On n'est pas des moutons

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Restons simples

faber

Des­sin de Faber © (J’ai déjà dû le mon­trer ici, mais il est aus­si intem­po­rel qu’immortel. Son auteur fini­ra à l’Académie – pas comme Chancel)


Grand jour : le solstice d’hiver et les dix ans de « C’est pour dire »

C’est pareil chaque année mais pas tou­jours le même jour (le 21 ou le 22)  et jamais à la même heure. Ain­si, pour 2014, ça se passe aujourd’hui dimanche 21, à 23 h 03 mn 01 s. À par­tir de cet ins­tant le jour aura atteint sa plus courte durée. Il ne pour­ra plus que ral­lon­ger… C’est ce qu’on appelle le sol­stice d’hiver. Et vive la renais­sance du Soleil Invain­cu (Sol Invic­tus) ! – qui, rap­pe­lons-le, exprime le sens païen de Noël.

Pour le reste, rien ne change et tout change. Ou tout change pour que rien ne change. Déjà l’an der­nier, je devi­sais sur l’événement. L’an pro­chain itou, du moins je l’espère… Sans jurer de rien, vu que, selon ce cher Mon­taigne « Tous les jours vont à la mort, le der­nier y arrive ».

le-numéro-dix-avec-le-ruban-signifie-le-dixième-anniversaire-40234269Un évé­ne­ment astral qui est pas­sé inaper­çu ; pour­tant, il ne s’est pro­duit qu’une fois en une décen­nie ! Le 13 décembre 2004, en effet, parais­sait sur lemonde.fr le pre­mier article de « C’est pour dire », d’emblée avec un des­sin du grand Faber. Le pro­pos se vou­lait alors tour­né vers une approche cri­tique des pra­tiques jour­na­lis­tiques ; il s’est élar­gi, comme on sait, car à force de taper sur le même clou…

Le comp­teur de « C’est pour dire » tota­lise 1 392 articles, et encore, sans celui-là ! On par­lait jadis des pisse-copie. L’expression est pas­sée de mode, alors que la chose a atteint un niveau d’énu­ré­sie jamais éga­lé dans l’ère post-guten­ber­gienne. Est-ce grave, doc­teur ? Ou bien salu­taire ?  Je pen­che­rais plu­tôt pour un signe de santé.

Plus de mille autres articles alors ? Hum !… Le ren­dez-vous de 2024 n’est pas garan­ti (voir le même Michel de Montaigne).


Ah oui, parlons-en de la « Journée de la Laïcité » !

Ils disent, dans le poste, qu’aujourd’hui c’est la jour­née de la Laï­ci­té. Ah bon, ce n’est donc pas « chaque jour que Dieu fait » ? Comme la jour­née de la Bon­té, de la Femme, de l’Air pur et du Bon­heur en pilules.

laicite laïcité

Un mot qui se passe d’adjectifs.

Toujours est-il qu’on en entend de toutes sortes et de toutes sor­nettes sur­tout. Qui viennent non pas tant des laïcs de convic­tion que des clé­ri­caux effa­rou­chés par les der­nières « affaires », les plus atroces il est vrai comme celle de Cré­teil. Et les voi­là sou­dain trop empres­sés de sai­sir cette perche du Des­tin, même sata­nique, à laquelle ils s’évertuent à rac­cro­cher l’innocence « pur Dieu » de leurs offi­cines mena­cées. Le dan­ger, même fan­tas­ma­tique, res­soude les com­bat­tants de jadis, enne­mis incon­ci­liables devant l’Histoire connue, jamais à court d’étripages, de bûchers et de langues arra­chées, de Gior­da­no Bru­no au che­va­lier de la Barre, sous la hargne des Tor­que­ma­da innom­brables, ornés de sabres, gou­pillons, fau­cilles, mar­teaux et autres cols Mao. Ou bien, désor­mais, au nom de la moder­ni­té tolé­rante, de la Mar­chan­dise et du Tiroir-caisse, qui n’ont de reli­gion que celle du Pro­fit. Avez-vous vu, sur nos écrans consen­suels, ces rangs res­ser­rés des impos­teurs mono­théistes prê­cher cette tolé­rance qu’au long des siècles ils n’ont eu de cesse de com­battre ? Je parle des clé­ri­caux, non des croyants. Je parle de leurs soi-disant porte-parole, de leurs « ber­gers » pré­ten­tieux, avant-gardes des mili­taires et des colo­ni­sa­teurs de tous poils, rava­geurs des forêts, exploi­teurs de la Terre entière, des bêtes et des hommes, bâtis­seurs d’empires et de for­tunes et, au bout du Compte, agents de la grande Misère à l’œuvre sur toute la planète.

Avez-vous vu, sur nos écrans consen­suels, ces rangs res­ser­rés des impos­teurs mono­théistes prê­cher cette tolé­rance qu’au long des siècles ils n’ont eu de cesse de combattre ?

Le pro­blème, aujourd’hui même, avec la chan­son­nette de la Laï­ci­té – je mets exprès par­tout des majus­cules de Sacra­li­té comme des grosses têtes de car­na­val – c’est qu’elle habille de Tolé­rance ce qui lui est tota­le­ment contraire, si on veut bien consi­dé­rer le dou­lou­reux che­mi­ne­ment de l’Humanité. Che­mins de toutes les errances dont l’histoire humaine se trouve per­cluse, en une accu­mu­la­tion de guerres. L’Histoire ne se résume-t-elle pas, pour l’essentiel et hors excep­tions, à celle des guerres ? Et celles-ci de se suc­cé­der en ses diverses variantes : conflits de domi­na­tion entre ego patho­lo­giques agis­sant au nom des mul­tiples dieux du pou­voir, du com­merce, de la com­pé­ti­tion et des croyances « supé­rieures » promptes à rache­ter la bas­sesse des « pauvres pécheurs ».

Même per­fi­die, sinon pire, que celle de ces « laïcs » arguant de la Tra­di­tion pour jus­ti­fier l’installation de la Crèche de Noël – un oxy­more entre chris­tia­nisme et paga­nisme, soit dit en pas­sant * – dans une mai­rie (en l’occurrence celle de Béziers et de son maire, Robert Ménard et ses nou­velles fron­tières fron­tistes **. Puisqu’avant 1905 et la loi sur la laï­ci­té, la « tra­di­tion », en effet, jus­ti­fiait la pré­sence de cru­ci­fix dans les écoles et les tri­bu­naux, pas seule­ment dans les églises. Puisqu’avant le 21 jan­vier 1793, le Roi repré­sen­tait Dieu sur Terre, tan­dis que sa déca­pi­ta­tion a aus­si tran­ché le fil divin, sans que le Chaos s’abatte sur l’humanité (en plus du désordre his­to­rique !) Puisque, jusqu’à pré­sent, l’indigne spec­tacle de la cor­ri­da se trouve main­te­nu au nom de la « tra­di­tion tau­ro­ma­chique », sans rien enle­ver à son horreur.

Où l’on voit que la laï­ci­té, tout comme les trois piliers fon­da­teurs de la Répu­blique, reste un acquis fra­gile, à pré­ser­ver et à ren­for­cer tant les forces anti-vie, voire mor­ti­fères, res­tent à la manœuvre.

J’en pro­fite pour extraire un pas­sage sur le sujet du fameux Jour­nal de Jules Renard :

« -- Moi, dit Bor­neau, je n’ai pas de reli­gion, mais je res­pecte celle des autres. La reli­gion, c’est sacré.

« Pour­quoi ce pri­vi­lège, cette immu­ni­té ? Un croyant, c’est un homme ou une femme qui croit à ce que dit un prêtre et ne veut pas croire à ce que dit Renan ou Vic­tor Hugo. Qu’y a-t-il là de sacré ? Quelle dif­fé­rence entre ce croyant et tel imbé­cile qui pré­fé­re­rait la lit­té­ra­ture du feuille­ton à celle de nos grands poètes ?

« Un croyant crée Dieu à son image ; s’il est laid, son Dieu est laid, mora­le­ment. Pour­quoi la lai­deur morale serait-elle res­pec­table ? La reli­gion d’un sot ne le met pas à l’abri de notre dédain ou de notre raillerie.

« Soyons into­lé­rants pour nous-mêmes !

« Que le trou­peau de nos idées file droit devant cette grave ber­gère, la Rai­son ! Effa­çons les mau­vais vers de l’humanité. » [26 sep­tembre 1903]

–––

* Bien avant l’apparition du chris­tia­nisme, l’époque du sol­stice d’hiver était déjà une période char­nière de l’année, qui regrou­pait de nom­breuses croyances païennes rela­tives à la fer­ti­li­té, la mater­ni­té, la pro­créa­tion et l’astronomie.

** Se méfier tout autant de ces « hyper-laïcs  » nos­tal­giques des croi­sades… dont le fond de com­merce abrite les moins relui­sants des anti-musul­mans – et donc anti-arabes – autant que des antisémites.


Du loup ou du père Noël, on ne sait qui croire

Un petit conte en des­sin ani­mé sans grande por­tée exis­ten­tielle – quoique…

Notez à quel point le loup est con : il s’acharne contre la porte, alors que la fenêtre lui « tend les bras ». Pfff ! Pareil pour les petits cochons, qui ne bar­ri­cadent que la porte – à moins qu’ils  parient sur la conne­rie du loup. Ben oui, puisqu’ils l’attendent par la che­mi­née… En somme, c’est la lutte éter­nelle du Bien et du Mal, mais pas de l’intelligence ! Fina­le­ment, ce conte est tout de même bien philosophique.

Le loup, le vrai, au fait : il repeuple les Alpes et serait même arri­vé en Pro­vence, et même aux confins de Venelles, là où je crèche. Si l’on en croit le jour­nal du même nom, La Pro­vence.


Dans la brume de Papa Noël

Papa Noël en approche de la grande célébration consommatoire. L'ordre cosmique règne. Tout va bien !

Papa Noël en approche de la grande célé­bra­tion consom­ma­toire. L’ordre cos­mique règne.
Tout va bien ! [Image de l’app Star Walk]

Des païens dans mon genre peuvent saluer le sol­stice d’hiver comme la fin de la nuit céleste, le retour de la Lumière  – la fête de la renais­sance du Soleil Invain­cu (Sol Invic­tus). Et cet évé­ne­ment, du point de vue astro­no­mique, date du same­di 21 décembre à 17 h 11. Le reste relève des croyances, légendes, sym­boles, de la poé­sie et de l’imaginaire. Tout ce qui four­bit nos cultures depuis les rêves d’enfance des ani­maux humains, bal­lot­tés entre mys­tique et rationalité.

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Cette pho­to prise ce matin de ma fenêtre illustre assez bien, il me semble, l’incertaine sor­tie de la brume qui enve­loppe l’humanité en désar­roi. Sur­tout quand la pointe émer­gente du brouillard se ter­mine en clo­cher. Sur­tout quand ledit clo­cher se voit concur­ren­cé, depuis le châ­teau d’eau voi­sin, par les antennes de la Moder­ni­té, cet autre point culmi­nant du « sacré trans­fé­ré à la Tech­nique » – salut les copains de Jacques Ellul ! Tan­dis que plus bas on s’apprête à célé­brer la com­mu­nion du Père Noël et du Petit-Jésus sur l’autel de la Grande Bouffe. Allez, les bipèdes, bonnes fêtes !


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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