On n'est pas des moutons

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André Brahic dans le cosmos

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[Ph. dr]

«C’est un feu d’artifice qui vous hypnotise» a-t-on pu dire de lui 1 :  astronome et astrophysicien, André Brahic est mort d’un cancer ce 15 mai à Paris, où il était né il y a 73 ans. Un grand bonhomme, comme on peut le dire avec familiarité pour exprimer admiration et sympathie. Je ne l’ai pas connu mais j’en ai eu l’impression, tant il me semblait proche à chacune de ses interventions à la radio – plus rarement à la télé. Son enthousiasme, son sens de la répartie, de l’humour et de l’improvisation dans ses explications cependant rigoureuses, étayées par un art de la métaphore… tout cela faisait d’André Brahic un remarquable vulgarisateur scientifique.

Passionné par le cosmos et ses mystères, étirant son insatiable curiosité entre le big-bang et l’infinité des mondes, il fut aussi le découvreur des anneaux de Neptune, dont il était un spécialiste, ainsi que de Saturne.

Il avait aussi participé à la mission Cassini, dont la sonde du même nom fut lancée le 15 octobre 1997 en direction de Saturne pour arriver aux alentours du 1er juillet 2004. La mission, initialement prévue pour une durée de quatre ans, a été prolongée jusqu’en 2019, compte tenu de la richesse des premières observations. Ainsi André Brahic devait-il être membre de la communauté Cassini jusqu’en 2021, mission qu’il ne pourra honorer. Son nom a été donné à un astéroïde.

Comme tous les épris de connaissance, il savait questionner l’inconnu avec philosophie. Ainsi cette idée selon laquelle les mythes sont nécessaires aux hommes : ils leur permettent de se solidariser, de se sentir ensemble… Jusqu’à se faire la guerre !

André Brahic est notamment l’auteur de livres comme Enfants du Soleil et De Feu et de glace (Éd. Odile Jacob).

Notes:

  1. «André Brahic, superstar !», La Marche des sciences, d’Aurélie Luneau, France Culture, octobre 2014.

Dans le jardin du botaniste Jean-Marie Pelt, qui vient de mourir

Botaniste, humaniste, écologiste – ou peut-être d’abord écologue, érudit de la maison Nature… Jean-Marie Pelt est mort à 82 ans d’un infarctus dans la nuit du 23 décembre 2015. Ce Lorrain enraciné fut aussi maire-adjoint de Metz, où il a fondé et présidé l’Institut européen d’écologie.

On l’entendait chaque semaine sur France Inter dans l’émission de Denis Cheyssou, CO2 mon amour. Un soir de Noël 2011, ce dernier était allé à sa rencontre, dans son jardin en Lorraine, et en avait tiré un très bel enregistrement que voici à nouveau :

 

Proche de Pierre Rabhi et de Corinne Lepage, Jean-Marie Pelt luttait contre le danger des OGM, l’hyper productivisme et la société de consommation. Dès 1977, dans L’Homme re-naturé (Le Seuil), il écrivait : « Il paraît chaque jour plus évident que la croissance économique ne se poursuit qu’au prix d’une décroissance écologique, tout comme une tumeur cancéreuse ne s’alimente qu’au détriment de l’organisme qu’elle épuise : dans les deux cas, le bilan final est désastreux. »

Chrétien, Jean-Marie Pelt déplorait le fait que l’augmentation de la culture scientifique se traduise par une diminution de la foi et, tout en condamnant le créationnisme, regrettait que l’enseignement du darwinisme passe par le postulat de l’athéisme. Dualiste sur le plan philosophique, il estimait que science et foi sont deux domaines différents, la première lui permettant de comprendre la nature, et sa foi de « répondre aux questions ultimes ».

Débat aussi éternel que la mort demeure sans retour…


Pour saluer Rosetta & Philae

Tout ou presque a été dit depuis hier sur l’exploit que constitue la balade cosmique de Rosetta et Philae, en passe de devenir des héros modernes, des «personnages conceptuels» comme aurait dit Gilles Deleuze. Par delà l’éblouissante performance humaine et technique, comment comprendre l’engouement qui semble avoir accompagné cette déambulation contrôlée des deux machines ? Serait-ce que la Terre est devenue trop petite pour nos besoins d’Aventure ? Que les films hollywoodiens, même en 3D, manquent d’exotisme ? Que la Route du rhum n’enivre plus assez ? Certes, l’Atlantique en sept jours, ça fait petit bras par rapport à ces espaces frisant l’infinité des mondes. Voilà qui peut encore nous faire rêver. Car ici-bas…

Attendons d’autres images de cet Ailleurs de glace et de poussières d’étoiles dont nous sommes peut-être les descendants. Tandis qu’en remontant cette immense échelle du temps nous allons tutoyer nos origines, ou pour certains chatouiller Dieu sous sa plante des «pieds».

© ESA


Amputé après la chute d’un crucifix, un Américain porte plainte

« NEWBURGH, N.Y.

« Un homme qui avait dû être amputé d’une jambe après la chute d’un crucifix de 273 kg a porté plainte contre l’église. Le procès doit avoir lieu en janvier 2013, a annoncé Me Kevin Kitson, son avocat.

 

« La victime, David Jimenez, avait prié devant le crucifix placé à l’extérieur de l’église Saint-Patrick à Newburgh, dans l’État de New York, car un cancer des ovaires avait été diagnostiqué à son épouse. Après la guérison de cette dernière, David Jimenez avait voulu montrer sa gratitude en nettoyant la croix. En mai 2010, le crucifix s’était écrasé sur sa jambe droite, qui avait ensuite dû être coupée, a raconté Me Kitson.

 

« David Jimenez demande trois millions de dollars à l’église, qui affirme ne pas être responsable. »

 

Cette dépêche d’Associated Press, reprise sans commentaires par La Presse de Montréal du 7 novembre 2012, laisse en effet sans voix. Je n’y aurais rien ajouté non plus si ça ne me gratouillait pas autant…

 

Comme la foudre qui s’abat sur un clocher, ça ne laisse d’interpeller, non ? Et cette histoire de la vieille tante du copain : partie vaillante en train pour un pèlerinage à Lourdes, la voilà qui revient sur une civière. Son pied avait roulé sur un cierge. L’anti-miracle, ça arrive aussi.

 

Doublée des meilleures intentions et de l'esprit… pratique, cette pieuse image datant de feu "Hara Kiri", paix à son âme, m'a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

Doublée des meilleures intentions et de l’esprit… pratique, cette pieuse image datant de feu «Hara Kiri», paix à son âme, m’a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

J’en profite pour passer au rayon Sciences. J’écoutais hier avec grand intérêt les propos radio (France inter) d’Etienne Klein, physicien, philosophie des sciences. « Penser l’origine » (du monde, ajouterait Gustave Courbet, qui voyait « la chose » à courte distance cosmique, quoique…), une sorte d’impasse dont on ne peut même pas imaginer le bout. Penser la fin, c’est imaginer le non-être, en définir les contours et les propriétés, qu’il ne saurait avoir… car ce ne serait alors plus le néant. Une aporie, comme on dit en haute sphère.

 

On ne peut voir le bout du tunnel et il en va de même de l’entrée. Klein remet « en cause » le fameux big bang, non pas comme hypothèse, mais en tant que « point zéro ». Qu’y avait-il donc avant l’instant dit « zéro » ? Quid de la matière et de l’énergie « noires » – invisibles et pourtant probables ? Et si la théorie de la relativité générale demeure valable, elle ne s’appliquerait qu’à la seule énergie de la gravitation, et pas aux trois autres connues : électromagnétique, nucléaire faible, nucléaire forte. La question de l’origine est donc, par excellence, ce qu’on appelle une question ouverte. Grande ouverte sur l’in-connaissance. Une ivresse. Comme celle de la foi des croyants ?

Toujours est-il que les sciences m’enivrent. À la nôtre !


Cosmodiversité. Un message de l’infinie banlieue…

Salut les Terriens ! Voilà : le 30 décembre dernier, en l’an MMX donc, j’ai reçu un message d’un site astronomique. Il annonçait que cinq nouvelles exoplanètes venaient d’être découvertes grâce au télescope Kepler et que ce serait les dernières de l’année. J’en déduisais incidemment que les astronomes devaient être des gens comme vous et moi et qu’ils ne travailleraient pas le dernier jour de l’année. Ce qui ne changerait rien à la valse magistrale des astres, ni à la nôtre, nous les poussières d’étoiles. Quoique.

Car n’avons-nous pas, dès les premières découvertes astronomiques, changé notre rapport au monde et, avec lui, notre regard sur l’univers, les dieux et les hommes ? En fait, les vraies premières découvertes de ce type, ce sont celles que connaît tout humain levant les yeux au ciel. «Ma théorie à moi» sur la question (je me la valide tout seul… même si elle a été émise des millions de fois depuis la nuit des temps…), c’est de situer là l’origine de l’humanité pensante. C’est là, oui, que je vois surgir la conscience chez l’animal humain peinant à se tenir debout et à lever le nez vers l’inconnu astral.

Je pense aussi (donc je suis 😉 ) que les animaux qui tentent un regard vers le ciel, au-dessus d’eux, pas seulement devant et au loin, cheminent insensiblement vers la prise de conscience. Comme Darwin, je pense que les animaux domestiqués par l’Homme, ont profité de ce rapprochement « pédagogique » et que, peu à peu, leur regard s’est levé vers le ciel, ne serait-ce que par brefs instants. Voilà pourquoi aussi nous communiquons avec eux, ayant cela en partage : ce sentiment diffus d’appartenir à l’immensité, à l’inconnu magistral.

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© André Faber 2011

 

 

Ainsi, de toutes les nouvelles reçues en fin d’année, celle-là me fut la plus belle. Elle me disait : T’as le bonjour de cinq planètes jusque là inexistantes, puisque pas détectées, même pas nommées. Une histoire de rois mages, moins le mythe – qui cache. Ici, la science et la technique de l’homme, m’annoncent une naissance – des quintuplées –, m’adressent un faire-part sans magie voulue, mais magique dans son effet, dans sa levée d’un petit coin de voile sur le grand mystère de l’infini.

Le message disait que les planètes avaient été non pas dénommées mais baptisées « 4b, 5b, 6b, 7b et 8b » –  certes on aurait pu craindre le pire, genre : Jessica, Déborah, Jennifer, Loana, Chiara… Mais tout de même, cette idée et le mot lui-même de baptême… On n’en sort pas de la fange ecclésiale, de cette tête pesante qui toujours retombe vers les pieds, le bas, le tréfonds, la noirceur et les peurs ancestrales bien sûr liées à la mort. C’est ainsi.

À moi, cette nouvelle m’a donné l’ivresse du vertige. Une exoplanète, c’est un astre en dehors de notre système solaire, mais toujours dans notre galaxie – notre banlieue en somme, à peine de l’autre côté du périph’. D’autres télescopes ont déjà détecté 415 exoplanètes… la première l’ayant été en 1995 depuis l’observatoire de Saint-Michel-de-Provence, ma banlieue à moi… Et dire qu’on dénombre (provisoirement je présume…) quelque 234 milliards d’étoiles (de soleils) dans notre seule galaxie, laquelle « voisine » avec 130 milliards de « semblables ». Ça, je l’ai piqué à la radio le jour de l’an neuf, sur France Inter quand Denis Cheyssoux (CO2 mon amour) philosophe sur la « cosmodiversité » en compagnie de Jean-Marie Pelt, dans la nuit et la neige de son jardin de Moselle. C’est un grand moment, que j’ai repiqué ici même. Les meilleurs vœux qu’on puisse entendre sur les ondes, nous les « tout petits, tout petits, tout petits ». Un quart d’heure, l’éternité.

[audio:https://c-pour-dire.com/wp-content/audio/1JMPelt20110102 1506.1.mp3|titles=JM Pelt & D Cheyssoux/France inter|autostart=no]

PS : Après-demain, j’enterre un cher vieil oncle, rappelé au cosmos. Ça se passe tout près, vraiment tout près de Saint-Michel-l’Observatoire, en Haute-Provence. «C’est la vie».


Paysages de la Durance. Découvertes et philosophie au ras de l’eau vive et du temps ralenti

Tel Hamlet, l’homme interroge le galet qu’il vient de ramasser. Sa voix, si douce, porte à peine, entre les rafales de l’autoroute et le chuintement continu de la rivière. Pas n’importe laquelle : la Durance. Et nous ne sommes pas n’importe où mais juste là devant Manosque, sous le souffle épique de Giono, à l’écoute du Chant du monde. La rivière, jadis somptueuse et impétueuse à la fois, roule encore ses flots immémoriaux et avec eux, la mémoire de la Terre et de l’univers.

Bernardo Secchi, architecte urbaniste milanais, fait cercle autour de lui, une trentaine d’ombres et de visages fondus dans la nuit, veillés par des guirlandes de lampions, les uns assis sur des coussins, les autres à même la calade sauvage, parfois enveloppés dans une couverture. Entre le naissant quartier de lune et Uranus, la voûte céleste – c’est bien le mot. Et, ici-bas, au ras des flots incessants, cet étrange cénacle à l’allure de secte. Ni gourou ni adorateurs, que nenni ! mais une admirable rencontre entre des étudiants et leurs enseignants. C’était lundi soir, un 14 septembre en Haute-Provence, jour de rentrée universitaire…

École nationale supérieure du paysage – oui, ça existe (la preuve) ancrée à Marseille et… à Versailles (ou l’inverse plutôt). La Région Paca l’a missionnée pour questionner la Durance et son bassin, donc pour interroger l’avenir de ce qui s’appelle un « grand territoire ». Grand à plein de sens : relativement à l’espace parcouru au long de ses plus de 300 kilomètres, entre le sommet des Anges, dans les Alpes, et le Rhône, au sud d’Avignon. On ne le dirait pas, à voir son ardeur, mais ses géo-historiens lui donnent dans les 12 millions d’années. D’où cette grandeur absolue, pour en avoir tant vu de toute sa vie de rivière, sous les yeux de tous les Jean Giono de cette terre, pour avoir tant charrié de roches et de pierres, telle un Sisyphe descendant – cette fois – sans cesse de sa montagne. Et aussi d’avoir tant chamboulé les paysages et, avec eux, la vie des humains – la dure vie des hommes à la vie dure. Dure Durance au nom plein de poésie – Durença en provençal – et de drames mêlés, sous la fougue de ses débordements torrentiels.

Mais aujourd’hui, cette vieille divinité terrienne, a été domptée, matée comme une bête sauvage et mauvaise. Électricité de France, Canal de Provence lui ont mis le grappin dessus, la garce, et l’ont fait tapiner au nom des rendements agricoles et de l’économie avide. La voici hérissée de barrages, de tunnels et autres gaines moulantes – canalisée donc, sauf en ses quelques permissions de sortie sauvage où elle s’écoule dans un lit défait, en des plis incertains – limons, graviers et gravières ; emprises agricoles et même industrielles.

 

École du paysage donc. N’est-ce pas formidable, vraiment, que cela existe ? Et qu’une dizaine d’étudiants (trop peu dira-t-on) aient ainsi été dépêchés en aventure : cinq jours à pied et sac à dos, à arpenter le lit de la si vieille rivière provençale, à confronter leurs savoirs de faculté à la connaissance du territoire. Les livres et la vie, deux faces d’un même univers tournant autour d’un axe dénommé « Pourquoi ? ». « Walk on the river, retrouver la rivière Durance », tel est l’intitulé, bilingue, de leur expédition partie de Saint-Paul-lez-Durance, près de Cadarache, pour atteindre les environs de Sisteron. Ici, on ne parle pas en kilomètres mais en jours de marche, comme du temps lointain d’Hérodote.

Ce lundi était leur premier jour, avec point de rendez-vous à hauteur de Manosque, là où les attendait donc un aréopage d’une bonne poignée de curieux attentifs, sinon envieux, venus savourer leurs premières impressions. On les a ainsi vu apparaître au couchant dans l’horizon lointain et les ombres allongées. Mais le buffet réparateur et triomphal avait été dressé sur la rive droite et eux cheminaient sur la gauche, à devoir trouver le passage à gué sans trop se tremper. Quelques verres de vin plus loin, la sérieuse veillée pouvait commencer…

« Racontez-nous cette partie de territoire. Ne dites pas que le paysage était “ très beau ”, mais essayez de dire pourquoi il est beau, ce qu’il y a de beau ? » Bernardo Secchi engage l’échange. L’une relève la paradoxale sécheresse observée… L’autre s’étonne du contraste entre l’aspect sauvage s’opposant brusquement à la « civilisation » – carrières, autoroute, bruits inattendus… Une vision de « coulisse »… Étonnement aussi d’un monde insoupçonné, de l’isolement au moins visuel du reste du monde – « L’impression que nous étions les derniers hommes sur Terre… » –, de la découverte de la lenteur du déplacement et de la sensation de grande liberté, de la complexité sous l’apparente simplicité…

C’est là où nous avions laissé le professeur-architecte, prenant la hauteur du sage réfléchissant à voix presque basse sur les notions de durée et de temps, tandis que nous calons nos fesses sur les fossiles caillouteux du temps géologique profond. « Il y a deux imaginaires décrits et peut-être avons-nous aujourd’hui perdu celui de la dimension du temps lent et de notre rapport avec le terrain. » Il questionne son galet : « Je le regarde, l’interroge…, son histoire, sa forme, sa couleur, lui qui vient des montagnes, qui nous conte des histoires d’espace et de temps… » Regards attentifs, écoute concentrée. Et la rivière qui coule, qui coule.

Paola Vigano est aussi architecte-urbaniste dans le même studio milanais que son collègue. Elle souligne dans cette expérience ce qu’elle appelle « la grande échelle » par laquelle se trouve reliés le caillou charrié par la rivière et la montagne d’où il provient, et qui l’a apporté jusqu’au pied de l’autoroute… «Vous touchez ces deux aspects».

Paysagiste également engagé dans l’étude commandée par la Région, Bertrand Folléa se plaît à évoquer la « personnalité d’un territoire », à la fois unique et divers, donc complexe – comme une personne. Ici, c’est l’eau qui détermine tout. « Aujourd’hui, elle n’est plus qu’une part infime : un quarantième seulement de ce qu’elle représentait il y a cinquante ans ! Tout le reste a été détourné. Giono a dit au lendemain du barrage sur la Durance, ” la Durance est morte “. C’est un grand débat encore aujourd’hui. Quelle part d’eau va-t-on ou non redonner à la rivière ? De même pour les galets : en quarante ans, on a prélevé l’équivalent de 200 ans de “livraison” de cailloux apportée par la Durance. C’est une histoire qui s’est brusquement accélérée alors qu’on a apprivoisé la Durance durant 800 ans, à partir de la construction du premier canal Saint-Julien, vers Cavaillon, en 1171… C’était alors un torrent violent, considéré comme méchant car il prenait la terre que par ailleurs il fertilisait avec ses limons ».

Le temps, la nuit et sa fraîcheur appelaient trop tôt au retour, sauf pour la dizaine d’heureux bivouaqueurs promis à quatre journées de nouvelles découvertes entre carte des savoirs et territoire de la connaissance, un parcours de rêve éveillé vers la riche complexité d’une rivière.

Cette Durance en a tant vu…. Et comme si l’homme ne lui avait pas encore infligé assez de sévices, voilà que filant vers le sud par l’autoroute… et tournant le dos à la leçon de philosophie au ras de l’eau vive et du temps ralenti, voilà que le chantier d’Iter, nous promettant les étoiles, s’attaque à son tour aux flancs de la montagne, là où le défilé de Canteperdrix étreint la si vieille et belle Durança.

Texte et photos Gérard Ponthieu

Allègre s’estime diffamé par Politis, qu’il attaque en justice

L’ancien ministre Claude Allègre s’estime diffamé par une tribune parue dans Politis le 18 juin 2009. Le texte portait les signatures de huit personnalités du monde universitaire, scientifique ou associatif. L’hebdo lance une pétition de soutien.

Les auteurs de la tribune qui dérange Allègre, ainsi que le directeur de la publication, ont été mis en examen pour « diffamation publique envers un fonctionnaire public ». Ledit fonctionnaire n’est autre que Claude Allègre, dont Patrick Piro brosse le portrait dans le numéro en cours.

«Nous n’aimons guère l’adjectif « controversé », écrit Denis Sieffert, le rédacteur en chef, Mais s’il s’applique à quelqu’un, c’est bien à Claude Allègre. L’homme est de nouveau, aujourd’hui, au cœur d’une controverse qu’il a lui-même provoquée en contestant violemment les travaux des climatologues qui nous mettent en garde contre les conséquences de certaines activités humaines sur l’avenir de la planète. Il est entré dans ce débat comme toujours, sans être trop regardant sur les moyens ni les arguments. Comme un mauvais rugbyman dans la mêlée : en piétinant ses adversaires. Contrairement à la présentation que l’on fait de lui dans certains médias complaisants, il n’est pas un « sceptique ». Le scepticisme ne peut pas plus s’appliquer aujourd’hui aux conclusions des climatologues du monde entier qu’à la rotondité de la terre. Ce que M. Allègre appelle improprement scepticisme, c’est l’incrédulité de l’ignorance. Et pire encore : l’exploitation de cette incrédulité par quelqu’un qui sait.

«Mais, en juin 2009, lorsqu’est paru sous le titre « Claude Allègre : question d’éthique » le texte de Politis, l’important personnage avait une autre actualité. On parlait de lui comme ministrable dans le gouvernement Fillon. Il s’apprêtait à devenir dans le domaine des sciences et de l’éducation ce qu’Éric Besson, ancien socialiste comme lui, est à la solidarité et aux droits de l’homme. Aurions-nous, malencontreusement, interféré dans ce calendrier ? Serait-ce la cause de la colère de Claude Allègre à notre égard ? Quoi qu’il en soit, nous voulons dire ici que, ce texte, nous sommes fiers de l’avoir publié et nous l’assumons pleinement aux côtés de nos sept amis – sept, hélas, et non pas huit, puisque Jean-Yves Barrère, emporté par la maladie, nous a quittés depuis. Ce texte, il peut se lire comme un bilan critique de toute une carrière. Mais aussi comme prémonitoire de la polémique sur le climat. Preuve de sa double actualité.»

»> Voir aussi : Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat


Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat

Malaise dans nos civilisations. Civilisées, le sont-elles, d’ailleurs, autant qu’elles le proclament ? Où que l’on tourne le regard, le doute nous saisit. Quels repères, quels sens trouver qui indiquent direction, espoir. « Le monde est pourri, la vie est belle », j’aime bien cette parole de Claire, une copine, qui ajoutait aussi, d’une conviction entière, « On fait ce qu’on peut ». Ça ressemble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut prétendre ici-bas accomplir tout son possible ? Vraiment tout le possible… C’était ma minute philo qui m’entraîne dans la pataugeoire que nous appelons aussi « actualité », là où tout le possible n’est jamais épuisé. J’en prends deux bouts, les deux extrémités d’un bâton bien merdique :

– D’un côté des curés pervers, passant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mission de guider… ; dans cette lignée, un appareil, celui du pouvoir religieux ecclésiastique et sa cohorte économique et hiérarchique, sous-papes et pape, l’État vaticanesque, ses succursales mondialisées propageant la « bonne parole » – tu parles, oui !

– De l’autre, une tentative de politisation de la science par le truchement de deux illusionnistes médiatisés, Vincent Courtillot et surtout Claude Allègre cumulant, lui, la fonction complémentaire d’escamoteur et chantre du libéralisme « décomplexé ».

Il s’agit bien d’un seul et même tenant, celui de la dissimulation, de la falsification, formes visibles de cet obscurantisme revenant à l’offensive sauvage dans nos temps en perte de lumières.

Les religions – depuis le temps ! – ont imprégné toutes les strates de nos sociétés, conditionnant jusqu’à nos inconscients, notre langage, nos comportements. Comme les systèmes totalitaires, elles ont aussi sécrété leurs ordres policiers, déployé des agents d’inquisition, enfoncé « leur main noire jusque dans le ventre des hommes » – Panaït Istrati en 1927 à propos du stalinisme. Plus encore, elles ont acquis cette sorte de statut reconnu d’agent culturel, patenté, celui du medium selon la terminologie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens profond et les questionnements que l’animal humain y place dans la durée de son histoire.

Partout dans le monde déboussolé, les religions se sont inscrites comme des manifestations « naturelles » de données éminemment culturelles : les croyances et les superstitions. Darwin, pour commencer, puis ses continuateurs dont les plus actuels – entre autres, Patrick Tort en France et Richard Dawkins en Grande-Bretagne – ont intégré les comportements religieux dans les processus de l’évolution naturelle. Je passe ici sur leur argumentation, forcément complexe, pour plutôt faire ressortir les difficultés énormes que semble affronter le genre humain dans son immense majorité à poursuivre son évolution en direction d’une rationalité affirmée, et pour autant non dénuée de spiritualité – au contraire !

Certes, il faudrait ici en appeler aux plus amples développements ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la prétention. Je ne fais donc que frôler cette problématique à l’occasion des affaires de pédophilie ecclésiastique qu’on peut considérer sous deux angles.

Le premier ne serait qu’anecdotique s’il ne touchait à une criminalité et à ses victimes ; il montre que les curés, condamnés à la névrose et au refoulement sexuel au nom du dogme le plus absurde selon lequel l’amour « normal », sexualité comprise, contreviendrait au « dévouement au Seigneur »… Faut-il avoir parcouru toute une chaîne de pathologies multiples pour accoucher d’une telle hérésie. Hérésie elle-même fondatrice du code général de définitions et dénonciations de toutes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus encore du Dogme canonique. Ainsi boucle-t-on des systèmes totalitaires, en religion comme en politique, ou plus généralement en idéologie. Si on admet que les curés ne sauraient être moins névrosés que le reste de la population – c’est l’argument qui sert de défense à l’Église –, outre que cela donne matière à objection, rapport au fameux « vœu de chasteté », il ne faut pas oublier que ces « serviteurs » sont censés se présenter en parangon de Vertu, et se prétendent tels ! On a donc beau et faux jeu que de minimiser leurs crimes au prétexte qu’ils ne seraient pas moindres de ceux des autres bergers de la société, comme les instituteurs de la laïque, suivez mon regard. L’argument me renvoie à celui par lequel on oppose le régime castriste de Cuba à une pseudo démocratie capitaliste. Il s’agit bien de dictatures, mais l’un prétend avoir mené son peuple au Paradis socialiste. Ce qui n’excuse nullement l’autre !

Second angle : Ces « anicroches » correspondraient en somme à d’ordinaires anomalies concernant des brebis égarées. Il suffit de les remettre dans le droit chemin et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plaider coupable », quelques contritions – vous savez ces séances publiques, bien médiatisées, de pardonnage impudique et en larmes de crocodiles, même les politicards en raffolent, les patrons brigands encore plus, du moment que ça fait passer les pilules du lendemain… Moyennant quoi tout repart comme avant et, pour ce qui est des systèmes d’aliénation religieuse, tout rentre dans l’ordre ecclésial et surtout séculier. Amen !

Deuxième bout du même bâton, donc. Il touche à la démarche rationnelle, à la science, à la tentative de l’homo sapiens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chandelle qu’il porte. La pensée construite – c’est-à-dire argumentée et contrée avant validation et poursuite vers l’étape suivante – spécifique de l’animal humain [je tiens cette judicieuse expression de Wilhelm Reich], vaut par sa capacité à éclairer son devenir ; elle implique une idée de mieux-être, d’avancée dans une humanité en marche et soucieuse de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y contribue. Sa rupture d’avec l’irrationalité religieuse repose sur l’ancrage précisément terrestre et non céleste, temporel et non éternel, réel et non contingent.

Elle s’écarte aussi de la foi, soit en l’excluant comme hypothèse non rationnelle, soit en la reléguant au monde de l’intime. Savoir et croire, ça fait deux. Deux états qui se confrontent aussi au quotidien, notamment dans le champ de la (difficile) communication entre personnes, notamment aussi dans l’établissement de ce qu’on appelle réalité ou vérité. Entre parenthèses, le métier de journaliste se trouve précisément à la croisée de ces états selon lesquels se constituent, pour tout un chacun, son propre rapport au monde.

La Science, quant à elle et moins que toute activité humaine, ne saurait s’exclure de la séparation de ces états. Elle part de là et c’est de là aussi que surgit un clivage, voire un schiste : unifier savoir et croyance par élimination « naturelle » de la dernière ; ou bien séparer les deux domaines, considérer qu’ils peuvent fonctionner séparément, voire collaborer.

Que le doute se saisisse du monde scientifique, ou l’interpelle comme on dit, je n’y vois qu’avantage et nécessité. Trop de « certitudes » ou de « vérité » ne peut que nuire à l’établissement des données de la complexité. Mais un soupçon même de croyance, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démarche scientifique – point d’interrogation.

Pour en revenir aux deux « contrevenants » s’opposant au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), je rangerais Courtillot dans la première catégorie – celle des semeurs de doute quant à la Vérité climatique, sous réserve de validité de l’argumentation, bien sûr –, et Allègre dans la seconde, évidemment, celui des manipulateurs délibérés dont les visées peuvent, pour le moins, être suspectées d’intentions « impures » quant à la démarche scientifique. Les 400 climatologues qui lui volent dans les plumes [Le Monde, 2/4/10] semblent posséder de solides arguments. Je dis « semblent » car ils en préparent une présentation prochaine. Mais indépendamment, il y a le personnage même d’Allègre, fortement émetteur d’antipathie – tant de suffisance ubuesque ! tant d’arrivisme politique ! Il y a aussi et surtout son attitude de faussaire l’ayant amené à falsifier des données scientifiques et des courbes – ce qu’il a reconnu en « raison » d’« un choix éditorial ». Et ce qui l’exclut du champ scientifique. De même lorsqu’il conclut son débat avec un écologiste [Yannick Jadot, France Inter, 31/03/10] par, en substance, « De toutes façons, la Nature répare toujours les dégâts des hommes »… – ce qui était déjà, dans les même termes, le credo libéral d’un Madelin, ou des néo-conservateurs états-uniens. Dès lors, il ne reste plus qu’à tirer l’échelle sous ce Nostradamus à la manque et à le renvoyer à ses prédictions volcaniques et autres délires sur l’amiante.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

      tcherno2-2-300x211

      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
      Licence Creative Commons

    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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    • Salut cousin !

      Je doute donc je suis - gp

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