On n'est pas des moutons

Archive for mai, 2010

Attaque de Gaza. Israël prisonnier de ses murs

Ainsi, la flot­tille ache­mi­nant des cen­taines de mili­tants pro-​palestiniens et de l’aide pour Gaza a été inter­cep­tée par un com­mando israé­lien. Au moins dix-​neuf pas­sa­gers ont été tués, une tren­taine bles­sés. Je n’y étais pas, soit, mais je suis révolté par ce qui est rap­porté. Une fois de plus Israël se com­porte de manière into­lé­rable ; une fois de plus l’intolérable sera toléré, moyen­nant quelques rodo­mon­tades de l’ineffable « com­mu­nauté inter­na­tio­nale », aussi habi­tuelles qu’hypocrites. Une fois de plus, la pers­pec­tive de paix au Moyen-​Orient s’efface vers sa mor­ti­fère ligne de fuite.

Une phase de l’attaque israé­lienne contre le bateau turc « Mavi Mar­mara » fil­mée par la chaîne de télé­vi­sion du Qatar Al-​Jazeera. Cli­quer sur l’image.

C’est éga­le­ment ainsi qu’Israël, sur le plan militaro-​diplomatique, dans une même démarche d’isolement et d’arrogance, a décidé de tour­ner le dos au Traité sur la non-​prolifération des armes nucléaires (TNP). Cela s’est passé ven­dredi der­nier : tan­dis que les 189 États par­ties pre­nantes au TNP se sont accor­dés, à l’unanimité, sur une décla­ra­tion finale appe­lant à la tenue, en 2012, d’une confé­rence régio­nale en faveur d’un Moyen-​Orient dénu­cléa­risé, Israël dénon­çait le len­de­main même cet accord. Le gou­ver­ne­ment israé­lien l’a qua­li­fié de « très impar­fait et hypo­crite », déplo­rant que « le régime ter­ro­riste ira­nien n’est même pas men­tionné » . Israël accuse aussi les Etats-​Unis d”  »avoir cédé à la pres­sion inter­na­tio­nale » .

Non signa­taire du TNP, mais pos­sé­dant des armes nucléaires, Israël patauge dans une ambi­guïté stra­té­gique et poli­tique main­te­nue sous ses mul­tiples oscil­la­tions idéo­lo­giques et reli­gieuses de ses régimes suc­ces­sifs, de gauche aussi bien d’extrême-droite, comme l’actuel gou­ver­ne­ment de Néta­nya­hou dont l’outrance fait bien le jeu de Téhéran.

Comme si Israël s’enferrait et s’enfermait dans une cer­taine exploi­ta­tion de son tra­gique des­tin his­to­rique – exploi­ta­tion idéo­lo­gique, sym­bo­lique, psy­cho­lo­gique : en ne ces­sant de faire endos­ser au « reste du monde » la fac­ture de la shoa, de faire payer cette tra­gé­die en mon­naie de culpa­bi­li­sa­tion assor­tie d’inter­dits mul­tiples : inter­dit d’exercer toute cri­tique sous peine de péché d’antisémitisme ! * – ce qui peut se lire entre les mots envoyés à un Obama ayant « cédé à la pres­sion inter­na­tio­nale ». Une telle atti­tude, pou­vant certes trou­ver expli­ca­tion à l’analyse du sul­fu­reux cock­tail reli­gieux et his­to­rique, obère toute avan­cée rai­son­nable, donc aussi ration­nelle que responsable.

Comme si le but de toute poli­tique avan­cée, sinon évo­luée, n’était de confor­ter la paix entre les hommes, dans les cœurs comme entre les États. Ce qui ne sau­rait se réa­li­ser en construi­sant des murs plu­tôt que des ponts, en envoyant des com­man­dos mili­taires plu­tôt que des légions évan­gé­liques. Et on va se plaindre de la guerre !


*Inter­dit même d’écrire « lobby juif » sur un blog sans pro­vo­quer la cen­sure… C’est une des fonc­tions du tabou que d’interdire aussi toute pen­sée cri­tique à son pro­pos et quant à son objet…


À Marseille, les sans-​papiers en retrait de la retraite…

Avec tam­bours et trom­pettes, les exclus de la société et de la manif” se sont regrou­pés dans le quar­tier du Panier à Mar­seille. © Ph. gp

Comme le signale Denis Guen­neau dans un com­men­taire ci-​dessous, » les sans papiers en marche depuis Paris vers Nice, étaient hier à Mar­seille, mais exclus de la mani­fes­ta­tion pour les retraites, comme si cela n’était pas un même com­bat contre le capi­ta­lisme triom­phant. » Oui, comme si tor­chons et ser­viettes n’étaient pas logés à la même enseigne.


Retraites. La grande entourloupe des financiers qui disent nous gouverner

La casse annon­cée, et pro­gram­mée, du sys­tème des retraites masque l’urgent désir des tenants de l’économie finan­cière néo­li­bé­rale d’éviter un fiasco : celui de voir s’échapper les très juteux pro­fits conte­nus dans une réforme « bien com­prise ». D’où l’empressement bruyam­ment mani­festé ces der­niers jours, sur la ques­tion, par tout le ban et l’arrière-ban gou­ver­ne­men­tal et Umpiste. L’article ci-​dessous, en révé­lant un « oubli » dans un cer­tain cal­cul – au double sens du mot – démonte bien la manœuvre et ses « nobles » inten­tions. La manif de ce jeudi n’en prend que plus de sens encore.

Dans son article « Finan­ce­ment des retraites : l’enjeu des coti­sa­tions patro­nales », Ber­nard Friot, pro­fes­seur d’économie et socio­lo­gie à l’université de Paris Ouest Nan­terre, écri­vait : « On oublie tou­jours, quand on rai­sonne sur l’avenir des retraites, que le PIB pro­gresse d’environ 1,6 % par an, en volume, et donc qu’il double, à mon­naie constante, en 40 ans. C’est pour­quoi nous avons pu mul­ti­plier par 4,5 les dépenses de pen­sion depuis 1960 ».

Pour­quoi une infor­ma­tion aussi déter­mi­nante est-​elle cen­su­rée ? Parce que tout sim­ple­ment un petit cal­cul facile, mon­tre­rait que ceux qui nous gou­vernent, nous prennent pour des demeurés.

En effet : si aujourd’hui 10 actifs pro­duisent un gâteau de 100 et qu’ils ont à charge 4 retrai­tés. C’est 14 per­sonnes qui se par­tagent un gâteau de 100. Ainsi la part de chaque per­sonne est de (100 : 14) soit 7,14. Si dans qua­rante ans, 10 actifs pro­duisent un gâteau de 200 et qu’ils ont à charge 8 retrai­tés. Ce seront 18 per­sonnes qui se par­ta­ge­ront un gâteau de 200. Ainsi la part de chaque per­sonne sera de (200 : 18) soit 11,1.

C’est lim­pide ! Il sera donc pos­sible de finan­cer des retraites au même niveau qu’avant leurs réformes à remon­ter le temps. De plus, la part de gâteau res­tante pour l’investissement et l’élévation du niveau de vie sera bien plus impor­tante en 2040 (en mon­naie constante).

Alors, où est donc le pro­blème ? Pour­quoi cet achar­ne­ment à détruire un sys­tème qui fonc­tionne bien ? Parce que le sys­tème social fran­çais, mis en place par le Conseil natio­nal de la résis­tance (CNR) en 1945, met en rage les hommes d’affaires et les finan­ciers pour des rai­sons évi­dentes Par exemple, il leur est impos­sible de réa­li­ser des plus values « bour­sières » sur 40% de notre part sala­riale (les fameuses coti­sa­tions sociales patro­nales) qui payent notre retraite et notre santé, en toute dignité et res­pon­sa­bi­lité. N’oublions pas que ces coti­sa­tions sociales repré­sentent notre salaire dif­féré qui est le fruit de notre tra­vail. Il ne s’agit ni d’assistanat ni de cha­rité patro­nale comme le laisse entendre une mau­vaise propagande.

Et c’est bien là que se situe tout l’enjeu de leurs réformes : les classes diri­geantes rêvent de faire main basse sur notre salaire dif­féré. Pour s’emparer de cette « galette », leur stra­té­gie consiste à réduire nos droits pour nous contraindre, de plus en plus, à finan­cer notre santé et notre retraite par des assu­rances pri­vées. Ils ont d’ailleurs déjà com­mencé : les réduc­tions de coti­sa­tions patro­nales se mul­ti­plient depuis 2002 et atteignent déjà près de 30 mil­liards chaque année. Com­bien de ces 30 mil­liards sont allés aux inves­tis­se­ments pro­duc­tifs ? Com­bien d’emplois créés ? Quelle effi­ca­cité au regard des sommes englou­ties ? Quelle éva­lua­tion ? De plus, le fait que notre sys­tème fonc­tionne bien sans aller faire un tour sur les tapis verts des casi­nos bour­siers met en évi­dence l’inutilité et le rôle pré­da­teur des acteurs de la sphère financière.

»> A consul­ter : le site d’Attac «  retraites​-2010​.fr : Réus­sis­sons vrai­ment une réforme juste ».



Sarkozy veut dissoudre le déficit dans la Constitution. Avant de dissoudre le peuple ?

Chan­ger la Consti­tu­tion pour en finir avec les défi­cits ? Pour­quoi pas, plu­tôt, brû­ler quelques mon­ceaux de cierges à Lourdes ? Enfin, quel aveu pué­ril que celui de ce désor­mais infra-​président qui vou­drait gra­ver dans le marbre le nou­vel inter­dit, un de plus, concer­nant les défi­cits bud­gé­taires ! Ce sera sans doute aussi effi­cace que le fameux « droit au loge­ment » ins­crit dans le Grand Livre par son illustre pré­dé­ces­seur et, comme lui, roi des faux-​culs politiques.

Y a-​t-​il moins de mal logés, ou de pas logés du tout parce qu’on aura voulu croire à l’effet magique des mots à bon mar­ché ? Et puis, en l’occurrence, le défi­cit n’est pas le can­cer qu’ « on » se com­plaît à nous décrire. J’entendais ce matin dans le poste (France Inter), un jour­na­leux libé­ra­liste invo­quer le nou­veau credo de la Vertu res­sus­ci­tée par com­pa­rai­son avec un ménage qui vivrait au-​dessus de ses moyens… Sauf qu’un État ne se réduit pas aux acquêts ména­gers… et que, comme lui a rétor­qué Susan George, d’Attac, il s’agit de mettre en face les recettes. Là où un par­ti­cu­lier – sauf s’il est très par­ti­cu­lier, du genre spé­cu­la­teur ou ban­dit de grand che­min capi­ta­liste – ne peut comp­ter que sur des res­sources fixes – salaire ou pen­sion de retraite, par exemple –, un État peut, sinon doit, faire remon­ter les recettes des res­sources propres à une col­lec­ti­vité. Laquelle com­prend aussi les « forces vives », et pas seule­ment les sala­riés, mais aussi les entre­prises et notam­ment les banques. C’est bien la fonc­tion de l’impôt, – tel­le­ment décrié, pour ser­vir le libé­ra­lisme et les dogmes du dieu-​marché –, que de mettre les res­sources dans le pot com­mun de la nation afin de les répar­tir dans la construc­tion du Bien com­mun et cela, en prin­cipe, dans un souci d’équité.

Il ne manque pas de culot, l’autre infra-​président, de prô­ner la Vertu, lui qui n’a eu de cesse de réduire l’impôt, sur­tout en faveur des riches, et ce fai­sant d’aggraver les­dits défi­cits. D’où sa mesure (logique dans son genre) pré­sen­tée le jour même où il fai­sait une fois de plus jaillir son génie poli­tique : sup­pri­mer 100.000 emplois dans la fonc­tion publique, afin de « réduire les dépenses de l’État », et donc le fameux déficit !

Cent mille emplois sup­pri­més, c’est 100.000 chô­meurs de plus, 100.000 foyers plon­gés dans encore plus de dif­fi­cul­tés, sinon dans la détresse. C’est assu­ré­ment plus de déses­poir, de délin­quance et d’insécurité. C’est moins d’écoles et plus de pri­sons. Moins de pas­se­relles et plus de bar­be­lés. Moins de soli­da­rité et plus de com­pé­ti­tion. Moins de vivre ensemble et plus de ghet­tos. Il est aussi vrai, en logique comp­table, que 100.000 chô­meurs coûtent 50% de moins qu’autant de sala­riés et futurs retrai­tés… Ça fait aussi moins de consom­ma­teurs, moins de contri­buables, moins de pro­duc­tion et moins de bien com­mun… On appelle ça la spi­rale de la réces­sion. Ou de la décadence.

Ainsi veut-​il chan­ger la Consti­tu­tion… Pfff ! Quelle peti­tesse ! Une seule Réforme serait à mettre en œuvre. Il y pense chaque jour en se rasant, mais osera-​t-​il donc l’assumer ? : dis­soudre le peuple et en élire un autre. Ce que Brecht en son temps conseillait aux gou­ver­nants. Un autre auteur, dans son registre, aurait conseillé de décré­ter l’extinction du pau­pé­risme chaque soir à l’heure du JTA se deman­der à quoi bon tous ces conseillers élyséens.


Allègre s’estime diffamé par Politis, qu’il attaque en justice

L’ancien ministre Claude Allègre s’estime dif­famé par une tri­bune parue dans Poli­tis le 18 juin 2009. Le texte por­tait les signa­tures de huit per­son­na­li­tés du monde uni­ver­si­taire, scien­ti­fique ou asso­cia­tif. L’hebdo lance une péti­tion de sou­tien.

Les auteurs de la tri­bune qui dérange Allègre, ainsi que le direc­teur de la publi­ca­tion, ont été mis en exa­men pour « dif­fa­ma­tion publique envers un fonc­tion­naire public ». Ledit fonc­tion­naire n’est autre que Claude Allègre, dont Patrick Piro brosse le por­trait dans le numéro en cours.

«Nous n’aimons guère l’adjectif « contro­versé », écrit Denis Sief­fert, le rédac­teur en chef, Mais s’il s’applique à quelqu’un, c’est bien à Claude Allègre. L’homme est de nou­veau, aujourd’hui, au cœur d’une contro­verse qu’il a lui-​même pro­vo­quée en contes­tant vio­lem­ment les tra­vaux des cli­ma­to­logues qui nous mettent en garde contre les consé­quences de cer­taines acti­vi­tés humaines sur l’avenir de la pla­nète. Il est entré dans ce débat comme tou­jours, sans être trop regar­dant sur les moyens ni les argu­ments. Comme un mau­vais rug­by­man dans la mêlée : en pié­ti­nant ses adver­saires. Contrai­re­ment à la pré­sen­ta­tion que l’on fait de lui dans cer­tains médias com­plai­sants, il n’est pas un « scep­tique ». Le scep­ti­cisme ne peut pas plus s’appliquer aujourd’hui aux conclu­sions des cli­ma­to­logues du monde entier qu’à la roton­dité de la terre. Ce que M. Allègre appelle impro­pre­ment scep­ti­cisme, c’est l’incrédulité de l’ignorance. Et pire encore : l’exploitation de cette incré­du­lité par quelqu’un qui sait.

«Mais, en juin 2009, lorsqu’est paru sous le titre « Claude Allègre : ques­tion d’éthique » le texte de Poli­tis, l’important per­son­nage avait une autre actua­lité. On par­lait de lui comme minis­trable dans le gou­ver­ne­ment Fillon. Il s’apprêtait à deve­nir dans le domaine des sciences et de l’éducation ce qu’Éric Bes­son, ancien socia­liste comme lui, est à la soli­da­rité et aux droits de l’homme. Aurions-​nous, mal­en­con­treu­se­ment, inter­féré dans ce calen­drier ? Serait-​ce la cause de la colère de Claude Allègre à notre égard ? Quoi qu’il en soit, nous vou­lons dire ici que, ce texte, nous sommes fiers de l’avoir publié et nous l’assumons plei­ne­ment aux côtés de nos sept amis – sept, hélas, et non pas huit, puisque Jean-​Yves Bar­rère, emporté par la mala­die, nous a quit­tés depuis. Ce texte, il peut se lire comme un bilan cri­tique de toute une car­rière. Mais aussi comme pré­mo­ni­toire de la polé­mique sur le cli­mat. Preuve de sa double actualité.»

»> Voir aussi : Allègre, GIEC, curés pédo­philes. Science et reli­gion dans le plus obs­cur climat


Louisiane. Le pétrole touche terre

L’envoyé spé­cial en Loui­siane du quo­ti­dien bre­ton Le Télé­gramme l’atteste : le pétrole a bien tou­ché l’embouchure du Mis­sis­sippi. Plages, rochers et maré­cages sont souillés et la nappe, témoigne Pas­cal Bodéré, atteint par­fois jusqu’à un mètre d’épaisseur.

« C’est dégueu­lasse ». [Ph. P. Bodéré, Le Télégramme

Embar­qué sur un pneu­ma­tique de Green­peace, le jour­na­liste bre­ton raconte le « jeu » du chat et de la sou­ris que se mènent mili­tants éco­lo­gistes et garde-​côtes états-​uniens. «Regardez-​moi ça, c’est dégueu­lasse, par­tout!» déplore Paul Hors­man, de Green­peace. Sur les 300 mètres de rocaille, en effet, des spots et des plaques de pétrole bru­nissent les Jet­ties. […] Hors­man des­cend, enfile ses gants et chausse ses bottes. Il glisse ses bras entre les rochers et en res­sort à pleines mains un chewing-​gum brun dégou­li­nant. «Regardez-​moi ça. Ceci est la preuve que la nappe de pétrole est là. Invi­sible jusqu’à aujourd’hui, elle se montre enfin. Cette pol­lu­tion de ces quelques cen­taines de mètres du lit­to­ral de Loui­siane que l’on découvre là, annonce mal­heu­reu­se­ment les mil­liers de litres à venir».

[…] « La veille, pour­suit Pas­cal Bodéré, la Loui­siane mon­trait un visage effrayant. Ciel noir, déluge de pluie, vents à 120 km/​h, le tout agré­menté d’énormes éclairs se cra­shant lit­té­ra­le­ment au sol... […] «La mer a remué. La nappe avance. »


Pianiste de jazz. Hank, le dernier des Jones

Dans la grande fra­trie Jones, c’était le doyen et der­nier sur­vi­vant. Le pia­niste Henry « Hank » Jones est mort dimanche (16 mai) à New York, âgé de 92 ans. C’est dire s’il a labouré les terres du jazz, en side­man et en lea­der, sans qu’on par­vienne à recen­ser le nombre de disques où il se fait entendre dans son style aérien et assuré.


Hank Jones (1918−2010). Ici en 2004, au Car­ne­gie Hall de New York.

Dans la lignée d’Art Tatum, de Bud Powell et Tommy Fla­na­gan, ses réfé­rences, il avait été un des pre­miers à s’imposer dans la forme du trio bebop, notam­ment avec des com­plices de haute volée tels que Tony Williams (dm) et Ron Car­ter (b), Eddy Gomez et Jimmy Cobb.

De for­ma­tion musi­cale clas­sique, il est venu au jazz en com­pa­gnie de ses fran­gins : Thad­deus, dit Thad, com­po­si­teur, trom­pet­tiste fameux et plus encore bugliste (mort en 1986) ; et Elvin – mais oui, bon sang ! Elvin Jones (mort en 2004), le bat­teur de Col­trane – pour dire vite et don­ner une idée par­tielle de la lignée des dix frangins-​frangines de la famille Jones, tous plus ou moins musiciens.

Hank Jones était qua­si­ment l’invité atti­tré du fes­ti­val Jazz à Beau­pré, à Saint-​Cannat près d’Aix-en-Provence.

Le mieux est encore de le voir et l’écouter, comme ici dans Willow Weep for Me, un stan­dard cher à Ella Fitz­ge­rald, dont Hank Jones fut le pia­niste durant plus de cinq ans.


« Parade de l’OM » à Marseille. La seconde mort de Zarafa, brûlée « vive » en martyr de la bêtise

Samedi après-​midi sur la Cane­bière. 3000 livres en feu.

Le 22 jan­vier, ici même, je pla­çais quatre pho­tos sous le titre « La môme aux grandes cannes sur la Cane-​Canebière ». La magni­fique girafe aura tenu quatre mois sur l’artère prin­ci­pale et emblé­ma­tique de Mar­seille, avant de suc­com­ber sous les coups de bou­toir de la conne­rie humaine. Zarafa a été incen­diée samedi par les hordes bar­bares cen­sées fêter le sacre de l’OM dans le rituel foo­teux. Voyez la vidéo four­nie par La Pro­vence. Les images en montrent un peu plus que le repor­tage du même jour­nal, dont j’extrais ceci :

18h31. Les pseudo-​supporters mettent le feu à une girafe

Ins­tal­lée près de la mai­rie du 1/​7, en haut de La Cane­bière, une fausse girafe vient d’être enflam­mée par les pseudo-​supporters qui affrontent actuel­le­ment les forces de l’ordre, en marge de la parade de l’OM. Elle ne devrait pas résis­ter long­temps à ce mau­vais trai­te­ment...

Dali, Girafe en feu (extrait), 1935. Bâle, Musée des Beaux-​Arts

Deux remarques. La vidéo appa­raît à la fois affli­geante par son contenu, le geste stu­pide – c’est peu dire – qu’elle illustre ; en même temps qu’elle affiche une bles­sante beauté, comme il en est trop sou­vent des drames (ici, il n’y a pas mort d’homme, mais une insulte à l’intelligence humaine). Voir cette girafe en feu res­semble à un acte sur­réa­liste dépas­sant le féti­chisme de l’objet et de sa repré­sen­ta­tion. Ce spec­tacle, car c’en est un, ne manque pas d’évoquer la girafe en feu peinte par Sal­va­dor Dali.

Sur le fond et l’absurdité du geste incen­diaire, on peut aussi évo­quer les pra­tiques d’auto­dafé remon­tant aux mul­tiples inqui­si­tions et en par­ti­cu­lier sous le nazisme. Car la girafe de Mar­seille était consti­tuée de mil­liers de livres assem­blés autour d’une ossa­ture. Des livres de poche, sans doute choi­sis bien atten­ti­ve­ment, tant par les cou­leurs des cou­ver­tures que par les titres mêmes rete­nus par le sculp­teur, Jean-​Michel Rubio. On peut aussi pen­ser à l’ouvrage de Ray Brad­bury, Farein­heit 451, que Truf­faut avait porté à l’écran (1966). Quand on brûle des livres, c’est à l’humanité tout entière qu’on attente, et c’est le signe que la bar­ba­rie est déjà en marche. N’allons pas jusqu’à là pour ce qui est du « sup­plice »mar­seillais infligé à Zarafa. Entre l’imbécillité du geste, son irres­pon­sa­bi­lité et l’intention mal­fai­sante, on ne sau­rait trop jurer que quoi que ce soit – ou alors des trois….

Zarafa peu après son inau­gu­ra­tion [Ph. J-​M Rubio

Rap­pe­lons que cette girafe avait été ins­tal­lée là, du haut de ses six mètres, la tête dans les branches d’un pla­tane, à l’occasion des « bou­qui­nades », une fête de quar­tier dédiée au livre. La girafe n’avait pas été élue au hasard, ce que la presse locale ne nous avait pas appris, notam­ment La Pro­vence. Laquelle n’y a vu qu’un bes­tiau quel­conque tout juste bon à faire exotique.

C’est donc par France Culture et sa Fabrique de l’histoire que j’apprenais quelques semaines plus tard l’aventure de Zarafa, la « Pre­mière girafe de France » offerte en 1825 au roi de France, Charles X, par le pacha d’Égypte. Lequel avait fait cap­tu­rer deux girafes au Nord-​Soudan. On leur fit des­cendre le Nil. À Alexan­drie, il fut décidé, pour ne pas faire de jaloux, d’en offrir une à cha­cune des deux prin­ci­pales puis­sances colo­niales en Afrique : l’Angleterre et la France.

Quelques bribes de livres accro­chées à l’ossature métal­lique [Ph. Odile Chenevez

La girafe fran­çaise embar­qua pour Mar­seille, où elle par­vint à l’automne de 1826. Elle fut alors prise en charge par Étienne Geof­froy Saint-​Hilaire, natu­ra­liste savant du Jar­din des Plantes, qui eut la mis­sion de la rame­ner, au pas, dans ce sanc­tuaire pari­sien de la Science. Son voyage eut un reten­tis­se­ment consi­dé­rable à l’époque : elle était atten­due par­tout par des foules immenses.

La girafe anglaise, quant à elle, hiverna à Malte, sup­porta mal le voyage par Gibral­tar et l’océan, et mou­rut à Londres dans les bras du roi George.

Quant à la Zarafa fran­çaise et à son voyage en France, le délire col­lec­tif fut atteint à Lyon où cent mille badauds accla­mèrent l’étrange vedette sur la place Bel­le­cour. Charles X, à qui elle était per­son­nel­le­ment offerte, se plai­gnit d’être pour ainsi dire le der­nier des Fran­çais à la voir. C’était la pre­mière girafe à visi­ter l’Europe du Nord. Elle vécut tran­quille­ment dix-​sept années à Paris, mou­rut, fut natu­ra­li­sée, et se fit oublier, pour res­sur­gir de temps à autres, sous forme de légendes sou­vent invrai­sem­blables. Elle est main­te­nant au Muséum de La Rochelle.

Il reste l’indignation… et les mots (Ph. Odile Chenevez

Ce qui a donc été incen­dié samedi dans la gloire de l’Olympique de Marseille,ce n’est donc pas « une » girafe comme l’a vue La Pro­vence, mais une par­tie de l’histoire de la cité pho­céenne, une par­tie de l’Histoire humaine tout court. Cette épi­sode peu glo­rieux porte aussi sa dimen­sion his­to­rique, hélas !

»> Voir aussi ici pour faire renaître une nou­velle Zarafa.

Les opti­mistes auront-​ils rai­son ? [Ph. Odile Chenevez


Éco-​meurtre dans le Golfe du Mexique. BP noie la marée noire dans la com’ !

Les appren­tis sor­ciers de la Bri­sith Petro­leum pataugent dans la gadoue péro­lière dans laquelle ils sont aussi en train de plon­ger l’océan et tout un éco­sys­tème. Il est à craindre qu’on n’ait encore pas mesuré toute l’ampleur de cette catas­trophe – la plus épou­van­table du genre. A défaut de pou­voir arrê­ter l’hémorragie de brut, ni même de savoir com­ment s’y prendre, BP se lance dans la… communication.

L’océan tout en noir, et en deuil de solutions.

Le groupe pétro­lier a ouvert un site Inter­net pour déployer le rideau de fumée sur la nappe noire qui s’étend à chaque seconde. Pro­chaine étape à Lourdes avec allu­mage mas­sif de cierges – vu que le pape, hier à Fatima, n’a eu rien à secouer de cette atteinte à la sainte Terre, même pas un bout de début d’homélie.

Donc, sur ce site dédié à la catas­trophe, on peut ainsi suivre les opé­ra­tions en cours, ou du moins les ten­ta­tives; mais aussi sug­gé­rer des « solu­tions alter­na­tives » . C’est dire à quel point les piteux tech­ni­ciens se trouvent dans la débine ! Ils tendent leurs sébiles à idées ! dans l’espoir de ravi­go­ter l’imagination en berne des ingé­nieurs pétroliers. Parmi les « solu­tions » envi­sa­gées, l’injection sous très haute pres­sion de cochon­ne­ries genre débris mul­tiples, mor­ceaux de pneus, balles de gol. C’est ce qu’a avancé, sans rire, l’amiral Thad Allen, chargé de coor­don­ner les opérations.

La pro­chaine « cloche » pour ten­ter de réduire la fuite. On bri­cole comme on peut…

Il y a aussi ça, qui n’est pas une blague : l’association « Mat­ter of trust » récu­père des… che­veux sur tout le conti­nent pour en rem­plir des bas afin d’en faire des éponges à pétrole… Aussi effi­cace que des bar­rages à grillage à poules ou en végé­taux, faute de bar­rages plus effi­caces, inexis­tants… Autant vider la mer avec une cuiller à café. A pro­pos, amenez-​nous aussi le des­sert en même temps. Quant à l’addition, ce sera pour BP. Enfin, on aime­rait bien. Et si en guise de pour­boire, on leur fai­sait ava­ler leur incon­sé­quence avec un vrai boy­cott ? comme cela avait été amorcé envers Total lors du nau­frage de l’Erika…

Morale de ce nou­vel épi­sode éco-​meurtrier : l’Homme est bien le plus néfaste des ani­maux du globe.

»> Voir aussi ci des­sous Loui­siane, golfe du Mexique. La marée noire du fric, pol­lu­tion majeure


Grenelle 2 libéralise en douce les rejets radioactifs

Du nou­veau et du pas bien propre dans les affaires nucléaires. Selon Libé­ra­tion [10/​5/​10], un amen­de­ment bien per­fide s’est glissé en lou­cedé dans la loi Gre­nelle 2. Lequel amen­de­ment sup­prime car­ré­ment la pro­cé­dure d’enquête publique pour toutes les demandes d’augmentation des rejets radio­ac­tifs et chi­miques et des pré­lè­ve­ments d’eau des ins­tal­la­tions nucléaires.

Manif « Sor­tir du nucléaire », le 4 mai 2010 près de l’Assemblée nationale.

Le plus comique, si on ose dire, c’est le côté faux-​cul de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui pro­meut ce « pro­grès » comme un « dis­po­si­tif sup­plé­men­taire de mise à dis­po­si­tion de l’information au public ». Bah tiens ! Cela signi­fie en fait que toute ins­tal­la­tion nucléaire pourra aug­men­ter ses rejets sans embar­ras­ser d’une auto­ri­sa­tion préa­lable liée à une lourde et insup­por­table enquête publique. On appelle ça la déré­gle­men­ta­tion, la même qui conduit les poli­tiques néo­li­bé­rales consti­tuant le dogme domi­nant – et domi­na­teur, puisqu’il conta­mine même les conta­mi­nantes usines nucléaires. La seule obli­ga­tion sera de « mettre l’information à dis­po­si­tion du public », et celui-​ci pourra s’estimer heu­reux de se savoir « informé » et de devoir la fermer !

Pour le Réseau Sor­tir du nucléaire, cela consti­tue «un blanc-​seing donné à l’industrie nucléaire pour accroître dis­crè­te­ment les atteintes à l’environnement et aux êtres vivants, la pol­lu­tion des milieux natu­rels et la mise en péril de la bio­di­ver­sité des milieux aquatiques».

Et pour­quoi une telle manœuvre ? Parce que les cen­trales vieillissent ; parce que les aléas cli­ma­tiques – par exemple l’été cani­cu­laire de 2003 qui avait réduit le débit des fleuves et aug­menté leur réchauf­fe­ment en aval des réac­teurs ; parce que les normes sont trop contrai­gnantes, c’est-à-dire trop chères aussi à res­pec­ter. Bref : parce que la ren-​ta-​bi-​li-​té.


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