se sont éga­le­ment pro­duits en Kabylie.

Sur­pris en train de boire de l’eau par des poli­ciers qui ont immé­dia­te­ment pro­cé­dé à leur arres­ta­tion, audi­tion­nés ensuite par le par­quet, ces deux Algé­riens, dont l’un est de confes­sion chré­tienne, incarnent à pré­sent le com­bat contre la vio­la­tion des liber­tés fon­da­men­tales en Algérie.

Une chaîne de sou­tien inter­na­tio­nale s’est mobi­li­sée contre leur pro­cès annon­cé pour le 8 novembre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racisme, une ONG suisse, vient de lan­cer un appel de mobi­li­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et orga­ni­sa­tions internationales.

L’Algérie a pour­tant rati­fié les trai­tés inter­na­tio­naux rela­tifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pacte inter­na­tio­nal rela­tif aux droits civils et politiques…

L’intolérance, par­ti­cu­liè­re­ment en matière reli­gieuse, demeure une cala­mi­té mon­diale. Tan­dis que la tolé­rance poli­tique, para­doxa­le­ment, comme aux Etats-Unis, conduit au délire spec­ta­cu­laire le pas­teur Ter­ry Jones et son groupe inté­griste de « brû­leurs de Coran », en Flo­ride. Ce fléau est aus­si vieux que le monde des croyances exa­cer­bées. On ne cite­ra ici que pour mémoire, la com­bien emblé­ma­tique affaire du che­va­lier de la Barre, ce jeune homme mort dans les plus atroces tor­tures. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sage d’une pro­ces­sion reli­gieuse. Ça s’est pas­sé à Abbe­ville, en 1766 [affaire évo­quée ici].

L’an der­nier, au Maroc, six jeunes avaient aus­si été pour­sui­vis pour refus de pra­ti­quer le rama­dan. Et n’oublions pas, bien sûr, la condam­na­tion à mort par lapi­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Saki­neh Moham­ma­di Ash­tia­ni, accu­sée d’adultère.

Des­sin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­dien d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affaires. Has­san Moa­li s’indigne en ces termes : « Ces poli­ciers, à qui, on s’en doute, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stric­te­ment aucun droit de punir un non- jeû­neur. L’islam qui est une reli­gion de tolé­rance, abs­trac­tion faite des com­por­te­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fesse avec force «qu’en reli­gion, il n’y a point de contrainte» (La Ikra­ha Fi Eddine). Un fidèle ou un infi­dèle n’a de compte à rendre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on demande de jouer au redres­seur des torts. A tort… »

De nom­breuses réac­tions sont publiées sur le site du jour­nal, telles celle-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeû­neurs, car moi même je n’ai jamais jeû­né de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je consi­dère que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de rama­dan qu’ils arrêtent de men­tir et de voler. Je ne suis pas contre aucune reli­gion mais j’ai hor­reur des hypocrites.

« En tout j’en suis convain­cu d’une chose, si vrai­ment le bon dieu existe donc il devrait être infi­ni­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis convain­cu que la majo­ri­té des gens qui se disent musul­mans ne goû­te­ront pas à son para­dis tel­le­ment ils sont hypo­crites, into­lé­rants, méchants..car ils ne font le rama­dan et la prière que pour l’image ou juste parce que on leur a pro­mis le para­dis ou parce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la conscience tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucune.

« J’en ai plus que marre de cette into­lé­rance, j’aspire à vivre chez moi en Kaby­lie où l’amour régne­ra en roi ou le res­pect sera de mise, où on res­pecte la liber­té indi­vi­duelle et toutes croyances.

« Lais­ser nous vivre comme on veut chez nous. »


Des affiches de Mahomet en jeune éphèbe circulent à Téhéran

Main­te­nant que ça se tasse, dit l’incendiaire à l’affût, si on en remet­tait un coup sur les cari­ca­tures de qui vous savez ? Incen­diaire ? Non, plu­tôt, rabat­teur de caquets. Voi­ci donc un «por­trait» du pro­phète Maho­met, jeune et un tan­ti­net équi­voque – rien à voir, certes, avec le vieux bar­bu cari­ca­tu­ré au Dane­mark. Quoi qu’il en soit, cette icône n’a nul­le­ment été jugée ico­no­claste en Iran où elle cir­cule sous forme d’affiches depuis la fin des années 80.

C’est le quo­ti­dien de Genève, Le Temps, qui raconte l’affaire dans un article fort inté­res­sant [22/02/06] inti­tu­lé Ces étranges por­traits de Maho­met jeune. L’auteur, Patri­cia Briel, explique com­ment deux eth­no­logues suisses, Pierre et Miche­line Cent­livres, col­lec­tion­neurs d’images popu­laires du monde musul­man, ont rame­né de leurs voyages quelques-uns de ces por­traits à l’esthétique kitsch, impri­més et mis en vente à Téhé­ran, Qom et autres villes iraniennes.
« Au hasard d’une pro­me­nade à Paris, pour­suit l’article, les deux eth­no­logues sont tom­bés sur une affi­chette signa­lant une expo­si­tion de pho­to­gra­phies orien­ta­listes de l’Allemand Rudolf Franz Leh­nert (1878-1948). Le por­trait figu­rant sur l’affiche res­semble étran­ge­ment à l’éphèbe de leurs pos­ters. En visi­tant l’exposition, ils découvrent avec stu­peur le modèle ori­gi­nal: une pho­to datant de 1905 ou 1906, sur laquelle sou­rit un jeune Arabe à l’épaule dénudée.»

La décou­verte a été rap­por­tée dans la revue Etudes pho­to­gra­phiques de novembre 2005, images à l’appui [celles repro­duites ici]. Les eth­no­logues disent igno­rer com­ment cette pho­to, réa­li­sée en Tuni­sie par Leh­nert et édi­tée par son asso­cié Ernst Hein­rich Lan­drock (1878-1966), a pu arri­ver en Iran. Tou­jours est-il qu’elle y cir­cule abon­dam­ment sous cette forme kit­cho-sen­suelle que doivent appré­cier les ama­teurs d’éphèbes.

A ce pro­pos, Patri­cia Briel pré­cise : « Il est tou­te­fois piquant de consta­ter que les édi­teurs ira­niens se sont ins­pi­rés d’une pho­to­gra­phie à l’esthétique sen­suelle. Outre les déserts, les mar­chés et les quar­tiers de Tunis, Leh­nert et Lan­drock aimaient éga­le­ment publier des pho­to­gra­phies de fillettes pré­pu­bères et de jeunes gar­çons en par­tie dévê­tus. Les deux asso­ciés, qui avaient créé une entre­prise d’édition flo­ris­sante à Tunis, puis au Caire, s’étaient ren­con­trés en Suisse en 1904. Comme le remarquent Pierre et Miche­line Cent­livres dans l’article paru dans la revue Etudes pho­to­gra­phiques, «les jeunes gar­çons pris pour modèles ne lais­saient pas insen­sible une clien­tèle euro­péenne adepte de «l’amour qui n’ose pas dire son nom». C’est l’époque de L’Immoraliste d’André Gide, qui n’a pas hési­té à chan­ter la beau­té des jeunes gar­çons du Maghreb».

Ne dou­tons pas de l’aspect sédui­sant du jeune Maho­met, par contraste avec ses repré­sen­ta­tions danoises en vieux sbire bar­bu et, qui plus est, coif­fé d’une bombe. Une bombe à retar­de­ment, certes, mais dont l’effet de souffle n’avait tout de même rien à voir avec l’interdit pré­ten­du par d’aucuns de ladite repré­sen­ta­tion selon la loi isla­mique. On sait désor­mais à qui a pro­fi­té le crime de lèse-prophète.

© Ph. Études pho­to­gra­phiques

• Voir d’autres com­men­taires ici : http://gponthieu.blog.lemonde.fr/2006/02/27/2006_02_des_affiches_de/


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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