On n'est pas des moutons

Archive for juin, 2008

4, 5 & 6 juillet à Vitrolles, Charlie jazz festival : Carla Bley / Romano-Sclavis-Texier / la Marmite infernale, etc.

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Le domaine de Font­blanche, à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) est un lieu béni du jazz. On y « mou­line » des concerts un samedi sur deux toute l’année, ou presque. Et au début de l’été se tient un fes­ti­val de trois jours. Ven­dredi, samedi et dimanche pro­chains – 4, 5 & 6 juillet donc –, ce sera le onzième du genre, autour d’un pro­gramme aux petits oignons. Voyez direc­te­ment par un simple clic . Pour les indé­cis, quelques pho­tos ci-dessous (de 2006) afin d’effacer d’éventuels et même pro­bables sté­réo­types col­lés à l’image d’un cer­tain Vitrolles sous un cer­tain régime poli­tique à l’opposé du jazz libre et liber­taire. Véri­fi­ca­tion en direct chaque soir dès l’heure de l’apéro-jazz, en fanfare(s), suivi de trois concerts.

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© Gérard Ponthieu



Une Française emprisonnée depuis un mois et demi au Niger pour « atteinte à la sûreté de l’État »

Ni jour­na­liste, ni huma­ni­taire en vogue, une Fran­çaise de 46 ans se trouve empri­son­née au Niger depuis la fin avril sous l’accusation d’ « atteinte à la sûreté de l’État ». C’est La Pro­vence de ce 20/6/08 qui donne la nou­velle depuis son agence d’Avignon, région d’origine de Cathe­rine Dubois et de ses trois sœurs. Le témoi­gnage de ces der­nières per­met de pré­ci­ser les cir­cons­tances de cette affaire.

Cette ancienne chef d’escale de la com­pa­gnie aérienne Point Afrique comp­tait s’installer à Aga­dez, au nord-est du Niger, pays où elle a tra­vaillé pen­dant plu­sieurs années. Cette fois, elle s’y était ren­due en tant que membre d’une asso­cia­tion huma­ni­taire. Pour pré­pa­rer son arri­vée, elle avait fait par­ve­nir 5.000 euros à un contact sur place, un « jeune homme ayant pour mis­sion d’acheter un 4x4 et du maté­riel ». « Mais il détourne l’argent » et à l’arrivée de Cathe­rine la dénonce aux auto­ri­tés. Selon lui, elle aurait été en rela­tion avec les rebelles du Mou­ve­ment des Nigé­riens pour la Jus­tice (MNJ) qui, depuis 2007 dans l’Aïr, lancent des attaques contre l’armée nigérienne.

Accu­sa­tion gra­vis­sime dans un pays qui craint, sinon la séces­sion de la région à domi­nante toua­règue, du moins des dif­fi­cul­tés dans l’exploitation de ses gise­ments d’uranium, quasi seule richesse exploitable.

C’est la même accu­sa­tion qui avait aussi valu l’emprisonnement à deux jour­na­listes fran­çais pigeant pour Arte, après avoir été enle­vés par les rebelles et libé­rés sous cau­tion un mois plus tard. Et c’est pour ce motif que Moussa Kaka, jour­na­liste nigé­rien et cor­res­pon­dant à Nia­mey de RFI, crou­pit en pri­son depuis le 20 sep­tembre 2007.

Cathe­rine Dubois, est empri­son­née à Aga­dez, à envi­ron 1000 kilo­mètres de la capi­tale, Nia­mey. Selon ses sœurs, qui peuvent lui télé­pho­ner une fois par semaine, elle est très affai­blie et a dû être trans­fé­rée à l’hôpital de Nia­mey pen­dant une semaine, début juin, et ce après une demande reje­tée de son avo­cat nigé­rien pour une mise en liberté provisoire.

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L’actu en dentelle fine chez Yahoo!

Tout en découpe fine, ce titre de Yahoo!-actualités… Comme une res­su­cée du fameux « On a retrouvé le cin­quième mor­ceau de la femme cou­pée en quatre ».

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Jazz. Plongée mortelle pour Esbjörn Svensson et le trio E.S.T.

Dans l’art du trio de jazz, il avait rejoint les plus grands. Le pia­niste sué­dois Esb­jörn Svens­son est mort samedi 14 juin, à 44 ans, suite à un acci­dent de plon­gée sous-marine dans l’archipel de Stock­holm. C’en est donc fini de cette belle for­ma­tion por­tant le nom de son lea­der, mais plus connue sous l’abréviation d’E.S.T.

»> Lire l’article

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Esb­jörn Svens­son, entre ses deux com­plices, en 2002. [DR]


« Les martyrs du golfe d’Aden », reportage au bout de l’enfer

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Si par mal­heur vous avez raté le der­nier Tha­lassa (France 3) et la re-diffusion d’un très grand repor­tage (après la pre­mière en mars 2007), je n’y pour­rai que peu, soit ces quelques lignes. « Les mar­tyrs du golfe d’Aden » est un docu­ment vrai­ment excep­tion­nel. Son auteur, Daniel Grand­clé­ment, a eu le cou­rage d’embarquer avec quelque 130 migrants éthio­piens et soma­liens ten­tant de fuir la misère pour une autre, tein­tée d’une maigre espé­rance. Un autre repor­tage (dif­fusé il y a quelques mois dans Envoyé spé­cial) par­tait d’une sem­blable démarche, entre la Mau­ri­ta­nie et les Cana­ries, sans tou­te­fois atteindre une telle inten­sité humaine.

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C’est un voyage au bout de la détresse, com­mencé déjà, pour la plu­part, sur des cen­taines de kilo­mètres depuis les fin fonds de l’Éthiopie et de la Soma­lie, en cette corne de l’Afrique et jusqu’à sa pointe extrême, comme ten­due vers un grain d’espoir, on n’ose dire un Eldo­rado, s’agissant des côtes de ce Yémen à peine mieux loti.

Bosaso, port de rechange de Moga­dis­cio, la capi­tale anéan­tie. C’est là que les pas­seurs s’affairent, sortes de tour opé­ra­teurs pour l’enfer. La place à quelques dizaines de dol­lars. Une for­tune locale. Les can­di­dats au voyage attendent par cen­taines (il en meurt aussi dans les 1.700 par an, selon l’ONU). En les « pliant », en les emboî­tant les uns dans et sur les autres – ils sont si maigres–, on pourra en entas­ser une grosse centaine.

Daniel Grand­clé­ment sera du lot, sur ce canot d’une dizaine de mètres, pas mieux traité, ou à peine, c’est-à-dire pas frappé comme les autres à coups de sangles… Pas le droit de fil­mer au départ, il y par­vien­dra peu à peu, par bribes, à la volée. Ses plans atteignent une vérité impré­gnée de pudeur et de res­pect. Je me retiens pour en par­ler, ten­tant de gar­der un recul mini­mum… Impos­sible. Je revois, par anti­thèse, la célèbre (à son corps défen­dant) « mater dolo­rosa » pho­to­gra­phiée après un atten­tat en Algé­rie : la dou­leur comme pré­texte esthé­ti­sant. Un déni jour­na­lis­tique. Ici, de cette détresse, res­sortent à la fois l’horreur de la situa­tion, celle des pas­seurs infra-humains, et la sou­mis­sion de leurs vic­times liée à une espé­rance éperdue.

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« La voilà donc, cette vision incroyable, que le monde se refuse à connaître ! » lâche Daniel Grand­clé­ment sur ses images acca­blantes. On vomit, on suf­foque ; l’eau manque ; les coups pleuvent, paroles et cris mêlés, pro­mis­cuité, faute d’un mot plus juste ; sadisme des domi­nants ; émer­gence du kapo… Le jour­na­liste est à bout : « J’éprouve un pro­fond sen­ti­ment d’écoeurement et de dégoût ; j’ai même envie de sau­ter à l’eau pour échap­per au sup­plice auquel j’assiste » Le cal­vaire s’achève en pleine nuit ; il est bel et bien jeté par des­sus bord avec tous les pas­sa­gers. Le rivage est proche, il n’y aura pas de noyé. La suite est racon­tée par deux jour­na­listes, une Anglaise et une Suisse, en « planque » à cet endroit-là et qui n’en atten­daient pas tant. Témoi­gnages et regards hal­lu­ci­nés, fil­més en mode noc­turne, en un vert d’outre-tombe et là encore hal­lu­ci­nant, telle l’apparition de cette fillette au visage de por­ce­laine et dont les yeux semblent conte­nir l’entier drame humain.

4martyrs-aden.1213567672.jpgLa force de ce docu­ment, tra­vaillé dans la pro­fon­deur et la durée, est évi­dem­ment d’exprimer l’indescriptible – c’est pour­quoi il faut le voir pour le croire, comme on dit. On pour­rait bien le mon­trer, aussi, dans les écoles… Écoles pri­maires, col­lèges, lycées. Sans oublier les écoles de jour­na­lisme ! Et, pen­dant qu’on y est, l’envoyer en recom­mandé avec accusé de récep­tion, à un cer­tain ministre de l’immigration.

 

»> Les pho­tos sont extraites du film de Daniel Grand­clé­ment [ci-dessus], que l’on peut revoir ou télé­char­ger sur france tvod.fr

»> A voir aussi, sur le site du Nou­vel Obser­va­teur, un entre­tien avec Daniel Grand­clé­ment à pro­pos de son repor­tage et des condi­tions de réalisation.



La Montagne pourrait accoucher d’une… L’Yonne (républicaine)

Voilà un « beau petit canard » en passe de se faire bouf­fer. Selon les impla­cables lois du dar­wi­nisme finan­cier, L’Yonne répu­bli­caine, quo­ti­dien d’Auxerre, va sans doute tom­ber dans l’escarcelle auver­gnate de La Mon­tagne et son groupe. « Éco­no­mies d’échelle » et autre sainte-Synergie auront eu rai­son de la der­nière coopé­ra­tive ouvrière de la presse fran­çaise. Der­nière indé­pen­dante en tout cas, puisque la Scop du Cour­rier picard (Amiens) est depuis long­temps tom­bée dans les mailles du Cré­dit agri­cole. Ainsi va le par­tage hexa­go­nal de la presse fran­çaise bien­tôt réduite à quatre ou cinq zones pro­prié­taires (voir ci-dessous la carte publiée par Le Monde en 2006, déjà lar­ge­ment dépas­sée !). On en fait davan­tage (dans les médias !) sur les menaces concer­nant la faune et la flore. Ici, il ne s’agit « que » de la bio-diversité jour­na­lis­tique, juste un pan de ce qu’on appelle encore la démocratie.

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© Le Monde

Le spec­tacle, une fois de plus, fausse les per­cep­tions. Et tourne ce show-biz qui emballe les gogos dans de ter­ribles ques­tion­ne­ments : TF1 va donc rou­ler en Fer­rari (ah ah !) plu­tôt qu’en char PPDA, est-ce grave doc­teur ? J’entendais une jour­na­liste sur France inter deman­der ingé­nu­ment au même Poivre si son départ mena­ce­rait l’indépendance de TF1… Et l’intéressé, sans cil­ler et grand sei­gneur : « J’espère que non ! ». Ben non alors !

L’Yonne répu­bli­caine, donc. Dans les 40.000 exem­plaires dif­fu­sés sur son dépar­te­ment. Impri­me­rie, locaux en pro­priété coopé­ra­tive, selon l’utopie du XIXe siècle, tou­jours vivante, sinon vivace. Mais.

Mais – on en revient tou­jours là – l’orchestre a fini par vieillir. Par­lons plu­tôt de fan­fare – j’aime bien les fan­fares, à la racine du jazz –, comme une réma­nence anar­chiste. En cela désuète et condam­née, en tant que tâche dans la moder­nité triom­phante (de quel triomphe au fait ?). Bref, phil­har­mo­nique ou fan­fare, la ques­tion du chef finit tou­jours par sur­gir. Ça défrise les convic­tions uto­piennes, c’est ainsi. Dans une Scop – un homme, une voix – on choi­sit un pré­sident. Ça donne ce que ça donne, comme en musique. Et à Auxerre, ça a donné pas mal de couacs.

A com­men­cer par le plus reten­tis­sant : l’achat il y a trois ans d’une rota­tive neuve-pimpante… à Sin­ga­pour. Ben oui, plus mieux-moins cher. Ici, je passe le relais à un jour­na­liste mai­son, qui raconte : « On aurait voulu cou­ler l’YR on ne s’y serait pas mieux pris. […] La roto est mon­tée depuis peu, mais par connec­tée et il reste des tra­vaux que nous ne pou­vons pas finan­cer. Il faut ima­gi­ner le coût de cette immo­bi­li­sa­tion. On a mis la char­rue devant les bœufs ; c’est-à-dire qu’on a acheté sans avoir pro­grammé le finan­ce­ment de manière pré­cise. Nos fonds propres y sont pas­sés puis, prêts relais ban­caires aidant, les frais finan­ciers nous plombent dans un contexte géné­ral dégradé (baisse des ventes, mais moins forte qu’ailleurs dans la PQR, et tas­se­ment de la pub. Sans cela l’exploitation du jour­nal est en gros à l’équilibre. Nos actifs sont éva­lués à 18 mil­lions d’euros. La Mon­tagne Centre Presse va donc faire une bonne affaire sur­tout qu’elle va pou­voir pro­fi­ter de la baisse des charges suite à l’exécution du Plan de sau­ve­garde de l’emploi (PSE) por­tant sur 25 per­sonnes, qu’actuellement le jour­nal ne peut pas financer. »

L’affaire va se déci­der dans les semaines qui viennent selon cette alter­na­tive : « Ou bien on vend et l’emploi est garanti par les diri­geants de La Mon­tagne, ou bien on dépose le bilan et Her­sant, le groupe Ebra, etc. nous attendent à la barre. »

Pro­blème de « chef d’orchestre », certes, mais aussi d’instrumentistes, ainsi que le déplore notre musi­cien infor­ma­teur : « Force est de consta­ter que notre équipe jour­na­lis­tique s’est consi­dé­ra­ble­ment affai­blie au fil des ans. Des bons sont par­tis et on a fait de la « dépré­ca­ri­sa­tion » […] Ce qui ne garan­tit ni la com­pé­tence ni la capa­cité d’adaptation.
« Sauf à réin­ves­tir dans l’humain et le pro­fes­sion­na­lisme, je ne vois pas com­ment les choses pour­raient chan­ger. Par ailleurs, La Mon­tagne met­tra la prio­rité – comme tous les patrons – sur la créa­tion d’un centre de pro­fit en ren­ta­bi­li­sant au maxi­mum la rota­tive flam­bant neuve, qua­si­ment, (qui nous a coûté 10 mil­lions d’euros) par des tours machines. Ça devrait cra­cher du cash… C’est ce que nous vou­lions. Mais ce ne sera pas nous qui empo­che­rons les bénéfs. » Et les lec­teurs moins encore, qui devront s’accomoder du moins-disant journalistique.

De même qu’on ne sau­rait faire meilleure école avec moins d’enseignants, on n’imagine pas une infor­ma­tion de qua­lité avec moins de jour­na­listes. Mais cer­tains le prétendent.


500 tués au travail par an, pas de quoi déranger les médias

« Vous êtes en vacances depuis deux ou trois jours. L’Ardèche est belle. Vous avez fait une balade l’après-midi et, le soir, vous êtes allé au res­tau­rant. C’est en sor­tant que vous vous aper­ce­vez qu’il y a un mes­sage sur le por­table… Mon fils aîné est tombé d’un écha­fau­dage alors que je com­men­çais à savou­rer mes vacances. Il est mort sur le coup. Ce 2 août 2006 est irréel. » Un drame comme il s’en pro­duit dans les 500 chaque année, rien qu’en France. Celui-là, c’est le drame de Michel Bianco, un ami de Venelles (Bouches-du-Rhône) qui, depuis, jour après jour, bataille contre la machine broyeuse aux mul­tiples visages : machine de l’exploitation au nom du Ren­de­ment, machine judi­ciaire, machine des médias et de leur quasi indif­fé­rence devant cette guerre sans nom – donc inexistante.

Ce 2 août 2006, Jérôme Bianco, 32 ans, tra­vaillait, sans for­ma­tion préa­lable, sans casque, sur une plate-forme aux garde-corps non adap­tés. Il est tombé d’une hau­teur de huit mètres et a été tué sur le coup. Ce ven­dredi 13 juin, le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Grasse va exa­mi­ner les fautes com­mises par les res­pon­sables des socié­tés (TFN-la Main­te­nance de Paris et Gal­derma), qui employaient Jérôme.

Michel, son père, n’a eu de cesse depuis de se dres­ser contre cette sorte d’omerta qui règne dans les médias de masse sur les acci­dents du tra­vail. Il livre son témoi­gnage et explique son enga­ge­ment dans un texte bou­le­ver­sant à lire sur le site du maga­zine Viva .

Selon l’assurance-maladie des tra­vailleurs sala­riés, en 2005, 482 sala­riés sont morts au tra­vail (inté­ri­maires et tra­vailleurs pré­caires en majo­rité). Sec­teurs les plus tou­chés : le bâti­ment et les tra­vaux publics, les acti­vi­tés de ser­vice, la métal­lur­gie, les indus­tries des trans­ports, de l’énergie, du livre et de la com­mu­ni­ca­tion. C’est aussi dans le bâti­ment que l’on compte le plus grand nombre d’accidents ayant entraîné une inca­pa­cité per­ma­nente : 51.938 en 2005.

Le BTP… voyons…, ce ne serait pas là le secteur-maître d’un cer­tain Bouygues, alias TF1 ? Auteur d’un docu­men­taire sur la fer­me­ture des usines Mou­li­nex, Gilles Bal­bastre, s’est livré à une étude, rap­por­tée aussi dans Viva, sur les jour­naux de TF1 : en 2001, sur envi­ron 10 000 repor­tages dif­fu­sés, 1 600 por­taient sur la sécu­rité, 2 sur les acci­dents du travail.

Appli­quée à France 2, la comp­ta­bi­lité serait-elle dif­fé­rente ? Il est à parier que non. Le pro­blème est bien plus géné­ral et com­plexe. Il relève de ce qu’on appe­lait encore naguère l’idéologie domi­nante. Laquelle ayant même réussi à faire rin­gar­di­ser son propre énoncé… Du coup la chose a comme dis­paru – tour de passe-passe, magie des mots entour­loupe genre « révi­sion géné­rale des poli­tiques publiques », « cla­ri­fi­ca­tion de la gou­ver­nance ». Magie du verbe men­teur, vir­tua­li­sa­tion du réel… Mais une telle mise en spec­tacle ne marche (rela­ti­ve­ment) qu’avec le secours actif des médias domi­nants – pour­quoi, sinon, des maçons du BTP, des mar­chands d’armes, des che­va­liers de la mode et du luxe iraient-ils inves­tir dans ces indus­tries média­tiques aux ren­de­ments finan­ciers plus qu’incertains ? Ce serait sans comp­ter sur les retom­bées indi­rectes « flui­di­fiant » les affaires, tou­jours son­nantes et tré­bu­chantes.

L’idéologie domi­nante domine plus que jamais
; elle ne fait que mieux se plan­quer der­rière son faux-nez. C’est d’ailleurs elle qui habille les médias de masse et qui, plus en amont, se trouve géné­ra­le­ment à l’œuvre dans la for­ma­tion des jour­na­listes au nom d’une « tech­ni­cité pro­fes­sion­nelle ». Technicité-mon-cul aurait dit Zazie à juste titre, s’agissant de cette forme qui masque le fond.

Qua­rante ans de métier, dont la moi­tié pimen­tée de for­ma­tion m’autorisent un avis… auto­risé sur la ques­tion. Exemple :

Les jour­na­listes et leur fameux pro­fes­sion­na­lisme… qui ne désigne le plus sou­vent qu’amateurisme et cor­po­ra­tisme vul­gaires. Voyons cette non moins fameuse notion de « hié­rar­chie de l’info » cen­sée ordon­ner le flux des nou­velles en fonc­tion de leur impor­tance… Impor­tance selon quoi, qui ? En fait, un truc pifo­mé­trique qui assemble, pêle-mêle, l’intérêt sup­posé du lec­teur et celui plus intrin­sèque du sujet, décidé par un juge unique, ou un col­lège res­treint – les « pro­fes­sion­nels » – selon des cri­tères élas­tiques autant qu’approximatifs, dont les plus objec­tifs relèvent en fait des condi­tions de pro­duc­tion. Selon que le « sujet » est prêt à être enfourné au moment sou­haité, qu’il est « sexy » [sic], qu’il est bon mar­ché, ou pas trop cher à pro­duire, et roule-ma-poule pour ce qui est des valeurs hiérarchiques !

Quelles « valeurs » donc ? Valeurs humaines, por­teuses de jus­tice, de pro­grès social et cultu­rel, de soli­da­rité ? Je parle ici des médias de masse et de cette forme de jour­na­lisme mar­chand qui a peu à voir avec un pra­tique essen­tielle, éthique parce que res­pon­sable et donc réflé­chie. Je parle d’un jour­na­lisme engagé– « engagé comme un jour­na­liste » ai-je déjà clamé ici à pro­pos de Rys­zard Kapus­cinski et de cette lignée de jour­na­listes non affi­liés ni inféo­dés en aucune manière, mais râpeux, tei­gneux, oppo­sés, résis­tants, debout ! De cette espèce aujourd’hui en voie de dis­pa­ri­tion, non pas en tant qu’individus mais comme « impé­ra­tif caté­go­rique » du genre humain. Condam­nés aux poches de résis­tance – blogs et jour­naux en marge – uto­piens achar­nés ramant vers l’Espérance, cette garce fugueuse.

Car voilà, les affai­ristes s’accrochent aux manettes. ils ont levé et formé à leurs bottes des armées de « tech­ni­ciens ». Et les « com­mu­ni­cants » ont surgi. Ça me rap­pelle Jean Giono par­lant de l’après-guerre [dans « Tout le long du XIXe siècle… », 1965] : « […] Les suc­ces­sives décou­vertes de la science, leur mul­ti­pli­ca­tion rapide, ins­tal­lèrent bien­tôt un abru­tis­sant confort. On rêva non seule­ment aux liber­tés des mon­tagnes, mais aux can­deurs de la sau­va­ge­rie. Des mil­liar­daires ache­tèrent des bar­be­cues. […] Arriva « l’estivant » et, mêlé à l’estivant, l’anarchiste, le vieil et bon anar­chiste sur les­quelles toutes les socié­tés sont construites ». Il galèje peut-être un peu, le Giono. Mais son « esti­vant », ne serait-ce pas notre « com­mu­ni­cant » d’aujourd’hui ? Et où serait donc passé l’anarchiste ?


L’esprit de cour des médias : une vraie vérole, selon de Viilepin…

villepin-et-la-presse.1212962899.jpg« L’esprit de cour [des jour­na­listes], c’est une véri­table vérole ». Cette charge poético-médiatique, émane de l’ancien pre­mier ministre, Domi­nique de Vil­le­pin ; elle a été tenue le 6 mai der­nier lors d’un débat avec des étu­diants de l’université Paris-Dauphine. On peut voir-entendre les six minutes de leçon jour­na­lis­tique du poli­ti­cien en pré-retraite for­cée sur le jour­nal en ligne politique.net. et direc­te­ment ici.

Selon de Vil­le­pin, la presse aurait ainsi (non !) favo­risé Sar­kozy en l’imposant comme le can­di­dat incon­tour­nable. Quand la presse choi­sit un can­di­dat, quand les grands groupes de médias sont déte­nus par des indus­triels qui sont « par­tie pre­nante du jeu poli­tique » (sous-entendu, qui sou­tiennent Nico­las Sar­kozy), la démo­cra­tie est en quelque sorte « prise en otage ». Il a même par­fois l’impression en par­cou­rantl les jour­naux, de lire des bul­le­tins offi­ciels : « Dans cer­tains cas, l’époque impé­riale parais­sait plus libre que par­fois la lec­ture des quo­ti­diens natio­naux (…). La presse de l’entre-deux guerres est infi­ni­ment plus veni­meuse, plus cou­ra­geuse que la presse d’aujourd’hui ».

À pro­pos de la « trans­pa­rence » à la mode Sar­kozy, de Vil­le­pin sou­haite que la presse enquête davan­tage car « en poli­tique, la trans­pa­rence est tou­jours le maquillage de quelque chose. La trans­pa­rence, c’est mon­trer ce que l’on veut bien mon­trer (…) mais à charge pour le jour­na­liste d’être suf­fi­sam­ment curieux pour regar­der ce qu’il y a der­rière le rideau et ce qui inté­resse les citoyens, c’est de com­prendre les méca­nismes com­plexes de la déci­sion politique ».

« En géné­ral, je lis la presse dans ma voi­ture, heu­reu­se­ment que mes tra­jets se sont rac­cour­cis parce qu’au bout de cinq minutes, il n’y a plus rien à lire, on manque de nour­ri­ture… C’est de la pâtée pour chat ».

C’est fou ce que le pas­sage dans l’opposition vous change une vision du monde.


Finkielkraut, Palme d’or de la syntaxe réac

J’aime bien Alain Fin­kiel­kraut. C’est-à-dire que je pré­fère prendre le café avec lui, le samedi matin sur France Culture (Répliques), plu­tôt que le thé l’après-midi sur France Inter avec Daniel Mer­met (Là-bas si j’y suis). Alors que mes pen­chants « natu­rels » me portent à l’inverse. Éton­nant, non ?
En fait tous les deux m’agacent. Mais l’un à rebrousse-poil, l’autre dans le sens du même poil. Et je pré­fère être défrisé. Na.

C’est qu’il m’en aura fallu des années de navi­ga­tion en eaux troubles pour en arri­ver là ! Ou plu­tôt pour refu­ser l’amarrage dans la rade des cer­ti­tudes. Ces cer­ti­tudes, certes, tendent à réchauf­fer le cœur. Mais pour le brû­ler du dedans. Com­bus­tion interne en auto-allumage, jusqu’à la der­nière goutte. Car le car­bu­rant des idées s’épuise vite s’il ne se res­source à la pompe des idées autres. Et c’est la panne sèche. Voyez la politique.

Tout tient ici de la dif­fé­rence entre un phi­lo­sophe et un jour­na­liste. La syn­thèse est rare, voire anti­no­mique. Mais l’un et l’autre pour­raient se « pom­per », je veux dire s’alimenter réci­pro­que­ment, se dépan­ner. Ça se pro­duit rare­ment (ex : débat Régis Debray — Jacques Jul­liard sur la démo­cra­tie d’opinion), ou alors en secret et cha­cun dans son coin. Les deux rôles sont dif­fé­rents : l’un censé aler­ter à chaud, l’autre mettre en pers­pec­tive après refroidissement.

Les deux sont néces­saires à notre équi­libre nutri­tion­nel. Même si cer­taines cuillé­rées fleurent grave l’huile de foie de morue. C’est bien le cas de la der­nière potion du Fin­fiel­kraut, dans Le Monde cette fois [4/6/08], sous le titre « Palme d’or pour une syn­taxe défunte ». L’accroche pré­cise : « Le film qui a triom­phé à Cannes sym­bo­lise la crise d’une civi­li­sa­tion où les grands textes n’ont plus leur place. Y com­pris dans les écoles et les lycées ». Exac­te­ment le type de pro­pos géné­ra­li­sant propre à me héris­ser le poil. Allons-y !

Notons d’emblée que, comme presque tout le monde jusqu’à pré­sent, Alain Fin­kiel­kraut n’a pas vu « Entre les murs ». Ce qu’il s’empresse d’exprimer dans sa tri­bune, c’est une crainte. Une Crainte exis­ten­tielle chez lui, celle qui le tire tant en arrière, vers le passé, ce passé for­cé­ment annon­cia­teur du Pire. On sait à quel point le passé – proche et loin­tain, englo­bant toute l’histoire humaine – dégorge d’atrocités dont celles, apo­ca­lyp­tiques, des ten­ta­tives d’extermination des Juifs, des Gitans, des Tut­sis – peut enva­hir les consciences, et en par­ti­cu­lier celle d’Alain Fin­kiel­kraut. A tel point qu’il ne sau­rait, semble-t-il et à l’écouter sou­vent, ima­gi­ner tout ave­nir vivable pos­sible. S’autorise-t-il même le pré­sent du simple moment de la vie qui passe, lui que je ne crois pas avoir vu/entendu rire, à peine sou­rire, sinon avec acri­mo­nie ? Ce qu’on ne sau­rait lui repro­cher, cha­cun étant ce qu’il est, comme on dit.

L’Apocalypse que nous pré­dit Fin­kiel­kraut dans sa tri­bune à pro­pos du film dis­tin­gué à Cannes se fonde sur ce qu’il appelle la « syn­taxe défunte ». « On n’aura aucun motif de se réjouir », prophétise-t-il, « s’il est vrai qu’après s’être vai­ne­ment employé à cor­ri­ger la syn­taxe défaillante d’adolescentes qui se plai­gnaient d’avoir été  » insul­tées de pétasses « , l’enseignant finit par uti­li­ser cer­taines tour­nures du lan­gage des élèves, « plus effi­cace que le sien  » ». Et d’en venir à son homé­lie sur « la civi­li­sa­tion », défi­nie, ou carac­té­ri­sée par ce qui « réclame le scru­pule, la pré­ci­sion, la nuance et la cour­toi­sie. » « C’est très exac­te­ment la rai­son pour laquelle l’apprentissage de la langue en pas­sait, jusqu’à une date récente, par les grands textes. »

Nous y voilà, “très exac­te­ment” au point de fric­tion (capil­laire) qui m’émoustille les neu­rones. Très exac­te­ment au point oméga du dis­cours réac par excel­lence. Celui qui ne peut tolé­rer que la “boule à zero” du lan­gage – j’exploite à donf’ la dia­lec­tique du coupe-tiffes, et dès lors, l’envie me sai­sit de tordre le cou à l’éloquence (Ver­laine) et à la syn­taxe elle-même que j’irais jusqu’à “conchier dans sa tota­lité” (Ara­gon, Céline) s’il fal­lait me taper l’Académie avec une ton­sure totale, bien déga­gée sur les oreilles. Ai-je été bien vulgos ?

Quoi les « grands textes ». Oui, et alors, plus rien de pos­sible après eux ? Plus que des épi­taphes, de la syn­taxe de cime­tière ? Au secours Vil­lon, Hugo, Flau­bert, Zola et cent autres. Les Joyce, Faulk­ner, Gar­cia Mar­quez, Tche­kov et mille autres. Et cent mille jeunes, Col­trane de la langue, sla­meurs des rues, et même rap­peurs aboyeurs ! Debout les dam­nés du « bien dire », du fin­kiel­krau­te­ment cor­rek !

Tu me plais tant, Alain (d’où mon tutoie­ment hardi, mais res­pec­tueux), quand tu te laisses aller à tes fièvres nos­tal­giques qui me font tri­quer en une saillie avant-gardiste et pro­vo­cante: « Naguère aussi, gémis-tu, on res­pi­rait dans les oeuvres lit­té­raires ou ciné­ma­to­gra­phiques un autre air que l’air du temps. » Et jadis, hein, c’était pire encore, tous ces “airs du temps” décré­tés au nom du “c’est jamais le bon temps”, puisque le tien même,tu t’en bouches les narines.

Et de là, embrayer sur l’engagement des artistes. C’est alors qu’apercevant Satan en per­sonne, Alain sort ses ana­thèmes, poin­tant d’un doigt ven­geur ce Sean Penn « décla­rant […] sous les applau­dis­se­ments d’une presse enthou­siaste, que seuls retien­draient son atten­tion les films réa­li­sés par des cinéastes enga­gés, conscients du monde qui les entoure. » En effet, quelle hor­reur ! Et de mobi­li­ser l’exorciste qui en Fin­kiel­kraut jamais ne som­meille: « Le monde inté­rieur, l’exploration de l’existence, les bles­sures de l’âme sont hors sujet. Comme si l’inféodation de la culture à l’action poli­tique et aux urgences ou aux dogmes du jour n’avait pas été un des grands mal­heurs du XXe siècle, il incombe désor­mais aux créa­teurs de nous révé­ler que Bush est atroce, que la pla­nète a trop chaud, que les dis­cri­mi­na­tions sévissent tou­jours et que le métis­sage est l’avenir de l’homme. »

Et, atten­tion la chute… Non pas ça Alain ! : « L’art doit être contes­ta­taire, c’est-à-dire tra­duire en images ce qui est répété par­tout, à lon­gueur de temps. Big Bro­ther est mort, mais, por­tée par un désir de pro­pa­gande déci­dé­ment insa­tiable, l’idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social. »

Les murs du social, pouah !, cette pri­son atroce qu’il nous pro­met comme une condam­na­tion ! Tout ça pour une vision du monde – le monde du phi­lo­sophe Finky – qui ne sait (pré)voir dans une classe de qua­trième qu’une bande de jeunes cons incultes et irrespectueux.

Merci Alain de m’aider à pen­ser à part, de m’aider à me pré­mu­nir de la malé­dic­tion des vieux cons. Vade retro !


Entre YSL et Allinges, deux enterrements, un choix

Agenda ély­séen de ce 5 juin 2008 : zéro mariage, deux enter­re­ments. Qu’eussions-nous fait à sa place ? En terme de ren­de­ment média­tique et d’inclination per­son­nelle autant que « fami­liale », y a pas photo, va pour le show YSL ! Parce que le « grand homme » le vaut bien. Vaut, du verbe valoir, sub­stan­tif valeurs, au plu­riel de pré­fé­rence. Comme funé­railles – jamais au sin­gu­lier, on se demande –, les valeurs se portent mieux quand on en compte beau­coup. La valeur YSL comme valeur ajou­tée aux valeurs de la mode, du luxe, du show biz, de la poli­ti­caille et de tout ce qui fait le charme de la moder­nité décadente.

Donc ce sera les funé­railles natio­nales et pari­siennes. Paris vaut bien une messe à Saint-Roch, autre­ment plus fun qu’un exer­cice imposé de com­pas­sion en Haute-Savoie auprès de sept cer­cueils. De plus, com­ment se déro­ber à une telle obli­ga­tion alors que ce rendez-vous du Tout-Paris a été exprès pro­grammé ce jeudi à la demande de l’Élysée? Madame aussi sera de sor­tie, enfin de défilé, comme naguère et tou­jours dans ce monde si show – la pla­nète entière a show – qui se reflé­tera dans un écran géant exprès ins­tallé pour la pié­taille. Écran pour écran, on n’a pas le même à la mai­son. Et s’approcher des grands, même de loin…, c’est tout de même flir­ter avec la célé­brité, peut-être pas­ser dans le poste, ris­quer la gué­ri­son…

C’est ainsi : un gros mort vaut plus que sept petits.
Même si, bien sûr, nous ne dou­tons pas que le pré­sident eût sou­haité cou­vrir les deux évé­ne­ments. Sa puis­sance com­pas­sion­nelle ne sau­rait être prise en défaut, non. Mais, on le sait, gou­ver­ner c’est choi­sir. Média­ti­ser aussi. Tout comme infor­mer. Voir Le Monde, sa une [ci-dessous] et ses quatre pages de dévo­tion envers le si cher dis­paru. La rete­nue sera plus nette le len­de­main avec le « drame d’Allinges » (infos en bas de page). Il est vrai que le quo­ti­dien du soir et « de réfé­rence » se veut peu porté sur le fait divers. Comme le pré­sident en somme.

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Dessin de presse. Faber 1er couronné à Metz

faber.1212419868.jpgLong, éprou­vant repor­tage : retour de Lor­raine, cette enclave dans la laï­cité répu­bli­caine. D’ailleurs, est-ce bien une Répu­blique que ce ter­ri­toire qui sala­rie une tri­po­tée (d’où l’expression des­pro­gienne « Dieu m’ tri­pote ») d’ecclésiastes sur le dos d’un peuple voi­sin ? Pas­sons sur ce triste fait, dédai­gné ces jours-ci par l’Histoire, elle-même acca­pa­rée par le cou­ron­ne­ment d’un artiste du cru qui, sans contre­pé­te­rie aucune, à lar­ge­ment fran­chi par la noto­riété les limites concor­da­taires. J’ai nommé André Faber, dit Faber, que sa terre natale, recon­nais­sante de son vivant, a cano­nisé par le biais d’une Expo­si­tion en la média­thèque dite de Pon­tif­froy, inau­gu­rée samedi en grandes pompes.

3fab.1212420003.JPGPas­se­port en règle, j’ai pu gagner Metz et en fran­chir les octrois sans autre épreuve que deux par­cours tégé­vesques. Un tel Roi se mérite. Sur­tout s’il s’agit d’un prince, voire d’un tout nor­mal Mon­sieur l’Homme, un comme vous et moi, patau­geant dans le quo­ti­dien et l’absurde, jetant sur le monde et ses habi­tants son regard de dis­tance et de compassion.

Voici donc notre Faber en passe de recon­nais­sance ; il n’aura attendu qu’une tren­taine d’années de taffe, à tirer la sou­ris par la queue du crayon, à sou­ti­rer trois euros six pence par cro­bard, à mar­ty­ri­ser sa smala pour cause de fièvre carac­té­rielle, à se bouf­fer les géni­toires pour nour­rir sa créa­ti­vité – j’en passe. D’ailleurs les blogo-pénitents de « c’est pour dire » savent tout ça depuis long­temps. Une vieille com­pli­cité d’avant blo­go­sphère, trem­pée dans l’encre de presse et sur­tout tis­sée par l’amitié.

Ainsi a-t-il fallu repous­ser les murs de l’expo pour accro­cher des dizaines de planches extraites d’un mil­lier d’autres, cro­bards de presse, d’illustration, de BD. Et même des bou­quins « rha­billés pour l’hiver » avec des cou­ver­tures fabé­riennes en diable. L’expo s’appelle « La Bande à Faber » – laquelle bande n’étant pas une chi­mère : je l’ai ren­con­trée avec la nuit, au Palais même du Roi, en ses jar­dins ver­saillais, avec plein de belles femmes [photo] et des hommes itou, et son Louis XIV de Claude Billon : le blond fac­teur bou­clé par qui tout arriva, « beau décro­cheur d’étoiles, che­vau­cheur de rayons » (Tris­tan Cor­bières), poète de la tour­née géné­rale, fac­teur sans ligue ni che­val, homme de l’Être et, bien sûr, de la Fête. Ciel d’Élysée (le vrai) sur les têtes, folie blues-merguez, Dédé à l’harmonica, atten­tion l’éternité !

»> Expo jusqu’au 15 octobre : Média­thèque de Pon­tif­froy, Metz. (tél : 03 87 55 53 33)

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Hom­mage au « mécréant envers le convenu », par Claude Billon

Ce qu’il rêve, il le fait. Ce qu’il a aimé faire, il le donne.

Faber un homme qui des­sine avec de la musique qui se voit ! Quoi, ça t’étonne ? Son déto­na­teur, c’est la réa­lité quand elle trouve ses marques dans rien qui puisse man­quer d’audace et nom de dieu ce dessin-là, il tombe pile poil pour éloi­gner le bafouillage, toute la brouillas­site aiguë qu’on attrape à écou­ter ceux qui joutent, qui jactent, qui en rajoutent avec leur bien le plus pré­cieux : emmer­der l’autre ! Pour quand on en aura fini avec la com­pé­ti­tion, oui méri­tants de la ten­dresse humaine, quand nous aurons enfin cessé d’honorer la bêtise, André Faber des­si­nera pour nous un ou deux manuels d’après-guerre. Pour l’heure, mécréant envers le convenu, homme de main de l’étonnement, qu’il des­sine, grave, qu’il rêve ou ne fasse rien, à chaque coup ça donne des choses dont la beauté profite !


Le peuple inconsolable : Saint-L. a failli l’habiller

Idée de sujet philo pour le pro­chain bac : « Qu’est-ce de nos jours qu’un “grand homme” ? Décri­vez le pied à cou­lisse per­met­tant de le mesu­rer avec pré­ci­sion. Mon­trez en quoi la gran­deur peut varier selon les situa­tions, les lieux et les époques ».

Le futile règne sur le monde de la futi­lité, dont les ter­ri­toires semblent en expan­sion infi­nie. Ver­sion poli­tique : la crois­sance s’habille en libé­ral, la richesse éhon­tée en affi­chage « décom­plexé ». Les gueules de pipole ont envahi nos théâtres dont les scènes mer­dia­tiques exhibent des poli­ti­ciens affai­rés – c’est bien le mot – à « bou­ger les lignes ». La déca­dence frappe à nos portes. Que dis-je ?, elle s’est ins­tal­lée chez nous, presque en nous, comme chez elle, en tenue de pute luxueuse et vulgaire.

« Le Monde » du jour aussi est en émoi, comme le monde tout court, enfin cette pusil­la­nime par­tie du monde de la mon­da­nité. Je lis donc ceci dans un papier du « quo­ti­dien de réfé­rence » : « Un style qui accom­pagne l’émancipation des femmes, de tout âge et de tout bord. » L’auteur vou­lait dire « de toutes classes », mais le mot manque à son lexique. D’autres vocables ont en revanche surgi sans craintes, dans leur pleine déva­lua­tion d’avant les grandes soldes – ainsi ce titre : « Yves Saint Laurent salué comme un « artiste de génie » et un « liber­taire »» ». Notons le jeu de jambes des guille­mets, ces pin­cettes à se bou­cher le nez devant les gros mots. Com­mo­dité  per­met­tant au concert de louanges de se déver­ser sans honte :
– Mon­sieur Bergé : « Il était un vrai créa­teur. En ce sens, il était un liber­taire, un anar­chiste, il a jeté des bombes dans les jambes de la société. C’est comme cela qu’il a trans­formé les femmes. »
– Mon­sieur Sar­kozy en sa pom­made ély­séenne et qui, en la cir­cons­tance, sait de quoi il parle : «  […] car il était convaincu que la beauté était un luxe néces­saire à tous les hommes et à toutes les femmes. »

Et Madame Dati, garde des sceaux et garde-robes de chez Dior, va-t-elle éga­ler l’élan de Dame Alba­nel, en deuil de « l’élégant com­plice de notre quo­ti­dien, le maître de l’art de vivre “Rive gauche”, sym­bole de luxe et de beauté dans le monde entier » ?

Et  ce ne sont que pre­mières réac­tions en atten­dant les obsèques… Ou plu­tôt des funé­railles natio­nales. Le Peuple, incon­so­lable, le lui doit bien.


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  • 2sexpolLa Revue Sex­pol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­lité / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances
    (Ber­trand Russel)
  • Un récent et com­pli­qué chan­ge­ment de ser­veur a causé la perte de quelques « car­tons », en l’occurrence cer­taines images. Les reverra-t-on un jour ? Hmmm…

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