On n'est pas des moutons

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Du harcèlement des femmes, de la question du pouvoir, de la sexo-politique

Et le harcèlement médiatique alors ? Oui, on n’est pas forcés de suivre le feuilleton… un peu quand même. Trop ! Quand on ouvre son poste, ses écrans, son canard et tout, ça dégouline de harcèlement sexuel. Les choses tendent à se calmer, alors que surgissent, heureusement, les questions de fond. Dont celle, et non des moindres, de la place de la femme dans les sociétés, ce marqueur de civilisation. Questions de fond, mais quelles réponses?

Cette affaire, il fallait bien qu’elle partît d’Hollywood pour atteindre un tel sommet spectaculaire. Le risque était, de ce fait, qu’elle demeurât dans la sphère du showbiz, dans l’entre-soi de ces vedettes soudain affectées à des rôles de néo-guerrières du sexe féminin, ayant débusqué le Diable en personne, symbole honni du porc à balancer. Mais non, ces happy few auront provoqué une révolution inattendue, à la manière dont les « bourgeois à talent » 1 avaient contribué à déclencher la Révolution française. N’avaient-ils, pour autant, profité des largesses de l’Ancien régime ? N’avaient-elles aussi, ces égéries du star-system, un peu trop joué avec le feu de leurs charmes qu’elles eurent – parfois (attention aux généralisations coupables) – la faiblesse de monnayer sur le marché des écrans, des scènes, de tous ces lieux du paraître ? La question peut sembler osée, provocante, dangereuse, en ces jours de l’ordre nouveau qui voudrait remettre les sexes davantage à leurs places.

Davantage, c’est le mot, qui relativise la portée du changement, selon les temps, les lieux, les mœurs. Ici même, il reste à inclure la femme, dans cette France « des droits de l’homme ». Quand par exemple – ce 31 janvier 2018, exactement – un avocat de meurtrier 2 de sa femme anticipe la défense de son client sur le registre d’une épouse « à la personnalité écrasante ». Ce serait alors lui la victime… Comment ne pas évoquer aussi les qualifications de « crime passionnel » pour atténuer pénalement les responsabilités des criminels. Oserait-on encore user d’un tel sophisme, maintenant que notre société se dirige peu à peu vers une réelle égalité des sexes ? Justement, c’est une direction, pas un état de fait établi, reconnu, pratique, « entré dans les mœurs ». D’ailleurs, comme souligné ci-dessus, les choses sont à relativiser selon les lieux, les époques et lesdites mœurs.

femmes-emancipation

Infantilisée de tous temps (ou presque) la femme, en particulier en terre d’Islam, peine à s’émanciper. (Ph. d.r.)

Ainsi, dans les régimes théocratiques ou, peu ou prou, sous la coupe des religions et de leurs clergés, la route reste à tracer ! Les progrès, quand il y en a, demeurent minimes – toujours bons à prendre, certes. Comme en Arabie saoudite, pays féodal, où les femmes (du moins celles de la société dominante) viennent d’obtenir de leurs tyrans mâles (par la grâce du prince mâle héritier…) le droit d’aller au concert… en restant sagement entre elles, certes. Elles peuvent aussi désormais apprendre à conduire les voitures – derrière la fente étroite de leurs burqas. Un début de progrès.

Ailleurs, dans au moins les deux tiers des pays du monde, les femmes continuent à avoir le droit de perpétuer l’espèce, de porter les enfants dans le dos en même temps que de l’eau sur la tête, ou des fagots pour le chauffage et la cuisine. Et le droit suprême de la fermer. « Que ne mettent-elles tout ça par terre ? » comme aurait dit Molière ! Si, pour parodier un célèbre prédicateur, la libération des femmes sera l’œuvre des femmes elles-mêmes, les hommes doivent tout de même se poser la question de leur dominance, interroger leur histoire, et cela depuis le paléolithique avec le passage du matriarcat des « chasseurs-cueilleurs » au patriarcat des débuts d’une civilisation agraire et marchande, prémices de l’agriculture intensive dont nous sommes les héritiers survivants et maladifs – ce dont nous n’aurons conscience qu’au début du XXe siècle ! Tandis qu’entretemps, dans ce « long temps d’une courte histoire », hommes et femmes auront perdu le lien commun qui les reliait aux mêmes joies vitales, une communion (qu’on me passe le mot, à prendre dans ses racines : union commune) avec la Terre. C’est la guerre désormais, celle qui, avant de tuer, éventre les sols comme un violeur la femme ; laboure dans la haine de la nature, son asservissement par la technique triomphante et, pour comble, la domination de l’homme par l’homme, de l’homme sur la femme. La survie sur la vie.

Réharmoniser les rapports homme/femme, quel plus beau, bref et impérieux programme ? Celui sans lequel toutes les Conférences des parties, de la COP 21 à la 2000e, resteront lettre creuse.

American Girl in Italy (Ph. Ruth Orpin) femmes-emancipation

« American Girl in Italy » est une photographie en noir et blanc de la photographe américaine Ruth Orkin prise en 1951. Elle représente une jeune femme élégante, Ninalee Allen Craig, marchant sur le trottoir d’une rue de Florence, sous le regard convergent d’une quinzaine d’hommes de tous âges en position de machisme ordinaire. Il s’agit d’une scène recomposée.

Re-prendre les rênes, pour les femmes, pour leur propre compte, pour leur vie… Cela présuppose qu’elles ont pu tenir un rôle déterminant dans l’histoire longue de l’homo sapiens, au moins à égalité dans la répartition des tâches, autant que dans la prééminence de la fonction maternelle – celle de donner la vie. Fonction plus magique encore que biologique, dont l’homme a pu se sentir dépossédé, au point de s’en plaindre auprès des divinités qu’il allait invoquer, après les avoir inventées… S’ensuivront bientôt les cohortes séculaires vouées aux dominations religieuses organisées, régentées par des textes sexistes et spécialement anti-féminins – les trois monothéismes ayant parachevé en « Loi du Livre », chacun le sien, cette condamnation de la Femme à la souffrance coupable.

C’est dire – en raccourci extrême – à quel point la rébellion féminine a pu – et peut encore – macérer sous la chape de la domination masculine. Aujourd’hui elle ressurgit dans un contexte de reconquête bien plus avancée – dans les sociétés occidentales surtout, où les femmes peuvent affirmer leur plus grande autonomie : biologique, sexuelle, économique, sociale, culturelle. La « femme moderne » a le vent en poupe. Ses représentations dans le Spectacle universalisé – en particulier dans la publicité – la montrent triomphante et dominatrice, mue par le désir, l’intelligence, l’affirmation. Cependant qu’elle demeure objet sexuel marchandifié, dûment tarifé – je souligne le terme –, avec acmé hollywoodien. Cinglant paradoxe : c’est là, dans cette Mecque de l’artifice filmé et friqué, que le scandale a jailli. Comme s’il avait soudainement manqué à « la femme archétypale » cette égalité sexuelle qui lui permettrait de mettre les hommes au tapis – l’imparable coup bas dans les génitoires (restons corrects…) L’un est resté KO, cloué au sol et voué aux gémonies mondialisées – l’Affreux, le Porc… Je n’irais pas jusqu’à le montrer innocent, non, mais naïf, con, …couillon quoi ! Car « la chose », comme le sexisme, n’était-elle pas aussi vieille que le monde des studios et surtout de leurs coulisses ? De ce thème, ils ont même fait un film, Promotion canapé (1990), selon une métaphore franchouillarde du harcèlement d’aujourd’hui.

Les mecs en rabattent donc 3. Certains même se rabougrissent, sous le poids d’une culpabilité remontant aux dernières générations. Comme pour la colonisation des ancêtres, certains pourraient se risquer dans la repentance. Des femmes s’engouffrent dans la brèche, à l’occasion se font castratrices – stade radical du coup de genou… Ce serait la réponse inversée à la violence subie, une continuation de la guerre. Et l’amour dans tout ça ? c’est-à-dire cette intelligence des cœurs, des corps, des esprits (dans n’importe quel ordre, et plutôt tous à la fois !) ?

Mais les femmes ont-elles le désir du pouvoir ? De quel pouvoir s’agit-il ? Parle-t-on de la domination sur l’autre, ou seulement de l’affirmation de soi selon ses propres désirs ? Autant de questions sexo-politique par excellence et, en particulier celle, précisément, de la dissolution de la question du pouvoir ! C’est-à-dire de la domination des uns par les autres. Qu’en est-il plutôt des impératifs de coopération, de solidarité, d’entraide, d’empathie et aussi de coévolution comme on dit de nos jours ? Celles invoquées depuis plus d’un siècle par des penseurs positivement engagés 4 Les « revanchardes du harcèlement » n’en sont pas, semble-t-il, à vouloir pacifier la lutte des sexes – pas plus que la lutte des classes n’a généré la paix sur terre. Il y a lutte, certes, mais doit-on s’y complaire ? Ou chercher d’autres voies, vers la recherche de solutions plutôt que la perpétuation des problèmes.

« Les femmes » ne sauraient constituer une entité, pas plus que « les hommes ». Les généralisations qui s’affrontent finissent dans des impasses. Comment en sortir ?

Notes:

  1. Expression qu’affectionnait l’historienne Madeleine Rebérioux †.
  2. « Présumé meurtrier», qualificatif de rigueur légale. Même si la procureure déclare : « Cela ne fait aucun doute, il y a bien eu meurtre », on n’en connaît pas l’auteur tant que la Justice n’aura pas « tranché », si on ose dire.
  3. Là encore, il y a lieu de relativiser… Des millénaires de mâlitude dominante ne sauraient s’évaporer du jour au lendemain… Voir ici par exemple.
  4. Formule générale pour évoquer, entre autres et pêle-mêle, Pierre Leroux, Charles Darwin, Piotr Kropotkine, Émile Durkheim, Léon Bourgeois, Jean Piaget… – que des mâles pensants, relayés à leurs manières, c’est-à-dire autrement par les Christine de Pisan, Olympe de Gouges, Louise Michel, Simone de Beauvoir, et toutes leurs descendantes.

La maltraitance gynécologique, variante du viol

28 septembre 2015, France Culture, l’émission Sur les Docks a pour thème la maltraitance gynécologique. Les témoignages d’enchaînent, bouleversants, révoltants. Ce n’est pas d’aujourd’hui ni d’hier, pourtant ce sujet, si grave, est rarement porté sur la place publique. Il est vrai qu’il s’agit de problèmes « de femmes », face au pouvoir médical, un pouvoir trop souvent totalitaire, voire fasciste et en tout cas empreint de sexisme.

On pourrait, plus généralement, évoquer la maltraitance médicale. Ainsi, j’ai eu moi-même à me plaindre de la brutalité machiste d’un médecin à l’occasion d’un «toucher prostatique». Eh oui, toujours cette violence anti-sexuelle !

Comme pour le viol, dont elle est somme toute une variante, cette maltraitance envers le corps féminin reste trop souvent subie en silence car, en plus de la blessure intime, les victimes s’efforcent de la refouler au plus profond d’elles-mêmes, ajoutant une dimension affective et psychique à cette souffrance.

Trop souvent, lors d’une consultation, d’un accouchement, d’une IVG… le corps de la femme ne lui appartient plus. Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues pas toujours respectueux, parfois méprisants – qu’il s’agisse de médecins hommes, ou femmes.

C’est un nouveau combat que les femmes sont en l’occurrence amenées à livrer dans leurs luttes pour l’égalité sexuelle.

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d.r.

Faits récents : au printemps 2014, des sages-femmes alertent sur le « point du mari » : un geste clandestin – ou pas – qui consiste à recoudre une épisiotomie par quelques points de suture supplémentaires  – supposé accroître le plaisir de l’homme lors des rapports sexuels. En février 2015 surgit sur la toile, le scandale des touchers vaginaux sur patientes endormies. Puis, encore sur internet, des centaines de femmes ont raconté leurs expériences douloureuses chez le (ou la) gynécologue : paternalisme, sexisme, conseils dépassés, examens brutaux, paroles humiliantes, homophobie, absence de consentement, etc.

L’émission de France Culture a libéré la parole sur cette question, même si il faut se garder de la généralisation, toujours dangereuse, dans ce domaine comme dans d’autres.

 Magnifique pièce à verser au dossier, la chanson de Georges Brassens, Le Blason. [Impossible de la glisser ici]

Extraits des témoignages recueillis par Hélène Combis-Schlumberger sur cette maltraitance.. En notant qu’ils ne concernent que cette partie restreinte et privilégiée du monde – le nôtre – où les femmes ont acquis plus de droits qu’ailleurs…

«Parfait pour la levrette», par Léa

Au CHU de Nantes, mon gynéco m’a dit une fois : «Votre col de l’utérus doit être parfait pour la levrette». Toi, à ce moment là, tu es au plus mal, position humiliante sur l’étrier (l’engin de torture) et tu as juste envie de l’émasculer : CONNARD.

«L’ancienne gynéco de ma mère lui a caché un cancer», témoignage anonyme

L’ancienne gynéco de ma mère lui a caché un cancer (oui, oui) parce qu’elle était enceinte (bah oui, des fois que ma mère aurait préféré avorter et se faire soigner 8 mois plus tôt !!!).

Une amie n’a pas pu bénéficier d’un avortement thérapeutique (enfant non viable) parce que sa gynéco lui a volontairement menti sur les délais légaux pour le pratiquer, et a fait traîner les démarches. Elle a fini par le faire moyennant finances dans un pays frontalier ! Il faudrait prendre le problème dans le bon sens : dépister l’intégrisme religieux parmi les médecins. C’est cet intégrisme qui véhicule l’image nauséabonde de la femme et de son corps, qui mène à ces abus.

«Quand il va tomber du trou», par Francine

Au début des années 70, je fus enceinte de mon premier enfant et j’étais suivie par un gynécologue strasbourgeois de renom.
Au sixième mois, au cours d’une consultation, nous avons parlé plus précisément de l’accouchement, et je fus effarée d’entendre ce monsieur dire à plusieurs reprises : «Quand il va tomber du trou…». Cette grossièreté m’a fait envisager de changer de praticien.
Je n’en ai pas eu l’occasion car quelques jours plus tard j’accouchais prématurément (à 40 km de Strasbourg). Mon fils est décédé très vite suite à une insuffisance respiratoire ; à aucun moment ce monsieur ne s’est manifesté …
quelle classe et quelle humanité !
Et les femmes gynéco ne sont pas toujours différentes, un comble !

«Il me fait un bisou sur un sein», par Domie

Un gynécologue réputé dans ma ville qui, après consultation, me fait un bisou sur un sein.… J’avais 25 ans et depuis, je n’ai que des gynés femmes (…) Et il me dit : «Vous avez une des plus belles poitrines de ma clientèle». Combien de fois a-t-il dû dire ça ? Combien de fois cela a dû fonctionner.… ou pas. Combien de gynécos ou autres médecins ont abusé de leur fonction ? (…) J’étais jeune et je n’ai pensé qu’à fuir, et ne plus jamais revenir.

«Le gynécologue en chef est arrivé avec toute une équipe d’élèves», par Danielle

Je me souviens très bien d’avoir été hospitalisée à l’hôpital de Rennes pour une grossesse à risque il y a de cela 39 ans et je me rappelle très bien le gynécologue en chef, arrivé dans ma chambre avec toute une équipe d’élèves, après avoir expliqué mon cas et ayant demandé à chacun de faire un toucher. Or à un moment donné (j’étais toute jeune, 23 ans ) je me suis mise à pleurer à la grande surprise du médecin et j’ai réussi à dire que j’étais très gênée par tous ces regards sur moi braqués .
Ce témoignage vaut ce qu’il vaut mais je m’en souviens encore très sensiblement…

«Faut pas coucher», par Lux

Un jour, à une consult sur un souci de pilule : «Ah bah si vous voulez pas avoir de bébés, faut pas coucher, hein !»

«Un bout de viande sur sa table d’examen», par Anne-Marie

Je suis infirmière et pourtant, mon dernier passage chez ma gynécologue je l’ai considéré comme un viol : cette femme a été d’une brutalité incroyable et d’un irrespect pour ma pudeur… J’étais un bout de viande sur sa table d’examen. J’en suis sortie traumatisée, avec un mal au ventre terrible, je ne suis pas près d’y retourner. Cela m’ a permis aussi de m’interroger sur mon travail, et sur le respect et la douceur que je dois aux patients : une remise en cause fondamentale de mon métier.

«J’ai subi un deuxième viol», témoignage anonyme

On a décidé de ne pas m’anesthésier du tout pendant une intervention au laser sur le col de l’utérus. Pleurer de douleur pendant toute l’intervention… Les demandes des infirmières n’ont pas convaincu le chirurgien de faire une pause ou de reporter l’opération pour passer sous anesthésie.
Une question : pourquoi attacher nos jambes sur les étriers avec des lanières de cuir si l’on n’est pas anesthésiées ?
Le coup de massue : «ça ne faisait quand même pas si mal que ça !», dixit Mr le Dr. G.
J’ai subi un deuxième viol, je n’en avais vraiment pas besoin.

«Elle a écrit IVG pour une femme qui venait de perdre sa troisième grossesse», par Edna

Lors de ma troisième fausse couche, à la sortie, après le curetage nécessaire, je demande épuisée, désespérée, à l’interne de me faire un arrêt de travail : elle me regarde de travers…
Je lui dis que reprendre mon travail de médecin, m’occuper des gens dans l’état où je suis va être difficile, que je me sens très mal, elle finit par me donner un arrêt en me disant : «Bon, trois jours».

Je sors du bloc, d’une anesthésie, j’encaisse ma troisième fausse couche… trois jours.
En rentrant chez moi je remplis l’arrêt et là, LA STUPEUR : elle a écrit IVG: interruption volontaire de grossesse, pour une femme qui vient de perdre sa troisième grossesse !!!!

En gros : elle ne connait pas mon dossier, elle confond fausse couche et IVG, et en plus, ça la gonfle, la détresse d’une femme qui «aurait» fait une IVG. Sii je n’avais pas été aussi affectée, je serais retournée lui mettre mon poing dans la g***** parce que juger, se tromper, manquer d’empathie, c’est carrément gravissime pour un médecin en formation!

Et que l’on me parle pas de la fatigue des internes, j’en étais, cela n’excuse pas la connerie et le mépris.

«Peut-être que mon corps me tuera dans quelques années de ne pas m’être soumise aux gynécos», témoignage anonyme

Traumatisée depuis mon adolescence par les propos que me tenait ma mère («Le gynéco, tu vas devoir y passer»), par des consultations violentes au début de la vingtaine, où je me rendais de mon propre chef, persuadée qu’il fallait faire des frottis tous les ans parce que c’est important pour la santé, parce que c’est ce que disait le fascicule donné par la fac, parce que toutes les femmes semblent se résigner à remettre leur corps et surtout leur intimité physique et psychique entre les mains de médecins qui, au début de leur formation, vivent des bizutages d’une rare misogynie…
Un jour je me suis dit que si j’en souffrais tellement, eh bien il y avait une solution toute simple : ne plus y aller, chez le gynéco. Et advienne que pourra. Peut-être que mon corps me tuera dans quelques années de ne pas m’être soumise aux gynécos, peut-être que je mourrai au cours d’un accouchement à domicile. Ou pas. Mais au moins je vivrai à l’abri de cette violence destructrice, et digne.

«Vous allez prendre un traitement hormonal, sinon vous risquez de devenir lesbienne», témoignage anonyme

Quand j’étais ado : «Ah si vous voulez qu’un homme veuille de vous un jour malgré votre acné, faut arrêter le rugby, hein !» Ou à 17 ans : «C’est pas normal à votre âge que vous soyez aussi musclée et que vous n’ayez pas de seins, vous allez prendre un traitement hormonal, sinon vous risquez de devenir lesbienne.» (???) Quand j’avais 20 ans : «De toute façon, toutes les jeunes filles qui ont des mycoses récurrentes, c’est qu’elles mentent sur leur pratique de la sodomie

De ce que j’ai observé chez certains praticiens, l’incertitude est comblée par des mythes personnels souvent liés aux bonnes moeurs, à la bonne hygiène, à une «sexualité convenable.» Ça donne des légions de filles sur Doctissimo qui s’essaient aux huiles essentielles diluées ou non (tee trea, etc) et aux cures de yaourt appliqué localement.

«Je n’étais pas là pour être tripotée par toute la classe», par Laurence

Lors de mon premier accouchement, j’avais alors 21 ans, j’ai eu un déclenchement. J’attendais depuis quelques heures déjà que le col s’ouvre, quand, de temps à autre, une infirmière venait se rendre compte de l’avancée des choses. Soudain un jeune étudiant en médecine entra et souleva le drap qui recouvrait mes jambes écartées, offrant ainsi une vue imprenable. Il fit mine de mesurer l’ouverture puis, semblant satisfait, ressortit. Un autre étudiant entra à sa suite et fit le même manège… Lorsque le troisième entra, je l’empêchais aussitôt d’aller plus loin dans la manoeuvre en rabaissant fermement le drap, et je lui indiquais la porte en lui disant que je n’étais pas là pour être tripotée par toute la classe. Qu’il fasse passer le mot, à ceux qui attendent derrière la porte !

«Je ne connais pas une amie qui n’a pas une histoire douloureuse à raconter», témoignage anonyme

Je ne connais pas une amie, une copine, une collègue qui, lorsqu’on parle gynéco, n’a pas une histoire douloureuse à raconter : atteinte violente à leur pudeur, commentaire très critique sur une partie de leur corps ou compliment sexuel malvenu, paroles dégradantes sur leur pratique sexuelle, douleur physique non entendue, voire méprisée, humiliation par celui qui vous prend de haut et vous intimide. On a cru longtemps qu’il fallait se taire.
Merci à tous ceux qui luttent contre ça : hommes, femmes, spécialistes de la médecine, de l’éthique et journalistes.

  • France Culture, Sur les docks, documentaire de Mélanie Déchalotte et François Teste. Diffusé le 28.09.2015. Des dizaines de commentaires s’ajoutent comme autant de témoignages à ceux de l’émission.

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-temoignages-maltraitance-gynecologique-201509-28

 


IVG. Bompard, dernier rempart

L’Assemblée nationale a adopté ce mercredi par 143 voix contre 7 une proposition de résolution réaffirmant le droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse en France, en Europe et dans le monde. Ce texte, non contraignant, a été adopté le jour anniversaire du démarrage des débats sur la loi de Simone Veil, le 26 novembre 1974. Gilbert Collard s’est abstenu, sept députés ne l’ont pas voté, cinq UMP, un UDI, et l’ancien FN, maire d’Orange et député d’extrême droite du Vaucluse, Jacques Bompard. Son homélie, sur le modèle hollandien de l’anaphore ( «Moi président»…), constitue un ramassis des clichés qu’on aurait pu croire d’un autre âge. Au moins reste-t-il fidèle à son parcours politique : OAS, Occident, Ordre nouveau, Front national, Ligue du Sud… Il a été réélu maire d’Orange en 2014 au premier tour avec 60% des voix…


Sexisme. «Et sinon, je fais de la politique», par Karima Delli

«En tant que militantes, femmes politiques, nous avons toutes subi plusieurs remarques, réflexions, ou autres « blagues ». Anodines pour les uns, légères pour les autres, elles s’avèrent être simplement sexistes, machistes et parfois insultantes.

«Combattre les inégalités entre les hommes et les femmes est une tâche ardue, qui nous préoccupe tout au long de l’année et pas seulement le 8 mars ! Le sexisme ne s’arrête pas aux frontières du monde politique, bien au contraire, mais ces anecdotes nous démontrent à quel point le chemin est long. 

sexisme-sinon, je fais de la politique

Cliquer sur l’image pour accéder au Tumblr

«Messieurs, chers collègues, plutôt que de vous sermonner, j’ai décidé de vous faire ce cadeau : un Tumblr comme un hommage à votre sexisme ordinaire.

«Mesdames, soyez les bienvenues sur ce Tumblr, n’hésitez pas à participer, femmes engagées, associatives, politiques , envoyez vos phrases et vos photos ici :

etsinonjefaisaussidelapolitique@gmail.com

«Alors oui, je suis une femme… Et sinon, je fais de la politique !»
#SinonJeFaisDeLaPolitique

Karima Delli
Députée Européenne


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

    • Twitter — Gazouiller

    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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